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III. Théories du système nerveux

la

Parmi les faits d’observation que nous ont révélés les études faites sur structure du

système nerveux et qui sont consignés dans les pages précédentes, jl en est deux qu’on peut tenir pour principaux, parce qu’ils forment la caractéristique anatomique ,.et la base des deux principales théories actuelles qui tentent d’expliquer le fonctionnement du système nerveux.

Le système nerveux est composé de cellules, le plus souvent très ramifiées, dont on ne peut admettre, à voir leur forme, qu’elles sont absolument figées dans cette forme. Il renferme des fibrilles, extraordinairement longues, traversant tout l’organisme, dont il semble que la fixité et l’immobilité soient le caractère essentiel. D’un côté, des cellules vivantes, contrac-

Fig. 36o. — Schéma de l'expérience de Bethe.

cp, cellules du ganglion. — na , nerf antennaire.— fs. fm, fibres sensibles et fibres motrices de ce nerf. — R, réseau fondamental ou intercellulaire. Les flèches indiquent le sens du courant nerveux. Les lignes courbes terminées par des flèches figurent les incisions par lesquelles les cellules ont été retranchées du ganglion.

CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE

tiles sans doute. D’autre part, des fibrilles, raides comme des fils de fer conducteurs.

Or, les deux principales théories actuelles du fonctionnement nerveux s’appuient lune sur le premier, l’autre sur le second de ces faits. L’une, qui est la théorie du neurone, tient presque exclusivement compte des cellules, met en jeu leur vitalité, leur contractilité, et laisse de côté les fibrilles, comme un détail secondaire ; c’est une théorie cellulaire , et aussi une théorie vitale ou biologique. L’un des précurseurs de la théorie, Meynert, se représentait les cellules nerveuses comme des amibes gigantesques, et les prolongements nerveux comme des pseudopodes.

La comparaison a paru plus tard si exacte que pour Morat, par exemple, couper un nerf, couper une fibre nerveuse, c’est en réalité couper une cellule en deux, comme on le fait pour les Protozoaires dans les expériences de mérotomie. Le mécanisme essentiel du système nerveux, dans le cas de la théorie du neurone, réside dans l’extension ou la contraction des prolongements cellulaires ; d’où le rapprochement ou l’éloignement des neurones^ et par suite le passage plus ou moins facile du courant nerveux. Les neurones sont doués à cet égard d’une véritable « plasticité » (Demoor) ou même d’une propriété réellement « amiboïde » (Rabl-Ruckhard, Tanzi, Lépine, Matii. Duval). Passantde la théorie aux applications physiologiques, Tanzi admet que le courant nerveux produit dans les cellules qu’il traverse une hypertrophie analogue à celle du muscle qui a travaillé et que par ce passage habituel du courant entre deux neurones contigus, par l’exercice en un mot, les distances entre les neurones se trouvant diminuées, le fonctionnement est rendu plus facile. Lépine expliquait, par la disparition subite et le rétablissement des rapports de contact entre les neurones, les anesthésies et les paralysies soudaines et les retours brusques de la sensibilité et du mouvement. Math. Duval expliquait aussi, par l’allongement ou la rétraction des prolongements cellulaires, facilitant ou empêchant les contacts, l'influence stimulante du café ou du thé ou l’action inhibitrice de certains agents ; il supposait que dans le sommeil les ramifications du neurone sont rétractées par absence d’oxygène et par excès d’acide carbonique, comme le sont des pseudopodes anesthésiés, et il émettait ainsi une véritable « théorie histologique du sommeil ».

Si ingénieuse que soit la théorie de l’« amæboïsme nerveux », corollaire direct de la doctrine du neurone, et application physiologique de cette conception morphologique du neurone, elle mérite un reproche capital ; c’est qu’avec elle, la haute différenciation des éléments nerveux, la complication fibrillaire, apparaissent sans utilité, puisque la structure requise pour le fonctionnement de ces éléments n’a pas besoin de s’élever au-dessus de celle d’une amibe et d’un pseudopode.

La seconde théorie du système nerveux, à l’encontre de la première, si elle ne néglige pas les cellules, du moins ne tient aucun compte de leurs changements possibles de forme et de rapports ; elle place au premier plan les fibrilles, qu’elle assimile à des conducteurs électriques, tandis que les cellules deviennent des stations électriques. C’est une théorie fibrillaire, une théorie surtout ou même exclusivement physique du système nerveux, une théorie électrique. Les cellules produisent ce qui doit être conduit, le

CELLULE SENSIBLE

tonus nerveux ; les fibrilles conduisent ce qui est produit par les cellules. D’ailleurs celles-ci n’ont pas pour seul rôle d’envoyer dans les fibrilles conductrices le courant constant, le tonus nerveux, produit par elles ; car elles réagissent à la perception des changements de ce tonus, soit quantitatifs , soit qualitatifs. Telle est la remarquable théorie édifiée par Apathy.

L’une et l’autre explication des phénomènes nerveux sont trop exclusives, puisqu’elles reposent chacune sur l’un seulement des deux faits essentiels, mis en avant. Une véritable théorie du système nerveux doit procéder de ces deux interprétations. Elle doit déschématiser la doctrine cellulaire, en mettant au second plan le mouvement amiboïde et au premier le travail producteur et véritablement glandulaire de la cellule nerveuse et le rôle conducteur des fibrilles. Elle doit en quelque sorte vitaliser la théorie électrique en ajoutant aux fibrilles conductrices, aux cellules productrices, les effets de la vie cellulaire de la cellule nerveuse, les changements de forme et le travail glandulaire accompli. On devra aussi donner à cette théorie du système nerveux une forme aussi rigoureusement physique que possible et décider si les termes usuellement employés de courant nerveux, de décharge nerveuse, de tension et tant d’autres, doivent recevoir ou non une acception précise, si la comparaison des processus nerveux avec des phénomènes électriques est plus qu’une image grossière et si elle mérite d’être maintenue.

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