III, — CARACTÈRES PARTICULIERS AUX DIVERSES RÉGIONS DE L'INTESTIN
1° INTESTIN PROPREMENT DIT. — À. Jéjuno-iléon. — La description qui vient d'être donnée s'applique particulièrement au jéjuno-iléon, dont les principales particularités sont la présence de villosités, de follicules clos agminés en plaques de Peyer.
B. Duodénum. — Cet intestin est caractérisé par la forme lamelleuse des villosités, et par l'existence des glandes de Brunner.
C. Gros intestin. — Le gros intestin est dépourvu de villosités et ne prend sans doute pas part à l'absorption; les glandes de Lieberkühn y sont grandes, souvent bi- ou trifurquées ; la couche musculaire longitudinale est représentée par trois bandelettes. ;
D. Appendice iléo-cæcal. — L'intérêt que présente l'appendice iléocæcal, en raison des altérations morbides dont ilest si souvent le siège, a provoqué de nombreuses recherches sur la structure de cette partie rudimentaire du gros intestin.
Ce qui distingue l'appendice vermiculaire, c’est le grand développement que le tissu lymphoïde y atteint. Aussi a-t-on pu dire qu'il représentait une sorte de plaque de Peyer évaginée, ayant entraîné avec elle les. diverses tuniques du gros intestin. A la naissance, le tissu lymphoïde n'existe pas encore ; à six semaines, l’appendice est devenu une véritable glande
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lymphoïde tubuleuse, et cet état continue pendant la première moitié de la vie, après quoi le tissu lymphoïde perd $on activité (Berry et Lacx). Les follicules clos de l’appendice étaient d'abord développés au point de déborder la muqueuse et d'envahir la sous-muqueuse ; ils se rapetissent ensuite de plus en plus. Les glandes de Lieberkühn subissent chez l'Homme du cinquième au sixième mois de la vie fœtale une régression qui fait disparaître un certain nombre d’entre elles (Srümr). L'atrophie s'opère à peu près comme il a été décrit (p. 820); la glande s'entoure d'un sac conjonctif à l’intérieur duquel l’épithélium glandulaire dégénéré est ensuite résorbé ee par des leucocytes migrateurs. Les glandes quiontpersisté, trop longues pourune muqueuse dont l'épaisseur a diminué notablement, se couchent sur les follicules closetprennentune direction oblique
Fic. 398. — Portion de l'appendice iléo-cæcal de l'Homme adulte. par rapport à la sur-
e. épithélium qui n'est conservé que par places. — gl, glandes de face intestinale. Lieberkühn très réduites et couchées obliquement. — fe, l'un des L'atrophie de follicules clos de l’appendice, avec cg, son centre germinatif. — ch, chorion et sous-muqueuse. — m,m', couches musculaires circu- l'organe est comlaire et longitudinale — c. contenu intestinal. x 60. plète dès la vingtiè- .me année (Berry et Lack). La lumière est fréquemment oblilérée, et la présence de l'oblitération augmente avec l’âge; d’après RisserT, au delà de soixante ans, l'appendice serait plein dans la moitié des cas.
On ne doit pas, à cause de cette inévitable atrophie, considérer l'appendice iléo-cæcal comme un rudiment intestinal sans importance; c'est un organe lymphoïde inégalement actif au cours de la vie et dont l’activité est très grande dans la période de croissance. SsoBoLew prétend même que la ligature de l'appendice amène la mort de l'animal opéré.
L'extirpation de l’appendice paraît cependant justifiée par la fréquence des altérations dont il est le siège chez l’adulte en apparence normal et que LeTuLLE a relevées dans un nombre considérable d'observations. Les follicules lymphatiques sont entourés d’une zone de sclérose inflammatoire ; la musculaire-muqueuse est dense et hypertrophiée ; le tissu sous-muqueux sclérifié est uni en symphyse avec le muscle sous-jacent. Ce sont là les traces indélébiles de lésions inflammatoires ; l’état pathologique chronique est de règle dans l’appendice (LETULLE).
ch
gl.
2° ANUS. — L'anus n'est pas un orifice au niveau duquel brusquement la muqueuse du tube digestif se continue avec le tégument externe. L'étude histologique de cet orifice montre qu'il y a une région anale, un conduit anal d'une hauteur de 5 à 12 millimètres dont la paroi possède une structure particulière, distincte à la fois de celle du rectum et de celle de la peau ; outre qu'à ce niveau la musculature de l'intestin subit un certain nombre de modifications, le conduit anal se distingue par une muqueuse de transition, la muqueuse anale (Rorin et CapiaT, HERRMANN, ToURNEUx).
On sail que la face interne du rectum offre dans sa parlie la plus inférieure, immédiatement au-dessus de l'anus des bourrelets verticaux, les «colonnes de Morgagni », laissant entre elles des « vallées intercolumnaires». Entre les bases des colonnes rectales et les réunissant les unes aux autres se trouvent des replis valvulaires, les valvules de Morgagni. Une zone circulaire de muqueuse, dont la hauteur (de 5 à 12 millimètres) correspond à celle des colonnes de Morgagni, représente d'après les recherches de Rosix et Caprar, et de G. HERRMANN, l'étendue de la région anale, que revêt une muqueuse douée de caractères particuliers, la muqueuse anale. La limite supérieure de cette zone est indiquée par une ligne peu nette, la « ligne ano-rectale », due à ce que les glandes en tube de la muqueuse reclale cessent brusquement à ce niveau et que la muqueuse perd l'aspect criblé qu'elle doit aux orifices glandulaires. Sa limite inférieure, qui correspond au bord libre des valvules de Morgagni, est de même marquée par une ligne festonnée, la « ligne ano-cutanée », ainsi nommée parce qu’au-dessous d’elle la muqueuse anale prend les caractères de la peau de la marge de l'anus. Sur une coupe verticale intéressant l'extrémité inférieure du rectum, la zone anale et la peau de l'anus, les modifications que subit la paroi en passant de l’un à l’autre sont très évidentes.
Au-dessus de la ligne ano-rectale, la muqueuse du rectum offre les caractères ordinaires.
Dans toute l'étendue de la région anale, l’épithélium cylindrique du rectum a fait place à un épithélium stratifié, différent au niveau des colonnes de Morgagni et dans les dépressions intercolumnaires, stratifié et à cellules superficielles prismatiques sur celles-ci, pavimenteux stratifié au niveau des colonnes. On trouve dans la muqueuse anale : des follicules clos surtout abondants au voisinage de la ligne ano-rectale; des glandes en tube’ isolées semblables à celles du rectum et situées dans la partie supérieure de la muqueuse (« glandes erratiques du rectum ») ; des sinus aboutissant à de petites glandes en grappe qu’entourent des amas lymphoïdes et qui rappellent chez l'Homme les glandes anales de certains Mammifères (HERRMANN et DESFOSsES).
A partir de la ligne ano-cutanée, la muqueuse est remplacée par la peau. Mais celle-ci, sur une certaine étendue, que les auteurs précités ont appelée « zone cutanée lisse », n'offre pas encore les caractères de la peau parfaite ; elle manque encore de papilles, d’où son nom de « zone lisse », et elle est dépourvue de poils et de glandes sébacées et sudoripares. C’est séulement plus bas que commence la « zone cutanée » véritable, à laquelle ne manquent plus ni les papilles, ni les poils, ni les glandes ordinaires de la peau, et dont dépendent de grosses glandes sudoripares ou glandes circum-anales.