IV. — BRONCHES
1° ANATOMIE MICROSCOPIQUE DE L'ARBRE BRONCHIQUE. — L'arbre bronchique
-se compose de chaque côté :
D'une bronche-souche ou principale, qui comprend elle-même une porlion extra-pulmonaire et libre, la bronche de l'anatomie descriptive, et une portion intra-pulmonaire ;
De bronches secondaires ramifiées à l’intérieur du poumon en tuyaux bronchiques de calibre de plus en plus faible qui finissent par ne plus être que des bronches de 2 millimètres de diamètre au plus cheminant entre les lobules pulmonaires et nommées pour cette raison bronches interlobulaires. De celles-ci naissent des ramuscules bronchiques mesurant 1 millimètre de diamètre, qui pénètrent dans les lobules pulmonaires dont elles forment le canal collecteur et le pédicule; on les nomme bronches lobulaires, « sus-lobulaires, ou « sub-lobulaires ». Chacune d'elles se continue dans l’intérieur du lobule sous le nom de bronche intralobulaire et émet une dizaine de bronches dites bronchioles terminales. Jusqu'alors la forme et la structure des conduits bronchiques n'avaient pas subi de modifications importantes. Mais les bronchioles terminales en s’enfonçant plus avant dans le lobule pulmonaire se couvrent bientôt de dépressions ou fossettes, les alvéoles pulmonaires, en même temps que leur épithélium se modifie, devient plat et prend le type respiratoire dont il a été question plus haut. Puis ces bronchioles respiratoires, comme on peut les appeler, se continuent par les canaux alvéolaires. À partir du moment oùelles ont présenté ces imporlantes modifications de forme et de structure, les bronches n’appartiennent plus au système excréteur de la glande pulmonaire, mais au parenchyme même du poumon et doivent être étudiées avec ce dernier.
2° STRUCTURE DES BRONCHES. — Si sur toute la longueur de ce trajet l'arbre bronchique offre un plan de structure à peu près uniforme, ce plan n'est pas sans éprouver des transformations locales notables en rapport avec le calibre des bronches. Ces transformations portent sur les divers éléments qui entrent dans la constitution de la paroi bronchique, et elles sont quantitatives ou qualitatives, certains de ces éléments étant plus ou moins abondants suivant l'endroit, ou bien ayant une forme et une constitution variables. Les principaux éléments constitutifs des glandes qu'il y a à considérer à cet égard sont l’épithélium, les glandes, les cartilages et les muscles.
A. Épithélium. — L'épithélium est semblable, dans les bronches de gros et de moyen calibre, à celui de la trachée, c’est-à-dire que c'est un épithélium stratifié à cellules cylindriques vibratiles. Il conserve ce caractère
jusque dans les bronches d’un calibre de 2 millimètres environ. Au-dessous de ce diamètre, l’épithélium devient simple, formé de cellules cylindriques, vibratiles, auxquelles sont mélangées des cellules caliciformes. Dans les bronchioles terminales qui résultent de la division de la bronche intralobu-
laire, l’épithélium cubique a perdu ses cils. Plus loin il prend, dans les
bronchioles respiratoires, le caractère d'épithélium respiratoire qui sera décrit plus tard. L'endroit précis, où les cellules épithéliales cessent d’être ciliées et passent de la forme cylindrique à la forme cubique, a été diver-
sement déterminé. KôzuKer dit que les cils existent toujours dans les bron-
ches respiratoires de l'Homme, c'est-à-dire inférieures à o mm. 5 et ayant un diamètre de o mm. 6 à o mm. 4 ; EGnauL donne un chiffre un peu plus élevé (de o mm. 4 à o mm. 5 ou même o mm. 6). Quant aux cellules caliciformes, elles manquent, d’après KôzriKer, dans les bronches respiratoires de l'Homme et n'existent que dans les conduits supérieurs à o mm. 4 ; elles s'étendent donc un peu moins loin que les cellules ciliées ; d’après Ecpauz, elles disparaissent chez l'Homme et chez le Chat en même temps que les cellules vibratiles.
B. Glandes. — Les glandes bronchiques existent sur toute l'étendue de l'arbre bronchique, jusqu'aux bronchioles terminales. Leur nombre varie selon les espèces; rares chez les Rongeurs, elles sont très nombreuses chez les Ruminants (Bone). Leur abondance et leur volume sont en rapport avec le calibre des bronches ; elles sont de plus en plus rares et de plus en plus petites, à mesure que ce calibre diminue. On admet que chez l'Homme elles cessent d'exister dans les petites bronches en même temps que les pièces carlilagineuses. En réalité, on n’est pas fixé sur le point exact où elles disparaissent ; d’après KôzziKEr, ScHuLzE, KRAUSE, SCHAFFER, on ne les trouve plus dans les bronches de 1 millimètre ; FRANKENHAUSER les considère comme rares chez l'Homme dans des bronches de moins de o mm. 4, et Srünr de o mm. 5; d’après Ecpauz, elles s'étendent dans les plus fines bronches jusqu'aux bronchioles terminales et sont siluées surtout aux points de bifurcation des tuyaux bronchiques.
Ces glandes sont du type alvéolaire composé ou même tubuleux ramifié. Elles contiennent, d'après KüLLiKER, RENAUT et Bone, trois sortes de cellules sécrétantes: les unes mucipares, les autres aquipares ou séreuses,
d'autres zymopoiétiques. Celles de la deuxième catégorie sont les plus M
répandues et elles forment la presque totalité des glandes tubuleuses ramifiées, tandis que les glandes du type alvéolaire composé sont constituées par des culs-de-sac mixtes, pourvus de croissants de Giannuzzi (niés à tort par EcoauL (fig. 452, s.). La masse glandulaire siège surtout entre la couche musculaire et les segments cartilagineux.
Le canal excréteur suit un trajet sinueux, en général oblique par rapport à la surface de la muqueuse ; après s’être dilaté en ampoule (FRANKENHAÜSER, KôziKker), il s'ouvre par un orifice rétréci au fond d’un entonnoir de la muqueuse. L’épithélium est formé de deux couches de cellules, celles de la couche profonde cubiques, celles de l’assise superficielle cylindriques (OserTi); l’orifice infundibuliforme est tapissé par un épithélium vibratile stratifié semblable à l'épithélium de la bronche.
RL à nd
Le chorion de la muqueuse bronchique a essentiellement les mêmes caractères que celui de la trachée. Les fibres élastiques sont développées surtout dans les plis longitudinaux de la muqueuse, qui ne s’effacent pas par la distension et qui donnent une forme étoilée à la lumière des bronches, surtout de celles du moindre calibre. Le chorion est infiltré de leucocytes qui peuvent émigrer dans la cavité des glandes (Bonne). Tandis que chez les Ruminants on n’observe guère qu'une infiltration lymphoïde diffuse, la muqueuse bronchique d’autres Mammifères et celle de l'Homme renferment,
F1G. 452. — Glandes bronchiques de l'Homme.
Bronche de 1 centimètre de diamètre. — Ces glandes sont du type séro-muqueux. — m, parties muqueuses. — s, parlies séreuses (croissants de Giannuzzi) souvent très importantes et presque distinctes de l'acinus muqueux. — ce, canaux excréteurs remplis par le produit de sécrétion (coloré en noir). — vs, vaisseau sanguin (veinule). — cs, capillaires sanguins. — c, cellules spéciales du tissu conjonctif, accompagnant souvent les capillaires sanguins. x 9250.
d'après KôLLIKER, FRANKENHAUSER, STÔHR, BONNE, KuLcicki, des nodules lymphoïdes ou tonsillae basilares, qu'on retrouve encore jusque dans les bronchioles terminales. Ces follicules débordent souvent la muqueuse profondément, pénétrant entre les cartilages et la couche musculeuse ; d'autre part, en traversant la couche conjonctivo-élastique superficielle du chorion, ils forment une tête qui soulève l'épithélium de la muqueuse, et par laquelle les leucocytes tombent dans le tube bronchique.
C. Couche musculaire. — La couche musculaire, au lieu d'être comme dans la trachée localisée à la face postérieure du conduit aérien, enveloppe celui-ci complètement. On nomme muscle de Reissessen l'ensemble des
fibres musculaires lisses qui constituent cette couche. Ces fibres, à direction circulaire, forment des faisceaux séparés par des intervalles conjonctifs et reliés les uns aux autres par des faisceaux anastomotiques ; il en résulte un réseau musculaire à travées surtout transversales. Le muscle de Reissessen est, d’après Guieysse, la continuation du muscle trachéal, bien que sa situation et ses rapports soient différents. Tandis que le muscle trachéal est relégué à l’intérieur de la tunique fibro-élastique de la trachée, le muscle de Reissessen beaucoup plus superficiel est immédiatement sous-jacent à la muqueuse et a pu pour cette raison être considéré comme représentant une couche musculaire muqueuse. De plus, le premier s'attache aux cartilages, au lieu que le second ne prend aucune insertion sur les pièces cartilagineuses des bronches. L'épaisseur du muscle de Reissessen augmente, relativement à l’ensemble de la paroi bronchique, avec la diminution du calibre de la bronche. Aussi a-t-on pu dire que le type musculaire des bronches, comme celui des artères, était d'autant plus accusé que le calibre du conduit était plus faible.
D. Membrane fibro-élastique et cartilages. — Comme dans la trachée, une tunique fibro-élastique entoure de toutes parts la bronche et contient dans son épaisseur des pièces carlilagineuses plus ou moins développées. Ces pièces ont dans la grosse bronche extrapulmonaire la même forme d'arcs et la même disposition régulière que dans la trachée. Dans les bronches intra-pulmonaires, les cartilages deviennent très irréguliers, et d'autant plus espacés que les bronches sont de plus petit calibre. On finit par ne plus les trouver qu'au niveau des éperons qui séparent les deux rameaux de bifurcation d'une bronche. Ils disparaissent chez l'Homme et d’autres Mammifères dans les bronchioles de 1 millimètre de diamètre (ScHULzZE, SPALTEHOLZ, KRAUSE, SCHÂFER, STôur), plus exactement de o mm. 4 d'après FRANKENHAÜSER et seulement dans celles de o mm. 25 (Kôü- LIKER, EGDaHL). On admet généralement que ces cartilages sont du type hyalin ; mais pe Kervizy a montré qu'ils offrent déjà chez le fœtus des réseaux élastiques.