IT. — FONCTIONNEMENT DE LA GLANDE SURRÉNALE
Il ressort des dispositions morphologiques, de l'absence de canaux excréteurs, des rapports intimes que les éléments épithéliaux contractent avec les vaisseaux sanguins, et il est établi aussi par les recherches expérimentales et les faits cliniques, que la capsule surrénale fonctionne comme une glande à sécrétion interne, dont le rôle, sans doute double, consiste d'une part à retirer du sang certains principes nuisibles, d'autre part à lui fournir certaines substances utiles. Les vaisseaux sanguins sont probablement la seule voie utilisée pour ces échanges; contrairement à ce qui paraît être le cas pour le corps thyroïde, on admet généralement (sauf Perrir, Mixervini) que les vaisseaux lymphatiques ne font pas partie de cette voie.
Quant au mécanisme de l’excrétion cellulaire dans la substance médullaire et dans la substance corticale, voici quelques données.
Pour la substance médullaire, Cyeuzski, Biepez, WiEsEL avaient montré que le principe actif se trouve dans le sang veineux. Plusieurs auteurs, recherchant morphologiquement ce principe dans les veines de la médullaire, ont cru y retrouver le produit chromaffine des cellules glandulaires, soit sous forme dé granules (PrauNDLER, Bieper, HULTGREN et ANDERSSON, Car- LiER, Da Cosra), soit à l'élat de masses brunes chromaffines, d'aspect colloïdal, muciformes (Manasse, Sroerk et HABErER). Pour Craccio, ce ne serait pas la substance chromaffine elle-même, mais son dérivé sidéraffine qui passerait dans les vaisseaux. Quant au processus d’excrétion, HULTGREN et ANDERSSON,MaNASsE ont cru que le produit était évacué directement dans les vaisseaux sanguins, à travers la paroi endothéliale ou en l'absence de toute paroi vasculaire. Mais Srorrk, qui croit à l'existence d’une paroi toujours intacte, n’admet pas cette évacuation directe el en nature.
Pour la substance corticale, le produit sécrété serait éliminé, selon Craccio, dans les vaisseaux sanguins par l'intermédiaire des canalicules intracellulaires signalés par cet auteur. FÉLIcINE se fait une autre idée du fonctionnement des cellules corticales ; ayant pu injecter des canalicules intercellulaires et intracellulaires à partir des vaisseaux artériels et par conséquent sous une haute pression, elle pense que ce ne sont pas les cellules glandulaires qui déversent dans ces canalicules d'abord puis dans les vaisseaux sanguins la substance sécrétée par elles, mais qu'au contraire du sang artériel pénètre par ces canalicules dans l’intérieur des cellules, qui ont pour rôle de le purifier, d’en extraire certains principes.
La constitution distincte de la glande surrénale par deux organes d'ori-
gine et de nature différentes n'autorise pas à en demeurer à l'étude physio= | logique globale de la glande tout entière. Elle invite à rechercher quelles sont les activités physiologiques distinctes des deux parties de l'organe.
La subslance médullaire fournit la matière chromaffine, laquelle ellemême contient l'adrénaline de Takamine. C'est à l’adrénaline qu’il faut attribuer l'action hypertensive de l'extrait de capsule surrénale, c’est à-dire la propriété d'élever la pression sanguine, en agissant sur la musculature des petits vaisseaux et déterminant une vaso-constriction (Ouiver and | SCHAFER, CYRULSKI, SALVIOLI, LIVON).
La production de la substance corticale se résume en deux substances principales : les lécithines et le pigment. Les lécithines sont sans doute le substratum de poisons éliminés par la glande. La fonclion antiloxique de la corticale paraît bien établie; elle produit une substance qui neutralise ou détruit les poisons curarisants qui proviennent des déchets du travail musculaire (ABeLous et LanGLois); chez les animaux tués par surmenage, on. observe l'épuisement complet de la couche spongieuse {BarDiER et BONNE). Quant au pigment, il résulterait de l’action de la tyrosinase sur la tyrosine; la capsule surrénale serait le lieu de transformation de la tyrosine de l'organisime (GESSARD).
ARTICLE 3. — ORGANES PARAGANGLIONNAIRES OÙ PARAGANGLIONS I. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX.
On a vu se développer, aux dépens sans doute des cellules encore indifférentes qui constituent les ébauches ganglionnaires du sympathique, des éléments qui, au lieu de devenir nerveux, s'engagent dans une voie évolutive différente. Ils deviennent des cellules glandulaires, parasympathiques, caractérisées par leur réaction chromaffine el nommées pour cette raison cellules chromaffines ; elles constituent par leur réunion des organes chromaffines, ou « phéochromés », dits aussi organes paraganglionnaires ou paraganglions. ° Ces organes sont très nombreux. Tels sont le paraganglion carotidien où glande carotidienne, le paraganglion coccygien ou glande coccygienne, le paraganglion tympanique, le paraganglion abdominal dit organe de Zuckerkandl, une foule d'autres disséminés sur le trajet du sympathique, enfin le plus important de tous, le paraganglion surrénal, qui forme la substance médullaire de la capsule surrénale.
Tous ces organes sont construits sur un même type et renferment un élément commun et caractéristique, la cellule chromaffine (Koun), caractérisée surtout par sa réaction brune vis-à-vis des réactifs chromiques. Les cellules dites chromaffines n'ont pas cependant toujours la même chromaticité ; elles peuvent même être incolores (KosE); cet auteur a pu ainsi distinguer plusieurs sortes de cellules chromaffines, qui représentent des phases: d'évolution ou des stades fonctionnels. Ainsi le paraganglion carotidien des Oiseaux serait formé d'un amas de cellules chromaffines incolores et de nerfs sympathiques (Koss). Les cellules chromaffines offrent un arrangement épithélioïde et constituent des travées, souvent disposées à leur tour en un.
réseau, dont les mailles sont occupées par des vaisseaux capillaires sanguins larges et irréguliers (sinusoïdes).
Les cellules chromaffines n'existent pas que dans les paraganglions. Les ganglions sympathiques des Mammifères et des Oiseaux en contiennent toujours un plus ou moins grand nombre (Konn, KosE), ce qui témoigne de la parenté des ganglions et des paraganglions. Chez les Batraciens, les ganglions sympathiques renferment des amas de cellules chromaffines, les « nids cellulaires » de S. Mayer. Les ganglions nerveux qui se trouvent à la surface de la capsule surrénale offrent aussi, selon plusieurs auteurs, parmi les cellules nerveuses, quelques cellules chromaffines ; celles-ci, par l’inter-. médiaire des cellules chromaffines erratiques éparses dans la substance corticale, se rattachent à la masse chromaffine qui forme la substance médullaire.
Ce n'est pas seulement dans les ganglions sympathiques que se rencontrent des éléments paraganglionnaires. Kose, chez les Oiseaux, en a découvert dans les organes les plus divers (ovaire, testicule, rein, parois vasculaires, etc.).