‹ Traité d'histologie (volume 3)Chapitre 25 sur 198 · ARTICLE 2. — STRUCTURE DU TÉGUMENT EXTERNE · texte numérisé non relu

ARTICLE 2. — STRUCTURE DU TÉGUMENT EXTERNE

Avant de suivre les expansions des cellules sensibles ganglionnaires dans le derme et l’épiderme, avant d'analyser leur distribution parmi les éléments sensoriels accessoires et de prendre ainsi connaissance avec le disposilif essentiel de l'organe tango-récepteur, il est indispensable d'étudier tout d’abord la structure du tégument externe et des organes qui lui sont annexés (fig. 264).

Le tégument externe comprend deux couches fondamentales, comme nous le savons par l'histoire du développement : 1° l'épiderme, d’origine ectoblastique ; 2° la couche conjonctive sous-épidermique, d’origine mésenchymateuse. Celle-ci renferme le plus souvent trois assises superposées : a, le derme ou chorion; b, le tissu cellulaire sous-dermique ou {ela subculanea ; e, le fascia sous-cutané ou fascia sub-culanea qui rattache la peau aux plans musculaires ou osseux sous-jacents. Les deux dernières assises sont souvent désignées sous le nom d’hypoderme.

(1) Le derme ne serait pas d’origine mésenchymateuse, d’après RETTERER, mais d'origine ectodermique. Le tissu conjonctif primordial qui constitue la couche la plus superficielle du derme provient des cellules profondes de l’épiderme qui se sont abondamment multipliées. Leur assise la plus interne fournit les cellules et les fibres conjonctives ainsi que les fibres élastiques. Les papilles se développent également aux dépens d'ilots de cellules épithéliales qui subissent progressivement de dehors en dedans la même transformation conjonctive.

1° Épinerme. — L'épiderme est un épithélium pavimenteux stratifié. Il est caractérisé par ce fait que les assises cellulaires les plus superficielles subissent une transformation cornée. Sa structure est d'autant plus simple et sa minceur d'autant plus grande qu’il est soumis à des compressions el à des frottements moins intenses. Il mesure en moyenne 50 à 1004 dans la plus grande partie de son étendue (front, joue, cou, bras, abdomen, thorax, membres inférieurs); 88 à 220 y dans la région fessière; 480 à 650 y sur la paume de la main, 600 à 725 & sur la plante du pied, 1.000 à 1.200 y sur la pulpe des orteils (Drosporrr). Aussi y a-t-il lieu d'étudier tout d'abord sa structure dans la plus grande étendue de la surface cutanée, et ensuite les complications structurales qu'il présente dans certaines régions du tégument externe (paume des mains el face palmaire des doigts, plante du pied et face plantaire des orteils).

A. Structure de l'épiderme en général. — Une coupe perpendiculaire à la surface du tégument externe montre, à un grossissement faible, que l’épiderme est édifié par plusieurs couches cellulaires

FiG. 264. — Schéma d'un organe des sens tactile chez un

nettement distinctes (fig “ 265). Vertébré et de ses rapports avec le névraxe.

Elles sont séparées du derme cs, cellules sensorielles. — g, ganglion cérébro-spinal for<

sous-jacent par une ligne ho- mé par ces cellules. —— fP; fibre périphérique de la . s cellule sensorielle se terminant dans l'épiderme ep,

rizontale et parallèle à la sur- au niveau d'un appendice sensible de celui-ci, tel

18: qu'un poil p. — fe, fibre centrale de cette même celface de l'épiderme quand le lule, aboutissant à l'organe nerveux central (moelle

derme est planiforme el sans ou cerveau C).

papilles; celte ligne présente

au contraire une série de festons plus ou moins réguliers quand le derme est formé de papilles. Les crêtes envoyées par le derme à l'intérieur de l'épiderme sont les papilles dermiques el les prolongements de l'épiderme compris entre les crêtes dermiques sont les papilles épidermiques. Planiforme ou papillaire, l'épiderme possède la mème structure fondamentale. Il est constitué par deux assises séparées par une ligne sombre : une assise ou couche profonde, appliquée contre le derme, formée de cellules nucléées et riches en cytoplasme; c’est le sératum germinativumn ou rete Malpighit; une assise ou couche superficielle de lamelles superposées; c'est le s/ralum corneum ou couche cornée. La ligne sombre qui sépare l’une de l’autre les deux assises sus-indiquées est une assise de cellules très granuleuses, très colorées par les réactifs, dont l’ensemble représente la couche granuleuse ou s/ratum granulosum.

a) Membrane propre. — L'examen à un grossissement plus considérable nous renseigne sur les particularités offertes par chacune de ces couches et nous montre en outre qu’il existe une membrane limitante entre la face profonde de l’épiderme et le derme. C’est la membrane basale (Ranvier) le

basement-membran (Too et Bowman), la membrana prima (Hexsew). Elle présente un aspect réfringent, parfois un double contour ou une minceur considérable (1 à 2 H). Ses deux faces sont recouvertes de crêtes ou denticulations plus accusées vers le sommet que vers les bords des papilles. Les crêtes internes se continuent avec les fibres conjonctives du derme. Les denticulations externes, très fines et très nombreuses, s’engrènent avec les denticulations semblables qui garnissent la face profonde des cellules épidermiques. Cette membrane est une formation d’origine épithéliale.

b) Couche germinative. — Au-dessus de la basale s'étagent les assises du stratum germinativum. Celui-ci comprend une couche profonde de cellules cylindriquesappliquées sur la basale, et plusieurs couches de cellules polyédriques élagées au-dessus des précédentes.

SD

x) La couche des cellules cylindriques ou stralum basilare est généralement désignée sous le nom PRES ÉREN SS Li de couche génératrice TRE ES AT ESS ES (RoëiN, KÔLLIKER, | — Ranvier, elc.). Ces Fic. 265. — Coupe de l'épiderme. auteurs la considé-

D, derme. — B, couche basilaire. — CM, corps muqueux de Malpi- raientcommelesiège ghi. — SG, stratum granulosum. — SI, stratum intermedium. — : EEE ES SL, stratum lucidum. — SG, stratum corneum. — LD, stratum unique des multipli disjunctum. D'après RANVIER. ù cations cellulaires

destinées à assurer la rénovation des cellules épidermiques. Mais ce processus de rénovation existe aussi dans la couche des cellules polyédriques (v. BRuNN, BRANGA). Aussi ce dernier auteur propose-t-il la dénomination de couche basilaire, qui a l’avantage de ne pas spécifier la fonction de cette couche. Les cellules cylindriques qui la constituent sont très élevées {12 à 16 x), sont dirigées perpendiculairement à la surface de l’'épiderme et renferment du pigment. Le pigment est d'ordinaire amoncelé autour du noyau des cellules cylindriques. D’autres cellules présentent une pigmentation particulièrement accentuée; elles possèdent quelques expansions latérales, sont toujours localisées dans les assises cutanées les plus profondes et parviennent quelquefois avec leurs expansions jusqu'au corps papillaire. Ces « chromator phores » sont remplis de granulations pigmentaires. Les deux sortes de cellules pigmentaires sont indépendantes les unes des autres ; mais il existe des éléments qui représentent une transition entre l’une et l’autre sorte (Grun»). Elles seraient un moyen de défense contre les rayons ultra-violets (SOLGER).

Les cellules cylindriques sont munies, sur leurs faces superficielles el latérales, de minces prolongements qui les réunissent entre elles et avec les cellules polyédriques qui leur sont superposées. Leur face profonde est également munie de très finés dentelures ou franges qui s'engrènent avec les dentelures semblables de la membrane basale. Les franges du pied sont formées de cytoplasme ordinaire ; il n’existe pas dans ces franges de fibres protoplasmiques proprement dites qui ne commencent à apparaître dans les cellules basales qu’à une certaine distance des prolongements inférieurs (SCHRIDDE).

8) La couche des cellules polyédriques comble les papilles épidermiques ; son épaisseur est donc considérable au niveau de ces papilles et peu considé-

/Naus ] VIN ’ SANTA Lie)

F1G. 266. — Structure filamenteuse des cellules épidermiques. D'après KROMAYER.

rable, au contraire, au-dessus des papilles dermiques. Sa surface externe est plane ou légèrement ondulée. On lui donne communément les noms de corps muqueux de Malpighi, couche des cellules malpighiennes, couche muqueuse proprement dite, stratum Malpighit, stralum filamentosum, stratum spinosum, etc. Cette dernière appellation n’est pas suffisamment caractéristique, car les filaments unilifs existentaussi dans les couches précédente etsuivante. Les cellules de cette couche sont polyédriques, les plus superficielles sont toutefois plus aplaties que les éléments profonds. Elles sont séparées les unes des autres par des espaces clairs remplis d’une substance semiliquide qui est sans doute du plasma ou de la lymphe (RanviER, FLEMMING). Leur cytoplasme est plus dense et plus foncé à la périphérie (exoplasme) qu'au centre de l'élément, dans la région périnucléaire (endoplasme). L'exoplasme renferme des fibrilles très nettes qui représentent une différenciation du réticulum filaire de la cellule. Elles sont dirigées parallèlement au grand axe de la cellule dans les éléments du stratum basilaire. Elles

sont orientées en sens radiaire dans les cellules polyédriques. Ces fibrilles traversent les espaces intercellulaires, se continuent avec les fibrilles des cellules voisines et solidarisent ainsi les uns avec les autres tous les éléments de la couche germinative (RaNvier, KROMAYER, HERXHEIMER et Müzrer, BENECKE, WEIDENREICH, UNNA, ScHrippe). Le plus souvent ces fibrilles réunissent les cellules immédiatement voisines; mais elles peuvent aussi réunir des cellules situées à une certaine distance. Dans ce cas, on les voit sortir d’une cellule donnée, péné-

trer dans l’exoh plasme d’un élé-

QRATIRERR ARODEGOR | mentroisi tre TERRE

une autre cellule

A où elles se termirte nent. Cette dispopee é sition est due aux phénomènes de prolifération cellulaire et aux changements de rapports qui se produisent entre les éléments de cette couche. Une nouvelle cellule, sous la poussée de ses congénères, peut s'insinuer entre deux éléments

Fi1G. 267. — Représentalion schématique du système des fibres . tout d'abord adjaprotoplasmiques dans l'épiderme humain. cents, les écarter

D ere ee a ea ed dans les zones profonde et moyenne de l'épiderme. — C, Disposition et déterminer la des mêmes faisceaux dans la zone superficielle. D'après Scunpe. distension desfilaments intercellu-

laires qui prennent la disposition décrite ci-dessus (Kromayer) (fig. 266). Ces filaments sont très visibles dans les espaces intercellulaires où on les a tout d’abord observés. Ce sont les « ponts intercellulaires », les « filaments d'union », les « épines intercellulaires » des auteurs (ScHrôN, ScnuLrze, KüLLt KER, RANVIER, M. Ip£, etc.). Ceux-ci en ont fait soit des prolongements protoplasmiques, soit des expansions de la membrane cellulaire, soit les restes des fibrilles achromatiques développées pendant les cylodiérèses qui ont donné naissance à ces éléments (SHERIDAN-DELÉPINE). On sait actuellement, comme nous l’avons indiqué ci-dessus, qu'elles représentent une différenciation cyloplasmique filamenteuse dont une partie demeure intracellulaire et dont

l'autre se projette entre les cellules sous forme de ponts d'union. C'est une modalité de la substance figurée du cytoplasme, une sorte de protoplasme supérieur (PrENANT). Le milieu des ponts présente quelquefois un bouton (RaNvIER, REINKE). Ce dernier auteur considère que ces boutons tracent la limite entre les territoires cellulaires voisins. D’après Scaripne, l’arrangement des fibres protoplasmiques obéit à des lois définies et les faisceaux de fibres qui unissent plusieurs cellules forment des systèmes réguliers (fig. 267). Ceux qui partent des cellules basales traversent les cellules des couches sus-jacentes, suivent un parcours qui dessine un ovale allongé et rejettent en dehors d'eux les noyaux des cellules DA ne anse nan épidermiques. Ces ovales ont FAT ARRSS 0e C7 un grand diamètre d'autant s plus petit qu'on se rapproche plus de la surface, prennent ensuite la forme de cercles, MEN fe puis celle d'ovales à grandaxe CARE 5 cM parallèle à la surface cutanée. :

Ces petits systèmes arrondis ou ovales relient seulement A :

trois cellules contiguës. Fina- : 8 SP UPAESC é Vent À lement, près du stratum gra- Le /2 À, 1 nulosum, il n’est plus possible de distinguer les systèmes les uns des autres; les fibres sont si serrées que la résolution des images sous le microscope n’est plus possible. Cette disposition des fibrilles représente F1G. 268. — Coupe de la peau de la pulpe des doigts une adaptation à une fonction chez un Chat nouveau-né. de l’épiderme, et répond aux CM, couche muqueuse de Malpighi avec g, assise pro- $ À 7e fonde. — cg, couche granuleuse (stratum granulosum). lois de l’élasticité et de la ré- — ce, couche cornée (stratum corneum). — gs, canal sistance ; elles sont disposées PRE EPEIT AAINIDARS. X 000. d'une manière parfaite pour résister aux actions qui peuvent s'exercer en tous sens sur l’épiderme (ScHRIDDE).

Page 1