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II. — STRUCTURE DE LA CORNÉE

L'histogénèse de la cornée nous a indiqué que cet organe comprend deux parties fondamentales : un épithélium antérieur, pavimenteux stratifié; un derme appelé tissu propre de la cornée. Comme dans toute l’étendue du tégument externe, on trouve entre l’épithélium antérieur et le derme une membrane basale particulièrement bien développée. Il existe éga- . lement une membrane basale postérieure sur la face profonde du derme ; elle se trouve revêtue d’une couche eéndothéliale qui limite la cornée du côté de l'humeur aqueuse (fig. 337).

1° ÉPITHÉLIUM ANTÉRIEUR. — On peut lui distinguer trois couches : une couche profonde de cellules cylindriques ; une couche moyenne de cellules polyédriques ; une couche superficielle de cellules aplaties.

La couche profonde est formée par une assise de cellules à grand diamètre dirigé perpendiculairement sur la membrane basale. Leur extrémité externe est arrondie ; leur extémité interne est quelquefois plus ou moins aplatie. Cette particularité leur a fait donner le nom de cellules à pied ou pédieuses par Rozrerr et Lorr. LANGERHANS a montré que ces cellules profondes sont garniesde dentelures sur toute leur périphérie, et c’est

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au moyen de ces dentelures qu'elles s'incrustent dans la membrane sousjacente. Elles présentent parfois des mitoses qui servent à la régénéralion

-des cellules cornéennes desquamées.

Plusieurs assises de cellules polyédriques s’élagent au-dessus de cette couche profonde. Ce sont des éléments assez volumineux et réunis les uns avec les autres par des ponts inlercellulaires. 1ls montrent sur leur face inférieure des échancrures séparées par des saillies lamelleuses. Les échancrures logent les corps des cellules voisines et les saillies s'encastrent entre leurs faces adjacentes. On peut homologuer cette couche au corps muqueux épidermique.

Les cellules plates de la couche antérieure se disposent sur plusieurs assises, lrois ou quatre chez l'Homme.

Les cellules les plus superficielles sont les plus volumineuseset forment la couche cornée de Prirzxer. Maiselles conservent toujours leur noyau qui souvent fait saillie à leur surface.

Purrer a montré que la structure de l'épithélium antérieur présente chez les Cétacés des modifications intéressan-

F1G. 337. — Coupe de cornée humaine.

tes. La couche super- ASE ï 5 4 $ à ; épa, épithélium antérieur. — léa, lame élastique antérieure. — ficielle envoie dans les tp, tissu propre de la cornée. — lép, lame élastique postérieure,

couches sous- j acentes — en, endothélium postérieur. X 100.

des prolongements qui

parviennent jusqu’à la basale antérieure et s'appliquent à sa surface. Cette disposition a pour résuliat, d’après Purtrer, de consolider la couche cornée qui pourrait être facilement déchirée à cause des mouvements violents de l’animal dans les flots. La Baleine offre une disposition spéciale de la couche superficielle cornée. Celle-ci occupe toute l'épaisseur de l’épithélium antérieur et forme un système de mailles dont les dimensions diminuent progressivement. Les autres cellules cornéennes sont renfermées dans ces mailles.

L'épithélium antérieur possède une épaisseur variable suivant les espèces. Il atteint environ 40 y chez l'Homme. II se continue avec celui de la conjonctive au niveau du limbe scléro-cornéen. Les cellules de cet épithélium sont susceplibles de glisser facilement les unes sur les aulres. Si l'on fait une section peu profonde de la cornée, la solution de continuité est

remplie peu de temps après de cellules qui la comblent progressivement (Ranvier, Perers, Rerrerer, Masuai, etc.). Ce fait explique la cicatrisation rapide des ulcérations cornéennes superficielles et montre que les cellules de l’épithélium cornéen ne sont pas aussi solidement réunies par leurs filaments protoplasmiques que les cellules des autres régions de l’ectoderme tégumentaire.

2° MEMBRANE BASALE ANTÉRIEURE. — L'épithélium antérieur repose sur une vitrée, appelée membrane basale ou basilaire antérieure (Ranvier), membrane de Reichert, lame élastique antérieure (Bowmax) ou membrane de Bowman. Son épaisseur atteint 5 à 10 & chez l'Homme (Hexe). Elle est à peine indiquée chez les Batraciens, un peu plus accentuée chez les Oiseaux, et plus encore chez les Mammifères. Cette membrane est réfringente et homogène à l'état normal. Elle possède cependant une constitution fibrillaire très délicate ; on peut la mettre en évidence par un traitement approprié, ou sur des yeux atteints de certaines affections inflammatoires (cornées traitées par le permanganate de potasse ou yeux atteints d'irido-cyclite, BErGer). Son mode d’histogénèse aux dépens des fibrilles les plus superficielles du derme cornéen nous indique également que telle est sa constitution fondamentale (WorrrauM); mais ces fibrilles ne peuvent s’observer dans les conditions normales parce qu’elles sont noyées dans une substance monoréfringente. Le nom de lame élastique que lui a donné Bowmax n’est justifié ni par sa structure ni surtout par ses réactions histochimiques. Nous devons la considérer comme une membrane basale, la plus épaisse de l’économie. Les fbrilles des couches cornéennes sous-jacentes se continuent avec celles de la lame basilaire, ainsi que les fibres dites arciformes (HEXLE et LANGERHANS).

3° DERME CORNÉEN OU TISSU PROPRE DE LA CORNÉE. — Le derme cornéen est conslitué par une charpente fibro-élastique et par des cellules conjonctives. Il ne renferme pas de vaisseaux A il est pourvu d’une riche arborisation nerveuse.

La charpente fibreuse du derme cornéen est formée par une série de lames superposées. Ces lames sont au nombre de cinquante environ dans la cornée humaine. Chacune d’elles comprend un grand nombre de faisceaux conjonctifs.Ils sont juxtaposés les uns à côlé des autres et disposés parallèlement dans chaque lame cornéenne. Leur calibre est à peu près égal dans toute l’épaisseur du derme; il est cependant assez peu régulier dans les couches cornéennes antérieures chez les grands Mammifères et chez l'Homme en particulier. Les faisceaux primitifs sont réunis dans chaque lame par une substance cimentante, le ciment inter-fasciculaire. Ils se dissocient en fibrilles très ténues par immersion prolongée dans certaines substances chimiques leau de baryte, permanganate de potasse (Rorrer),chlorure de sodium à 10 p. 100 (SCHWEIGGER-SEIDEL), chlorure de palladium 1/4 à 1/2 p. 100 (Warpeyer)]. Ces fibrilles présentent les mêmes caractères que les fibrilles conjonctives ordinaires ; elles sont cependant moins ondulées. Elles sont soudées les unes avec les autres par un ciment interfibrillaire de même indice de réfraction, ce qui explique leur transparence. rh

. Nous avons vu que les faisceaux primitifs du derme cornéen sont disposés parallèlement les uns aux autres dans chaque lame cornéenne. Mais les fibres de chaque lame sont orientées perpendiculairement aux fibres de la lame suivante et ainsi de suite. Il ne faut cependant pas croire que les lames cornéennes soient superposées sans autre lien qu'une sorte de ciment intercellulaire. Il existe dans chaque lame des fibres et fibrilles obliques qui passent dans les lames voisines et les réunissent. Cette disposition est surtout très accentuée dans les couches superficielles de la cornée, chez l'Homme et les grands Mammifères surtout, où les fibres obliques, très nombreuses et très volumineuses, sont dites « fibres arciformes ».

Le tissu propre renferme également une charpente élastique. Elle est très développée chez certains animaux comme la Raie. Ranvier a montré que le tissu propre chez cet animal est parcouru par un système de fibres élastiques dont la plupart sont orientées perpendiculairement sur les lames cornéennes et unissent les lames basilaires antérieure et postérieure. Il les désigne sous le nom de « fibres suturales ». Mais l'existence et la disposition des fibres élastiques chez les Mammifères est plus difficile à mettre en évidence à cause de leur ténuité. On ne les signalait autrefois que dans le voisinage du rebord cornéen (WaLnEYER, HENLE). TARTUFERI, par une méthode particulière d'imprégnation, a trouvé d'innombrables fibrilles élastiques dans toutes les régions de la cornée. Elles ont un trajet onduleux, s’anastomosent les unes avec les autres, sont le plus souvent dirigées parallèlement aux fibres conjonctives et forment dans leur ensemble une vaste charpente qui occupe toute l'épaisseur de la cornée. KiriBucHi arrive à des conclusions analogues, mais il admet que la région moyenne de la cornée n’en renferme pas. SarrLer et Srurzer, dans leurs derniers mémoires, nient l'existence de ces fibres. Ces résultats différents sont peutêtre dus à des variations individuelles ou à l'influence de l’âge (KarrIus).

Entre les fibres conjonctives, il existe un grand nombre d'éléments cellulaires désignés sous le nom de cellules-fixes de la cornée.Ces éléments sont situés entre les lames cornéennes. On voit bien leur situation et leur distribution sur des coupes méridiennes. Chaque interstice compris entre deux lames cornéennes renferme un grandnombre de cellules fixes, dont les noyaux sont entourés chacun par une mince couche cytoplasmique, aplatie dans le sens des lames. Les imprégnations au chlorure d’or fournissent des images positives des cellules-fixes. Chacune de celles-ci, vue à plat, est formée par un corps cytoplasmique polygonal d’où partent de nombreux prolongements qui s’anastomosent entre eux et avec ceux des cellules voisines (fig. 338). Ils suivent les sillons laissés libres entre les fibres cornéennes des deux lames adjacentes. Ces sillons sont orientés à angle droit, comme les fibres qui les délimitent; aussi les prolongements sont-ils rectilignes et orientés suivant deux directions perpendiculaires. De plus, chaque prolongement peut présenter un certain nombre de bifurcations à angle droit. Le corps cellulaire et les expansions qui en partent montrent aussi des crêtes d'empreinte ; celles-ci sont les moulures lamelleuses du cytoplasme qui s’introduit dans les angles dièdres compris entre les bords des fibres

cornéennes, Ces cellules à prolongements grêles et ramifiées ont été

désignées par RanNvier sous le nom de cellules corpusculaires (à cause de leur ressemblance avec les corpuscules osseux) et les cornées qui les renferment sous le nom de cornées à cellules du type corpusculaire. Elles se rencontrent par exemple chez le Bœuf, le Cheval, le Lapin, etc.

Il existe un autre type de cellules-fixes qui caractérise la cornée de certains animaux (Rat, Cobaye, Chien,etc.) et de l'Homme. Le corps cellulaire envoie latéralement de larges expansions qui s’anastomosent avec des

expansions venues des cellules voisines et délimitent ainsi des mailles arrondies et de faibles dimensions (fig. 339). Ce sont les cellules à type

F1G. 338. — Cellules fixes de la cornée de Grenouille imprégnées au moyen du chlorure d'or. x 500.

membraniforme. BaLLowiTz y a constaté l'existence d’un microcentre avec deux corpuscules réunis par une centrodesmose ; ils ont la forme de bâtonnets chez les Mammifères et sont situés dansle voisinage du noyau. Les cellules à deux noyaux renferment deux microcentres.

On peut mettre en évidence les cellules-fixes de la cornée par des imprégnations dites négatives; celles-ci laissent en clair l’espace occupé par le corps cellulaire et ses prolongements et colorent au contraire en teinte foncée la substance intercellulaire. On obtient ce résultat par l'imprégnation au nitrate d'argent.

4° MEMBRANE BASALE POSTÉRIEURE. — Cette membrane est encore appelée |

membrane de Descemet, membrane de Demours, lame élastique postérieure. Elle est transparente à l'état frais et réfringente sur coupe ; son épaisseur

mesure 6 à 8 y au centre, 10 à 12 u à la périphérie chez l'Homme”

été

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adulte (H. Müzcer); elle se termine en arrière sur une formation particulière dite « anneau limitant antérieur » de ScawaLgé, dont il sera question plus loin. D'après HENLE, la membrane de Descemet, chez le Bœuf, se dissocie en lamelles à la suite d’une longue coction; elle présente une structure fibrillaire après macération dans une solution à 10 p. 100 de chlorure de sodium (ScawriGGEr-SEIDEL). Sa substance est assez analogue à celle du tissu élastique; beaucoup de réactions permettent de faire ce rapprochement (action des acides, des alcalis, de certains réactifs colorants comme la fuchsine, Kirisucr1), mais d’autres réactions fournissent des résultats différents (action du picrocarmin, de l’acide osmique, de l’hématoxyline).

Chez l'Homme et en particulier chez l'Homme d'âge mûr, la membrane de Descemet porte des excroissances verruqueuses, sphéroïdales (Hizz,

FiG. 339. — Cellules fixes de la cornée humaine. Cellules à type membraniforme.

A, dans la plus grande partie de l'épaisseur de la cornée. — B, dans les couches postérieures. D'après DRUAULT.

Hasazz, HEeNLE). Ces formations sont vraisemblablement produites par l'activité des cellules de l'épithélium postérieur. Ce qui tend à faire admettre cette manière de voir, ce sont les phénomènes qui se passent au cours de la cicatrisation de la membrane de Descemet. Ranvier a montré que si on sectionne cette membrane, les bords de la plaie s’incurvent en avant. L'épithélium postérieur comble tout d'abord cette cicatrice, puis une mince cuticule réfringente apparaît au-dessous de lui et s’insère sur la convexité des lèvres de la plaie; elle n’est donc pas produite aux dépens des lamelles préexistantes, mais par l’activité propre des cellules de l’épithélium postérieur.

0° ENDOTHÉLIUM POSTÉRIEUR. — Il est formé par une seule assise de cellules qui tapissent la face interne de la membrane de Descemet. Ce sont des éléments hexagonaux, larges et minces, réunis par des filaments intercellulaires qui peuvent traverser plusieurs cellules. Ce fait est particulièrement net chez les Oiseaux (Smmnorr, NuEez et Corniz). Chacun de ces éléments renferme un noyau dont la forme peut se modifier avec l’âge. Ils sont arrondis chez les animaux jeunes et deviennent plus tard réniformes ou en fer à cheval chez certains Mammifères, comme le Mouton et le Chat par exemple. Cette transformation se fait sous l’in-

fluence d'une sphère cellulaire qui se trouve siluée à l'endroit de la conca-

FiG. 340. — Épithélium postérieur de la cornée chez le Veau. Centrophormies dans le voisi-

nage du noyau. D'après TorsuKA.

no » découvert par GoLat dans un grand nombre de cellules et en particulier dans les cellules nerveuses (fig. 340).

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