I. — FORMATION DE L'ÉBAUCHE DENTAIRE, LA DENT MOLLE
1° GÉNÉRALITÉS SUR LA FORMATION DENTAIRE. — Tandis que chez les Mammifères les dents portées par les mâchoires n'existent qu’à l’entrée du tube intestinal, elles offrent chez les Vertébrés inférieurs une distribution bien plus étendue. C’est la muqueuse bucco-pharyngienne tout entière qui chez ces Vertébrés a la propriété de former des dents. Chez beaucoup d'espèces en effet, les dents garnissent non seulement les maxillaires, mais aussi la voûte et le plancher de toute la cavité buccale, ainsi que la face interne des arcs branchiaux (dents palatines, linguales et pharyngiennes) ; l'œsophage lui-même est capable de produire des odontoïdes sinon des dents véritables; on les trouve dans le jabot des Oiseaux, qui n’est qu'un renflement œsophagien. Bien plus, il n’y a pas que des dents maxillaires, buccales, pharyngiennes ou même œsophagiennes, bref des dents appartenant à la paroi antérieure du tube digestif. Comme O. HEerrwiG l’a montré, chez les Sélaciens les écailles placoïdes, qui s'étendent sur la totalité de la face cutanée et qui forment à ces animaux une cuirasse puissante et flexible, sont de véritables dents cutanées.
On peut prendre pour type de la formation dentaire le développement des dents cutanées ou écailles placoïdes des Sélaciens. Les deux parties du tégument, l’épiderme et le derme, prennent part à la formation dentaire.
C'est ici comme toujours l’épithélium qui donne le branle; il forme comme une sorte de moule sur lequel se façonnera le tissu conjonctif du chorion, qui donnera plus tard la partie essentielle de la dent, l’ivoire dentaire. Chez de jeunes embryons de Raïie, on voit en certains points les cellules de la couche profonde de l’épiderme augmenter de hauteur et. s’allonger en éléments cylindriques (fig. 369, A, me.). Ces transformations se font au niveau d’un point où le mésenchyme ou tissu conjonctif embryonnaire est condensé en une sorte de noyau conjonctif ou papille dentaire (pd.). Le tout se soulève en une ébauche conique, constituée par le noyau conjonctif coiffé de la couche épidermique modifiée, qui fait saillie de plus -en plus dans l’épiderme, et qui prend peu à peu (fig. 369, B) la forme de la future dent.
C'est alors que commence le processus de calcification (fig. 369, B). Les cellules les plus superficielles de la pagille dentaire (p.d.), ou odontoblastes (0.),formant dans leur ensemble la membrane de l’ivoire, sécrètent une mince couche d'ivoire ou dentine (i.) qui tapisse la papille. De leur côté, les cellules épidermiques, ou adamantoblastes, dont l’ensemble constitue la membrane - de l'émail où « membrane adamantine » (me.), manifestent leur activité …—. productrice en déposant à la surface extérieure de la coiffe dentinienne une …—. couche dure et mince d'émail (e.). Par le dépôt incessant de nouvelles
couches d'ivoire à la face interne du capuchon dentinien déjà formé, et par celui de nouvelles strates d’émail s’ajoutant à la face externe de la première couche d'émail, la dent devient de plus en plus épaisse et longue et finit * par traverser le revêtement épidermique en pointant au dehors ; ou comme on dit habituellement, la dent fait éruption. La dent acquiert ensuite un