LIVRE IX MULTIPLICATION DES CELLULES
La découverte de la multiplication cellulaire représente Tune des plus importantes conquêtes de la science biologique moderne. L'étude de ce phénomène complexe dans toute la série des êtres vivants a fait admettre cette loi générale que toute cellule provient toujours d'une cellule préexistante, et a fait disparaître Tancienne et célèbre hypothèse de la néogenèse des cellules au sein d'un blastème formateur. Dans Torganisme adulte, ce processus détermine la régénération des éléments usés par le travail physiologique qu'ils ont à fournir ; au début et au cours de Tontogenèse, il est plus important encore : il sépare de Tindividu-mère les produits sexuels, sélectionne la substance héréditaire, et partage cette dernière, une fois la fécondation opérée, dans les générations-filles successives. Il représente donc le facteur essentiel de la régénération des cellules, comme celui du développement et de Thérédité (Wilson).
Parmi les pionniers de la science biologique qui ont abordé Tétude de la structure élémentaire des tissus et cherché à élucider la genèse des cellules, nous rappellerons surtout Schleiden et Schwann, qui, vers i838, admettent la néoformation des cellules au sein des liquides organiques, où elles s'édifient à la manière des cristaux dans une solution saline sursaturée. Le nucléole se précipite le premier ; puis, autour de lui, le noyau et la masse cellulaire se différencient successivement. Schleiden désigne sous le nom de cyloblaslème ce liquide formateur et sous le nom de cytoblaste le noyau cellulaire, centre d'organisation de la cellule. Cette théorie fut admise par un grand nombre de biologistes et entre autres par Robin ; mais des observations plus rigoureuses ne tardent pas à la faire considérer
082 CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
comme une simple vue de Tesprit. En 1846, un hotasisie, Hugo Mohl, affirme que les celioles vëgéUles proriennent toujours par division de cellules préexistantes, et Noegeli, Bischoff, Reichert, Coste, Kcelliker, confirment celte manière de voir. Remak, en 184 1, a constaté le premier d'une manière précise un phénomène de division cellulaire. Dans les cellules nucléées du sang de Tembryon, il a vu que le noyau s'étrangle en son milieu, prend la forme d'un biscuit, puis d'un haltère et se scinde en deux noyauxfilles ; le corps cellulaire subit ensuite la môme division et à la place d'un seul élément on en peut observer deux nouveaux. Cette observation de division cellulaire, désignée sous le nom de division directe^ a été confirmée par un grand nombre de biologistes, entre autres par Virchow. « Ce fut le signal d'une réaction contre l'ontogenèse des cellules aux dépens d'un blastème formateur, et c'est à cette époque que Virchow put proclamer son fameux aphorisme : Omne ceiiuia a cellula, imité de l'aphorisme non moins célèbre de Harvey : Omne vivum ex vivo » (Mathias Duval).
Des recherches ultérieures, surtout celles de Reichert, Balbuni, Bûtsciili, Schleicher, Strasburger, van Beneden, Carnoy, ont contribué à faire connaître le mécanisme d'un nouveau mode de division cellulaire. Ce mode de division, extrêmement compliqué, désigné sous le nom de caryocinèse (Schleicher, 1878), de cytodiérèse (VLesnegvy) s'accompagne de transformations multiples dans le cytoplasme et surtout dans le noyau des cellules. Il a été nettement élucidé à la suite des belles recherches de Flem- MiNG (1878). Les observations de cet auteur ont été le point de départ de nombreux travaux qui ont vérifié puis étendu ses découvertes et précisé en même temps, grâce aux méthodes techniques de plus en plus perfectionnées employées par les cytologistes, les difi*érentes manières d'être de la cytodiérèse. Une première conclusion s'est dégagée de toutes ces recherches : la division directe, considérée tout d'abord comme un processus général, représente en réalité un processus exceptionnel, et la cytodiérèse doit être envisagée comme le mode fondamental de la multiplication cellulaire, dans le règne végétal comme dans le règne animal, dans les tissus normaux comme dans les tissus pathologiques. Son extrême importance s'est accrue encore depuis que l'on a analysé son merveilleux mécanisme dans la préparation des produits sexuels, et depuis qu'on l'a reconnue comme le mode essentiel de multiplication et de croissance dans toute la série phylogénétique. Aussi, selon la belle expression de Virchow, représente-t-elle « la loi immuable du développement continu des êtres vivants. ^>