CHAPITRE PREMIER
I.— Définitions embryologique, histologique et physiologique des séreuses.
Le mésoderme ou feuillet moyen du blastoderme se clive, comme on l’a vu au livre I, en deux feuillets secondaires, l’un externe ou pariétal qui fait partie de la paroi du corps et qui double intérieurement le tégument, l’autre interne ou viscéral qui enveloppe les viscères et notamment le tube digestif et ses annexes. L’espace cavitaire qui est compris entre ces deux feuillets et dans lequel ces viscères sont ainsi contenus est la cavité générale du corps ou cœlome.
C’est seulement dans la partie ventrale du cœlome que, comme on l’a vu aussi, les viscères sont logés. Le mésoderme qui tapisse la portion dorsale du cœlome et celui qui en revêt la portion moyenne ont une destinée toute spéciale, puisque le premier donne naissance à la musculature du corps et qu’aux dépens du second se développent les organes génitaux et urinaires. Quant à la partie ventrale, elle seule devient la cavité périviscéraleou cavité générale proprement dite, tandis que sa paroi fournit la membrane qui limite cette cavité. Cette membrane est connue sous le nom de séreuse et on nomme cavité séreuse l’espace qui sépare ses deux feuillets pariétal et viscéral. Une cavité séreuse est donc embryologiquement une portion de cœlome, en forme de sac sans ouverture, limitée par une membrane séreuse dérivant du mésoderme et comprise entre les deux feuillets pariétal et viscéral de cette membrane.
Cette grande cavité séreuse primitive se divise, par des processus organogéniques que nous n’avons pas à examiner ici, en trois compartiments, dont chacun loge un viscère différent. Deux de ces compartiments sont situés dans le thorax, l’un dorsal, l’autre ventral ; le troisième est abdominal. Le compartiment thoracique ventral s’appelle la cavité pariétale ou péricardique et loge le cœur ; la portion de membrane séreuse qui le tapisse
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
de toutes parts est le péricarde. Le compartiment thoracique dorsal, qui contient le poumon, se nomme la cavité pleurale et la séreuse qui le revêt est appelée la plèvre. Quant au compartiment abdominal, le plus spacieux de tous, il enferme toute la portion sous-diaphragmatique du tube digestif et de ses annexes ; c’est la cavité péritonéale , tapissée par le péritoine ; un diverticule de cette cavité comprend le testicule et se nomme la « cavité vaginale », que limite la «tunique vaginale ». Nous aurons donc à étudier successivement le péritoine, la plèvre, le péricarde.
La liste anatomique des véritables séreuses et cavités séreuses, caractérisées par leur origine embryologique se limite aux trois grandes séreuses et à leurs cavités : le péritoine, la plèvre, le péricarde. C’est dans ce sens embryologique que nous entendrons le terme de séreuse.
Si nous nous placions au point de vue histologique pur, racception de ce tenue serait beaucoup plus étendue. Ce qui pendant longtemps en effet a caractérisé pour un histologiste une membrane séreuse, c’est, en dehors de toute considération d’origine, la constitution suivante. La séreuse est une membrane mince, conjonctive, tapissée par un épithélium de caractère tout à fait spécial, remarquablement aplati, appelé endothélium. Un grand nombre de cavités très diverses de l’organisme sont limitées par un semblable épithélium : les cavités séreuses au sens embryologique restreint du mot ; des espaces creusés en divers points de l’organisme, notamment les cavités articulaires et les bourses séreuses ou tendineuses ; les espaces ara chnoïdien et sous-arachnoïdien ménagés entre les méninges qui entourent le système nerveux central ; enfin les cavités des vaisseaux sanguins et lymphatiques. L’endothélium qui revêt ces divers espaces a presque partout des caractères identiques, et cependant il n’est pas possible de ranger parmi les cavités séreuses les lumières des vaisseaux et de faire de la paroi vasculaire une membrane séreuse. Laissant d’ailleurs de côté les vaisseaux et leur paroi, la classe des séreuses demeure encore bien hétérogène. Car si les vraies séreuses, les cavités articulaires et les bourses séreuses ou tendineuses, les espaces interméningés ont pour caractère commun d’être tapissés par un endothélium aplati, de forme endothéliale, on peut, en demeurant sur le terrain embryologique, établir dans ce grand groupe une division fondamentale. Seront en effet considérées comme vraies séreuses celles-là seules qui dérivent, directement ou non, du mésoderme, et comme véritables cavités séreuses celles qui proviennent embryologiquement du cloisonnement du cœlome primitif. Au contraire, les autres prétendues séreuses ne seront que de fausses séreuses, parce que leurs cavités ne sont pas des dépendances du cœlome et sont creusées en plein mésenchyme, parce qu aussi les membranes qui les tapissent n’ont pas le mésoderme pour origine et se forment simplement par condensation du mésenchyme autour de l’espace qui y a pris naissance. C’est à l’épithélium aplati qui tapisse ces dernières qu’on devra, selon la proposition de Waldeyer, réserver la dénomination d’endothélium ; ce terme ne sera pas employé pour l’épithélium plat qui revêt les véritables séreuses.
Enfin on peut chercher à donner de la séreuse une idée physiologique. C’est même à cette idée qu’est empruntée la définition de la séreuse la plus communément employée : une membrane lisse qui a pour but de faciliter
SÉREUSES
le glissement des organes qui sont contenus dans l’intérieur de sa cavité. Cette définition a deux graves défauts. Elle a d’abord celui de la définition histologique précédente ; elle est trop compréhensive et comprend à la fois, comme celle-là, les vraies et les fausses séreuses, le péritoine où jouent les anses intestinales comme la bourse tendineuse dans laquelle glissent les tendons. On pourrait en second lieu lui reprocher son caractère de finalité, puisque la séreuse est définie une membrane ayant pour but de faciliter le glissement des organes. Mais on peut aisément changer cette définition téléologique en une définition causale et mécanogénétique. On dira alors que la séreuse est une membrane qui se produit avec les caractères qu’on lui connaît chez l’adulte, avec son épithélium aplati et si caractéristique notamment, par le jeu des organes, de par les alternatives d’expansion et de resserrement de ces organes tels que le cœur, le poumon, la vessie, de par le glissement ou le frottement des autres, tels que les tendons et les extrémités osseuses articulaires.
Qu’elle soit histologique ou physiologique, la définition de la séreuse doit être corrigée par l’embryologie, qui seule précise la notion de séreuse.
On dira donc : la séreuse est un organe en forme de membrane, dérivant du mésoderme, tapissée par un épithélium plat, dont le développement anatomique et histologique est dû à des causes mécaniques, qui sont le glissement et le changement déformé ou de volume des organes voisins.