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III. — Modifications des muscles

i° Modifications dues a l’age. Accroissement et régénération des muscles. — Les modifications que les muscles éprouvent avec l’âge sont de divers ordres : les changements de structure des fibres musculaires, l’augmentation du diamètre et l’allongement des fibres, la néoformation des fibres musculaires, la destruction de fibres déjà formées. L’accroissement global du muscle en longueur et en épaisseur est la résultante de ces divers phénomènes.

A. Changements de structure. — Les changements de structure qui marquent le passage de l’état embryonnaire à l’état adulte ont été décrits dans le tome I(p. 439). Ils consistent essentiellement dans l’augmentation de la substance musculaire striée et dans une répartition différente de cette substance; les deux phénomènes sont d’ailleurs étroitement dépendants.

Les fibrilles ou plutôt les colonnettes musculaires se dédoublent longitudinalement; les colonnettes-filles, par assimilation de substance nouvelle, grossissent et se divisent à leur tour, et ainsi de suite; ainsi s’accroît la quantité de substance musculaire, celle du sarcoplasma paraissant demeurer la même ou n’augmentant que peu. En même temps, et comme conséquence de cet accroissement, les rapports de la substance musculaire et du sarcoplasme se modifient, et par suite la coupe transversale de la fibre musculaire change aussi d’aspect. Chez l’embryon, la fibre musculaire était formée d’un étui de substance musculaire fibrillaire entourant une colonne centrale de sarcoplasma contenant elle-même une rangée axiale de noyaux, de là le nom de « tubes musculaires » donné aux fibres de l’embryon. Chez l’adulte, la substance musculaire remplit toute la fibre, à la périphérie de laquelle les noyaux sont habituellement . refoulés, ainsi que le sarcoplasma; il reste de celui-ci des cloisons intérieures qui décomposent la substance musculaire en fascicules et qui produisent sur la coupe transversale l’image bien connue des champs de Cohnheim.

B. Accroissement des fibres en longueur et en épaisseur. — Les changements de dimension des fibres musculaires ont été examinés déjà plus haut (p. 3i8) L’allongement des fibres porte sur toutes les parties de l’élément; il se traduit par l’accumulation des noyaux et leur prolifération en certains endroits (aux extrémités des fibres et au voisinage des tendons notamment), que l’on peut considérer comme des points d’accroissement (Riedel, Froriep, Félix, Mingazzini, Calderada, Morpurgo). L’augmentation d’épaisseur des fibres est due à l’accroissement de la substance musculaire, selon la plupart des auteurs, d’après Riedel et Meek à celui du sarcoplasma ; cet accroissement consiste lui-même dans la multiplication des colonnettes et des fibrilles par dédoublement longitudinal, suivie de l’augmentation des fibrilles et colonnettes nouvelles par voie d’assimilation (Heidenhain et d’autres).

MUSCLES

C. Néoformation des fibres musculaires. — La néoformalion des fibres musculaires au cours de la vie embryonnaire et même post-embryonnaire est certaine. Mais les processus de néoformation sont très discutés.

La multiplication des noyaux s’observe pendant un certain temps tout au moins de l’évolution des muscles. Elle se fait par division mitotique et par amitose. La mitose nucléaire est seule en rapport avec la formation dé fibrés musculaires nouvelles; la division ami to tique n’est que le signe de l’allongement des fibres déjà existantes (Morpurgo).

La néoformation de fibres musculaires s’effectue selon divers procédés, qui peuvent être réduits à deux principaux : la division ou le bourgeonnement des anciennes fibres, la production d’éléments embryonnaires nouveaux.

D’après divers auteurs (Weismann, Kôlliker, Félix, Schaffer), des fibres nouvelles se forment par fissuration longitudinale d’une ancienne fibre. Selon Félix, les muscles des fœtus humains de quatre à neuf mois renferment des fibres spéciales prédisposées à cette fissuration; ce sont des fibres très larges, contenant des séries longitudinales de noyaux et auxquelles arrivent de nombreux nerfs. Les faisceaux de fibres qui résultent de leur division longitudinale ne sont autres que les « bourgeons musculaires » de Kôlliker, décrits plus haut sous le nom de fuseaux musculaires et considérés classiquement comme organes terminaux des nerfs sensibles dans les muscles.

Un autre processus néoformateur consiste dans la production de fibres nouvelles aux dépens d’éléments musculaires embryonnaires, qu’on a appelés sarcoblastes (et aussi « sarcoplastes », « myoblastes », « myoplastes ») et qui ont été décrits par Klebs, Margo, Bremer, Paneth, Navalichin, Schaffer, etc. Ces éléments se trouvent dans les muscles des embryons entre les fibres musculaires, et forment des chaînes longitudinales de cellules courtes, fusiformes. Ces cellules se formeraient par tronçonnement de la fibre musculaire et particulièrement du sarcoplasme. Elles reformeraient en s’accolant bout à bout une fibre musculaire nouvelle.

D. Destruction des fibres musculaires. Sarcolyse. — L’existence des éléments décrits comme sarcoblastes est indéniable; mais ils paraissent devoir être interprétés tout autrement que comme éléments formateurs du muscle. La plupart des histologistes les considèrent en effet actuellement avec Barfurth, S. Mayer, Schaffer, Kowalewski, Halban, comme des produits de régression des fibres musculaires, et pour cette raison les appellent sarcolytes. On peut assister en effet, soit dans les muscles de la queue des têtards soit dans ceux des embryons de Mammifères, à la régression musculaire (sarcolyse) et à la formation des sarcolytes (fig. 1 4 1 ) - Ceux-ci sont des fragments de fibres musculaires comprenant du sarcoplasma, de la substance musculaire striée et un noyau ( ph.,s .). Ils peuvent ensuite perdre leur striation et devenir brillants et homogènes (ph., s U ) . Ils sont libres ou sont ensuite englobés par des phagocytes (ph.), ainsi qu’on l’observe particulièrement bien dans la queue du têtard (Metchnikoff, Anglas, Guieysse, Bataillon, Mercier). Ces phagocytes ont été considérés : soit comme des fragments sarcoplasmiques nucléés qui se sont individualisés en cellules, si bien que le

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

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muscle se détruirait par autophagie (Metchnikoff), soit comme des globules blancs (Mercier). La deslruction de fibres musculaires accompagne la production ; le muscle strié est le siège, surtout dans les premiers stades de son évolution, chez des embryons humains de deux à quatre mois, d’une néoformation et d’une disparition continuelles de fibres musculaires. La

sarcolyse, la destruction musculaire, comme la résorption osseuse, élimine l’excès de matériaux produits et assure la forme et la dimension définitive des muscles. Du balancement de la néoformalion et de la destruction musculaires résulte, pour les muscles comme pour les os, l’état harmonique dans l’ensemble de l’organisme (Schaffer). La sarcolyse est très intense : d’après Meek, le nombre des fibres étant encore de 100 chez l’animal nouveau-né, à la suite d’une sarcolyse active de la vie embryonnaire, tour be à 45 au bout de deux cent quarante jours et à 27 chez l’adulte de trois ans.

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