I. — Physiologie générale des éléments nerveux
La cellule sensible est celle chez laquelle Virritabilité générale du protoplasma, propriété commune à toutes les cellules, est devenue, en se localisant à elle et en s’exaltant, une fonction particulière, la sensibilité (t. I, livre V). Cette irritabilité spéciale, cette sensibilité est mise en jeu par les excitations du milieu extérieur, et elle détermine dans l’organisme, comme réponse à ces excitations, une réaction de la part des éléments musculaires, des cellules glandulaires et des cellules de tous les tissus.
Parmi les cellules sensibles, qu’affectent spécialement ces excitations, il y a à distinguer deux catégories. Les unes, qu’on nomme cellules sensorielles ou « aesthétiques », et qui ont été étudiées dans le premier volume (livre Y, chap. III), reçoivent l’excitation; elles forment, par leur groupement, des organes sensoriels ou « aesthètes », ordinairement appelés organes des sens , dont l’étude est faite dans le livre VIII de ce volume.
Les autres cellules sensibles sont interposées entre les cellules sensibles réceptrices ou sensorielles et les éléments réactionnels, tels que ceux des muscles, qui assurent la réponse à l’excitation; on les nomme cellules nerveuses et on leur reconnaît pour fonction la transformation de l’excitation reçue en une excitation dite nerveuse ; elles sont l’élément dominateur et caractéristique des organes étudiés dans ce livre sous le nom de centres nerveux.
L’excitation sensible est conduite des cellules réceptrices aux cellules
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
nerveuses, puis l’excitation nerveuse distribuée aux éléments réagissants, par des fils conducteurs ou fibres nerveuses ; ces fibres forment ensemble des organes conducteurs ou nerfs dont l’étude fera l’objet du livre suivant.
La cellule nerveuse produit donc, selon la conception classique, la transformation du mouvement sensible. On admet que, sous son influence et en la traversant, l’excitation, de sensible qu’elle était (lumineuse, gustative, etc.) à son entrée dans l’organisme, devient nerveuse et est ainsi qualitativement transformée. On admet meme que, dans le cas où plusieurs cellules nerveuses se suivent, formant autant de relais sur la voie sensible, l’excitation change de caractère en traversant chaque nouveau relais, et qu’elle prend un caractère d’autant plus personnel et plus subjectif, plus éloigné de l’impression première, qu’elle a traversé plus de cellules nerveuses; la cellule nerveuse serait donc transformatrice non seulement de l’impression extérieure, mais encore de l’excitation nerveuse. Ces transformations ne sont d’ailleurs rien moins que prouvées et sont bien plutôt des postulats que des constatations.
Si la cellule nerveuse ne produit pas nécessairement des transformations qualitatives, du moins est-elle certainement l’auteur de modifications quantitatives. Elle produit en effet la sommation des excitations périphériques de même nature qui, disséminées sur un très grand nombre d’éléments de la surface sensible, impressionnés à la fois, se concentrent de plus en plus à mesure qu’elles traversent des cellules nerveuses nouvelles ; une seule cellule nerveuse collecte ainsi par exemple les impressions lumineuses reçues par des milliers de bâtonnets de la rétine.
De plus, une cellule nerveuse, en entrant en connexion avec des cellules voisines, peut ajouter, associer les uns aux autres les états particuliers et différents où se trouvent ces cellules. Elle produit ainsi une addition nerveuse, une association de mouvements nerveux.
Il peut y avoir enfin diffusion de l’excitation reçue à travers tout l’organisme, distribution à tous les organes réactionnels, par exemple à tout un groupe de muscles, d’une seule excitation ou d’un petit nombre d’excitations.
Dans son ensemble, l’acte sensible, successivement récepteur, nerveux et réactionnel, constitue un mouvement en retour. Ce mouvement offre deux modalités. Ou bien il se fait sur tout le trajet de la même façon, et la cellule nerveuse intercalée sur la voie du mouvement ne modifie en rien celui-ci ; on appelle réflexe cette première modalité. Ou bien le mouvement est modifié et devient différent suivant les cas, en prenant la forme de la réaction dite consciente et volontaire.