III. — Tissu conjonctif et vaisseaux
Les centres nerveux cérébro-médullaires sont primitivement dépourvus de vaisseaux et de tissu conjonctif. Puis ils sont pénétrés par les vaisseaux sanguins (début du deuxième mois chez l’Homme). Il est vraisemblable, les vaisseaux sanguins étant partout accompagnés de tissu conjonctif, que celui-ci pénètre avec eux dans le névraxe. Ainsi se forment des cloisons conjonctivo-vasculaires venues du tissu ambiant, c’est-à-dire de la pie-mère, qui décomposent le centre nerveux en territoires plus ou moins distincts et qui notamment dans la moelle épinière délimitent les faisceaux ou cordons de la substance blanche.
i° Vaisseaux. — A. Vaisseaux sanguins. — Les artères, après s’être ramifiées dans la pie-mère, pénètrent dans la masse nerveuse et y forment un réseau capillaire. Celui-ci est beaucoup plus riche dans la substance grise que dans la substance blanche ; et ses mailles y entourent étroitement les plus grosses cellules nerveuses.
De ce réseau naissent des veinules qui se rassemblent en troncs veineux aussi bien dans l’intérieur qu’à la surface de l’organe nerveux. Ces troncs veineux les plus gros sont dépourvus de fibres musculaires lisses.
B. Vaisseaux lymphatiques. — Les artères, les veines et même, d’après certains auteurs, les capillaires des centres nerveux sont entourés par des gaines lymphatiques périvasculaires, que His et Robin ont les premiers décrites, et que His a considérées comme représentant les origines du système lymphatique dans ces centres (fig. 204). On peut en effet injecter, à partir de ces gaines, des espaces épicérébraux et épimédullaires, situés au-dessous de la pie-mère cérébrale et spinale, et remplir même les vaisseaux lymphatiques de cette méninge. D’autre part, les gaines périvasculaires communiquent, d’après Sicard, Cathelin et Milian, avec les espaces sous-arachnoïdiens et en sont les multiples déversoirs. Placées ainsi entre les réservoirs du liquide céphalo-rachidien et les vaisseaux qui contiennent la lymphe proprement dite, ces gaines assurent le passage des uns aux autres.
Les gaines lymphatiques périvasculaires, dont le diamètre est le double ou le quadruple de celui des vaisseaux qu’elles enveloppent, sont limitées
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
extérieurement, selon Kôlliker, par une membrane anhiste ; d’après His, elles sont simplement creusées dans le tissu environnant, quoiqu’on puisse à la face interne des gaines les plus larges imprégner un revêtement endothélial. Ces gaines ne sont pas des manchons vides entourant le vaisseau ; comme dans les espaces sous-arachnoïdiens qu’elles continuent, des cloisons conjonctives subdivisent l’espace périvasculaire et en font un tissu spongieux où la circulation est très ralentie. Sicard admet que chacune de ces gaines se compose de deux enveloppes concentriques : l’une interne exclusivement lymphatique, l'autre externe cérébro-spinale seule ouverte dans les cavités sous-arachnoïdiennes. — Le liquide qui chemine dans les gaines périvasculaires est analogue au liquide céphalo-rachidien;
■Arach. vise.
•Esp. s. arachn.
•Endoth.
•Pie-mère.
' Écorce grise.
Enlonn. vase.
Fig. 204. — Gaines lymphatiques des artères du cerveau (schéma).
Les gaines lymphatiques périvasculaires formées par un lissu spongieux sont comprises dans l’épaisseur de la pie-mère. Elles sont tapissées par un endothélium externe et par un endothélium interne ; celui-ci les sépare des arlères logées dans ses gaines. Elles accompagnent les artères cérébrales dans la profondeur, en formant des entonnoirs périvasculaires. Emprunté à Poirier et Charpy.
il contient ou non (suivant les auteurs) des globules blancs en suspension, et renferme, d’après Robin, des gouttelettes graisseuses et du pigment.
2° Tissu conjonctif. — Avant que Virchow eut découvert la névroglie, et plus tard alors que cette substance ne passait encore que pour une variété de tissu conjonctif, les cloisons ou sepla, qui de la pie-mère pénètrent dans les centres nerveux, étaient attribuées au tissu conjonctif et considérées comme de simples dépendances de la pie-mère. Cette opinion fut plus récemment soutenue par Schwalbe, Kabler, Lavdowsky. L’importance du tissu de soutien névroglique dans les centres nerveux apparaissant de jour en jour plus grande, Kôlliker, Boll en vinrent à supposer qu’il ne pénètre point de tissu^conjonctif avec les vaisseaux, et que la névroglie forme à elle seule les cloisons intérieures du névraxe. Une opinion mixte, déjà avancée par Frommann, Henle et Merkel, a été adoptée depuis par la plupart des auteurs (Gierke, Lenhossèk, Schaffer, Weigert). En réalité, les cloisons sont formées de la façon suivante. Leur axe, qui peut loger un vaisseau, est constitué par du tissu conjonctif pie-mérien ; il est recouvert par une membrane vitrée plus ou moins nette
CENTRES NERVEUX
et plus en dehors par un manchon plexiforme de fibres névrogliques, qui le séparent du tissu nerveux. Le tissu conjonctif a les caractères de celui de la pie-mère. Le manchon fibreux névroglique, décrit par Andriezen, Gatois, Held et d’autres, renferme des fibres, les unes parallèles à Taxe du vaisseau ou plutôt à trajet spiral (« fibres intrinsèques »), les autres radiées, venues de loin et se confondant parmi les premières (« fibres extrinsèques »). Roth, Golgi, Nageotte et d’autres ont observé que ces fibres radiées (ou les prolongements des astrocytes qui les représentent dans les préparations Golgi) se jettent sur la paroi vasculaire et s’y terminent par une plaque épaissie ou un bouton.
Ces dispositions s’expliquent génétiquement de la façon la plus simple (Schaffer, Lenhossèk, Weigert). Les prolongements de la pie-mère, conjonctifs et vasculaires, qui pénètrent dans l’organe nerveux central, doivent refouler devant eux la membrane limitante externe et l’enveloppe gliale, et s’en coiffent. Ce sont cette membrane et cette enveloppe, qui, ainsi refoulées, forment le long des tractus conjonctivo-vasculaires la membrane vitrée et la couche de fibres névrogliques décrites ci-dessus. Il résulte de là que les vaisseaux et le tissu conjonctif ne sont nulle part en contact immédiat avec le tissu nerveux, dont ils demeurent toujours séparés par la membrane limitante et par l’enveloppe névroglique. Cette membrane et cette enveloppe limitent dans l’intérieur de l’organe nerveux une surface interne extrêmement irrégulière, qui prolonge la surface externe ou marginale de l’organe. Par suite, un organe nerveux central, la moelle épinière par exemple, dont le contour parait tout à fait régulier, est au contraire de forme très irrégulière, si on ne considère en lui que l’organe ectodermique et purement nerveux enfermé dans sa membrane limitante ; car il est extraordinairement déchiqueté par tous les prolongements conjonctivo-vasculaires qui le pénètrent profondément, mais qui lui demeurent en réalité partout extérieurs.