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III. — Évolution phylogénique du système nerveux central

On peut terminer cette enquête sur la constitution et le fonctionnement du système nerveux central en général, par un coup d’œil sur l’évolution phylogénique du système nerveux. Si l’on compare le système nerveux d’une Grenouille ou d’un Poisson à celui de l’Homme, on trouve dans le premier cas la moelle épinière aussi volumineuse que le cerveau; dans le second le cerveau surplombe la moelle de sa masse énorme. Là n’existe qu’un simple épithélium, un pallium épithélial purement représentatif de l’écorce cérébrale des Vertébrés supérieurs, ou tout au plus une écorce rudimentaire, avec cellules pyramidales faiblement développées. Chez l’Homme, au contraire, nous connaissons le puissant développement de l’écorce cérébrale, la forme compliquée de ses cellules pyramidales à den drites richement arborisés. Entre les deux extrêmes nous pourrions trouver tous les intermédiaires nécessaires pour les relier, tant sous le rapport du développement anatomique des centres supérieurs qu’au point de vue de leur complication structurale. Lors donc qu’on s’élève dans la série des Vertébrés, on assiste au perfectionnement graduel du cerveau et des centres supérieurs en général, et de ceux-là seulement, tandis que le centre nerveux supérieur, la moelle épinière, demeure à peu près stationnaire, et renferme les mêmes éléments fondamentaux de constitution chez une

CENTRES NERVEUX

Grenouille que chez un Homme. La moelle épinière est partout construite sur le même plan général d’organisation. La Grenouille ne diffère pas de l’Homme par son axe réflexe, mais seulement par les centres nerveux supérieurs, par l’intellectuopium, et notamment par le cerveau. La moelle est chez tous les Vertébrés une constante du système nerveux; le cerveau seul est une variable.

Ce centre cérébral supérieur, qui s’élève par son développement et par sa structure au-dessus du centre réflexe, n’est d’ailleurs pas nécessairement, dans toute la série animale, le même organe, le même compartiment de l’encéphale. Le cerveau physiologique, centre nerveux fonctionnellement supérieur, n’est pas toujours le cerveau morphologique représenté anatomiquement par les hémisphères cérébraux, caractérisé histologiquement par l’écorce à cellules pyramidales. « Le cerveau, a dit Steiner, est un centre général de mouvements associé aux fonctions de l’un au moins des nerfs des sens supérieurs (odorat, vue, ouïe) ».Chez certains Vertébrés, au lieu du cerveau antérieur, des hémisphères cérébraux, c’est le cerveau moyen, ce sont les lobes optiques, qui, à cause de leurs connexions avec les organes oculaires et de l’importance du sens de la vue, représentent le véritable cerveau physiologique, le centre nerveux supérieur réellement prépondérant. De là résultent des différences d’intelligence, dues à la prédominance de tel ou tel sens et de telle ou telle autre partie de l’encéphale correspondante. Il faut se garder, sur la question des facultés cérébrales, de tomber dans l’erreur anthropomorphique, en rapportant tout à l’Homme comme à une unité cérébrale supérieure. Les Vertébrés ne s’échelonnent pas, au point de vue intellectuel, en une seule série, dont l’Homme occupe le sommet ; il y a dans l’évolution cérébrale intellectuelle des êtres, des voies collatérales; on ne doit pas dire simplement que l’Homme est le plus intelligent de tous les animaux, mais qu’il est à sa manière le plus intelligent.

On s’est demandé, en comparant entre eux des êtres différents, sous le rapport intellectuel, un Chien et un Homme, un Polynésien et un philosophe, quel était le substratum matériel des différences cérébrales qui distinguent ces êtres. Il est possible, mais on n’a pas jusqu’ici réussi à le prouver, qu’il existe entre ces divers cerveaux des différences qualitatives, structurales, capables d’expliquer les degrés divers de leur intellectualité. Du reste, la supériorité cérébrale, soit spécifique, soit personnelle, s’explique mieux encore si l’on admet qu’elle n’est fonction que du nombre de cellules et de fibres que le cerveau contient. La comparaison du poids du cerveau chez diverses espèces de Mammifères et chez diverses races humaines, différemment douées au point de vue intellectuel, est, on le sait, instructive à cet égard.

A ces différences correspond évidemment une quantité plus ou moins grande de substance cérébrale, une quotité variable de cellules et de fibres nerveuses. Il résulte de là que l’intelligence est moins une qualité qu’une valeur qui se mesure et qui comporte des degrés, qui est susceptible de varier et notamment de s’accroître. Mais comme le nombre des cellules est à peu près fixe de la naissance à la mort et ne varie guère d’un individu à l’autre, les variations du poids du cerveau et les degrés corrélatifs de la

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

puissance intellectuelle ne reconnaissent plus pour facteur que le développement plus ou moins grand des expansions dendritiques des cellules et la présence de fibres plus ou moins nombreuses. On peut penser, avec Cajal. que la culture intellectuelle, le travail cérébral, s’ils ne créent pas des cellules nouvelles, augmentent du moins l’étendue de leur surface et font pousser aux fibres nerveuses de nouvelles collatérales. Par là sont réalisés des trajets supplémentaires, établissant des associations imprévues et lointaines, augmentant le nombre des voies dans lesquelles peut s’en gager le courant nerveux. Ces acquisitions matérielles, héréditairement transmissibles, sont le résultat de l’activité cérébrale et la base morphologique du progrès intellectuel. Le cerveau n’est un télencéphale, un cerveau terminal, que parce qu’il n’est jamais terminé, parce qu’il n’est jamais complètement adulte. De même la ligne primitive est un téloderme, qui termine postérieurement l’embryon, mais n’est jamais elle-même terminée, et demeure en continuel état de prolifération cellulaire, tant que dure l’accroissement de l’ébauche embryonnaire. Tant que dure aussi l’expansion intellectuelle de l’individu, c’est-à-dire en somme tout le temps du développement ontogénique de l’être, et tout le temps aussi de l’évolution phylogénique des espèces, le cerveau est un télencéphale, dont l’achèvement anatomique et le perfectionnement physiologique sont indéfinis et toujours reportés plus loin.

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