CHAPITRE VI
Formations dérivées du tégument externe. Les phanères et les g-landes cutanées.
La structure que nous avons reconnue au tégument externe se complique par la formation d’organes dérivés, annexes de la peau. La plupart de ces organes proviennent des cellules épidermiques. Les bourgeons formés par la multiplication de ces éléments ou bien s’élèvent à la surface de la peau et font saillie à l’extérieur, ou bien s’enfoncent dans le derme et l’hypoderme. Les premiers, visibles à l’extérieur, ont été pour cette raison désignés sous le nom de phanères (de Blainville). Les autres sont de véritables glandes bien différenciées, les glandes cutanées.
Article premier. — LES PHANÈRES CUTANÉES
Ainsi qu’on l’a déjà vu dans le tome I de cet ouvrage (p. 5i2), les phanères sont des formations extrêmement diverses. On peut les subdiviser en deux catégories principales d’après leur structure et leur mode d’histogénèse. Les unes sont des formations d’origine exclusivement ectodermique qui font saillie à la surface de l’épiderme, et dont les cellules constitutives subissent une différenciation cuticulaire ou cornée. Ce sont les phanères cornées. Les autres s’édifient aux dépens de l’ectoderme et du derme qui l’un et l’autre en élaborent une partie. Ce sont les écailles placoïdes et les dents ou phanères dentales (Renaut), dont nous ne nous occuperons pas dans ce chapitre.
Les phanères cornées sont extrêmement polymorphes et présentent dans toute la série animale une structure de plus en plus compliquée, depuis la phanère faite d’une seule cellule ectodermique jusqu’à la «phanère organe» des Vertébrés supérieurs. Nous avons vu dans le tome I de ce Traité un certain nombre d’exemples de phanères unicellulaires. Rappelons ici les soies des Annélides, les crochets des Vers parasites, les écailles des ailes des Insectes, les dents cornées des têtards de Batraciens anoures. Ceux-ci réalisent un type de phanères cornées tout à fait élémentaire au point de vue de leur genèse et de leur évolution. Nous savons qu’elles comprennent une série d’éléments ectodermjques superposés dans
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le sens vertical et dont les cellules basales se confondent avec les cellules de la couche générative. Les cellules les plus superficielles subissent progressivement la transformation cornée et la dernière cellule de la série fait saillie au dehors sous la forme d’un crochet kératinisé, très résistant et pigmenté. Cette différenciation progressive nous fournil le type schématique de l’évolution phanérienne. Nous la retrouverons avec les mêmes caractères fondamentaux dans les phanères pluricellulaires et plus compliquées des Vertébrés supérieurs (voir t. I, p. 5i4, fig. 445).
Ces phanères pluricellulaires sont très répandues. Il s’agira seulement ici de celles qui caractérisent les Mammifères et l’Homme en particulier,
c’est-à-dire les poils et les ongles.
Toutes les phanères pluricellulaires naissent aux dépens d’un bourgeon épidermique ; certaines de leurs cellules s’infiltrent de substances spéciales, kératohyaline pour le poil, oxychogène pourl’ongle, etse modifient en éléments cornés, écailleux, pigmentés et finalement dépourvues de tout caractère cellulaire. Ce sont les transformations successives subies par les phanères que nous allons étudier ci-dessous.