I. — Le poil
i° Développement nu poil. — Les poils commencent à faire leur apparition chez le fœtus humain à la fin du 3e mois ou au commencement du 4e- Leur première ébauche est représentée par de petits épaississements lenticulaires de la couche profonde. Ces épaississements sont disposés les uns à côté des autres en séries linéaires. Ils s’enfoncent obliquement dans le derme sous la forme de petits bourgeons pleins et se renflent au niveau de leur extrémité. Ce sont les « bourgeons » « ou germes pileux primaires ». Un grand nombre de cellules mésenchymateuses se rassemblent au niveau de l’extrémité du germe pileux en un amas désigné sous le nom de nodule conjonctif. Il est l’homologue du nodule conjonctif qui se développe au regard de l’organe de l’émail et qui donnera la papille dentaire.
Le germe pileux en s’accroissant refoule au-devant de lui le nodule conjonctif. Ce nodule se transforme en une sorte de coiffe qui augmente de dimensions, prend la forme d’un sac et engaine la plus grande partie du germe pileux. C’est le « sac papillaire ». Le fond de ce sac bourgeonne bientôt en une papille qui déprime l’extrémité du germe pileux. C’est l’ébauche de la « papille du poil » (fig. 285). En même temps, le germe pileux émet latéralement des bourgeons, qui sont tout d’abord très petits et
Fig. 265. — Extrémité inférieure du germe d'un poil pris au voisinage de l'onglon du Veau.
P, ébauche de la papille. — E, racine du germe pileux. — Du, bulbe du germe pileux. — Il , cellules basilaires. — G, cellules génératrices du poil et de la gaine épithéliale interne. — S, vaisseaux sanguins ; V, vitrée ; C, racine du germe pileux. D’après Renaut.
ORGANES DES SENS
représentent les ébauches des glandes sébacées. Le sac papillaire et la papille du poil se vasculariseront en même temps que le chorion. Un réseau sanguin apparaît dans le sac papillaire puis dans le bulbe du poil sous la forme d'un bouquet de capillaires.
Pendant une deuxième période, le poil proprement dit se différencie aux dépens du germe pileux et s’accroît vers la surface cutanée. Les cellules ectodermiques situées au-dessus de la papille s’allongent suivant l’axe du germe pileuxenuncônedé-
GI
GE
signé sous le nom de « cône pileux primitif». Elles subissent la transformation cornée et sont reliées par des filaments protoplasmiques. Les cellules épithéliales qui entourent ce cône sont disposées sur deux assises concentriques. Elles prennent naissancesur les parties latérales de la papille et représentent l'ébauche de la gaine interne du poil. La couche de cellules basales et lès cellules malpigiennes non utilisées pour la constitution de l’ébauche de la gaine interne forment
Fig. 286. — Développement du poil du museau de Cobaye.
P, poil. — Pa, papille du poil. — GE, gaine épithéliale externe. — GI, gaine épithéliale interne. — E, épiderme, qui fait saillie en regard du follicule pileux. — TC, tissu conjonctif dermique. D’après Branca.
l’ébauche delà gaine externe,
de sa partie épidermique tout au moins.
Le cône pileux primitif s’allonge de plus en plus grâce à la multiplication active de ses cellules profondes. Cet accroissement est facilité par les transformations présentées par les cellules axiales du germe pileux. Ces éléments subissent une sorte de métamorphose sébacée qui débute au moment où s’édifie le nodule papillaire. Les cellules ainsi transformées finissent
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par se dissocier et par laisser libre une sorte de passage qui occupe toute l?étendue de l’ébauche pileuse et qui s’avance jusqu’au niveau de l’épiderme. C’est le a chemin de Gôtte », ou « glande sébacée diffuse de Ran- VI E R )) (flg. 286).
L’extrémité du cône pileux parvient finalement au contact de la couche cornée de l’épiderme. Elle ne perfore pas cette couche, mais s’infléchit sur le côté, s’applique contre la face profonde du stratum corneum ou pénètre dans son épaisseur. Elle fait ensuite saillie au dehors. L’ensemble de ces phanères rudimentaires constitue le « lanugo fœtal » qui sera remplacé après le premier mois de la vie par les poils infantiles(WALDEYER). Ceux-ci seront remplacés eux-mêmes par les poils mûrs au moment de la puberté.
La formation des poils se continue longtemps après la naissance par la différenciation de nouveaux poils aux dépens de l’épiderme et aux dépens de l’épithélium des gaines pileuses préexistantes.
20 Structure du poil. — Le poil complètement développé présente deux parties : i° une partie libre, longue, mince, flexible, terminée en pointe; c’est la tige, du poil ; 20 une partie incluse dans l’épaisseur de la peau; c’est la racine du poil. La partie profonde de la racine se renfle légèrement et forme le bulbe du poil.
La racine du poil est enveloppée dans une gaine appelée follicule pileux et formée, comme nous venons de le voir, par un prolongement de l’épiderme doublé d'une enveloppe conjonctive. La partie conjonctive du follicule pileux, ou sac papillaire, produit un bourgeon qui s’invagine dans le fond excavé du bulbe du poil et (pfon désigne sous le nom de papille du poil. Celle-ci esL très vasculaire et joue le rôle d’organe nourricier; elle n'existe pas dans le poil complètement développé qui se termine par une extrémité arrondie; il est dit « poil à bulbe plein ».
A. Poil proprement dit. — a Tige. — La tige présente une structure différente suivant la variété et le volume du poil. Certaines tiges sont composées par trois couches qui sont, en allant de dehors en dedans : la cuticule, la substance corticale, la substance médullaire. Les autres, beaucoup plus minces le plus souvent, comprennent seulement les deux premières couches.
a) Cuticule ou épidermicule. — Examinée sur une vue à plat, la surface de la lige montre une série de mailles irrégulières et plus larges dans le sens transversal que dans le sens longitudinal. Les lignes transversales (pii limitent ces mailles sont seules visibles au niveau de l’extrémité de la Lige, vers la pointe du poil. Elles sont rarement réunies par des lignes longitudinales ou obliques. Si l’on traite l’épidermicule par un réactif dissociant, on se rend compte que celte couche superficielle est formée par des cellules très aplaties, polygonales, allongées dans le sens vertical et imbriquées les unes sur les autres à la manière des tuiles d'un toit. Elles se superposent de dedans en dehors, de telle sorte que la face externe d'une écaille est recouverte par 4 à 5 cellules. Les lignes du réseau qu’on observe sur une vue à plat sont les bords de ces cellules minces, dont les extrémités
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libres sont tournées vers la pointe du poil. Elles mesurent 5o à 70 [x de longueur sur 3o à 60 [x de largeur. Elles possèdent un noyau allongé, très petit et atrophié. Leur protoplasme est transparent, hyalin, sans pigment ni kératohyaline (fig. 287').
Fig. 287. — Cuticule du poil.
E, cuticule en place à la surface du poil. — E', cellules de la cuticule isolées. D’après Kôl-
p) Substance corticale ou cortex , substance fondamentale (Pouchet et Tourneux), tissu fibreux du poil Kolliker). — La substance corticale prend la forme d’un cylindre creux ou d’une tige pleine suivant que le poil renferme ou non de la substance médullaire. Elle est édifiée par des éléments cellulaires profondément modifiés qui ont reçu le nom de « fuseaux pileux». Ce sont des corps fusiformes, très allongés et aplatis, mesurant environ 60 à 70 g de longueur, 20 à 3o fx de largeur et 4 à 10 jj. d’épaisseur. Ils renferment chacun un noyau filiforme qui retient encore énergiquement les matières colorantes. Leur protoplasme contient un nombre considérable de fibrilles qui se prolongent d’un fuseau pileux à l’autre et qui sont les homologues des fibres protoplasmiques des cellules malpighiennes. Il est en outre imprégné de pigment qui peut être ou dissous ou
Fig. 288. — Substance corticale du poil.
A droite, fuseaux pileux isolés; à gauche, fuseaux avec leurs rapports réciproques.
D’après Kolliker.
figuré. Le premier imbibe uniformément la substance des fuseaux pileux; le second est formé de granulations excessivement fines qui sont disposées en rangées longitudinales entre les fibrilles cytoplasmiques. La coloration plus ou moins foncée de ces granulations aussi bien que leur nombre plus ou moins considérable donne au poil sa teinte blonde, brune ou noire. Les poils blonds et roux ne renferment souvent que du pigment dissous. Le cytoplasme des fuseaux pileux a subi la transformation cornée et, d’après Ranvier, leur kératinisation se réalise sans l’intermédiaire de l’éléidine. Waldeyer partage une opinion opposée et admet que l’éléidine existe dans les cellules formatives du cortex (fig. 288).
Il y a toujours de l’air dans les interstices qui séparent les fuseaux pileux les uns des autres et entre les fibrilles qui les réunissent. Il forme de petites vésicules produites sans doute par le dessèchement du poil et la disparition du liquide interstitiel qui le remplit dans la région de la racine (v. Brunn). Elles s’observent facilement sur les cheveux blonds ou gris examinés à la lumière réfléchie, où elles apparaissent comme de petites masses noires, trop réfringentes pour laisser passer la lumière.
y) Substance médullaire ou moelle du poil. — La substance médullaire occupe l’axe de la tige du poil. Elle disparaît peu à peu vers l’extrémité du poil qui est constituée seulement par la substance corticale et son épidermicule. La substance médullaire n’a pas la forme d’un cylindre régulièrement calibré. Ses bords sont irréguliers par endroits et ils présentent parfois des rendements et des étranglements successifs. Elle peut être interrompue sur des étendues plus ou moins grandes.
La substance médullaire est formée par des cellules disposées en files, petites, anguleuses, dentelées sur leurs bords. Elles sont appliquées contre la face interne de la substance corticale. Leur protoplasma desséché envoie dans la lumière de la cavité des prolongements qui s’anastomosent avec les prolongements semblables issus des autres cellules médullaires. Ces sortes d’expansions dendritiques délimitent entre elles des espaces irréguliers remplis d’air. C’est l’air emprisonné dans la moelle du poil qui donne à celle-ci l’aspect d’une colonne sombre quand on l’examine à la lumière réfléchie.
b) Racine du poil . — Toutes les couches que nous venons d'étudier dans la tige du poil se retrouvent dans la racine et elles se différencient d’autant moins les unes des autres qu’elles sont plus voisines de la papille. On rencontre à ce niveau plusieurs assises cellulaires qui présentent tous les caractères de la couche germinative de l’épiderme, et qui, par leurs multiplications incessantes, ont donné naissance au poil lui-même et à une partie de ses gaines épithéliales. Aussi désigne-t-on cette zone profonde du bulbe pileux sous le nom de o matrice du poil ».
11 y a lieu de distinguer dans la racine du poil deux régions : i° une région superficielle, qui se continue avec la tige du poil au niveau de la surface cutanée, et qui présente une forme à peu près régulièrement cylindrique dans toute son étendue; 2° une région profonde, piriforme, creusée en cupule pour recevoir le bourgeon papillaire. C’est le « cône pileux » dont la base élargie porte le nom de « bulbe » ou « fond du follicule pileux ».
On retrouve dans la racine proprement dite et dans le cône pileux les trois couches du poil que nous connaissons dans la tige (fig. 289).
2 La culicule ou épidermicule se différencie aux dépens des cellules de la matrice du poil situées au niveau des parties latérales de la papille. Elle est tout d'abord composée par une assise de cellules basses implantées perpendiculairement sur la périphérie de la substance corticale. Ces cellules deviennent plus élevées et s’inclinent dans la région supérieure du cône pileux. Elles s’inclinent plus encore au niveau de
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la racine proprement dite, s’imbriquent les unes sur les autres de dehors en dedans, s’allongent peu à peu et forment de minces éléments aplatis au niveau de la région périphérique de la racine. Elles ont alors acquis à peu près les caractères morphologiques et la disposition que nous leur avons reconnus à la surface de la tige du poil.
р) La substance corticale se développe dans les poils à moelle aux dépens des cellules génératrices situées sur les partie latérales de la papille. Dans les poils sans moelle, elle se constitue aux dépens des cellules génératrices qui recouvrent le sommet de la papille. Ces éléments se transforment en cellules allongées qui prennent ensuite l’aspect de courts fuseaux serrés, avec un protoplasme pigmenté et fibrillaire, dont les fibrilles réunissent les éléments voisins qui se kératinisent sans formation de grains d’éléidine.
D’après certains auteurs, le pigment n’est pas élaboré dans les cellules corticales, mais serait importé du dehors par des cellules particulières. Parmi les cellules génératrices de l’écorce au niveau de la papille, on distingue des éléments fusiformes munis de prolongements ramifiés et disposés radiairement. Les uns admettent que ce sont des cellules conjonctives immigrées qui abandonnent leur pigment aux cellules épithéliales (Kôlliker). D’autres pensent qu’il s’agit de cellules épithéliales modifiées, dans lesquelles l’élaboralion du pigment se produit avec une intensité particulière (Schwalbe). Le pigment serait alors de nature et de formation épithéliales.
y) La substance médullaire. — Les éléments de la substance médullaire se forment aux dépens des cellules qui recouvrent le sommet de la papille. Celles-ci sont claires et peu granuleuses. Elles augmentent ensuite légèrement de volume et leur cytoplasme se charge de granulations d’éléidine, de pigment et de graisse. Les granulations d’éléidine se transforment en grosses sphérules dans des zones plus élevées de la substance médullaire, puis disparaissent après avoir imbibé toute la masse cytoplasmique.
Toutes ces cellules s’empilent les unes au-dessus des autres en rangées disposées régulièrement autour de l’axe du poil. Elles ne sont pas reliées par des ponts protoplasmiques. De fines bulles d’air apparaissent entre leurs faces contiguës au niveau du cône pileux. Ces bulles augmentent peu à peu de dimensions, en meme temps que les cellules médullaires se ratatinent, se kératinisent et se transforment en ces éléments irréguliers et ramifiés qui constituent la moelle de la tige du poil.
с ) Les enveloppes du poil. — Le développement nous a montré que des enveloppes de nature épithéliale et conjonctive se différencient autour de la jeune ébauche du poil dès les premiers stades de son histogénèse. Les deux assises les plus internes de l’enveloppe épithéliale forment une première gaine àla racine du poil. C’est la « gaine épithéliale interne». Les strates les plus externes composent une deuxième gaine qui présente les caractères d’un épithélium pavimenteux stratifié. C’estla « gaine épithéliale externe ».
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Enfin la couche conjonctive issue du sac folliculaire forme une gaine extérieure qui se continue avec le bourgeon papillaire. C’est la « gaine externe » ou « gaine fibreuse externe ».
a) Gaine fibreuse externe. — La gaine fibreuse externe (gaine folliculaire, sac fibreux, sac pileux) est une formation connective très épaisse qui recouvre toute la racine du poil jusqu’au niveau de l’embouchure des glandes sébacées. On peut lui distinguer deux couches : une couche externe formée de faisceaux connectifs longitudinaux, de cellules connectives peu abondantes et de fibres élastiques également longitudinales. Les plus externes de ces fibres ont souvent une direction circulaire. Le réseau élastique est particulièrement développé dans la région supérieure du sac folliculaire (Balzer, Sederiiolm). La papille du poil se continue avec cette couche conjonctive. Elle est constituée par des cellules qui conservent pendant toute la croissance du poil leurs caractères mésenchymateux. Ce lissu connectif évolue vers le type adulte quand la croissance du poil est terminée, mais il ne renferme pas de fibres élastiques. 11 est parcouru par un réseau de capi liai res sanguins en forme de bouquet. L’atrophie de la papille suit la transformation du lissu conjonctif jeune en tissu adulte. Elle a pour conséquence tout d’abord la formation d’un bulbe pileux plein, puis la mort et la chute du poil. Celle couche conjonctive est un prolongement du derme cutané. Il en résulte que la papille du poil doit être assimilée à une papille dermique.
La couche interne est formée de faisceaux connectifs circulaires et de cellules conjonctives allongées transversalement. Elle est environ deux fois plus épaisse que la précédente; elle mesure environ 20 a. Elle est revêtue d’une nappe de fibres élastiques sur ses deux faces, surtout sur la face interne.
3) Gaine épithéliale externe. — La gaine épithéliale externe comprend une série de couches qui se continuent avec celles de l'ectoderme et qui offrent la même structure que ces dernières. Cette gaine épithéliale, doublée du sac fibreux qui est lui-même en continuité avec le chorion, paraît donc former une invagination cutanée qui loge la racine du poil et lui sert de lit ( (Jnna ) . Elle est très épaisse près du collet du poil, s’amincit progressivement et se termine en bec de flûte sur les côtés du bulbe pileux. Elle présente une structure différente au-dessus de la glande sébacée, au niveau de la racine proprement dite, et en regard du cône pileux. Au-dessus de la glande sébacée, on retrouve dans la gaine épithéliale externe les couches de l'épiderme : une couche basilaire, une couche de Malpighi, un stratum granulosum, un stratum corneum. Celui-ci est séparé de l’épidermicule du poil par un espace rempli de matière sébacée.
Ces dernières couches font défaut au niveau de la racine proprement dite, où la gaine épithéliale externe ne comprend que le stratum germinatif, c’est-à-dire par une couche profonde de cellules cylindriques et une assise de cellules polyédriques. Cette assise disparait elle-même au niveau du cône pileux et la gaine se trouve réduite aux cellules cylindriques sur les
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Fig. 289. — Coupe longitudinale de la racine du poil; coupe perpendiculaire du cuir chevelu
d’Homme.
P , papille du poil. — Cgp, cuticule de la gaine épithéliale interne. — CHx, couche de Huxley. — CHn, couche de Henle. — Ge , gaine épithéliale externe. — C, vitrée épidermique. — Cca , couche conjonctive annulaire de l’enveloppe fibreuse. — Ccl, couche conjonctive longitudinale. — Cut, cuticule ou épidermicule de la racine du poil. — Scor, substance corticale. — Sm, substance médullaire, x 200. D’après Stôiir.
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versants du bulbe; elles s’aplatissent et disparaissent finalement sur les faces latérales de la papille.
Les cellules du stratum malpighien de la gaine épithéliale externe sont réunies les unes aux autres par des filaments d’union très développés. Elles se distinguent cependant des cellules malpighiennes de l’épiderme par certains caractères. Elles ont une forme très allongée, en fuseau, et prennent l'aspect de lentilles biconvexes sur coupe transversale du poil. Elles sont disposées par couches régulières et sont très solidement unies les unes aux autres dans chaque couche. Ce fait est peut être en rapport avec la disposition des filaments protoplasmatiques dont la direction générale est circulaire (V. Brunn).
Entre la gaine épithéliale externe et la gaine fibreuse externe, il existe une membrane basale ou vitrée qui est un prolongement de la vitrée qui double l’ectoderme tégumen taire. Elle montre une épaisseur relativement considérable à partir du collet du poil, s'amincit au niveau du bulbe pileux et disparait à la surface de la papille. La face interne de cette vitrée est hérissée de crêtes terminées par des angles aigus et séparées par des angles rentrants arrondis. Ces crêtes sont disposées parallèlement les unes au-dessus des autres. Festons saillants et angles rentrants sont recouverts de denticulations très fines qui s’engrènent avec les denticulations des cellules cylindriques; ils sont surtout très accentués au niveau du bulbe et disparaissent au-dessus de celte région.
y) Gaine épithéliale interne. — La gaine épithéliale interne s’étend depuis la matrice du poil jusqu’à la glande sébacée. Elle n’existe plus au-dessus de l’embouchure de cette glande et la surface du poil est alors en contact avec la gaine épithéliale externe. Elle se différencie aux dépens des cellules de la matrice situées sur les côtés de la papille, en dehors des cellules génératrices du poil.
La gaine interne de la racine présente trois couches concentriques : une couche externe ou de Henle ; une couche moyenne ou de Huxley ; une couche interne ou cuticule de la gaine interne.
La couche de Henle comprend une seule assise de cellules kératinisées. Elles sont allongées parallèlement à l’axe du poil sur les coupes longitudinales; elles ont la forme d’un rectangle avec côté interne convexe sur les coupes transversales. Leur cytoplasme est hyalin et leur noyau n’est pas visible à cause de la kératinisation du corps cellulaire. Elles n’ont pas de filaments d’union. Cette structure des cellules de Henle s’observe seulement jusqu’à l’embouchure de la glande sébacée. Au delà de cette embouchure, elles se dissocient, deviennent écailleuses et s’éliminent avec la matière sébacée. Les cellules de Henle se différencient aux dépens des cellules les plus externes delà matrice du poil. Elles se chargent peu à peu de granulations d’éléidine, puis, subissent la transformation cornée au niveau de la base du cône pileux. Elles possèdent alors les caractères que nous leur avons reconnus ci-dessus.
La couche de Huxley, au niveau de la racine proprement dite, est constituée par une seule assise de cellules dans les poils peu volumineux et par deux à trois assises de cellules dans les poils plus épais. Ce sont également
des éléments kératinisés. Leur noyau disparaît dans la partie supérieure de la gaine interne; elles s’atrophient et se desquament au niveau del’embouchure de la glande sébacée. Elles se différencient, comme les cellules de Henle, dans la matrice du poil, en dedans des cellules précédentes. Elles figurent tout d’abord des éléments cubiques disposés sur un seul rang, inclinés de bas en haut et de dehors en dedans. Elles subissent la transformation cornée dans la région supérieure du cône pileux.
La cuticule de la gaine interne est formée par des lames cellulaires, sortes
Fig. 290. -- Coupe transversale de poil , faite immédiatement au-dessus de la papille.
P, corps du poil dont les cellules sont distinctes. — i, gaine épithéliale interne. — e, gaine épithéliale externe. — c, cuticule de la gaine épithéliale interne. — c’, épidermicule du poil. — b, cellules de la couche de Huxley. — a, cellules de la couche de Henle. — f, enveloppe connective du follicule. — v , vaisseau sanguin. D’après Ranvier.
d’écailles très minces et kératinisées. Elles sont emboîtées les unes sur les autres comme les écailles de l’épidermicule pileux, mais leur bord libre est orienté vers le bulbe du poil, c’est-à-dire en sens inverse des cellules de l’épidermicule. Cette membrane cuticulaire est beaucoup plus mince que l’épidermicule (fig. 289 et 290).
B. Annexes du poil. — Au poil sont annexés : un muscle, le muscle arrecteur du poil et des glandes, les glandes sébacées. Le muscle arrecteur du poil, ou muscle del’horripilation, est composé par desfibres musculaires lisses. Il est situé du côté de l’angle obtus que le poil fait avec la surface de la peau. 11 s’insère d’une part sur le derme cutané par de petits tendons élastiques, d’autre part sur la gaine externe du poil. Cette dernière insertion se fait au-
dessous de l’embouchure de la glande sébacée ; elle peut également se faire plus bas vers la région moyenne ou même inférieure du follicule pileux. La contraction de ce muscle redresse le poil, comprime la glande sébacée, et provoque le rejet de son produit de sécrétion. 11 détermine également une dépression de la surface cutanée et produit ainsi le phénomène bien connu de la « chair de poule ».
La glande sébacée est située sur le côté de la gaine du poil qui fait un angle obtus avec la surface cutanée dans les poils volumineux ; elle entoure complètement la gaine dans les poils plus petits. Nous étudierons sa structure avec celle des autres glandes cutanées.
3° Évolution du poil. — Les poils ne persistent pas pendant loute l’existence de l’individu. Ils ont une durée limitée et variable suivant les espèces animales et suivant les régions. Certains animaux présentent deux fois par an une chute et un remplacement de tous leurs poils; c’est le phénomène de la « mue ». Il n’existe rien de semblable chez l'Homme. La mue ne s’y fait pas en masse et à des périodes fixes de l’année, mais s’opère d’une manière insensible et continue. On admet par exemple que le cheveu a une durée moyenne de 2 à 4 ans, le cil une durée de 3 à 5 mois, etc. Dans certains états pathologiques cependant, on constate une mue massive des poils et en particulier des cheveux.
A. Chute du poil. — L’involution du poil est tout d’abord caractérisée par l’atrophie des cellules de la matrice. Il en résulte que les dimensions du bulbe pileux diminuent. En même temps, toutes les cellules de la matrice se transforment en fuseaux pileux, la différenciation des éléments de la cuticule et des gaines épithéliales interne et externe ne se réalise plus et le bulbe du poil répond à une masse de cellules indifférentes stratifiées. La papille s’atrophie ensuite presque complètement, la gaine conjonctive externe s'hypertrophie au contraire et la vitrée présente une épaisseur deux ou trois fois plus grande qu'à l’état normal. A ce moment, le bulbe pileux n’est plus creusé à sa base d’une cavité papillaire ; il se termine par une extrémité inférieure arrondie ou piriforme et le poil prend le nom de poil à bulbe plein ou poil en massue (fig. 291).
Le bulbe du poil, à partir de ce moment, s’élève peu à peu le long du follicule pileux et finalement se trouve expulsé au dehors. La massue se rétrécit dans toutes ses dimensions. Au furet à mesure qu’elle se rapproche de la périphérie, la gaine interne devient plus courte, dégénérant vers le haut et ne se régénérant pas par le bas ; elle disparaît complètement quand la massue parvient au niveau de l’orifice cutané du follicule pileux. La cavité folliculaire abandonnée par le poil se referme derrière lui et son épithélium figure un cordon plein étendu entre le reste de la papille et la massue du poil. La gaine conjonctive du follicule pileux s’épaissit considérablement autour de ce cordon épithélial ; il en est de même de la vitrée qui présente des replis longitudinaux accentués. La gaine conjonctive se resserre en une sorte de « pilier conjonctif » au-dessous de ce cordon épithélial. La plupart des auteurs admettent que le poil en massue est toujours destiné à tomber. Unna pense au contraire qu'il peut se greffer dans
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la gaine épithéliale externe et y puiser des éléments de renouvellement. Cette opinion est combattue par Schulen, v. Ebner, Ranvier, Reinke.
PD
B. Remplacement du poil. — Le poil de remplacement commence à se développer au moment ou la massue du poil caduc parvient au niveau du collet folliculaire. « Les auteurs sont encore partagés sur la façon dont il faut comprendre la genèse du poil de remplacement aux dépens de l’ancien follicule. Ce poil naît sur l’ancienne papille, disent Langer, Kôlliker, v. Ebner, Esoff ; il naît au contraire sur une papille de nouvelle formation, soutiennent Steinlein,
Klein, Stieda, Freitag. Quant à Unna Gôtte et Ranvier, ils admettent les deux modes d’origine : le nouveau poil se développe à la surface de l’ancienne papille ou sur une papille de nouvelle formation si l’ancienne a disparu. » (A. Branca.)
D’après les premiers auteurs, l’ancienne papille augmente de volume ; les cellules épithéliales qui l’entourent et celles du cordon cellulaire se multiplient activement et un nouveau poil commence à se développer. Une couche d’éléments en forme de cône creux se différencie dans la masse cellulaire qui surplombe la papille ; elle renferme trois assises de cellules qui se kératinisent rapidement et qui constituent les trois couches de la gaine interne du poil. Les éléments situés en dehors de ce cône forment peu à peu la gaine épithéliale externe ; ceux qui sont compris dans son intérieur forment les éléments du poil (v. Brunn).
Les autres auleurs décrivent d’une manière différente les premiers processus qui caractérisent la régénération du poil. Lorsque la massue du poil caduc se trouve à l'intérieur du col folliculaire,
la gaine épithéliale externe émet un bourgeon plein qui bientôt s’élargit au niveau de son extrémité, se creuse en cupule et loge dans sa cavité une expansion conjonctive qui est la nouvelle papille. L’évolution de la