I. — Peau des paupières
L’épiderme, très mince, présente un stratum malpighien peu développé et un stratum corné d’une minceur remarquable. Il s’épaissit cependant au
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
niveau du bord libre des paupières. Le derme est lui aussi peu développé. Il est formé par de gros faisceaux ondulés de tissu conjonctif et se soulève en papilles peu volumineuses, de nature vasculaire, larges et élevées au niveau du bord libre; un certain nombre d’entre elles renferment des corpuscules tactiles. La peau des paupières présente des poils courts et fins des glandes sébacées petites et des glandes sudoripares également petites et très nombreuses. Celles-ci s’enfoncent dans un tissu cellulaire dont l’extrême laxité favorise le glissement de la peau dans l’acte du clignement. Il ne renferme pas de graisse, mais contient toujours des cellules pigmentaires, surtout au niveau des tractus conjonctifs qui accompagnent les glandes, les vaisseaux et les follicules pileux (Waldeyer).
IL — Conjonctive palpébrale et bulbaire.
C’est une muqueuse, dont l'épithélium a conservé à peu près la structure simple que présentait l’épiderme au moment de la formation des paupières. 11 faut distinguer trois parties dans la conjonctive. La première recouvre la face postérieure des paupières : c’est la conjonctive palpébrale ; la seconde tapisse la face antérieure du globe oculaire jusqu’au niveau du bord scléro-cornéen. C’est la conjonctive bulbaire ; la troisième se réfléchit des paupières sur le globe, formant ainsi un cul-de-sac, le cul-de-sac conjonctival ou fornix.
i° Épithélium. — L’épithélium de la conjonctive comprend deux couches de cellules, une assise profonde de cellules basses ou aplaties, avec noyau horizontal, et une assise superficielle de cellules cubiques ou cylindriques. Ces éléments superficiels sont les uns relativement longs et grêles, les autres plus courts et plus épais; leur face profonde est munie de prolongements coniques qui s’enfoncent entre les faces des cellules sousjacentes. Leur face superficielle est bordée par une étroite zone hyaline (fig. 3io).
L’épithélium de la conjonctive prolonge l’épithélium pavimenteux épidermique au niveau de l’angle interne du bord libre. Les cellules cylindriques de l'assise génératrice se continuent avec les cellules profondes de l’épithélium de la conjonctive, tandis que les cellules les plus superficielles et aplaties du bord libre se continuent avec les cellules cubiques de l’épithélium conjonctival ; la couche de Malpighi s'efface rapidement et se termine en bec de fl û te entre les deux couches précédentes.
Au niveau du fornix, l’épithélium est formé de plusieurs couches avec de courtes cellules cylindriques superficielles, puis deux ou trois assises de cellules irrégulièrement polyédriques. Au niveau du bulbe, l’épithélium possède en arrière la même structure que celui du fornix, puis gagne peu à peu, au fur et à mesure qu’on se rapproche du limbe sclérocornéen, la disposition pavimenteuse stratifiée caractéristique de l’épithélium antérieur de la cornée. Ajoutons enfin que l’épithélium présente une disposition festonnée caractéristique au niveau de la région postérieure de la conjonctive palpébrale. Cette disposition festonnée n’existerait que chez les individus âgés. C’est l’état dit « papillaire » de la cou-
ORGANES DES SENS
onctive, bien qu’on n’ait pas affaire ici à de véritables papilles, mais à des replis de l’épithélium dus à des hypertrophies locales.
L’épithélium conjonctival renferme des cellules mucipares (Pfitzner,
Fig.] 309. — Coupe de la paupière supérieure de l'Homme.
ép, épiderme. — morb, muscle orbiculaire des paupières. — mcilR , muscle ciliaire de Riolan. — C , ciï. — glc, glande ciliaire ou de Moll. — conj, conjonctive palpébrale. — ni, nodules lymphoïdes situés sous la conjonctive palpébrale, dans la région du fornix. — glK, glande de Krause. — a.gl. Meib , acinus des glandes de Meibomius. — T. tarse. — cexgl Meib , canaux excréteurs des glandes de Meibomius. — ml , faisceaux musculaires lisses du muscle tarsal ou de Müller. x Ü5.
Histologie II.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
Ishikuro) ; elles élaborent un produit qui présente les caractères microchimiques du mucus. Elles paraissent se former seulement dans les couches profondes de l'épithélium, puis elles gagnent la périphérie où elles rejettent leur produit de sécrétion. Peut-être dégénèrent-elles quand leur cycle sécrétoire est terminé (Ishikuro). On voit souvent le contenu cellulaire faire saillie sous forme de gouttelettes à la surface de l’épithélium.
2° Chorion. — Au-dessous de l’épithélium de la conjonctive, nous trouvons un chorion ou tunique propre formé de fibres conjonctives et de fibres élastiques peu abondantes dans la portion palpébrale de la muqueuse. Cette même région palpébrale est infiltrée de corpuscules lymphoïdes jusqu’au niveau du fornix. C’est une infiltration lymphoïde superficielle, qui existe depuis la naissance jusqu’à l’àge le plus avancé; mais on ne rencontre pas de véritables follicules lymphatiques bien développés chez l’Homme, tandis qu’ils existent chez beaucoup d’animaux, surtout au niveau de la paupière
inférieure. Ils forment des amas assez considérables chez certaines espèces, chez le Bœuf par exemple (plaques de Bruch). La tunique propre est très développée et très lâche dans la conjonctive du fornix. Ellerenferme à ce niveau une grande quantité de fibres élastiques; il en est de même au niveau de la conjonctive bulbaire dont les fibres connectives s’unissent en grand nombre avec celles de la sclérotique.
La question de savoir si la tunique propre de la conjonctive se soulève en véritables papilles présente une certaine importance à cause des processus pathologiques auxquels ces formations peuvent donner naissance. D’après Nakagawa, de telles papilles n’existent pas au niveau de la conjonctive palpébrale et au niveau du fornix ; cet auteur a trouvé au contraire des formations semblables à des papilles sur le rebord du limbe, comme Wolffring et Ciaccio l’avaient déjà montré. Elles sont particulièrement bien développées chez l’Homme tout autour de la cornée, où elles possèdent 120 à 200 jx de hauteur et 80 jx de largeur. Elles augmentent de dimensions chez les individus âgés et cette croissance est due à la prolifération de l’épithélium superficiel.
3° TlSSU CELLULAIRE LÂCHE SOUS-CONJONCTIVAL ET CARTILAGE TARSE. La
tunique propre de la conjonctive repose sur le tissu cellulaire lâche sousconjonctival. Il est constitué par de gros faisceaux conjonctifs, des fibres élastiques, de petits groupes de cellules adipeuses, surtout abondantes dans la région du fornix. Il montre une modification remarquable au niveau des deux tiers antérieurs de la conjonctive palpébrale. Il devient dense, compact, résistant et forme une lame homogène qui représente le squelette des
Fig. 310. — Épithélium du feuillet postérieur de la conjonctive de l'Homme. D’après Villahd.
cms , cellule à mucus superficielle. — cmp, cellule 5 mucus profonde. — cps , cpp , cellules polyédriques superficielles et profondes. — mb, membrane basale.
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paupières. C’est le cartilage tarse. Certains auteurs font du tarse un fibrocartilage. Gerlach, Frey, Sappey, Kolliker ont autrefois décrit des capsules cartilagineuses dans la substance du tarse chez l’Homme. On sait maintenant qu’il est uniquement formé de fibres connectives. Le tarse s’épuise en avant dans le tissu conjonctif du bord libre et se continue en arrière avec le tissu cellulaire lâche sous-conjonctival. Les fibres tendineuses de l’éleveur s’attachent sur la partie moyenne de son bord supérieur.
4° Muscles des paupières. — La région axiale des paupières est occupée par les fibres du muscle orbiculaire. Ce sont des fibres striées très ténues. La zone inférieure du muscle orbiculaire s’isole dans la région du bord palpébral. Elle est connue sous le nom de muscle ciliaire de Riolan et comprend des faisceaux qui sont séparés les uns des autres par le tissu conjonctif dense du rebord palpébral et qui cheminent en arrière des cils et des glandes de Moll, en avant des glandes de Meibomius dont ils enveloppent les canaux excréteurs. Leur contraction doit avoir une action sur la direction des cils pendant le clignement et sur l’évacuation des produits sécrétés par les glandes.
Dans la région postéro-supérieure de la paupière supérieure, ou postéroinférieure de la paupière inférieure, il existe un muscle à fibres lisses, appelé muscle palpébral supérieur ou inférieur, ou muscle de Müller. Il s’étend entre le cul-de-sac conjonctival et l’angle postérieur du tarse. Les fibres de ce muscle s’assemblent en volumineux faisceaux qui s’insèrent d’une part sur le tarse et d’autre part sur les fibres conjonctives de la région du cul-de sac conjonctival (fig. 309).