IV. — Fovea centralis
Cette région rétinienne est située sur l’axe optique de l’œil, en dehors et un peu au-dessous de la papille. C’est une fossette peu profonde, large de 1 mm. 7 environ (Dimmer), formée en dehors par un bourrelet circulaire et au centre par une région amincie, le fundus foveæ. La région de la fovea et aussi la zone immédiatement avoisinante sont colorées en jaune sur les rétines de l’Homme et de quelques Singes, d’où son nom de « tache jaune » ou « macula lutea ». Les autres Mammifères ne possèdent pas de fovea; mais une région de leur rétine présente les mêmes caractères que les bords de la fovea chez l’Homme; c’est l'area centralis (Chiewitz). Celle-ci est d’autant plus étendue que les animaux ont une vision moins distincte.
La structure de la fovea répond à une adaptation physiologique spéciale qui est la vision précise de la forme des objets. La constitution des couches rétiniennes, leur disposition, leur nombre, leur épaisseur sont profondément modifiées, surtout celle des couches les plus internes. On connaît la structure de la fovea par les recherches déjà anciennes de Henle, Muller et Schultze, complétées par les observations de nombreux auteurs plus récents (î).
La couche pigmentaire est constituée par des cellules plus petites, plus hautes, plus riches en pigment que dans le reste de la rétine.
La couche des cônes et bâtonnets est bien représentée au niveau de la fovea. On remarque sur des coupes un peu étendues de cette région que la proportion des cônes augmente rapidement dans le voisinage de la fovea dont le fond ne renferme que des cônes. D’après Fritsch, la région centrale du fond ou « foveola » renferme 5o à 6o cônes agencés en rangées spiralées, très serrés les uns contre les autres et qui ont l’aspect, sur des vues de face, de polygones à six pans. Tous ces polygones juxtaposés donnent à la fovea l’apparence d’une mosaïque dont la régularité est presque mathématique (Heine). Les cônes de la fovea sont plus longs et plus étroits que ceux des autres régions réliniennesv (Graef, Schultze). Rochon- Duvigneaud a montré que les cônes du fond sont particulièrement longs et minces. Il les désigne dans leur ensemble sous le nom de « bouquet des cônes centraux ». « Ils représentent évidemment l’extrémité périphérique et
(1) Kôlliker, Hannover, Krause, Schwalbe, Schaper, Dimmer, Golding-Bird et A. Schâfer, Johnson, Fritsch, Rochon-Duvigneaud, etc.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
comme la pointe de l’organe de l’acuité visuelle centrale. » Le diamètre de ce bouquet central atteint i5o à 200 ;x; les cônes ont une longueur de 70 à 75 a, et un diamètre très réduit : les plus centraux ont à leur base une épaisseur de 2 |x 2 à 2 [x 5 et les plus périphériques 3 ;x environ ; ils s’épaississent progressivement pour atteindre les 5 à 6 ;x de diamètre que mesurent les cônes des bords de la fovea (fig. 333).
La couche des grains externes ne renferme que des noyaux de cellules à cônes ; ils se disposent sur plusieurs rangées, à cause de la minceur des cônes et de leur tassement. Ils sont moins nombreux, s’écartent les uns des autres et de la limitante externe tout à fait au centre du fundus fovea?.
La couche des fibres de Ilenle est particulièrement développée; elle est constituée par les fibres de cône qui suivent un trajet oblique et dontfobli-
Fig. 333. — Fovea humaine, coupe suivant l'axe vertical de l’œil.
ch, choroïde. — 1, épithélium pigmentaire. — 2, couche des cônes et bâtonnets. — 3, couche des grains externes. — 4, couche des libres de Ilenle. — 5, plexus basal ou couche plexiforme externe, — fi, couche des cellules bipolaires et unipolaires. — 7, pltxus cérébral (couche plexiforme interne). — 8, couche des cellules ganglionnaires. — 9, couche des fibres nerveuses. — 10, limitante interne. — cf , cônes fovéaux (bouquet central), x 170. D'après Rociion-Duvi.
GNEAUD.
quité s’accentue de dedans en dehors; elles sont presque couchées horizontalement à la périphérie de la fovea.
Toutes les autre 3 couches rétiniennes s’épaississent au niveau des bords, surtout celle des cellules ganglionnaires, puis s’amincissent peu à peu et se terminent en bec de flûte vers le fond où leurs éléments constitutifs se confondent plus ou moins les uns avec les autres. Ainsi la couche plexiforme externe manque vers le fond et s’épaissit vers les bords de la fovea où elle mesure de 6 à 12 a. La couche des grains internes est représentée au centre de la fovea par quelques noyaux isolés ; elle atteint au contraire une épaisseur de 60 à 70 a vers les bords et ses noyaux sont disposés sur 9 à 10 rangées. La couche des cellules ganglionnaires , unistratifiée dans les autres régions de la rétine, devient polystratifiée dans la zone périmaculaire et s’amincit dans la région maculaire proprement dite où elle est représentée par quelques éléments espacés. Il en est de même pour la couche des fibres optiques qui possède des dimensions relativement considérables dans la zone périmaculaire. D’une manière générale, l’importance des couches
ORGANES DES SENS
rétiniennes dans la région périmaculaire est plus grande du côté de la papille que du côté opposé.
La fovea de l’Homme n’a pas été étudiée par la méthode du chromate d’argent que Ramon y Cajal a cependant appliquée à celle des Passereaux et du Caméléon. Dans ces objets, la fovea se caractérise par ce fait que les cellules bipolaires se mettent chacune en rapport avec une seule cellule visuelle. L’impression reçue par un cône conserve donc son individualité en traversant le deuxième neurone rétinien. Le panache inférieur des bipolaires est plus étendu que le panache supérieur. C’est à cette disposition qu’il faut attribuer l’obliquité des fibres de la couche de Henle et des fibres des bipolaires. La projection excentrique des bipolaires
Fig. 334. — Rétine de Caméléon au niveau de la fossette centrale. Méthode de Golgi.
a, cônes minces du centre de la fossette. — 6, cônes plus épais de ses parties latérales. — c, corps des cônes plus ou moins distants de la limitante externe. — e, petit panache supérieur d’une cellule bipolaire ne pouvant s’articuler qu’avec un seul cône. — f, celiules amacrines. — g , expansion latérale d’une cellule épithéliale (ou de Millier) bifurquée. D’après Cajal.
a déterminé un allongement et une coudure latérale des fibres de cônes qui réalisent fort loin, en dehors du plan vertical du cône, leur articulation avec les cellules du deuxième neurone rétinien (fig. 334).
Nous avons vu que la fovea possède une teinte jaunâtre. Cette coloration n’est bien visible qu’à l’élat cadavérique et que sur des rétines séparées de l’épithélium pigmenté et observées par transparence (Schwalbe). Dans ces conditions, comme l’a montré Hering, la teinte jaune dépasse les bords de la macula et s’étend, en s’atténuant de plus en plus, sur une faible étendue de la région périmaculaire. Des coupes de rétines fixées par l’acide nitrique et non colorées paraissent indiquer que cette coloration est répartie d’une manière diffuse dans toute la région maculaire, à l’exception des cônes et des grains externes. Peut-être y a-t-il lieu de se demander si cette diffusion n’est pas due à une altération cadavérique et si le pigment jaune, dans les conditions normales, n’est pas localisé à l’intérieur des cellules rétiniennes.
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