VI. — Nerf optique, chiasma, bandelettes optiques
Pour connaître complètement le troisième neurone rétinien, il est nécessaire de suivre dans leur trajet et jusqu’à leur terminaison les cylindre-axes issus des grandes cellules ganglionnaires. Ces cylindre-axes convergent tous vers la papille optique, s’engagent dans le canal scléral, et sortent de l’hémisphère postérieur de l’œil en formant le nerf optique. Ils ne gagnent leur gaine de myéline qu’à leur sortie, ce qui explique pourquoi le nerf augmente brusquement de volume à ce niveau.
1° La voie optique périphérique. — Une fois sortis de l’œil, les prolongements des cellules ganglionnaires s’entre-croisent partiellement dans le chiasma et se prolongent dans les bandelettes optiques jusqu’aux corps genouillés où ils se terminent. Ces prolongements doivent être distingués en plusieurs catégories : i° les fibres maculaires; 2° les fibres périphériques temporales ; 3° les fibres périphériques nasales.
Les fibres maculaires proviennent des cellules ganglionnaires de la macula. Elles s’agencent en un faisceau qui occupe tout d’abord le segment temporal, puis le centre du nerf ^oplique. Elles subissent une décussation partielle au niveau du chiasma et pénètrent dans les bandelettes. Chacune de celles-ci renferme donc des fibres maculaires directes et croisées qui se prolongent jusqu'au corps genouillé externe et se ramifient parmi les cellules de ce dernier organe. Certains auteurs admettent que ces fibres, tout au moins en partie, se continuent jusqu’au centre cortical.
Les fibres périphériques sont les cylindre-axes issus de toutes les autres cellules ganglionnaires rétiniennes. Celles qui proviennent de la moitié nasale de la rétine (fibres périphériques nasales) se réunissent en un faisceau qui occupe la région interne et inférieure du nerf optique. Les fibres venues d’un côté se rendent dans la bandelette opposée et occupent sa moitié inférieure. Elles se terminent dans le corps genouillé externe. On désigne l’ensemble de ces fibres sous le nom de faisceau croisé.
Les cylindre-axes issus de la moitié temporale de la rétine (fibres périphériques temporales) s’agencent tout d’abord en deux cordons qui se placent respectivement au-dessus et au-dessous du faisceau maculaire. Puis, quand ce dernier a gagné sa situation centrale, ils se rassemblent sur le côté externe du nerf optique, occupent ensuite l’étage supérieur du chiasma et se continuent dans la bandelette du même côté où ils conservent la même situation. On admet qu’avant d’aborder le corps genouillé Histologie II.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
externe, les fibres des faisceaux direct et croisé se mélangent et mémo s’accouplent fibre à fibre (Bernheimer, Cajal). 11 existerait ainsi à ce niveau des couples de fibres dont chacun comprendrait une fibre directe et une fibre croisée.
« Celle fusion des faisceaux ne détruit pas la projection ou homologie topographique qui paraît être une des lois fondamentales de la constitution de la voie visuelle. En d'autres termes, les fibres croisées et directes, désormais couplées au voisinage du corps genouillé externe, correspondent toujours, les dorsales aux régions dorsales de la rétine, les ventrales aux régions ventrales, et ainsi de suite jusque dans le détail. C’est du moins ce que rendent fort probables les données cliniques invoquées par Henschen et par exemple que la destruction de la partie supérieure du corps genouillé externe détermine une anopsie persistante dans le quadrant inférieur correspondant des deux champs visuels » (Rochon-Duvigneaud).
Le reste de la voie optique est formé par les radiations optiques ; ce sont les cylindre-axes qui prennent naissance dans les cellules du corps genouillé externe et qui vont se terminer dans le cunéus et autour de la scissure calcarine. Nous ne dirons rien ici de la voie motrice ni des connexions de la voie visuelle avec les centres moteurs des yeux.
Les nerfs optiques renferment aussi les fibres cenlrifugales qui sont très nombreuses et proviennent des corps genouillés externes.
2° Structure du nerf optique. — Les fibres du nerf optique sont de calibre fort variable; leur gaine de myéline ne présente pas d’étranglements annulaires ni de névrilemme, d’après l’opinion le plus couramment admise (Ranvier . Cajal a cependant décrit des étranglements annulaires dans le chiasma du Lapin. Elles sont rassemblées en faisceaux de fibres par des tractus conjonctivo-vasculaires venus de la gaine pie-mérienne et sont isolées les unes des autres par des éléments névrogliques. Ceux-ci sont très abondants et existent seuls dans la portion inlrasclérale du nerf optique; ils constituent par leur feutrage une couche épaisse périphérique, qui isole les fibres optiques de la pie-mère et qui est analogue à la névroglie périmédullaire (Fucus, Michel, Rochon-Duvigneaud). Ils sont aussi très abondants autour des faisceaux nerveux, qu’ils séparent des septa conjonctifs et entre les fibres nerveuses elles-mêmes.
Le nerf optique est en outre entouré par des pairies qui sont les homologues des enveloppes cérébrales. Ce sont : i° une gaine interne, étroitement appliquée contre le tronc du nerf, la gaine piale ou pie-mère ; 2° une gaine extérieure épaisse, la gaine durale ou dure-mère; 3° un feuillet très mince, l'arachnoïde qui double intérieurement cette dernière. L’arachnoïde et la pie-mère limitent un espace cloisonné par des tractus conjonctivo-vasculaires ou tissu sous-arachnoïdien. On appelle espace intervaginal ou sous-vaginal celui qui est compris entre la dure-mère et la pie-mère. Il peut être décomposé en deux espaces concentriques : un espace sous-dural virtuel, entre la dure-mère et l’arachnoïde; un espace sous-arachnoïdien, entre l’arachnoïde et la pie-mère. Toutes ces lames et tractus conjonctifs sont tapissés par des cellules endothéliales.
Les coupes longitudinales montrent que l’espace sous-arachnoïdien pré-
sente ses dimensions maxima à quelques millimètres en arrière du globe ; il se rétrécit peu à peu en arrière ; au niveau du canal optique, toutes ces gaines sont fusionnées partiellement les unes avec les autres et avec le périoste; il subsiste seulement quelques fentes qui font communiquer les espaces du nerf optique avec les espaces périencéphaliques. Les mêmes coupes montrent également que l’espace sous-arachnoïdien pénètre en avant jusqu’aux deux tiers de l’épaisseur de la sclérotique. La pie-mère et la dure-mère se fusionnent l’une avec l autre au fond de cette encoche profonde qui limite le bord postérieur du canal scléral. L’arachnoïde aboutit au sommet du cul-de-sac et se fixe à la sclérotique.
VIL — Vaisseaux de la rétine, du nerf optique,