‹ Traité d'histologie :Chapitre 171 sur 267 · II · texte numérisé non relu

II

; 1 : te;

centes. On peut homologuer cette couche au corps muqueux épidermique.

Les cellules plates de la couche antérieure se disposent sur plusieurs assises, trois ou quatre chez l’Homme.

Les cellules les plus superficielles sont les plus volumineuses et forment la couche cornée de Pfitzner. Maisellesconservent toujours leur noyau qui souvent fait saillie à leur surface.

Putter a montré que la structure de l’épithélium antérieur présente chez les Cétacés des modifications intéressantes. La couche superficielle envoie dans les couches sons-jacentes des prolongements qui

parviennent jusqu’à la basale antérieure et s’appliquent à sa surface. Cette disposition a pour résultat, d’après Putter, de consolider la couche cornée qui pourrait être facilement déchirée à cause des mouvements violents de l’animal dans les Ilots. La Baleine offre une disposition spéciale de la couche superficielle cornée. Celle-ci occupe toute l’épaisseur de l’épithélium antérieur et forme un système de mailles dont les dimensions diminuent progressivement. Les autres cellules cornéennes sont renfermées dans ces mailles.

L’épithélium antérieur possède une épaisseur variable suivant les espèces. Il atteint environ 4o p. chez l’Homme. Il se continue avec celui de la conjonctive au niveau du limbe scléro-cornéen. Les cellules de cet épithélium sont susceptibles de glisser facilement les unes sur les autres. Si l’on fait une section peu profonde de la cornée, la solution de continuité est

Fig. 337. — Coupe de cornée humaine .

épa , épithélium antérieur. — lèa, lame élastique antérieure. — tp , tissu propre de la cornée. — lép , lame élastique postérieure, — en, endothélium postérieur. X 100.

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

remplie peu de temps après de cellules qui la comblent progressivement (Ranvier, Peters, Retterer, Masugi, etc.). Ce fait explique la cicatrisation rapide des ulcérations cornéennes superficielles et montre que les cellules de l’épithélium cornéen ne sont pas aussi solidement réunies par leurs filaments protoplasmiques que les cellules des autres régions de l’ectoderme tégumentaire.

2° Membrane basale antérieure. — L’épithélium antérieur repose sur une vitrée, appelée membrane basale ou basilaire antérieure (Ranvier), membrane de Reichert, lame élastique antérieure (Bowman) ou membrane de Bowman. Son épaisseur atteint 5 à îo jjl chez l’Homme (Henle). Elle est à peine indiquée chez les Batraciens, un peu plus accentuée chez les Oiseaux, et plus encore chez les Mammifères. Celle membrane est réfringente et homogène à l’état normal. Elle possède cependant une constitution fibrillaire très délicate ; on peut la mettre en évidence par un traitement approprié, ou sur des yeux atteints de certaines affections inflammatoires (cornées traitées par le permanganate de potasse ou yeux atteints d’irido-cyclite, Berger). Son mode d'histogénèse aux dépens des fibrilles les plus superficielles du derme cornéen nous indique également que telle est sa constitution fondamentale (Wolfraum); mais ces fibrilles ne peuvent s’observer dans les conditions normales parce qu’elles sont noyées dans une substance monoréfringente. Le nom de lame élastique que lui a donné Bowman n’est justifié ni par sa structure ni surtout par ses réactions histochimiques. Nous devons la considérer comme une membrane basale, la plus épaisse de réconomie. Les fibrilles des couches cornéennes sous-jacentes se continuent avec celles de la lame basilaire, ainsi que les fibres dites arciformes (Henle et Langerhans).

3° Derme cornéen ou tissu propre de la cornée. — Le derme cornéen est constitué par une charpente fibro-élastique et par des cellules conjonctives. 11 ne renferme pas de vaisseaux sanguins; il est pourvu d’une riche arborisation nerveuse.

La charpente fibreuse du derme cornéen est formée par une série de lames superposées. Ces lames sont au nombre de cinquante environ dans la cornée humaine. Chacune d’elles comprend un grand nombre de faisceaux conjonctifs. Ils sont juxtaposés les uns à côté des autres et disposés parallèlement dans chaque lame cornéenne. Leur calibre est à peu près égal dans toute l’épaisseur du derme; il est cependant assez peu régulier dans les couches cornéennes antérieures chez les grands Mammifères et chez l'Homme en particulier. Les faisceaux primitifs sont réunis dans chaque lame par une substance cimentante, le ciment inter-fasciculaire. Ils se dissocient en fibrilles très ténues par immersion prolongée dans certaines substances chimiques [eau de baryte, permanganate de potasse (Rollet), chlorure de sodium à îop. îoo (Schweigger-Seidel), chlorure de palladium i/4 à 1/2 p. 100 Waldeyer)]. Ces fibrilles présentent les mêmes caractères que les fibrilles conjonctives ordinaires ; elles sont cependant moins ondulées. Elles sont soudées les unes avec les autres par un ciment interfibrillaire de même indice de réfraction, ce qui explique leur transparence.

ORGANES DES SENS

Nous avons vu que les faisceaux primitifs du derme cornéen sont disposés parallèlement les uns aux autres dans chaque lame cornéenne. Mais les fibres de chaque lame sont orientées perpendiculairement aux fibres de la lame suivante et ainsi de suite. Il ne faut cependant pas croire que les lames cornéennes soient superposées sans autre lien qu’une sorte de ciment intercellulaire. Il existe dans chaque lame des fibres et fibrilles obliques qui passent dans les lames voisines et les réunissent. Cette disposition est surtout très accentuée dans les couches superficielles de la cornée, chez l’Homme et les grands xMammifères surtout, où les fibres obliques, très nombreuses et très volumineuses, sont dites « fibres arciformes ».

Le tissu propre renferme également une charpente élastique. Elle est très développée chez certains animaux comme la Raie. Ranvier a montré que le tissu propre chez cet animal est parcouru par un système de fibres élastiques dont la plupart sont orientées perpendiculairement sur les lames cornéennes et unissent les lames basilaires antérieure et postérieure. Il les désigne sous le nom de « fibres suturales ».Mais l’existence et la disposition des fibres élastiques chez les Mammifères est plus difficile à mettre en évidence à cause de leur ténuité. On ne les signalait autrefois que dans le voisinage du rebord cornéen (Waldeyer, Henle). Tartuferi , par une méthode particulière d’imprégnation, a trouvé d’innombrables fibrilles élastiques dans toutes les régions delà cornée. Elles ont un trajet onduleux, s’anastomosent les unes avec les autres, sont le plus souvent dirigées parallèlement aux fibres conjonctives et forment dans leur ensemble une vaste charpente qui occupe toute l’épaisseur de la cornée. Kiribuchi arrive à des conclusions analogues, mais il admet que la région moyenne de la cornée n’en renferme pas. Sattler et Stutzer, dans leurs derniers mémoires, nient l’existence de ces fibres. Ces résultats différents sont peutêtre dus à des variations individuelles ou à l’influence de l’âge (Kallius).

Entre les fibres conjonctives, il existe un grand nombre d’éléments cellulaires désignés sous le nom de cellules-fixes de la cornée. Ces éléments sont situés entre les lames cornéennes. On voit bien leur situation et leur distribution sur des coupes méridiennes. Chaque interstice compris entre deux lames cornéennes renferme un grand nombre de cellules fixes, dont les noyaux sont entourés chacun par une mince couche cytoplasmique, aplatie dans le sens des lames. Les imprégnations au chlorure d’or fournissent des images positives des cellules-fixes. Chacune de celles-ci, vue à plat, est formée par un corps cytoplasmique polygonal d’où parlent de nombreux prolongements qui s’anastomosent entre eux et avec ceux des cellules voisines (fig. 338). Ils suivent les sillons laissés libres entre les fibres cornéennes des deux lames adjacentes. Ces sillons sont orientés à angle droit, comme les fibres qui les délimitent; aussi les prolongements sont-ils rectilignes et orientés suivant deux directions perpendiculaires. Déplus, chaque prolongement peut présenter un certain nombre de bifurcations à angle droit. Le corps cellulaire et les expansions qui en partent montrent aussi des crêtes d’empreinte; celles-ci sont les moulures lamelleuses du cytoplasme qui s’introduit dans les angles dièdres compris entre les bords des fibres cornéennes. Ces cellules à prolongements grêles et ramifiées ont été

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIOUE

désignées par Ranvier sous le nom de cellules corpusculaires (à cause de leur ressemblance avec les corpuscules osseux) el les cornées qui les renferment sous le nom de cornées à cellules du type corpusculaire. Elles se rencontrent par exemple chez le Bœuf, le Cheval, le Lapin, etc.

Il existe un autre type de cellules-fixes qui caractérise la cornée de certains animaux (Rat, Cobaye, Chien, elc.) et de l’Ilomme. Le corps cellulaire envoie latéralement de larges expansions qui s’anastomosent avec des expansions venues des cellules voisines et délimitent ainsi des mailles arrondies et de faibles dimensions (fig. 339). son^ ^es cellules à type

Fio. 338. — Cellules fixes de la cornée de Grenouille imprégnées au moyen du chlorure d’or, x 500.

membrani forme. Ballonvitz y a constat»'* l’existence d'un microcentre avec deux corpuscules réunis par une centrodesmose ; ils ont la forme de bâtonnets chez les Mammifères et sont situés dans le voisinage du noyau. Les cellules à deux noyaux renferment deux microcentres.

On peut mettre en évidence les cellules-fixes de la cornée par des imprégnations dites négatives; celles-ci laissent en clair l’espace occupé par le corps cellulaire et ses prolongements et colorent au contraire en teinte foncée la substance intercellulaire. On obtient ce résultat par l’imprégnation au nitrate d’argent.

4° Membrane basale postérieure. — Cette membrane est encore appelée membrane de Descemet, membrane de Demours, lame élastique postérieure. Elle est transparente à l’état frais et réfringente surcoupe; son épaisseur mesure 6 à 8 p. au centre, 10 à 12 p. à la périphérie chez l’Homme

ORGANES DES SENS

adulte (H. Muller); elle se termine en arrière sur une formation particulière dite « anneau limitant antérieur » de Schwalbè, dont il sera question plus loin. D’après Henle, la membrane de Descemet, chez le Bœuf, se dissocie en lamelles à la suite d’une longue coction ; elle présente une structure fîbrillaire après macération dans une solution à 10 p. 100 de chlorure de sodium (Schweigger-Seidel). Sa substance est assez analogue à celle du tissu élastique; beaucoup de réactions permettent de faire ce rapprochement (action des acides, des alcalis, de certains réactifs colorants comme la fuchsine, Kiribuchi), mais d'autres réactions fournissent des résultats différents (action du picrocarmin, de l’acide osmique, de l’hématoxyline).

Chez l’Homme et en particulier chez l’Homme d’âge mûr, la membrane de Descemet porte des excroissances verruqueuses, sphéroïdales (Hill,

Fig. 339. — Cellules fixes de la cornée humaine. Cellules à type membraniforme.

A, dans la plus grande partie de l’épaisseur de la cornée. — B, dans les couches postérieures.

D’après Druault.

Hasall, Henle). Ces formations sont vraisemblablement produites par l’activité des cellules de l’épithélium postérieur. Ce qui tend à faire admettre cette manière de voir, ce sont les phénomènes qui se passent au cours de la cicatrisation de la membrane de Descemet. Ranvier a montré que si on sectionne cette membrane, les bords de la plaie s’incurvent en avant. L’épithélium postérieur comble tout d'abord cette cicatrice, puis une mince cuticule réfringente apparaît au-dessous de lui et s’insère sur la convexité des lèvres de la plaie; elle n’est donc pas produite aux dépens des lamelles préexistantes, mais par l’activité propre des cellules de l’épithélium postérieur.

5° Endothélium postérieur. — Il est formé par une seule assise de cellules qui tapissent la face interne de la membrane de Descemet. Ce sont des éléments hexagonaux, larges et minces, réunis par des filaments intercellulaires qui peuvent traverser plusieurs cellules. Ce fait est particulièrement net chez les Oiseaux (Smirnoff, Nuel et Cornil). Chacun de ces éléments renferme un noyau dont la forme peut se modifier avec l’âge. Ils sont arrondis chez les animaux jeunes et deviennent plus tard réniformes ou en fer à cheval chez certains Mammifères, comme le Mouton et le Chat par exemple. Cette transformation se fait sous fin-

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

fluence d’une sphère cellulaire cpii

Fig. 340. — Épithélium postérieur de la cornée chez le Veau. Cenlropliormies dans le voisinage du noyau. D’après Totsuka.

se trouve siluée à l’endroit de la concavité nucléaire et qui est aussi volumineuse que le noyau (Ballowitz). Elle contient un microcentre constitué par deux corpuscules en forme de bâtonnet. D’abord homogène dans les cellules jeunes, cette sphère prend avec l’âge une structure de plus en plus nettement réticulée et finit par être représentée par un réseau de filaments très colorables (Centrophormies).

Les noyaux demeurent arrondis chez l’Homme. Ces observations de Ballowitz ont été confirmées par Totsuka â la suite de ses recherches sur l’épithélium postérieur chez le Veau; Asayama n’a pas retrouvé de noyau en fer à cheval dans l’épithélium postérieur du ligament pectine de l'iris. La signification des centrophormies est tout à fait obscure. Heideniiain les compare aux chondriomites de Benda ; Ballowitz les assimile à des corpuscules centraux. D’autres auteurs les ont rapprochées de « l’apparato relicolare inter-

no » découvert par Golgi dans un grand nombre de cellules et en particulier dans les cellules nerveuses

fîg. 340 .

6° Nerfs de la cornée.

— Ils proviennent des nerfs ciliaires, se ramifient à la périphérie de la cornée où ils constituent un plexus péricornéen annulaire . Ils perdent leur myéline, pour la plupart, au niveau du bord de la cornée, fournissent de nombreuses branches qui se dirigent vers le centre de cette membrane et se ramifient abondamment (Dogiel). Toutes ces ramifications forment un plexus dont la plupart des fibres se trouvent si-

Fig. 341. — Nerfs de la cornée vus à pial et imprégnés par le chlorure d'or.

On voit le plexus cornéen fondamental. — pcf, les fibres perforantes. — fp, et le plexus sous-épithélial, pse. X 80.

ORGANES DES SENS

tuées entre les lames cornéennes superficielles. C’est le plexus cornéen fondamental. D’innombrables ramuscules s’en détachent, traversent la membrane de Bowman (fibres perforantes) et parviennent entre les cellules de la couche profonde de l’épiderme. Elles se résolvent à ce niveau en minces faisceaux qui s’entre-croisent et s’enchevêtrent en un nouveau plexus, le plexus sous-épithélial. Les fibres issues de ce plexus pénètrent entre les

Fig. 3i2. — Nerfs de la cornée colorés par le chlorure d'or. Coupe transversale.

Plexus cornéen fondamental, ph, libres perforantes, pi, plexus intraépithélial.

D’après Ranvier.

cellules pavimenteuses, se ramifient encore et se terminent dans les couches superficielles de l’épithélium antérieur. Les fibres nerveuses n’empruntent pas d’une façon prépondérante le trajet des espaces interlamellaires à l’intérieur du tissu propre (fig. 34 1 et 3^2).

Article 2. - SCLÉROTIQUE ET RÉGION DU LIMBE SCLÉRO-CORNÉEN

Page 1