‹ Traité d'histologie :Chapitre 173 sur 267 · II. — Région du limbe scléro-cornéen · texte numérisé non relu

II. — Région du limbe scléro-cornéen

La sclérotique se continue avec la cornée suivant une ligne oblique orientée de telle sorte que son extrémité antérieure se rapproche plus de l’axe de l’œil que son extrémité postérieure. Les fibres conjonctives de la cornée perdent leur transparence à ce niveau sans changer de structure fondamentale.

Un canal ou sinus, le canal de Schlemm ou sinus scierai, se trouve dans la région postérieure de la ligne d’union sclérocornéenne; un système réticulé de forme triangulaire s’observe en arrière du canal; c’est le système trabéculaire scléro-cornéen ou ligamentpectiné de l’iris. Cette région spéciale mérite que l’on s’y j arrête un instant, étant donnée son importance physiologique (fig. 344)-

i° Le canal de Schlemm, sinus scierai, sinus venosus , se présente sur une coupe méridienne du limbe scléro-cornéen sous l’aspect d’un orifice aplati qui fait le tour de la cornée. Il est de forme irrégulière dans la plus grande partiede son étendue et peut se diviser par places en deux ou trois canaux secondaires. 11 ne possède pas de paroi propre. Aussi Rochon-Duvigneaud en fait-il un véritable sinus semblable à ceux de la dure-mère. Il est tapissé en dedans par un endothélium (Heisratii) qui n’offre pas de solutions de continuité, comme l’admettait Schwalbe. 11 ne renferme pas de globules sanguins dans les yeux normaux. Aussi les anciens auteurs le considéraient-

Fig. 344. — Coupe méridienne de l'œil au niveau de la région ciliaire.

Co, cornée. — CS, canal de Schlemm. — Lp, ligament pectine de l’iris.

— Sc, sclérotique. — mcl, muscle ciliaire longitudinal. — mcc, muscle ciliaire circulaire. — Prc, procès ciliaire. — zc, zonule ciliaire.

— Ir, iris. — Chp , chambre postérieure. — Cha, chambre antérieure.

— Cris, cristallin, x 25.

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

ils comme un espace agrandi du réticulum scléro-cornécn, c’est-à-dire comme un espace lymphatique destiné à charrier l’humeur aqueuse. Il est au contraire gorgé d’hématies dans les cas de congestion intense du système veineux oculaire (pendus, glaucome, etc.). On admet actuellement qu’il contient du sang dilué par l’humeur aqueuse. Il communique avec le réseau veineux épiscléral.

2° En arrière du canal de Schlemm, nous trouvons un tissu spécial appelé ligament pecliné de l'iris ou système trabéculaire scléro-cornêen.

Fig. 345. — Coupe de la région ciliaire de l’œil humain.

Sel, sclérotique. — cSc/i, canal de Schlemm. - Lp , ligament pecliné de l’iris. — co, cornée. — ca, chambre antérieure. — chp , chambre postérieure. — ir, iris. — pre, procès ciliaires. — mcl , muscle ciliaire longitudinal. — mec, muscle ciliaire circulaire. — rc, rétine ciliaire. — ri, rétine irienne. — zo, fibres de la zonule. x 100.

C'est une région triangulaire sur coupe méridienne de la région du limbe ; elle se trouve à la périphérie de la chambre antérieure, entre la sclérotique et la pointe du muscle ciliaire d'un côté et la membrane de Descemet de l'autre; elle sépare le canal de Schlemm delà chambre antérieure (fig. 3^5) . A un faible grossissement, on aperçoit un système de trabécules disposées en éventail, divergentes en arrière, convergentes en avant du côté de la membrane basale postérieure. Pour de Liéto-Vollaro, c’est à tort que l’on a considéré les lamelles du réticulum scléro-cornéen comme résultant de la dissociation de la membrane de Descemet. Le contour périphérique de cette membrane se termine en bec de flûte d'une manière tout à fait nette. Les fibres du réticulum se continuent en dedans avec les fibres postérieures du tissu cornéen et en dehors avec celles de la

ORGANES DES SENS

sclérotique. De Liéto-Yollaro explique de la manière suivante la structure du (issu trabéculaire. Les faisceaux scléraux circulaires disparaissent peu à peu au niveau du point de passage de la sclérotique au tissu trabéculaire ; les fibres longitudinales persistent et forment des lamelles allongées, étroites et serrées. Ces lamelles s’anastomosent et délimitent des mailles longitudinales qui diminuent de volume en dedans et forment en se resserrant la partie antérieure du système trabéculaire. La région postérieure de ce système est de même formée par un épanouissement des fibres tendineuses du muscle ciliaire. Asayama est arrivé à une interprétation analogue. D’après lui, les lamelles trabéculaires s’épaississent en arrière et s’attachent sur un anneau conjonctif mal délimité, f « anneau limitant postérieur » de Schwalbe, qui sert d’insertion au tendon du muscle ciliaire. De même, en avant, dans la région de l’angle antérieur, les trabécules deviennent des lames qui se continuent avec les couches internes de la cornée. Cette zone est désignée quelquefois sous le nom d’ « anneau limitant antérieur » de Schwalbe. Envisagée au point de vue de sa structure, chaque trabécule comprend un endothélium et un stroma conjonctif ; l’endothélium est formé de larges cellules avec noyaux situés le plus souvent au niveau des angles de bifurcation des trabécules ; il prolonge l’endothélium de Descemet ; le stroma conjonctif est légèrement strié et constitue presque toute l’épaisseur des trabécules. C’est un tissu homogène, de nature tendineuse, qui renferme dans son intérieur plusieurs fibres élastiques qui représentent pour ainsi dire le squelette des trabécules (de Liéto-Yollaro).

Il est facile de se rendre compte de l’action des fibres ciliaires méridionales sur les mailles du ligament pectiné (Asayama). Leur contraction élargit les mailles dans le sens équatorial ainsi que le sinus scléral ; la « porosité », du ligament pectiné est ainsi accrue et la pénétration de l’humeur aqueuse à l'intérieur du sinus veineux est rendue plus facile. Heine a montré que, chez le Singe, l’atropine resserre les mailles du réticulum scléro-cornéen et que l’ésérine exerce une influence inverse.

Article 3. — TUNIQUE VASCULAIRE DE L’OEIL OU TRACTUS UVÉAL

La tunique vasculaire de l’œil ou tunique uvéale est comprise entre la rétine située en dedans et la sclérotique située en dehors (fig. 343). Elle revêt toute l’étendue du globe oculaire, depuis le nerf optique jusqu’à l’angle scléro-cornéen. A un millimètre environ du bord de la cornée, elle descend dans la chambre aqueuse et ne laisse au-devant du cristallin qu’une étroite ouverture arrondie, l’orifice pupillaire. Son caractère morphologique fondamental est d’être essentiellement formée de vaisseaux sanguins ; ceux-ci sont disposés en un lacis serré au sein d’un stroma conjonctif riche en cellules pigmentaires qui lui donnent une teinte foncée ou même noire. De là son nom de tunique vasculaire ou encore de tunique uvéale, à cause de sa ressemblance lointaine avec l’écorce d’un grain de raisin. Elle différencie en outre dans sa substance des fibres musculaires, disposées en sphincters,

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

situées autour de l’orifice pupillaire et de la région cristallinienne. Elle doit être homologuée à la pie-mère, comme nous l'a montré le développement des enveloppes du système nerveux central.

Le tractus uvéal comprend trois régions différentes au point de vue de leur structure et de leur signification physiologique. Ce sont : i° la choroïde qui s’étend de la sortie du nerf optique jusqu’à l’ora serrata ; 2° le corps ciliaire, compris entre Fora serrata et la racine de l’iris; 3° l’iris.

Page 1