II. — Structure du cristallin
Nous savons déjà que le cristallin comprend : i° une capsule d’enveloppe; 2° un épithélium antérieur qui représente l’épithélium externe de la vésicule cristallinienne ; 3° les fibres cristalliniennes qui forment la masse principale de l’organe ; 4° une substance amorphe qui réunit les différentes parties du cristallin.
i° Capsule du cristallin ou cristalloïde. — On lui distingue deux parties : l’une recouvre la face antérieure et l’autre la face postérieure du cristallin ; on les désigne respectivement sous les noms de cristalloïde antérieure et de cristalloïde postérieure. Cette distinction est artificielle, mais elle offre un grand avantage topographique pour les anatomistes et les ophtalmologistes. La cristalloïde présente 6 jj. 5 d’épaisseur au niveau du pôle antérieur, 8 \x au niveau de l’équateur, 12 en arrière de l’équateur et 2 jj. au niveau du pôle postérieur (Rabl). Les mensurations données par les auteurs sont très différentes, et ces différences sont probablement dues à des variations individuelles ou aux procédés de fixation employés. La capsule cristallinienne est douée de propriétés élastiques. Elle s’enroule en dehors quand on la déchire, et la déchirure se prolonge très loin jusqu’au niveau de la région équatoriale grâce à son extrême friabilité. Elle paraît le plus souvent anhysle et homogène; cependant, dans certains cas, elle prend un aspect lamelleux, par exemple chez le Cheval et le Renard (Rabl) où l’on peut compter 22 à 26 strates au niveau du pôle antérieur. D’anciens auteurs avaient fait la même constatation sur la cristalloïde de l’Homme (Valentin, Mensojsides, Frey, Arnold) surtout après macération dans certains réactifs dissociants (Rerger, Schwalbe).
Les opinions des histologistes sur la nature de la cristalloïde procèdent des idées qu’ils se sont faites au sujet de sa structure et de son histogénèse. La plupart des auteurs qui lui attribuent une structure lamelleuse admettent que ces lamelles sont formées de fibres conjonctives. Les histologistes qui admettent sa structure anhyste lui attribuent, les uns une nature connective (Henle, Arlt, Iwanoff, Sernoff, Lieberklhn, Muller), les autres une nature cuticulaire (Kessler, Van Bambecke). Enfin nous avons vu que certains auteurs (Vialleton, Truc, Damianoff, Van Pee) concilient les deux manières de voir précédentes et considèrent qu’elle est formée par deux
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lames: une lame interne, cuticulaire, sécrétée par les cellules cristalliniennes, et une lame externe, conjonctive, formée par la membrane vasculaire cristallinienne transformée en une couche réfringente et homogène.
2° Épithélium antérieur. — Il tapisse la face profonde de la cristalloïde antérieure jusqu’au niveau de l’équateur cristallinien. Il est constitué par une couche de cellules polyédriques, aplaties, larges de i3-22 g (O. Becker), dont la hauteur est beaucoup plus considérable à la périphérie qu'au niveau du pôle antérieur (9 a à la périphérie, 2 jx 5 au pôle antérieur) (Rare). Elles sont réunies les unes aux autres par des ponts protoplasmiques (Truc et Vialleton). Leur noyau est excentrique, il est relégué souvent contre la lace interne de la membrane et présente quelquefois des figures caryodiérétiques O. Becker). Le protoplasme de ces éléments est hyalin, transparent et rentermedes filaments cristalloïdiens (Ballowitz).
3° Substance nu cristallin. — Les cellules de l'épithélium cristallinien augmentent de hauteur au niveau de l’équateur, atteignent une longueur considérable et s’entassent les unes sur les autres en séries radia ires (fig. 354 • On Irouvc ainsi toutes les formes de transition entre la cellule de l'épithélium antérieur et la fibre cristallinienne.
Les plus jeunes fibres cristalliniennes sont concaves en dehors, les suivantes deviennent peu à peu rectilignes, puis concaves en dedans; leurs noyaux dessinent une ligne courbe ouverte vers l’axe antéropostérieur du crisla 1 1 i 11 et sont tous situés dans la zone équatoriale.
C’est la « zone des noyaux » de IL Meyer. Les cellules de l’épithélium antérieur continuent à se multiplier et fournissent jusqu’à un âge relativement avancé de nouvelles fibres qui s’ajoutent aux fibres rectilignes du cristallin embryonnaire. Rabl a donné à ces dernières le nom de « fibres centrales », et aux premières le nom de « fibres principales ou fondamentales », parce qu’elles forment la majeure partie de la masse cristallinienne. Les fibres différenciées en premier lieu aux dépens des cellules équatoriales de l’épithélium antérieur sont les « fibres de transition » ou « fibres intermédiaires»; elles contribuent à former, avec les fibres centrales, le noyau du cristallin.
D'autres auteurs assez récents, avec certaines divergences dans leur
Fig. 354. — Coupes méridiennes de la région équatoriale du cristallin.
A, nouveau-né. — B, vieillard. — ép, épithélium antérieur. — cr, cristalloïde. — n, zone des noyaux (D'après Otto Becker).
ORGANES DES SENS
A. Structure de la fibre cristallinienne. — La morphologie et la structure des fibres cristalliniennes varie suivant que l’on considère l’un ou l’autre de ces groupes de fibres.
a) Les fibres principales sont de longs prismes hexagonaux et aplatis, avec deux faces larges et quatre faces plus étroites. Les faces larges sont disposées parallèlement à la périphérie - ... . , ..
du cristallin. La forme de ces prismes sur section transversale est très variable suivant les espèces animales ; leur aplatissement peut être considérable dans certaines espèces. Chez l’Homme, les plus superficielles des fibres principales possèdent seules une configuration régulière ; elles deviennent très irrégulières au point de vue de leurs dimensions et de leur forme sur coupe transversale dans les régions plus profondes. Les fibres cristalliniennes ont leurs bords finement dentelés (fig. 355); elles s’engrènent
jt. Ltuia, .
Fig. 355. — Fibres du cristallin dissociées. D’après Arnold.
Fig. 356. — Cristallin de nouveau-né .
Périphérie d'une coupe équatoriale montrant le groupement des fibres en lamelles radiaires. D’après Rabl.
les unes avec les autres au moyen de ces dentelures qui n’existent pas ou sont à peine représentées dans les fibres superficielles du cristallin et qui s’accentuent dans les fibres plus profondes. Elles figurent des épaississemenls du cytoplasme périphérique qui est condensé en une sorte de membrane résistante. Le cytoplasme renfermé dans cette membrane est très fluide, transparent, hyalin, visqueux; il s’écoule facilement au dehors quand la membrane est rompue.
b) Les fibres du noyau cristallinien sont très irrégulières, surtout les fibres
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centrales. Elles sont moins volumineuses que les libres périphériques, leur cytoplasme n’est plus semi-liquide et mobile dans la membrane d’enveloppe; et leur noyau présente des signes de nécrobiose dans les fibres centrales.
B. Agencement des fibres cristalliniennes. Texture du cristallin. — La
manière dont les fibres cristalliniennes sont agencées a donné lieu à bien des controverses. D’après la description classique, les fibres cristalliniennes seraient disposées en strates superposées, qui constituent des lamelles emboîtées les unes dans les autres. Il est possible en effet d’effeuiller pour ainsi dire le cristallin quand on l’a laissé séjourner dans un liquide dissociant, comme l'alcool au 1 /3 ou l’eau acidulée. Mais celle délamination est un produit artificiel, d'après Rabl. Elle s’explique par ce fait que les fibres cristalliniennes ont une consistance qui diminue du centre vers la périphérie «à cause de leur Age différent. Rabl a conslaté que la texture fondamentale du cristallin est au contraire une texture radiaire. Les coupes équatoriales de cet organe aux différentes périodes de son développement mollirent en effet que les fibres s’entassent de dehors en dedans au fur et à mesure de leur genèse ; elles se recouvrent régulièrement et se groupent en lamelles radiaires. Le nombre de ces lamelles est évalué par Rabl à plus de 2.000 dans le cristallin de l'Homme adulte et à i.5oo environ dans celui du nouveau-né. HARTiNGest arrivé à des chiffres approximativement identiques ( fig. 35(> et 357).
Le trajet des fibres cristalliniennes est variable suivant les régions. Nous savons déjà que les fibres centrales sont rectilignes et que les fibres de transition sont légèrement incurvées. Les fibres principales sont d'autant plus longues qu’elles sont plus périphériques (8 millimètres à la périphérie) et dessinent des courbes de plus en plus accentuées de dedans en dehors. La disposition de ces fibres est commandée par la forme des sutures. Ces sutures sont représentées chez cer-
Fig. 357. — Groupement des fibres cristalliniennes en séries méridiennes (schéma de Rabl).
1, fibres principales. — 2, fibres de transition. — 3, fibres centrales.
tains Vertébrés par une ligne horizontale postérieure et une ligne verticale antérieure (Sélaciens, quelques Poissons osseux, Amphibiens, Serpents). Les fibres cristalliniennes, qui possèdent toutes la même longueur dans les couches également éloignées du centre, s insèrent par leurs deux extrémités sur les sutures; elles sont disposées de telle sorte que celles qui s’insèrent
sur l’extrémité d’une suture s’attachent sur le milieu de l’autre suture, et inversement. Celles qui occupent une situation intermédiaire entre ces deux extrêmes se comportent d’une manière analogue. Le développement nous a appris que les sutures ont chez l’enfant nouveau-né la forme d’une étoile à trois branches qui interceptent entre elles des angles égaux (120°). L’étoile antérieure a une branche supérieure verticale et deux branches inférieures obliques. Les branches de l’étoile postérieure sont orientées en sens inverse avec une branche inférieure verticale et deux branches supérieures obliques; autrement dit, chacune des branches de l'étoile postérieure figure la bissectrice des angles limités par les branches de l’étoile antérieure. Les fibres cristalliniennes s’insèrent sur ces étoiles d’une manière analogue à celle que nous avons décrite précédemment dans le cristallin à sutures linéaires. Une fibre qui s’attache au bout périphérique d’une branche de l’étoile antérieure s’insère par son autre extrémité, après avoir contourné l’équateur cristallinien, sur le bout central de la
Fig. 358. — Trajet des fibres superficielles du cristallin. (Les traits pleins se rapportent à la face postérieure, les traits en pointillé à la face antérieure.)
I, Lapin. — II, Disposition type. — III, nouveau-né humain. — IV, homme adulte. - 1 fibre cristallinienne (segment postérieur). — 2, branche de l’étoile postérieure. — 3, branche de l’étoile antérieure du cristallin. D’après Druault.
branche correspondante de l’étoile postérieure. Les fibres qui s’insèrent sur le milieu d’une branche possèdent leur autre extrémité sur le milieu de la branche correspondante de la face opposée. Les fibres qui ont une situation intermédiaire s’insèrent d’autant plus loin du centre sur telle branche de l’étoile postérieure qu’elles se sont attachées plus près du centre sur la branche correspondante de l’étoile antérieure. Ajoutons que ces fibres n’abordent pas les branches suivant leur direction initiale ; au lieu de former avec ces dernières un angle très aigu, elles se recourbent légèrement de façon à les aborder un peu plus de face (fig. 358).
Cette disposition simple des fibres cristalliniennes chez le nouveau-né se complique dans la suite, car les branches de l’étoile peuvent devenir plus nombreuses. Les fibres montrent toujours la même disposition essentielle au point de vue de leurs insertions, mais la superposition des fibres dans le sens radiaire est plus nettement marqué que dans les stades antérieurs.
4° Substance amorphe du cristallin. — Elle s’insinue entre la capsule et l’épithélium en avant, la capsule et les fibres cristalliniennes en arrière, et dans les branches des deux étoiles. Elle peut former surtout en arrière des plaquettes irrégulières dont le nitrate d’argent dessine les contours. Les figures ainsi obtenues avaient incité certains auteurs (Ewart,Deutsciimann,
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Ulrich, etc.) à décriredes cellules endothéliales dans la cristalloïde postérieure ou au-dessous'd’elle. On sait maintenant que cette substance n’est autre chose qu’un ciment intercellulaire qui serait abondant dans les endroits considérés.