I. — Origine du vitré
Quatre catégories d'opinions ont été défendues sur l'origine du corps vitré.
r Théorie mésoblastique. — La première en date, et aussi celle qui a trouvé le plus grand nombre de défenseurs, peut être caractérisée sous le nom de théorie mésoblaslique de Scuoler. Cet auteur, en étudiant le développement du globe oculaire chez le Poulet, admet que le corps vitré est constitué par une masse de tissu mésenchymateux. Celui-ci déprime la
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paroi inférieure de la vésicule optique et s’insinue entre son feuillet rétinien et la face postérieure de l’ébauche cristallinienne avec l’artère hyaloïde et ses ramifications; il se trouve peu à peu emprisonné à l’intérieur de l’œil embryonnaire et représente l’ébauche primordiale du corps vitré. De nombreux auteurs partagent la manière de voir de Schôler à la suite de leurs recherches sur les objets les plus divers (1).
2° Théorie du transsudât. — Une deuxième opinion, défendue par Kessler, est celle du transsudât. Elle a été admise également par Keibel, Real y Beiro, Spampani. Kessler nie la pénétration d’aucun élément mésodermique entre la vésicule optique primaire et l’ectoderme. La fente choroïdienne ne livre passage qu’à des vaisseaux. Les éléments figurés qui existent dans la substance du corps vitré sont des ramifications vasculaires ou des cellules sanguines et la substance fondamentale même du vitré est un liquide qui a diffusé au travers de la paroi des vaisseaux.
3° Théorie ectoblastique. — D’autres auteurs attribuent au corps vitré une origine exclusivement ectoblastique. Tornatola a été le premier défenseur de cette théorie, passablement révolutionnaire. Il fait observer combien il est invraisemblable que le vitré pût continuer à croître et à se développer alors que la fissure optique fœtale est fermée et que les vaisseaux vilréens ont disparu. D'autre part, il a vu que les fibrilles du vitré peuvent être suivies jusqu’au niveau des cellules de la rétine embryonnaire. Cette continuité est si constante et si manifeste qu’il devient nécessaire d’admettre que ces fibrilles sont une élaboration du protoplasme des cellules rétiniennes. Les fibrilles et la substance homogène du corps vitré sont donc exclusivement d'origine ectoblastique; les cellules qu’on y observe sont des éléments migrateurs ou mésodermiques. Le corps vitré doit être considéré comme une sorte de sécrétion rétinique. Il en est de même chez un certain nombre d’invertébrés : Carrière chez les Gastéropodes, Grenacher chez les Céphalopodes et les Hétéropodes, Kleinenberg chez certains Annélides ont également admis que le corps vitré était sécrété par les éléments de la cupule optique.
4° Théorie mixte. — Van Pee vient de prendre une place intermédiaire entre ces opinions extrêmes et pense que le corps vitré possède une origine mixte, à la fois ectoblastique et mésoblastique. Cette double constitution du vitré se manifeste dès les premiers stades du développement oculaire. Des éléments cellulaires mésodermiques existent entre l’ébauche cristallinienne et le feuillet distal de la vésicule oculaire primitive chez des embryons de Mouton de 5 à 6 millimètres. Un feutrage serré de minces fibrilles se développe à leurs dépens ; c’est la lame mésoblastique fibrillaire. D'autre part, on constate aussi à ce stade d’autres éléments fîbrillaires : ils naissent des extrémités des cellules rétiniennes et cristalliniennes, sont orientés perpendiculairement sur la lame mésoblastique et se perdent dans
(1) Wirchow, C. O. Weber, Semoff, J. Arnold, Manz, Lieberkühn, Van Bambecke, Angelucci, Haensell, Nussbaum, Carini, Kolliker.
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cette lame (fig.361). Le nombre des prolongements issus des cellules cristalliniennes diminue de plus en plus au cours du développement; celui des prolongements issus des cellules rétiniennes augmente au contraire; il en est de même des éléments mésoblastiques qui accompagnent les vaisseaux sanguins. Chez les embryons de 7 à 9 millimètres, la cupule optique se ferme en partie au niveau de son bord inférieur par soudure de ses lèvres, limite entre le pédicule optique et cette soudure un orifice en forme de trou, le « trou choroïdien »,et laisse en avant d’elle une échancrure, située en arrière
Fig. 361. — Coupe anléro-poslérieure de l'ébauche oculaire d'un embryon de Moulon de li millimètres.
fini, feuillet interne de la rétine. — fcxl, feuillet externe de la rétine qui demeure constitué par une couche unique de cellules. — vil, ébauche du vitré. — ec , ectoderme. — més, mésenchyme. fvas, feuillet vasculaire de la vésicule optique secondaire. — cris , cristallin. D’après Van Pee.
de la partie inférieure du cristallin, 1* « échancrure choroïdienne ». L’artère hyaloïdienne pénètre par le trou choroïdien, se ramifie en capillaires qui s’anastomosent avec les capillaires choroïdiens au niveau des bords de la cupule optique (fig. 3fii). Une masse considérable de cellules mésodermiques s’introduit à ce stade avec l’hyaloïde; il en pénètre également par l’échancrure choroïdienne. Tous ces éléments constituent dans leur ensemble le corps vitré mésoclermique. On voit donc que le corps vitré embryonnaire procède de deux ébauches, une ébauche d’origine épithéliale, et une autre d'origine mésoblastique. Le mésoblaste prend au cours du développement une importance de plus en plus considérable et forme bientôt à lui seul la plus grande partie du corps vitré.
Kôlliker partage la même manière de voir. 11 existe d’après lui au
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cours du développement deux corps vitrés successifs : i° un corps vitré ectoblastique ou rétinique et un corps vitré mésoblastique. Le premier se décompose en deux parties : a) tout d’abord un corps vitré rétinique primitif qui prend naissance aux dépens de prolongements issus de certaines cellules de la rétine embryonnaire ; b) ensuite un corps vitré ciliaire ou corps vitré persistant. Au moment où se différencie la partie ciliaire de la rétine, les cellules de cette région émettent un grand nombre de fibrilles qui se dirigent en arrière ou en bas. Elles augmentent de nombre peu à peu et forment la masse principale du corps vitré mûr. Ces pro-
Fig. 362. — Coupe transversale de l'ébauche vitréenne d’un embryon de Mouton de 15 millimètres.
C, cristallin. — R, rétine. — V, vaisseau. — M, cellule mésenchymateuse. On voit que les cellules rétiniennes envoient un grand nombre de prolongements dans l’espace compris entre le cristallin et la rétine. D’après Van Pee.
longements fibrillaires doivent être considérés comme des expansions des cellules de soutien de la rétine et sont comparables aux réseaux névrogliques qu’on observe à la surface du système nerveux central embryonnaire. Les vaisseaux paraissent jouer un rôle capital dans le développement de la substance fondamentale liquide du corps vitré. Le corps vitré mésoblastique est constitué par l’artère hyaloïde avec ses ramifications et par les cellules conjonctives étoilées qui les accompagnent. Ces vaisseaux disparaîtront plus tard. Aussi la participation du mésoblaste à Y édification du vitré dans l’œil complètement développé peut-elle être envisagée comme à peu près insignifiante. Essentiellement, le corps vitré doit être considéré comme d’origine ectoblastique. Le corps vitré définitif qui se forme à la périphérie du corps vitré embryonnaire après la régression de
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l’artère hyaloïdienne, qui écarte de la rétine les vaisseaux du vitré mésoblastique (Retzius), doit être considéré comme d’origine exclusivement ectoblastique. Le canal de Gloquet est le corps vitré primitif repoussé dans la région axiale de l’œil par l’accroissement du corps vitré définitif. Cirincione admet lui aussi l’origine mixte du vitré.
Quant à l'humeur vitrée, elle est tout d’abord élaborée par les vaisseaux intra-oculaires et par la rétine sur toute son étendue. Sa production est due au corps ciliaire et à la partie aveugle de la rétine après la disparition de ces vaisseaux. Cirincione désigne cette région de la rétine sous le nom de matrice de l'humeur vitrée. Elle représente, dans les conditions normales, l’organe régulateur de la pression inlra-oculaire. L’altération congénitale appelée hydrophtalmie, qui consiste dans une production anormale d’humeur vitrée, est due à une activité excessive du corps ciliaire et de la matrice rétinienne.
On voit donc que tous les auteurs récents admettent l’origine ù la fois ectoblastique et mésoblastique du corps vitré. Leurs opinions ne sonl divergentes qu’au sujet de la participation plus ou moins importante de l’un ou l’autre feuillet à la genèse de cet organe.
IL — Structure du corps vitré.
La substance du corps vitré renferme une partie solide qui en est la trame, une partie liquide qui imbibe la précédente, et quelques éléments cellulaires.
La plupart des auteurs récents attribuent à la partie figurée du corps vitré une structure fib rillaire. C'est un feutrage très serré de fins filaments dont les mailles sont remplies par la partie liquide, Thumeur vitrée (Cirincione). Ce feutrage présente un aspect différent au centre et à la périphérie de l’organe (Salzmvnn). Les fibrilles sonl assez volumineuses et entre-croisées dans tous les sens au niveau de la région centrale. Elles sont au contraire disposées suivant un ordre régulier à la surface du corps vitré. De plus, les différentes régions de la surface montrent des fibrilles orientées d’une façon particulière. Elles sont en général parallèles à la surface dans la partie qui se trouve en rapport avec la rétine visuelle ; elles convergent vers une région située en avant de l’ora serrala, large de 1 mm. 5 environ, s’y fixent solidement, et figurent dans leur ensemble une sorte de ligament annulaire (Kôlliker, Cirincione). Les fibrilles vitréennes forment aussi une zone condensée au niveau du segment antérieur du corps vitré, en arrière du cristallin; c’est la couche limitante antérieure de Salzmann ; certaines fibres zonulaires se continuent avec cette couche dont la fibrillation est radiaire et surtout circulaire.
On rencontre enfin dans le vitré de l’adulte de rares éléments cellulaires; ils paraissent plus abondants à la périphérie de l’organe, surtout au niveau de la papille et de l’ora serrata. Iwanoff en distingue trois types principaux : i° tout d’abord des éléments arrondis à noyau simple ou polymorphe ; 2° des cellules étoilées, ramifiées plus ou moins abondamment ou fusiformes ; 3° des cellules vacuolaires ; qui renferment plusieurs petites
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vacuoles ou une seule vacuole dont le volume peut être supérieur au noyau lui-même. Ces cellules seraient des globules blancs plus ou moins modifiés. Quant à la membrane hyaloïde, la plupart des auteurs la décrivaient comme une sorte de cuticule très mince, transparente, anhyste, qui enveloppe complètement le corps vitré. Les auteurs récents en nient l’existence ; la périphérie du corps vitré présente seulement une condensation de son système fibrillaire. Ce système fîbrillaire montre par places
Fig. 363. — Fragments du corps vitré contenant des formations cellulaires ou pseudo-cellulaires.
A, fœtus humain au commencement du cinquième mois; vitré proprement dit (partie postérieure de l'œil). — B, fœtus humain. — C, homme adulte. — D, homme adulte, couche superficielle étalée. D’après Retziüs.
des endroits plus denses, comme à la région postérieure de la partie optique de la rétine, dans la fossette qui loge le cristallin et autour de l’entonnoir vasculaire ou canal de Stilling. On sait que celui-ci existe chez l’adulte à la place où se trouvait l’artère hyaloïdienne chez le fœtus.