IV. — Thymus
i° Premier développement et constitution générale. — Si cet organe mérite, au point de vue de l'anatomie générale, la place que nous lui avons donnée ici, si sa structure définitive para i l au premier abord le ranger parmi ies organes lymphoïdes, si par son développement il appartient à la catégorie des organes lymphoïdes annexes du tube digestif, il y a dans ce développement et dans cette structure assez de caractères propres pour nécessiter une étude distincte de cet organe.
Le thymus a pour origine chez les Mammifères un double bourgeon épithélial issu de la troisième paire de poches branchiales entodermiques l. L fig. 5o4). Les deux bourgeons thymiques s’allongent, leurs cellules se multipliant, pour donner deux organes embryonnaires épithéliaux, les thymus, qui descendent parallèlement l’un à l'autre le long du cou et pénètrent dans le thorax, où ils se confondent en un organe impair. Le thymus est donc à celle époque un organe épithélial, composé de lobules bourgeonnants qui se groupent plus ou moins régulièrement autour d’un axe central.
A partir de ce moment embryon humain de la 6° semaine), le thymus épithélial va se transformer en un thymus lymphoïde. L’architecture de l'organe
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lymphoïde produira essentiellement celle de l’ébauche épithéliale; sur une coupe de l’organe, on verra des nodules lymphoïdes groupés autour d’un axe irrégulièrement rameux (fig. 4o3). A un faible grossissement, il apparaît que l’organe est formé de deux substances d’aspect différent, comparables à la moelle et à l’écorce d’un nodule lymphoïde. La substance centrale ou moelle, plus claire, dans laquelle les éléments sont moins serrés, forme Taxe ramifié du thymus, ainsi que la partie centrale, comparable à un centre
Fig. 403. — Un lobe du thymus d’une fille nouveau-née. c,p , parties centrale et périphérique d’un lobule thymique.— cH , grand corpuscule de Hassal (toutes les taches claires situées dans les parties centrales des lobules sont des corpuscules de Hassal). ec , enveloppe conjonctive. — vs , vaisseaux sanguins, x 50.
germinatif, de chacun des nodules thymiques. Dans cette substance centrale on aperçoit aussi des corps ronds ou ovales, qui sont caractéristiques du thymus et qui sont connus sous le nom de corpuscules de Hassal. La substance périphérique ou écorce, qui est plus sombre et où la population cellulaire est plus dense, forme autour de chaque nodule une zone corticale. Il serait du reste inexact d’assimiler ces deux substances à la couche corticale et au centre germinatif des nodules lymphatiques ; il n’y a pas dans le thymus de centres germinatifs véritables, et c’est l’écorce qui, tout au contraire des organes lymphoïdes ordinaires, est le siège de la prolifération cellulaire (Schedel, Prenant). Le thymus est entouré par du tissu conjonctif,
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qui n'est pas condensé en une capsule fibreuse et n’envoie pas de cloisons importantes dans l’intérieur du parenchyme ; il est pénétré par de nombreux vaisseaux sanguins.
2° Histogénèse du thymus. Transformation de l’ébauche épithéliale en organe lymphoïde. — A. Origine du réticulum et des leucocytes. — La transformation de l’ébauche épithéliale en organe lymphoïde définitif a été expliquée de deux façons différentes. Pour les uns ( 1 Iis, Stieda, Gulland), il y a eu substitution de leucocytes immigrés aux éléments épithéliaux, autrement dit pseudomorphose conjonctive de l’ébauche épithéliale ; réticulum et leucocytes sont d’origine étrangère à cette ébauche; les corpusculesde Hassal sont les seuls vestiges de l'épithélium primitif. Selon d’autres (Tournel'x et Herrmann, Prenant, Maurer, Beard), il y a eu transformation, métamorphose du tissu épithélial en tissu lymphoïde ; les deux constituants de ce tissu, le réticulum et les lymphocytes, sont fournis par l’épithélium. Schaffer et v. Ebner défendent une opinion mixte ; les parties centrales de l’organe sont seules de provenance épithéliale; la zone corticale des nodules est fournie parle tissu conjonctif.
Mais on ne s’est pas contenté de solutionner en bloc la question de l’origine du thymus lymphoïde; on a examiné séparément la genèse du réticulum et celle des cellules lymphoïdes.
Le réticulum a été considéré comme de provenance conjonctive par les uns (O. Schultze, ver Eecke, Nusbaum et Prymak, Maurer). D’autres (Prenant, Beard, IIammar, Stohr font fait, avec raison ce semble, provenir de l’épithélium, par une métamorphose comparable à celle qui donne naissance au réticulum de l’émail. Hammar a particulièrement bien suivi cette métamorphose; il a montré la réticulation des cellules épithéliales; les cellules, jusqu’alors serrées, s’unissent par des anastomoses en un réseau lAche. Les mailles de ce réseau épithélial sont d’abord vides ; puis, dans la zone périphérique de chaque îlot épithélial, paraissent, à l’intérieur de ces mailles, les premiers leucocytes. D’autre part, dans la partie centrale de l’ilot, les cellules épithéliales s’hypertrophient et acquièrent un gros noyau et beaucoup de protoplasma, tandis que les cellules réticulées périphériques n’éprouvent pas celle hypertrophie. De ces deux faits résulte la différenciation de deux parties: une zone corticale où prédominent les leucocytes et où le réticulum moins développé est moins apparent; une masse centrale ou médullaire, où le réticulum épithélial forme la majeure partie du tissu. Le réticulum du thymus conserve indéfiniment la nature purement cellulaire, et ne paraît pas, contrairement à ce qui se passe pour d’autres organes lymphoïdes, élaborer de fibres conjonctives.
Quant aux lymphocytes, les uns (Schaffer, ver Eecke, v. Ebner, Goodall, Lewis en font des éléments immigrés. Au contraire, O. Schultze, Maurer, Beard, Xusbaum et Prymak, Giiika les tiennent pour formés sur place aux dépens des cellules épithéliales. Stohr a soutenu récemment sur ce . point d’histogénèse une opinion très particulière. Pour lui les petites cellules rondes qu’on voit paraître dans le thymus en voie de développement et qu’on a prises pour des leucocytes sont de petites cellules épithéliales qui naissent sur place aux dépens de l’ébauche épithéliale primitive; c’est seulement
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ensmle et tardivement que les véritables leucocytes venus du dehors immigrent dans le thymus jusqu’alors exclusivement épithélial. D’ailleurs, chez l’adulte même, les petites cellules thymiques ont des caractères spéciaux qui ne permettent pas de les identifier simplement à des lymphocytes (Destin et d’autres). On serait presque autorisé à en faire des éléments propres au thymus, des thymocytes.
B. Origine et caractères des corpuscules de Hassal. — L’origine des corpusculesdeHassal n'est pas encore parfaitement établie. L’opinion classique, soutenue par Ammon, Whatney, Prenant, Wallisch, Maurer, Nussbaum et Prymak, Hammar, Stohr, les fait provenir de l’épithélium déjà transformé en réseau. Hammar a suivi pas à pas le mode de formation de ces corpuscules aux dépens du réticulum épithélial et leur évolution ultérieure (fig. 4o4). Une cellule de ce réticulum s’hypertrophie (A) ; les cellules épithéliales voisines se disposent autour d’elle en s’aplatissant et lui forment une sorte d’enveloppe cellulaire; ainsi naît un complexe cellulaire, le jeune corpuscule de Hassal, composé d'une cellule centrale entourée de cellules corticales aplaties (B, C). La cellule centrale ne tarde pas à éprouver des dégénérescences variées, chromatique, graisseuse, hyaline (D, F); dans ce dernier cas, elle se transforme en une substance claire de nature indéterminée.
Les cellules du corpuscule peuvent se transformer en cellules kystiques; tout autour de la vésicule intracellulaire se différencie une bordure ciliée ou en brosse (Hammar).
Les corpuscules de Hassal en dégénérescence sont pénétrés fréquemment par des leucocytes migrateurs (E, /.). Enfin, outre les corpuscules simples, on connaît depuis longtemps des corpuscules composés, résultant de la fusion de plusieurs organites semblables (E). L’existence de ces corpuscules composés, qui forment souvent de longs boyaux, avait inspiré à d’anciens auteurs l’hypothèse que les corps de Hassal devaient leur origine à des vaisseaux sanguins, dont l’endothélium s’était hypertrophié (Afanassieff et d’autres).
C’est qu’en effet, en regard de l’opinion la plus accréditée, il existe une autre explication, autrefois proposée par Afanassiew et soutenue depuis par Nusbaum et Machowski, vérifiée tout récemment par Dustin chez les Reptiles. Pour ces auteurs, les éléments des corpuscules de Hassal sont formés par la paroi endothéliale des vaisseaux sanguins; les corpuscules représentent, d’après Dustin, les cicatrices de vaisseaux sanguins oblitérés.
Les corpuscules de Hassal apparaissent chez le fœtus humain de 65 à 75 millimètres.
D’après Capobianco et d’autres auteurs, ils sont plus nombreux et plus gros chez les jeunes sujets ; pour Waldeyer, Wallisch et Stohr, ils augmenteraient au contraire de nombre et de dimension avec l’âge.
Malgré les dégénérescences qu’ils subissent, et précisément parce qu’ils représentent les termes de l’évolution de parties constituantes du thymus, soit du réseau épithélial, soit des capillaires sanguins, les corpuscules de Hassal doivent être considérés comme des produits de l’activité fonctionnelle du thymus. Leur nombre et leur volume donnent la mesure de cette activité.
Les corpuscules de Hassal 11e sont pas la seule forme hypertrophique et spécialisée que prennent les éléments du thymus. S. Mayer a découvert et
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d’autres auteurs ont retrouvé des éléments particuliers, caractérisés par leur réfringence et par leur grande colorabilité : les uns de forme arrondie à protoplasme homogène (« cellules épithélioïdes ») ; les autres arrondis ou allongés en fibres, à protoplasma différencié en fibrilles musculaires striées (« cellules myoïdes »). L’origine exacte de ces cellules épithélioïdes et deces curieux éléments myoïdes n’est pas encore établie ; mais ce qui est certain,
Fig. 401. — Corpuscules de llussal dans le thymus d'une Fille noureau-nSc.
A, début d’un corpuscule — r, cellule du réticulum hypertrophiée et à noyau dégénéré, destinée à devenir une cellule centrale du corpuscule. /, lymphocytes environnants. - I), Corpuscule de Ilassal composé: d'une grosse cellule c en voie de dégénérescence /future cellule centrule) et de plusieurs autres éléments p qui deviendront les cellules périphériques ; à côté du corpuscule, quelques lymphocytes /. C, deux corpuscules voisins l'un ne comprend qu'une cellule centrale c et un élément périphérique p; 1 autre renferme deux cellules centrales, et une cellule périphérique p ; remarquer In structure filamenteuse du cytoplasme des cellules centrales; cr, cellules du réticulum. - I), corpuscule de llo^sal à couches concentriques renfermant une cavité qui contient deux mottes très colorées résultant de la dégénérescence hyaline de «leux cellules centrales ; p, noyaux des cellules périphériques; /.lymphocytes. — E, deux corpuscules voisins forment ensemble un corpuscule composé ; ils renferment des débris de cellules détruites et des lymphocytes immigrés, /. F, corpuscule presque vide, avec enveloppe à structure filamenteuse concentrique et noyaux des cellules périphériques p, avec contenu grumeleux et les vestiges d'un noyau, n. x 250.
c’est qu’ils représentent deux formes seulement et non deux espèces cellulaires distinctes. Ce qui est stïr aussi, c’est qu'ils sont apparentés aux éléments des corpuscules de Massai et qu'ils sont de même provenance qu’eux Dustin, Worms et Pigache . Pour Pensa et Hammar, ils proviennent du réticulum épithélial, selon Dustin des cellules des capillaires néoformés. D’après ce dernier, leur abondance est variable suivant l'état d’activité fonctionnelle de l’organe, dont ils sont un critérium très sûr. Leur nombre est certainement sujet à des variations saisonnières ; pendant la période hivernale, ou de dépression, où le thymus est envahi par des vaisseaux sanguins et du tissu conjonctif, ce nombre est diminué ; dans la période estivale ou
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d’activité, en même temps que les éléments thymiques se détruisent, les épithélioïdes et les myoïdes apparaissent en plus grand nombre.
D’après ce qui précède, par le caractère spécial de ses petites cellules, qui ne sont qu’approximativement comparables à des lymphocytes, par la présence des corpuscules de Hassal ainsi que des épithélioïdes et myoïdes, le thymus apparaît comme un organe sui generis dont la place parmi les organes lymphoïdes est discutable et n’est que provisoire.
3° Involution du thymus. — Le thymus éprouve une involution, qui peut être: soit accidentelle, due à l’inanition et à la maladie ; soit normale, survenant avec l’âge (Hammar). Dans les deux cas, les petites cellules disparaissent d’abord; et par suite la structure réticulée épithéliale reparaît avec plus de netteté. Puis le réseau épithélial dégénère ; il se produit des séquestres parenchymateux. A mesure que disparaît le tissu spécifique du thymus, il est remplacé par du tissu conjonctif adipeux dont l’origine n’est pas bien fixée ; d’après Sultan et Lochte, il proviendrait du parenchyme même de l’organe; mais selon Waldeyer et la plupart des auteurs, il a son origine dans le tissu conjonctif interlobulaire du thymus.
Les phénomènes sont les mêmes dans les cas d’involution accidentelle et dans l’invoîution sénile ; ils ont seulement un caractère aigu dans la première et une marche lente dans la seconde. La structure du thymus est altérable; quelques jours de jeûne suffisent pour produire dans la zone corticale une notable diminution du nombre des petites cellules. Des deux éléments constituants du thymus, les petites cellules sont donc les moins stables, le réticulum épithélial est le plus fixe.
On n’est pas encore fixé sur l'âge auquel survient l’involution normale du thymus. Tandis qu'on avait placé à l’âge de trois ou quatre ans le point culminant de l’évolution du thymus, Hammar affirme que le maximum de poids du thymus n’est atteint qu’à la puberté (14-16 ans). Les observations de Sôderlund et Backman sur le Lapin concordent pour établir le synchronisme de la puberté et du maximum de développement du thymus. A partir de ce moment, le thymus continue à fonctionner jusqu’à un âge beaucoup plus avancé qu’on ne l’admet généralement. Ce n’est que tout à fait tardivement qu’il est à peu près complètement transformé en un corps adipeux. Encore est-il établi (parWALdeyer, Sultan, Hammar et d'autres) que dans ce corps graisseux se conservent longtemps encore des restes localisés ou diffus du parenchyme thymique.
Histologie II.