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III. — Régénération du foie et modifications pathologiques

i° Régénération du foie. — Les expérimentateurs (Ponfick, Carnot par exemple) ont constaté que le parenchyme hépatique ne se régénère pas. La

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

régénération du foie se fait sous la forme de bourgeons ou tubes biliaires partis des voies biliaires extralobulaires. On a donné de ce fait diverses explications. D’après Schaper, le cas de la régénération du foie rentre dans la loi générale, qui veut que dans les glandes les cellules les plus aptes à se reproduire et à fournir par conséquent des bourgeons de tissu réparateur siègent dans les parties les moins différenciées ; ces parties sont dans les glandes les canaux excréteurs, et ici les canaux biliaires. D’autre part, on a vu plus haut l’explication de Géraudel, pour lequel il se reproduit des tubes biliaires et non pas du parenchyme hépatique, parce que les vaisseaux néoformés sont des capillaires et non pas les capillaires parenchymateux ou sinusoïdes dont la cellule hépatique a besoin pour pouvoir se développer et fonctionner. On observe cependant (Reinke), au cours de cette régénération, des cellules hépatiques hypertrophiques qui sont en voie d’amitose ou sont plurinucléées, ce qui indique tout au moins un retentissement des processus régénérateurs sur le parenchyme hépatique.

2° Modifications pathologiques. — Dans une étude analytique des modifications pathologiques dont le foie est le siège, il y a à considérer séparément les lésions des parties suivantes : le tissu conjonctif (interlobulaire et intralobulaire), les voies biliaires, le lobule et le parenchyme lobulaire.

L’inflammation du tissu conjonctif est la cirrhose du foie. Tantôt et le plus souvent, elle a son point de départ dans les espaces portes, soit qu’elle débute autour des veines portes, soit qu’elle procède à partir des canaux biliaires (cirrhose biliaire hypertrophique). Tantôt et plus rarement le processus cirrhotique commence autour de la veine centrale sus-hépatique, comme il arrive dans les affections cardiaques (foie cardiaque). De ces deux points de départ opposés, qu’on peut considérer comme extralobulaires, l'inflammation cirrhotique gagne le lobule lui-même, amenant des modifications de plus en plus profondes dans l’état des capillaires sanguins, des cellules hépatiques et des capillaires biliaires.

L’inflammation des voies biliaires au sens large du mot) est l’angiocholite. Elle s’accompagne de la production de canaux nouveaux, qui demeurent interlobulaires ou peuvent pénétrer dans le lobule, mais qui même dans ce cas restent semblables à des canaux biliaires et n’aboutissent pas à la formation de véritable parenchyme hépatique. Il est établi, depuis Friedlander et d’autres, que ces canaux sont bien réellement néoformés aux dépens des canaux anciens; cette néoformation qu’on observe par exemple dans la maladie dite cirrhose du foie) se confond en somme avec la régénération du foie précédemment étudiée. C’est à peine expliquer la forme des bourgeons ainsi produits que de dire avec Ziegler qu’ils conservent un caractère embryonnaire au lieu de se différencier en tissu hépatique vrai ; il est plus satisfaisant de les considérer, avec Géraudel, comme des tubes hépatiques métamorphiques, qui n’ont pas pu prendre la forme du parenchyme hépatique parce qu’ils végétaient dans le mésenchyme, accompagnés par des capillaires vrais et non par des capillaires parenchymateux, soumis au régime circulatoire mésenchymateux et non au régime circulatoire parenchymateux. L’épaississement de la paroi des grosses voies biliaires atteintes d’inflammation, ou toute autre cause annihilant la lumière de ces canaux

GLANDES

produit la stase de la bile. Les matières biliaires passent alors dans les espaces lymphatiques périvasculaires et de là dans les vaisseaux sanguins et dans le sang ; telle est la pathogénie de l’ictère.

Le pathologiste qui étudie les lésions du lobule hépatique et de son parenchyme doit y faire soigneusement la distinction de deux zones qui se comportent différemment dans les divers processus pathologiques : la zone périphérique ou portale, la zone sus-hépatique ou centrale ; tous ses efforts doivent tendre à cette distinction topographique, qui n’est pas toujours facile à faire sur des organes profondément altérés. Les lésions portent sur les cellules hépatiques et sur les capillaires intralobulaires. Les capillaires sont dilatés dans la congestion cardiaque, rétrécis dans d’autres cas. Les cellules hépatiques peuvent être hypertrophiées et hyperplasiées ou tout au moins devenir multinucléées ; cette irritation cellulaire caractérise les hépatites parenchymateuses ; elle s’accompagne de stase biliaire, par conséquent de la coloration jaune de tout un territoire hépatique, produisant l’aspect du foie interverti (fig. 432). Les cellules sont fréquemment le siège de surcharges variées ou même subissent des dégénérescences diverses. Dans la surcharge pigmentaire la cellule hépatique s’infdtre de pigment d’origine biliaire, riche en fer, ainsi qu'il arrive lors des ictères par rétention. La surcharge hématique, qui s'observe dans la mélanémie des paludéens, alors que la destruction des globules rouges est intense, consiste dans le dépôt intracellulaired’unpigmentnon ferrugineux (Quincke). La surcharge graisseuse, qui survient physiologiquement pendant la digestion, au cours de la grossesse, est très marquée dans beaucoup d’affections fébriles et d’intoxications. Elle s’exagère en une dégénérescence profonde, qui peut transformer les cellules hépatiques en gouttes graisseuses, dans la tuberculose, dans l’empoisonnement phosphoré et dans d’autres. La répartition de ces diverses lésions cellulaires entre les deux zones du lobule varie suivant les cas, comme quelques exemples suffisent à le montrer. Quand il y a stase sanguine (foie cardiaque), il y a des lésions systématisées aux deux zones ; la zone portale est peu touchée ; dans la zone sus-hépatique, les travées cellulaires se disloquent, les cellules s’altèrent, les capillaires se dilatent jusqu’à éclater. Quand il y a stase de la bile (foie biliaire), les travées glandulaires sont altérées, leurs lumières distendues par la bile, leurs cellules infiltrées de pigment biliaire dans toute la zone sus-hépatique ; le territoire juxtaporlal résiste. Aussi peut-on conclure, avec Géraudel, que de façon générale la zone portale est résistante, la zone sus-hépatique fragile au contraire. Dans une foule d’autres lésions lobulaires du foie on peut aussi opposer les deux zones portale et sus-hépatique.

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