‹ Traité d'histologie :Chapitre 212 sur 267 · I. — Structure générale · texte numérisé non relu

I. — Structure générale

A. Tissus constituants. — Les conduits aériens [larynx, trachée-artère el bronches) sont caractérisés au point de vue histologique par Y épithélium

stratifié à cellules vibratiles qui, sauf en quelques points, les tapisse sur toute leur étendue. Des glandes existent en grand nombre dans la paroi de ces conduits. Des pièces cartilagineuses renforcent leur paroi et lui donnent

une certaine solidité sans rigidité. Des muscles enfin, tantôt striés, tantôt lisses, peuvent actionner les pièces cartilagineuses, produire des changements de situation, de forme et de calibre des conduits (fig. 44$).

B. Épithélium, caractères et régénération. — L’épithélium des conduits aériens est du type stratifié à cellules cylindriques vibratiles (fig. 449)- On y distingue généralement trois couches de cellules : des cellules superficielles cylindriques, les unes vibratiles (c.v.), les

Fig. 448. — Segment d’une bronche de 1 centimètre de diamètre , chez l'Homme.

ep , épithélium. — mb, membrane basale sur laquelle il repose. — ch, chorion. — m, muscles bronchiques (de Beissessen). — gl, glandes. — c, cartilage, x 150.

autres muqueuses (c.m.); une couche moyenne d’éléments très polymorphes (Drasch) de forme souvent polyédrique et non différenciés (c./.), une assise profonde de cellules basales (c.6.).

Quant à la nature et aux caractères de ces éléments, les histologistes (Frankeniiaüser , Drasch, Kôlliker, Waller et Bjôrkman) sont d’avis différent. Deux questions surtout sont controversées. Il s’agit de savoir d’abord quelle est la signification des cellules moyennes indifférentes, appelées tantôt « cellules cunéiformes », tantôt « cellules de remplacement » ou encore « cellules

intercalaires ». On les a considérées en général comme une forme de transition entre les cellules basales et les cellules superficielles. En second lieu, une plus importante question est de déterminer s’il existe entre les deux variétés de cellules principales, entre les cellules vibratiles d une part, les cellules muqueuses caliciformes d’autre part, des formes de passage, ou si ces deux variétés cellulaires sont deux espèces indépendantes l’une de

Kig. 449. — Epithélium bronchique (bronche de 1 centimètre de diamètre) chez l Homme.

cv, cellules vibratiles. — cm, cellule muqueuse présentant à sa surface un reste de la bordure ciliée et des corpuscules basaux. — ci, cellules moyennes ou intercalaires. — cb, cellules basales. — mb, tissu conjonctif condensé au-dessous de l’épithélium en une épaisse membrane basale, x 500.

Histologie II.

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

l’autre. Kolliker a admis que les cellules muqueuses ne sont que des cellules vibratiles transformées, et ne croit pas pouvoir rejeter, comme Drasch, l’idée d’un retour des cellules muqueuses à la forme épithéliale vibratile. Kolliker, Waller et Bjôrkman, Prenant ont décrit des formes intermédiaires entre les deux types cellulaires et notamment des cellules muqueuses offrant encore des restes de la bordure ciliée et de la rangée de corpuscules basaux (Prenant) (fig. 449

La disposition qui vient d'être décrite n’existe pas sur toute l’étendue des conduits aériens. En certains points, chez l’Homme et chez les Mammifères normaux, aussi bien dans le larynx que dans la trachée et les bronches, il existe des plages plus ou moins étendues formées d’un épithélium différent. Le nombre des couches cellulaires peut être très réduit en ces points, ou bien l’épithélium devient pavimenteux stratifié. Les points ainsi modifiés sontils chez des individus paraissant normaux des régions affectées pathologiquement et enflammées? Cette question est examinée plus loin, à propos de la trachée.

La régénération de l’épithélium se fait par division indirecte (Flemming). On a cru d'abord que les cellules basales jouissaient seules de l’aptitude reproductrice, aussi avait-on donné à la couche basale le nom d’assise régénératrice. Mais il résulte de plusieurs recherches et notamment de celles de Branca sur la cicatrisation épil héliale dans la trachée, que les cellules basales n’ont pas le monopole du pouvoir reproducteur. Le même auteur a montré, contrairement à Drasch, Nicolas et d’autres, que les pertes de substance de l’épi I hélium, réalisées expérimentalement ou succédant à une inflammation, ne se réparent pas nécessairement par la produel ion d’un épithélium stratifié plat, mais que l’épithélium régénéré peut revêtir la forme cylindrique ou pavimenteuse simple, reprendre aussi la forme cylindrique stratifiée qui est l’état typique de l’épithélium trachéal.

IL — Larynx.

A. Muqueuse. — a) Épithélium. - L’épithélium du larynx se présente sous deux formes bien différentes. Certaines régions sont tapissées par un épithélium pavimenteux stratifié, d’autres par l’épithélium typique des conduits aériens, c’est-à-dire par un épithélium stratifié à cellules superficielles cylindriques et vibratiles (fig. 45o). Il y a d’ailleurs dans la distribution de cet épithélium des différences liées à l’âge du sujet. Chez le nouveau-né, l’épithélium vibratile revêt toute la muqueuse laryngienne, excepté celle des cordes vocales inférieures et celle de la face antérieure ou buccale de l’épiglotte. Dans ces deux endroits, l’épithélium vibratile est remplacé par une couche épithéliale mince à deux ou trois couches d’éléments assez plats, dont plusieurs vésiculeux (Nicolas). Chez l’adulte, l’étendue de l’épithélium plat augmente aux dépens de l’épithélium vibratile. Aussi trouve-t-on le premier dans les régions suivantes : la surface extérieure ou pharyngienne du larynx tout entière; les cordes vocales supérieures et parfois aussi les cordes vocales inférieures; la face postérieure de l’épiglotte et la face interne des replis ary-épiglotliques dans une certaine étendue à partir de leur bord

GLANDES

libre; des îlots disséminés çà et là sur le reste des faces postérieure et interne de l’épiglotte et des replis. Sur les cordes vocales inférieures l’épithélium plat ne recouvre du reste qu’une bande de muqueuse mesurant de 3 à 4 millimètres de large, et appartenant à la fois à la face supérieure, au bord libre, et à la face inférieure de la corde vocale.

L’épithélium pavimenteux stratifié n’offre pas de caractères spéciaux. Quant à l’épithélium stratifié vibratile,ses cellules superficielles, cylindriques, vibratiles ont leurs noyaux situés à différentes hauteurs, ce qui fait croire à un nombre de strates plus grand que celui qui existe réellement; le mou-

ÔA A

Fig. 450. — Coupe verticale de l'épiglolle d'un fcelus humain à terme.

La coupe intéresse le bord libre de l’épiglotle. — epc, épithélium cilié qui recouvre la face laryngée de l’épiglotte. — epp, épithélium plat de la face pharyngienne. — x, point de passage de l’un à l aulre épithélium. — ca, cartilage épiglottique. — /c, tissu conjonctif, x 100.

veinent des cils est dirigé vers le pharynx, de bas en haut par conséquent. A ces cellules vibratiles sont mélangées des cellules muqueuses caliciformes. Enfin, les couches profondes de l’épithélium sont formées de cellules polyédriques, situées entre les pieds des cellules cylindriques. Parmi ces cellules profondes, un certain nombre sont certainement des leucocytes immigrés dans l’épithélium.

b) Glandes. — Les glandes du larynx sont très développées. D’après les recherches de Mlle Fuciis-Wolfring et de Maziarski, elles sont de deux sortes : les unes mixtes, les autres séreuses. Dans les glandes mixtes, dont le type est alvéolaire composé, la partie séreuse de la glande est tantôt représentée par de simples croissants de Giannuzzi, coiffant les acinus muqueux, tantôt (chez le Lapin) par des culs-de-sac séreux indépendants des alvéoles muqueux (Fuciis-Wolfring). Chez l’Homme, Maziarski a décrit des glandes tubuleuses ramifiées qui sont entièrement séreuses.

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

Les glandes laryngées sont, chez l’Homme, soit disséminées, soit réunies en masses volumineuses et compactes, qu’on peut répartir en plusieurs groupes: un groupe antérieur ou épiglottique ; un groupe postérieur ou interaryténoïdien situé dans la gouttière interaryténoïdienne; deux groupes latéraux symétriques situés dans l’épaisseur des replis ary-épiglottiques, ainsi que dans l’intérieur des cordes vocales supérieures et inférieures. Les glandes des replis ary-épiglottiques forment de chaque côté un amas ayant la figure d’une L, avec une branche verticale et une branche horizontale. Celles des cordes vocales inférieures, découvertes par Knoll, manquent au voisinage du bord libre de la corde dans rétendue correspondant à la zone à épithélium plat. La région sous-glottique du larynx est très riche en

glandes. Toutes ces glandes laryngées sont assez d Weloppres pour dépasser profondément la muqueuse et s’enfoncer jusqu’entre les muscles du larynx.

c) Chorion. — Le chorion de la muqueuse est riche en fibres élastiques. 11 n’est gén éralement pas séparé de l’épithélium par une membrane basale nette, sauf au niveau de la corde vocale inférieure, là où existe un épithélium stratifié plat. Ce chorion est lisse dans toute l’étendue où il est recouvert par l’épithélium vibratile. Mais là où il est revêtu par un épithélium pavimenteux stratifié, il se soulève en papilles. Profondément le chorion n’est séparé de la tunique fibreuse sous-jacente que par une couche celluleuse mince et peu distincte. Le chorion de la muqueuse laryngée est le siège d’une infiltration lymphoïde diffuse, surtout marquée dans la région sus-glottique. Là, et notamment au niveau de l’épiglotte, des replis ary-épiglottiques et des ventricules de Morgagni, les globules blancs peuvent même se concentrer en véritables follicules clos (Luschka, Coyne). Le diverticule ou appendice du ventricule de Morgagni a été comparé par Frankel, Coyne, Citelli à une crypte amygdalienne (« amygdale » ou « tonsille laryngée »), en raison du développement considérable qu’atteinl le tissu lymphoïde dans l’épaisseur de sa paroi.

IL Membrane élastique, muscles et cartilages. — La muqueuse du larynx est doublée sur toute son étendue par une membrane élastique, ou plutôt conjonctivo-élastique, décrite par Lauth, et çà et là interrompue par

ep épithélium plat stratifié. — ch, chorion. — gl, glandes avec leurs canaux excréteurs ce, l’un en coupe transversale, l’autre sectionné en long au voisinage de son orifice. — m, muscle thyro-aryténoïdien. x 100.

GLANDES

le passage des glandes les plus volumineuses. Les « ligaments thyro-aryténoïdiens », compris dans l’épaisseur du bord libre des cordes vocales, sont dus à des épaississements locaux de cette membrane.

Les muscles du larynx sont des muscles striés ; leur étude est du ressort de l'anatomie descriptive.

Il en est de meme des cartilages du larynx, de la structure desquels il y a peu à dire. Les cartilages thyroïde, cricoïde, la plus grande partie des cartilages aryténoïdes et souvent les cartilages sésamoïdes antérieurs sont formés de tissu cartilagineux hyalin. Le cartilage de l’épiglotte, les cartilages cunéiformes (ou de Morgagni-Wrisberg), le sommet de l’apophyse vocale des cartilages aryténoïdes, fréquemment les cartilages sésamoïdes consistent en cartilage élastique. Les cartilages corniculés (ou de Santorini) sont constitués tantôt par du fibro-cartilage, tantôt par du cartilage élastique. Il y a dans ces cartilages laryngés des variations structurales assez considérables selon les points, selon l’âge et suivant les espèces. C’est ainsi par exemple que çâ et là la structure hyaline du cartilage thyroïde passe à la structure fîbro-cartilagineuse, notamment au niveau des insertions ligamenteuses et des surfaces articulaires. Avec les progrès de l’âge, des cartilages typiquement hyalins peuvent devenir fibreux ou élastiques. Chez certains Mammifères le cartilage épigloltique est remplacé par un tissu conjonctif vésiculeux et graisseux (« cartilage graisseux »), dans lequel se trouvent des cellules cartilagineuses (Dekhuyzen. Oppel, Zuckerkandl, Schaffer).

Les cartilages du larynx sont d’abord vascularisés comme le sont toutes les pièces cartilagineuses jeunes. Puis les vaisseaux disparaissent, pour reparaître de nouveau vers la quinzième année. Cette vascularisation secondaire est le début d’un processus d’ossification vraie (et non pas seulement de calcification dont les grands cartilages hyalins du larynx (thyroïde, cricoïde, aryténoïde) sont le siège ; il commence chez l’homme de 20 ans et chez la femme de 22 ans (Chiewitz). C’est un processus d’ossification enchondrale, à la suite duquel se constitue un tissu osseux spongieux, de texture souvent lamelleuse, avec espaces médullaires remplis de moelle graisseuse.

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