III. — Le tube urinaire
Si l’on traite par le procédé de la dissociation une tranche du parenchyme rénal comprenant un lobule cortical et la zone médullaire correspondante, on isole les uns des autres un certain nombre de formations tubuleuses ou tubes urinaires. Ces formations correspondent aux; néphridies des Inférieurs et aux canalicules segmentaires du pronéphros et du mésonéphros ; nous les étudierons tout d'abord à l’état isolé, puis dans leurs rapports réciproques.
A. Le tube urinaire isolé par dissociation. — Chaque tube urinaire prend naissance au niveau d’un renflement arrondi, qui mesure 200 à 3oo ix de diamètre (fig. 4^i) et qui est désigné sous le nom de corpuscule de Malpighi. Immédiatement après sa sortie du corpus cule, le tube urinaire présente, suivant la description classique, un léger étranglement, le « col » ou « collet », dont l'existence doit être révoquée en doute parce que l’apparence d’un rétrécissement à ce niveau est probablement due à un artifice de préparation. 11 décrit ensuite une série de flexuosités très accentuées qui ont fait donner à ce segment du tube urinaire le nom de tubulus coniortus ou tube contourné. Le tube contourné, dans son ensemble, dessine une longue courbe qui ramène son extrémité distale au voisinage de son point d’origine (Peter), en formant des sinuosités à courts rayons. Le peloton ainsi constitué a une configuration plus ou moins conique; sa base reste appliquée contre le corpuscule de Malpighi et sa pointe est tournée vers le centre de l’organe
Fig. 481. — Schéma du canalicule urinaire.
CM, corpuscule de Malpighi. — te, tube contourné. — pt, pièce terminale. — aH, anse de Henle avec : be, sa branche étroite et bl , sa branche large. — pi, pièce intermédiaire. — Ccol, canal collecteur. — cp, canal papillaire.
GLANDES
(Scuweigger-Seidel, Gross). Chez l’Homme et certains Mammifères, le peloton du tube contourné coifferait la partie supérieure du corpuscule au lieu d’être appliqué contre sa face inférieure Huber). Le tube contourné s'infléchit ensuite de dehors en dedans, se dirige vers un rayon médullaire, repart vers la papille en direction rectiligne ou légèrement spiralée et se rétrécit progressivement en forme de cône très allongé. Ce dernier segment du tube urinaire qui suit dans le rayon médullaire un trajet rectiligne ou spiralé et qui possède le même diamètre que le tube contourné, est désigné sous le nom de « queue du canalicule contourné » (Gross), de « canalicule spiralé » (Séraphima Schachowa), de « pièce terminale » (Argutinski), de « partie médullaire du tubulus contortus » (Peter . Le tube urinaire, très rétréci au niveau du sommet de la pièce terminale, suit un trajet rectiligne sur une longueur relativement grande, puis s'infléchit sur lui-même, décrit une courbe à rayon très court et reprend une direction parallèle à sa direction première jusque dans le voisinage du tube contourné. Cette portion du tube urinaire a donc la forme d'une anse très allongée. C'est l’anse de Ilenle , dont les deux branches sont définies, la première sous le nom de « branche descendante » et la seconde sous celui de « branche ascendante », parce que l’une descend dans la substance médullaire el parce que l’autre remonte vers la substance corticale. On les appelle encore « branche proximale» et « branche distale » de l'anse de Ilenle. La branche descendante est d'un calibre très étroit (branche grêle) et la branche ascendante est d'un calibre beaucoup plus considérable (branche large). L’endroit où se réalise ce changement de calibre est variable ; il occupe en général le voisinage du sommet de l’anse, mais peut être situé
tantôt sur la branche grêle, tantôt sur la branche large. En outre, la coudure l’anse se fait toujours au niveau de la
Fig. 482. — Tube urinaire de l’Ilomme.
En noir, les corpuscules de Malpighi ; la partie du tube urinaire ponctuée figure la portion contournée ; la partie striée transversalement représente la pièce intermédiaire ; la partie doublement striée figure la zone large ou sombre de l’anse de Henle ; en clair, la branche étroit** de l’anse de Henle ainsi que le canal excréteur. La ligne pointillée marque la limite du rayon médullaire. D’aj rès Peter.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
partie mince clans les anses longues, au niveau de la région épaisse dans les anses courtes; la zone étroite peut manquer complètement chez l’Homme quand la coudure se fait très haut (fig. 482); c’est le cas le plus fréquent; on compte en effet chez lui une anse longue pour sept courtes environ (Peter). La branche large, une fois parvenue dans la substance corticale, décrit quelques flexuosités semblables à celles du tube contourné, se dirige vers le pôle vasculaire du corpuscule et s’accole en ce point de son trajet avec la capsule malpighienne (Golgi, Peter). Une deuxième zone flexueuse du tube urinaire, pièce ou segment intermédiaire (Sciiweigger-Seidel), fait suite à la branche distale de l’anse de Henle. Elle commence au niveau du point de contact de cette branche avec le corpuscule de Malpighi, montre des contours très irréguliers, une coloration particulière sur les dissociations, d’assez nombreuses excroissances à sa surface (Peter) et se continue par un canal court et étroit, le « canal d’union », avec la deuxième partie du tube urinaire ou partie excrétrice. La formation tubuleuse dans laquelle se jette le canal d’union porte le nom de canal collecteur. Celui-ci reçoit à son origine plusieurs tubes urinaires, puis se dirige en ligne droite vers le sommet des pyramides de Malpighi et se réunit à angle très aigu avec d’autres canaux semblables. Tous ces canaux s’appellent tubes droits ou tubes de Bellini à l’intérieur des pyramides rénales. Ils forment en s’anastomosant dans le voisinage de la papille de gros canaux courts, qui mesurent 100 à 200 [x de diamètre (Henle), qui sont désignés sous le nom de canaux papillaires, et qui débouchent à la surface de la papille par de larges ouvertures ou foramina papillaria.
Les différentes parties du tube urinaire possèdent chez l’Homme les dimensions suivantes. Le tube contourné mesure en moyenne 14 millimètres ; la zone étroite de l’anse de Henle 5 millimètres ; la partie large jusqu’à la pièce intermédiaire 10 millimètres ; la pièce intermédiaire 6 millimètres ; le canal collecteur 17 millimètres. La région glandulaire du canalicule rénal présente donc environ 3 cm. 5 de longueur et le canal urinaire dans sa totalité atteint environ 5 cm. 2 (Peter).
B. Disposition topographique du tube urinaire. — Les corpuscules de Malpighi sont situés dans les colonnes de Bertin et dans toute l’étendue de la substance corticale, depuis la base des rayons médullaires jusque dans le voisinage de la capsule d’enveloppe. Ils sont disposés autour des lobules corticaux, à une certaine distance des rayons médullaires, et si régulièrement qu’une coupe perpendiculaire sur l’axe de ces rayons montre toujours plusieurs corpuscules à la limite des lobules contigus. Les tubes contournés et les pièces intermédiaires se pelotonnent dans la substance corticale et sont surtout abondants dans la région périphérique des lobules. La pièce terminale des tubes contournés, les branches descendante et ascendante de l’anse de Henle sont contenues tout d’abord à l'intérieur des rayons médullaires, puis dans la substance des pyramides de Malpighi où elles s’avancent plus ou moins loin vers la papille rénale. Les canaux collecteurs qui font suite aux segments intermédiaires constituent la masse principale des pyramides de Ferrein. Ceux qui occupent le centre des pyramides sont les plus longs et reçoivent les tubes d’union les plus périphériques ; ceux qui sont situés
GLANDES
à la périphérie de ces pyramides sont les plus courts et s’abouchent avec les tubes d’union les plus centraux. Enfin, les tubes de Bellini et les canaux papillaires sont situés dans les pyramides de Malpighi qu’ils forment presque entièrement. — La substance corticale ou labyrinthique comprend donc les corpuscules de Malpighi, les tubes contournés, les pièces intermédiaires avec leurs tubes d’union ; la substance médullaire, pyramides de Malpighi et pyramides de Ferrein, renferme les pièces terminales, les anses de Henle, les tubes collecteurs et les canaux papillaires. Tous les tubes urinaires en rapport avec les tubes collecteurs d’une pyramide corticale forment avec ceux-ci un lobule rénal. Chacun de ces lobules possède donc un axe de canalicules à direction rectiligne, ou « pars radiata », et une écorce enveloppante de substance corticale qui la coiffe en doigt de gant ou « pars convoluta ».