VII. — Vaisseaux sanguins et lymphatiques du rein
A. Artères rénales. — a) Artères cle la substance corticale. — Les branches issues des subdivisions de la rénale fournissent des ramifications assez nombreuses soit immédiatement avant leur pénétration dans le rein, soit dans la substance même de cet organe. Ces ramifications se placent tout d’abord entre les pyramides, à la limite des lobes rénaux ; aussi les désigne-t-on sous le nom d’ « artères interlobaires » ou d’« artères péripyramidales ». Elles se dirigent droit vers la base des pyramides, se subdivisent en nombreuses branches qui ne s'anastomosent jamais et ne constituent pas une voûte artérielle suivant l’ancienne conception longtemps demeurée classique (Bertin, Schlumlansky) ; les artères du rein sont rigoureusement terminales. Les ramifications des artères interlobaires se dirigent radiaire ment vers la périphérie du rein, sont situées entre les rayons médullaires, sur les limites des lobules rénaux, et prennent pour cette raison le nom d' « artères interlobulaires ». De petits rameaux s’en détachent à angle droit et se rendent aux corpuscules de Malpighi qui sont ainsi suspendus à leurs artérioles afférentes comme des fruits à leurs branches (Malpighi). Beaucoup d’artères interlobulaires s’épuisent complètement dans leur distribution aux corpuscules corticaux; un certain nombre d’autres se prolongent jusqu’à la capsule (rameaux capsulaires), peuvent même la traverser, pénétrer dans l’enveloppe adipeuse et s’y résoudre en capillaires. Les artères rénales s’anastomosent aussi avec les vaisseaux qui irriguent la périphérie du rein, mais seulement par des réseaux capillaires. Un certain nombre d'artérioles afférentes, dans le voisinage de la limite entre les substances corticale et médullaire, forment des réseaux admirables sans interposition de glomérules. L’artériole, après un court trajet, se résout une première fois en plusieurs branches qui se réunissent de nouveau en un seul tronc ; celui-ci se capillarise ensuite (Golubew). On remarque aussi dans la même région le passage direct de certaines artérioles dans le système veineux (Steinach, Golubew).
Chaque artériole afférente se résout en capillaires à l’intérieur du corpuscule de Malpighi et se développe en un peloton glomérulaire d'autant plus volumineux qu’elle est plus importante (Hyrtl, Drasch, Henle, Disse). Le vaisseau efférent prend naissance par la fusion des capillaires du glo-
GLANDES
Fig. 491. — Rein de Porc. Cinabre et essence.
Le système artériel tout entier a été rempli par l’injection. Cette figure a été obtenue après photographie au moyen des rayons de Rüntgen. D’après Gérard et Castiaux.
rieur des colonnes de Berlin; elles se rendent dans les pyramides de Malpighi voisines, qui reçoivent en outre d’autres vaisseaux artériels issus des premières ramifications terminales des artères interlobaires (Golubew). Ces vaisseaux se décomposent bientôt en fins rameaux parallèles qui suivent la direction des canaux collecteurs et qui se résolvent en capillaires. On les désigne sous le nom d’ « artérioles droites vraies » (Arnold). En outre, les artérioles eilerentes des glomérules les plus voisins de la base des pyramides peuvent pénétrer dans la substance de ces pyramides et s’y capillariser. Ce sont les « arteriolæ rectæ spuriæ ». Gérard et Castiaux contestent l’existence de toutes les artères droites. Ils admettent exclusivement l’existence des branches collatérales des artères interlobaires. « L’existence des artères droites nous semble très douteuse; nous ne les avons pas observées,
mérule, présente un trajet assez court et se ramifie en un réseau serré qui enveloppe les tubes urinaires. Un certain nombre d’artérioles issues des artères interlobulaires ne sont en rapport avec aucun glomérule et se ramifient directement en capillaires corticaux (fig. 491 et 492).
61 Artères de la substance médullaire. — Les artères interlobaires émettent également des branches collatérales pendant leur trajet à Tinté-
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
même sur les reins dans lesquels l’injection avait pénétré jusque dans les veines; pour nous, ces artères n’exislent pas; la circulation artérielle des pyramides est parfaitement assurée par les collatérales médullaires... » En somme, deux résultats principaux ressortent des études nouvelles faites sur le système artériel rénal : i° les artères du rein sont terminales ; 2° la voûte artérielle n’existe pas. Cette manière de voir, déjà admise par Hyrtl en 1878 d’après ses recherches par le procédé de la corrosion, a été confirmé par Disse, Max Broedel, Dieulafé, Gérard et Destot, et en particulier par Gérard et Castiaux. La figure ci-contre, obtenue après
Fig. 492. — Rein de Lapin. Injection au bleu de Prusse des vaisseaux sanguins. L'injection n’a pas
passé dans les veines.
ail , artères interlobulaires. — aa , artérioles afférentes du corpuscule de Malpighi. — rc, réseau capillaire issu des ramifications des artérioles efférentes. — eV, étoiles de Verheyen qui représentent les origines des veines interlobulaires.— gl, glomérule de Malpighi. — ad, artères droites vraies. X 50.
injection des vaisseaux artériels du rein et radiographie, démontre ces faits avec une grande netteté (fig. 491)-
B. Veines rénales. — Dans la substance corticale, les capillaires se réunissent les uns avec les autres en fines branches veineuses, qui sont très nombreuses dans la moitié externe de la substance corticale, sont parallèles les unes aux autres et orientées radiairement (veinules radiées). Elles s’anastomosent par groupes de 6, 10, 1 5, 20 et forment les « veines droites interlobulaires » (Steinach), qui sont situées à la limite des lobules corticaux et courent parallèlement aux artères interlobulaires, à quelque distance de celles-ci. Un certain nombre de veinules corticales se dirigent parallèlement à l’écorce du rein, convergent les unes vers les autres, et dessinent ainsi une série de figures étoilées, connues sous le nom d’ « étoiles de Verheyen » ( Stellala Verheyenii). De chaque étoile part un tronc unique qui
GLANDES
traverse l'écorce en direction radiaire : c’est une veine droite interlobulaire. Ces étoiles n’existent pas chez les animaux ; elles sont inconstantes chez 1 Homme, et ne sont pas l’origine de toutes les veines interlobulaires, hn elTet, les lobules rénaux sont infini ment plus nombreux que les étoiles de Verheyen, et les veines interlobulaires sont plus nombreuses que les lobules eux-mêmes (Gérard et Castiaux). Outre les veines interlobulaires, il existe encore dans la substance corticale des « veines profondes «’. Celles-ci sont courtes, prennent naissance aux dépens du réseau capillaire, à une faible distance de la base des pyramides, possèdent un faible calibre et ne se voient que sur des préparations par corrosion (Henle, Disse). Elles sont très développées chez certains Mammifères (Carnassiers) et le sont beaucoup moins chez l’Homme.
Dans la substance médullaire, les capillaires donnent naissance à des branches grêles, parallèles aux canaux collecteurs et dirigées vers la base des pyramides. Elles reçoivent les capillaires de la substance médullaire dans toute l’étendue de leur trajet.
On les désigne sous le nom de « veines droites ».
Les veines corticales etmédullaires confluent dans de gros troncs veineux qui s’anastomosent au niveau de la base des pyramides. Ce sont les veines arciformes ou sus-pijramidales. Cellesci suivent des encoches creusées sur les faces latérales des pyramides, en dedans des artères correspondants.
La notion d’une voûte veineuse, constituée par une sorte de grillage
dont chaque maille entourerait une pyramide de Ferrein au niveau de la base est tout à fait contestable ; les veines arciformes présentent seulement quelques larges anastomoses, en nombre variable. Elles se continuent avec de gros troncs qui suivent les artères interlobaires et que l'on désigne sous le nom de veines péripyramidales ou veines interlobaires. Celles-ci se réunissent dans le sinus pour former les branches d’origine de la veine rénale (fig. ^93). — Les veines corticales ne s’anastomosent qu’exceptionnellement avec les veines de la capsule adipeuse; mais ces anastomoses existent en grand nombre dans le sinus du rein. Elles sont « tellement multipliées qu’on ne peut injecter proprement les branches rénales qu’après ligature préalable de lout le pédicule hilaire » (Gérard et Castiaux).
Fig. 493. — Schéma de la circulation veineuse du rein. Voûte veineuse et veines interlobaires. D’après Gérard et Castiaux.
C. Vaisseaux lymphatiques. — Les capillaires lymphatiques du parenchyme rénal ont été étudiés par Ludwig, Zawarykin, Rindowsky et Staiir. Ces deux derniers auteurs ont observé qu’ils prennent naissance dans des lacunes munies d'un endothélium, anastomosées en réseau dans la substance
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
corticale, en forme de troncules disposés parallèlement aux canaux collecteurs dans la substance médullaire (Rindoyvsky). Le réseau cortical se jette dans des vaisseaux plus volumineux qui suivent la direction des pyramides de Ferrein et qui s’ouvrent dans des canaux arciformes situés aux confins des substances corticale et médullaire; les capillaires lymphatiques de la substance médullaire ont un trajet rectiligne et se jettent dans les mêmes canaux (Staiir). Les vaisseaux lymphatiques efférents sortent du rein en suivant le trajet des artères interlobaires (Rindowsky).