I. — La GLANDE INTERSTITIELLE DE l’OVAIRE
Elle est très bien représentée chez la plupart des Rongeurs, Insectivores, Chéiroptères, où elle peut former la masse principale du parenchyme ovarique. Aussi est-ce chez ces animaux que son développement et sa structure ont été le plus complètement étudiés.
i° Histogénèse. — Les auteurs qui ont porté leur attention sur l histogénèse des cellules interstitielles les ont fait provenir des différentes sortes d’éléments qui se rencontrent dans l’ovaire embryonnaire ou adulte. Les uns les font dériver soit de l’épithélium germinatif (Schulin), soit des canaliculcs du corps de Wolff (Harz, Ciiiarugi, Paladino, Janosik) ; les autres admettent leur différenciation aux dépens des éléments du stroma
1) Les conditions qui déterminent l’ovulation paraissent différentes dans les divers groupes de Mammifères. L’ovulation ne se réalise pas pendant la gestation et se trouve aussi souvent suspendue pendant l’allaitement. En dehors de l’état de gestation, l’ovulation peut être spontanée ou non spontanée. Elle est spontanée et périodique chez la Femme, certains Singes, la plupart des grands Mammifères, comme la Chienne, la Truie, la Jument, la Vache; elle se produit tous les 28 jours chez la Femme, beaucoup moins souvent chez les autres Mammifères énumérés ci-dessus. Elle présente des relations évidentes avec les périodes de rut chez les animaux, avec la menstruation chez la Femme. Les recherches récentes d’un certain nombre d’auteurs ont précisé les relations chronologiques qui existent chez la Femme entre l’ovulation et la menstruation. On sait maintenant que le premier phénomène se produit assez longtemps avant le second, 10 à 12 jours d’après Frænkel, Kreiss, Lindenthal, Hf.ape, 12 à 14 jours d’après Ancel et Villemin. L’ovulation n’est pas spontanée chez un grand nombre d’autres Mammifères, comme le Cobaye, le Lapin, la Chatte (Sobotta, v. Beneden, Rec.aud et Dubreuil, Winiwarter et Sainmont, Ancel et Bouin, etc.). Elle est provoquée habituellement par le rapprochement sexuel chez ces animaux et se produit environ 0 à H heures après. Nous verrons plus loin quelles sont les conditions biologiques qui peuvent expliquer ces modes d’ovulation si dilïérents.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
conjonctif (Pelüger, Sciiron, Mis, Tourneux, Van Beneden, Plato). Les recherches récentes de Limon ont élucidé cette question, du moins chez les Rongeurs, et ont montré que l’organe interstitiel se développe aux dépens des corps jaunes atrétiques ou faux corps jaunes.
On sait que les ovaires d'animaux nouveau-nés (Rat, Lapin) renferment un grand nombre de follicules de de Graaf en voie de croissance, avec une thèque conjonctive mince, deux ou trois rangées de cellules granuleuses et un ovocyte assez volumineux. Quand les préparations ont été traitées par
un liquide osmiqué, on distingue, à un faible grossissement, de minces traînées noirâtres qui enveloppent les follicules sur une plus ou moins grande étendue, et qui sont constituées par des cellules remplies de granulations noircies par l’acide osmique. Ces cellules appartiennent à la couche interne de la thèque folliculaire (fig. 533). La couche des cellules interstitielles de la thèque s’épaissit de plus en plus au fur et à mesure que l’ovaire avance dans son développement. Elle réduit ainsi peu à peu la cavité folliculaire, qui paraît à la fin bourrée de cellules interstitielles; celles-ci ménagent pendant longtemps au centre du follicule un espace clair qui est limité par une membrane nette, l’ancienne membrane de Slavjanski , et qui renferme les restes dégénérés de la granulosa et de l’ovocyte. Quand l’ovisac est complètement rempli par les cellules interstitielles, il figure une masse pleine, limitée extérieurement par les strates conjonctives de la thèque externe et désignée sous le nom de « faux corps jaune » (P. Bouin) ou de « corps jaune atrétique » (Kôlliker). On ne constate aucun phénomène de division cellulaire pendant la formation de ce corps jaune atrétique; la réplétion de la cavité folliculaire s’explique par l’augmentation considérable du volume des cellules envahissantes. En même temps, des vaisseaux capillaires venus de la périphérie s’enfoncent radiairement dans le corps jaune atrétique et s’anastomosent les uns avec les autres en un réseau serré ; mais leur direction générale demeure radiaire et commande la disposition des cellules interstitielles, qui se rangent en travées columnaires dirigées de dehors en dedans. Quand
Fig. 533. — Coupe iotale d'ovaire de Baie blanche de 11 jours.
Cet ovaire renferme un grand nombre de follicules de de Graaf jeunes entourés chacun d'un anneau ou croissant noirâtre. Celui-ci répond à la thèque interne dont les cellules commencent à se charger de gouttelettes graisseuses, x 90. D’après Limon.
LES GLANDES GERMINATIVES
les corps jaunes atrétiques sont développés en grand nombre, ils se compriment les uns les autres et donnent au parenchyme ovarique une structure lobulée. La glande interstitielle est dès lors définitivement édifiée ; sa différenciation s’opère avec une grande activité surtout pendant la période comprise entre la naissance et la maturité sexuelle. Après cette période, de nouveaux corps jaunes atrétiques se forment encore aux dépens des jeunes follicules de de Graaf Regaud), mais ce processus est infiniment moins actif que dans la glande jeune, pendant la période présexuelle. Les processus qui accompagnent l’atrésie folliculaire et la formation des faux corps jaunes ont été étudiés par un certain nombre d’au teurs ( B eigel, Schauta, Paladino, Maximow, Schottlaen-
DER, KoLLIKER. RaBL,
Bouin, etc.) ; mais c’est Limon qui les a suivis dans leur continuité et qui, en outre, a montré la participation prise par ces corps jaunes atrétiques à l'édification de la glande interstitielle de l'adulte.
Les recherches de Cohn ont confirmé les résultats obtenus par ce dernier auteur.
Il existe des animaux où la glande interstitielle présente un tout autre mode d’histogénèse et où elle se développe à une période beaucoup plus précoce. C/est le cas, par exemple, chez le Chat (Sainmont) et chez les Solipèdes (Aimé). Les cellules interstitielles, chez l’embryon de Cheval, apparaissent dans l’ébauche ovarique dès la formation des boyaux germinatifs ou de Pflüger. Elles se différencient aux dépens des cellules mésenchymateuses de la zone médullaire, qui augmentent de volume et prennent bientôt un développement énorme : les ovaires d'un fœtus de Jument, long de 3o à 35 centimètres, ont le volume d’un petit œuf de Poule et pèsent 25 à 35 grammes ; ils sont presque entièrement formés de cellules interstitielles lassées les unes contre les aulres (Born, Tourneux, Aimé). Elles disparaissent entièrement après la naissance et il ne s’en reforme pas dans l’ovaire adulte (Aimé). Chez la Chatte, au contraire, les cellules interstitielles, qui appa-
Fig. 533. — Ovaire de Rate blanche de 65 jours.
Quatre corps jaunes atrétiques à des stades différents de leur développement. Leurs cellules sont remplies de granulations graisseuses. X 250. D’après Limon.
Histologie II.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
missent pendant f histogénèse de l’ovaire, persistent chez l’adulte où elles existent en grande abondance (Sainmont).
2° Structure. — La glande interstitielle présente un polymorphisme accentué. Elle forme soit un parenchyme compact, soit des nodules bien individualisés chez les Rongeurs, Chéiroptères, Insectivores, où elle est particulièrement bien développée. Ces nodules sont arrondis ou irrégulièrement polyédriques et sont séparés par des tractus conjonctifs dans lesquels cheminent des troncs vasculaires. De fines travées se séparent de ces tractus conjonctifs et cloisonnent radiairement le lobule; ils renferment un grand nombre de capillaires sanguins. Les cellules interstitielles adultes ont un
noyau central et un cytoplasme vacuolaire qui renferme des enclaves de nature graisseuse.
Elles sont orientées radiairement, comme les capillaires sanguins, et chaque cellule se met en rapport avec un vaisseau par une de ses faces. Elles possèdent donc la disposition que l'on observe dans toutes les glandes dites à
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Fig. 534. — Ovaire de fœtus de Cheval de 9 centimètres.
A la périphérie on voit les cordons de Pllüger anastomosés. Dans le parenchyme ovarique se trouvent des nids de cellules interstitielles. X 60.
sécrétion interne (Limon).
Les observations d’AiMÉ offrent un intérêt particulier parce que cet auteur a suivi l’évolution de l’ovaire chez un grand nombre de Mammifères et a recherché, dans les objets qu'il a examinés, l’existence des cellules interstitielles à tous les stades de l’ontogénèse. Il est arrivé à cette conclusion, qui confirme les études de Erænkel, que le tissu inters litiel de l’ovaire est une formation très inconstante; il caractérise certaines espèces et son origine, son évolution, son développement présentent des variations très étendues. Cet auteur a été conduit à distinguer, en se plaçant à ce point de vue : i° des Mammifères possédant une glande interstitielle de l’ovaire pendant la période fœtale (Solipèdes) (fig.534); 2° des Mammifères possédant une glande interstitielle de l’ovaire à l'àge adulte (faux corps jaunes) (Chéiroptères, Insectivores, Rongeurs); 3° des Mammifères possédant un ovaire privé de glande interstitielle (Homme, Porc, Mouton, Chèvre, Sanglier, Chien); 4° des Mammifères possédant un ovaire pourvu de glande interstitielle chez le fœtus et chez l’adulte (Chat) (Sainmont).
Il est indubitable que la glande interstitielle doit être rangée dans la catégorie des glandes à sécrétion interne, mais son inconstance ne permet pas de lui attribuer une fonction générale. Nous verrons plus loin quelles hypothèses peuvent être faites sur sa signification fonctionnelle.
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