III. — Prostate
La prostate est un organe musculo-glandulaire qui se différencie aux dépens du sinus uro-génital, à une époque reculée du développement. La première différenciation est figurée par des conduits tubuleux, issus de Ja prolifération des parois du sinus, au niveau de l'embouchure des canaux de
Fig. 568. — Vue d’ensemble de la proslale d'IIomme adulte.
ur, urètre dont la paroi antérieure a été enlevée et qui se creusait seulement un canal sur la face antérieure de la prostate. — céj, canaux éjaculateurs. — cex, canal excréteur dilaté d’une glande prostatique. — np , noyau de la prostate. — tri , travées interlobulaires. — cp, capsule prostatique. — lop, lobe prostatique. — cgi, culs-de-sac glandulaires, x 10. (Une moitié seulement de la coupe a été représentée).
Wolff et de Muller. Ces conduits, d’abord courts, fournissent des ramifications à angle aigu qui divergent dans le tissu mésenchymateux ambiant, s’élargissent de plus en plus et se terminent par des dilatations arrondies (Toldt, Régnault). Des fibres musculaires se différencient très tôt dans le tissu mésenchymateux où se sont développés les culs-de-sac glandulaires. Elles deviennent peu à peu si nombreuses qu’elles constituent la moitié ou plus de l’organe prostatique.
î 0 Anatomie microscopique . — Une coupe transversale de prostate d’Homme adulte nous montre les détails suivants, quand on l’examine à un grossissement faible (fig.5G8i. On observe, dans la région antérieure de la coupe, la
LES GLANDES GERMINATIVES
section du canal de 1 urètre, qui possède la forme d’un croissant si la section a été faite au niveau du colliculus seminalis ou verumontanum; celui-ci renferme trois canaux à parois anfractueuses : un médian, l’ùtricule prostatique, et deuxlatéraux, les canaux éjaculateurs. Autour du canal de l’urètre, nous observons une couche de tissu conjonctivo-élastique, puis une assise circulaire de fibres musculaires lisses. Celles-ci proviennent du sphincter de la vessie et s étendent jusqu au cône séminal. C’est le « sphincter de la prostate » ou « sphincter internus vesicæ » de Henle. En dehors de cette couche nous trouvons : i° un volumineux amas conjonctivo-musculaire traversé par les canaux excréteurs des glandes prostatiques; c’est le « noyau central » ou « zone cen-
Fig. 569. — Glande prostatique d’Homme.
Coupe des culs-de-sac glandulaires tapissés par un épithélium cylindrique simple. Ces culs-de-sac sont séparés par un stroma conjonctivo-musculaire. X 250.
traie compacte » de la prostate ; 2° le tissu propre de l’organe, constitué par les culs-de-sac et diverticules de la glande et le tissu conjonctivo-musculaire interstitiel ; c’est la « zone périphérique spongieuse » ; 3° enfin l’enveloppe de la prostate, ou « capsule prostatique », recouverte dans sa moitié antérieure par les fibres musculaires striées du sphincter externe (« sphincter vesicæ externus » de Henle, « rhabdosphincter urethræ » deWaldeyer).
On voit donc que la prostate comprend deux sortes d’éléments: i° des formations glandulaires ; 20 un stroma musculo-conjonctif.
20 Structure. — A. Tissu glandulaire prostatique. C’est un conglomérat de i5à 32 glandes simples. Les auteurs ne Sont pas d’accord sur le type dans lequel on doit faire rentrer les glandes prostatiques. Elles seraient structurées d’après le type alvéolaire suivant Henle, Kôlliker, Lan-
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
gerhans, Rudinger, Toldt, Ortii, Reinke, etc. ; d’après le type tubuleux suivant Hyrtl, Griffiths, Athanasoff, Rauber, Waldeyer, Brosicke, etc.; d’après le type tubulo-alvéolaire d’après Maziarski et Weski. Ces derniers auteurs font remarquer que l’arbre glandulaire prostatique est formé par des rameaux terminés par des extrémités tubuleuses ou arrondies en alvéoles; mais cette disposition est secondaire; la glande est tout d’abord tubuleuse et les alvéoles ne se forment qu’à la fin du développement, augmentant ainsi la surface sécrétante.
Les ramifications tubulo-acineuses, très développées dans la zone spongieuse, figurent sur coupes de larges anfractuosités, dont les parois montrent de place en place des invagi nations arrondies (fig. 569). Elles sont tapissées par un épithélium gla n d ul aire et unemembrane propre. Les recherches de Weski ont montré que l’épithélium de la prostate est unistratifîé ; c’est une couche de cellules cylindriques,, dont l’aspect est différent suivant leur situation sur le sommet ou dans le fond des replis alvéolaires et suivant leur stade sécrétoire. Elles offrent leur disposition la plus simple dans le fond des alvéoles, ou dans les ramifications glandulaires plissées. Ce sont alors des cellules prismatiques à quatre ou cinq pans, comme on l’observe nettement sur des coupesfrontales. Elles n’ont plus la même régularité dans les culs-de-sac glandulaires plissés. Leur aspect varie suivant le stade sécrétoire ; on peut en effet distinguer des cellules remplies de produit de sécrétion, des cellules où il commence à s’amonceler, des cellules qui viennent d’expulser leur contenu (Weski). Les premières sont hautes, cylindriques, avec une zone cytoplasmique basale* foncée et une zone périphérique réticulée et plus claire. Les mailles du réseau renferment une substance qui, le plus souvent, demeure incolore et qui quelquefois montre de petites granulations colorées. Les cellules vidées de leur produit de sécrétion ont des dimensions très restreintes ; elles paraissent réduites, pour ainsi dire, à leur noyau autour duquel le cyto-
Fig. 570. — Prostate d’Homme adulte. Concrétions prostatiques dans un cul-de-sac glandulaire, x 125.
LES GLANDES GERMINATIVES
plasme forme une écorce à peine visible. Elles mesurent 5 à 6 jj. environ, tandis que les grandes cellules cylindriques peuvent atteindre 4o à 45 a. Des granulations sécrétoires très colorées, homogènes, sont disséminées dans tout le territoire cytoplasmique de certaines cellules prostatiques, surtout autour du noyau. Weski les considère comme le matériel aux dépens duquel s’édifient les « concrétions prostatiques». Certains culs-de-sac renferment, en effet, des concrétions de taille variable, dont certaines peuvent atteindre des dimensions considérables (3oo, 5oo fj. à î millimètre). On les rencontre dans presque toutes les prostates chez l’adulte. Ce sont des formations arrondies ou ellipsoïdes, quelquefois homogènes, qui montrent le plus souvent des strates concentriques. Elles sont normalement composées par une substance colloïde qui a les réactions de l’albumine ; mais elles peuvent subir une transformation calcaire et méritent alors la dénomination de « sable prostatique ». Elles s’édifieraient à la suite d’une sorte de cristallisation du produit de sécrétion (v. Ebner) (fig. 570).
Existe-t-il une membrane propre au-dessous de l’épithélium glandulaire? Bôhm et Dawidoff en ont fait la constatation, mais ils insistent sur la difficulté de la mettre en évidence. Aussi certains auteurs (Langerhans, Rudinger, etc.) pensent-ils que les cellules glandulaires sont appliquées directement sur le tissu conjonctif du stroma où leurs prolongements effilés pourraient s’introduire. Cependant, s’il n’y a pas- de membrane propre au sens où on l’entend d’ordinaire, c’est-à-dire sous forme d’une membrane fine et homogène, une couche particulière de cellules endothéliformes partout continue s’étend entre les éléments glandulaires et le stroma sousjacent. Ce sont des cellules aplaties, avec des noyaux très colorables et très allongés, disposées sur une seule couche. Chacune de ces cellules correspond à deux ou trois cellules glandulaires. Cette couche possède un aspect particulier chez le vieillard, où elles sont très serrées les unes contre les autres, si bien que chacune d’elles correspond à une cellule épithéliale. Ces éléments sont de nature conjonctive (Weski) (fig. 571).
Les canaux excréteurs des culs-de-sac prostatiques sont tapissés par une couche de cellules cylindriques. Les plus volumineux sont revêtus par un épithélium cylindrique stratifié, analogue à celui de l’urètre, du moins dans leur portion proximale.
B. Stroma prostatique. — C’est un tissu conjonctivo-musculaire particulièrement riche en fibres lisses. Son abondance est si considérable qu’ELLis u pu dire que la prostate était avant tout un organe musculaire, et que Harrison a soutenu que son rôle fondamental était de constituer le véritable sphincter de la vessie. Il faut ajouter que la quantité du tissu musculaire varie avec l’âge et avec les sujets ; aussi certains auteurs distinguentils des prostates à type glandulaire et des prostates à type musculaire (Budinger, Waldeyer). Les fibres lisses de la prostate sont très volumineuses -et forment des faisceaux qui s’entre-croisent dans tous les sens. Les fibres élastiques sont abondantes dans le stroma prostatique. Elles se rassemblent en une couche épaisse autour du canal de l’urètre (Antonini, Walker, Weski).
Histologie II.
3° Involution de la prostate et fonction de cet organe. — Ce stroma musculo-conjonctif s’hypertrophie quelquefois dans des proportions considérables chez les vieillards, et cette hypertrophie porte essentiellement sur le tissu conjonctif. Le tissu glandulaire, au contraire, dégénère peu à peu et peut disparaître entièrement. Il en est de même dans les cas de castration où la prostate, comme tous les autres organes annexés à la glande génitale, subit une atrophie considérable, qui atteint surtout les éléments glandulaires (Launois, àthanasoff, etc.). Les expériences instituées à ce sujet montrent que l’intégrité de la prostate, au point de vue de sa structure et de sa fonction, est sous la dépendance de la sécrétion interne du testicule.
Le mode sécrétoire des glandes prostatiques est peu connu. Leurs cellules ne sécrètent pas d’une manière continue, d’après la majorité des
Fig. 571. — Épithélium d'un cul-de-sac glandulaire prostatique (Homme).
Cellules cylindriques larges et claires ou étroites et foncées. Cellules basales endothéliformes.
auteurs; cette sécrétion se fait d’une manière intermittente et se trouve déterminée par un réflexe provoqué au moment du coït, immédiatement avant l’éjaculation. Henle et Weski admettent au contraire une activité sécrétoire constante, démontrée par l’existence d’un cycle glandulaire dans les acinus prostatiques. Le liquide ainsi élaboré et amassé dans les culsde-sac de l’organe, se trouve excrété et projeté dans l’urètre par la contraction du muscle prostatique au moment du coït.
Les recherches de Gley et Camus ont montré, comme nous l’avons vu à propos des vésicules séminales, que la prostate de certains Rongeurs sécrète un ferment qui coagule le contenu des vésicules séminales de ces animaux (vésiculase). Chez l’Homme, le liquide prostatique agglutine les spermies, comme l’avait déjà observé Spallanzani. Les glandes accessoires du tractus génital ont donc une importance fonctionnelle considérable et leurs produits entrent en conflit au moment de l’éjaculation : il en résulte tantôt une véritable coagulation (Rongeurs), tantôt la formation d’une sorte de colle (Insectivores), tantôt une simple agglutination (Homme), toujours la formation, par l’action d’un ferment ou d’une agglutinine, d’une substance plus ou moins visqueuse qui assure la rétention, pour un temps variable, des
spermatozoïdes dans le vagin. En fait, l’extirpation de la prostate ou des vésicules séminales (Steinach sur le Rat, Camus et GLEYsur le Cobaye) diminue considérablement ou supprime, suivant qu’elle est ou non complète, le pouvoir reproducteur (Gley).
4° Vaisseaux et nerfs de la prostate. — Les artères de la prostate se ramifient dans le parenchyme de l’organe et se résolvent en capillaires dont les mailles entourent les culs-de-sac glandulaires. Les veines s’anastomosent en un réseau serré qui forme le corps spongieux de l’urètre prostatique. D’autres ramifications veineuses sortent de la prostate par ses faces latérales et se jettent dans les plexus vésico-proslatiques. Les vaisseaux lymphatiques sont bien développés ; ils prennent naissance au niveau de dilatations lacunaires qui entourent les glandes ; ils se réunissent dans tout l’organe et en sortent par quatre troncs principaux, deux supérieurs et deux latéraux, qui aboutissent aux ganglions du petit bassin (Sappey).
Les nerfs proviennent du plexus hypogastrique. Ils suivent le trajet des artères ou cheminent isolément dans le tissu prostatique ; ils portent sur leur trajet un certain nombre de petits amas de cellules nerveuses. Leurs ramifications ultimes se terminent à la surface des culs-de-sac glandulaires (Timofeew). Cet auteur a en outre rencontré des corpuscules terminaux particuliers dans la capsule, entre les culs-de-sac et les muscles et dans la muqueuse de l’urètre prostatique. Ces corpuscules sont identiques, dans leur forme la plus simple, aux boutons terminaux de Krause ou aux corpuscules de Pacini.