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I. — Processus de différenciation

Il a été fait appel, dans l’article précédent, à la multiplication cellulaire, principe de tous les processus de morphogénèse, condition première de

Histologie II. 4

HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE

raccroissement et du changement de forme de l’organisme et des organes. Les phénomènes du développement y ont été examinés au point de vue quantitatif, et la multiplication cellulaire nous a fourni la quantité de cellules nécessaire pour créer et transformer les ébauches des organes.

Mais toutes les cellules ne demeurent pas semblables entre elles ; à mesure des progrès de l’ontogénèse, du développement de l’être, les cellules se distinguent de plus en plus et définitivement les unes des autres et constituent des espèces qui caractérisent autant de tissus distincts ; ce phénomène est celui de la différenciation cellulaire.

Les processus du développement des organes doivent être examinés à présent au point de vue qualitatif, et la différenciation cellulaire doit nous fournir des cellules et des tissus de qualité différente, caractérisant au point de vue histologique les organes que nous aurons à étudier.

Nous avons examiné à un point de vue général, dans le livre IV du tome I de cet ouvrage, les phénomènes de la différenciation cellulaire, sur lesquels par conséquent il n’y aura pas à revenir longuement.

Ce que nous connaissons actuellement des conditions déterminantes de la différenciation, bien que nos connaissances soient à cet égard encore peu importantes, nous autorise à affirmer que la différenciation cellulaire est causée par des excitations qui ont leur source dans le milieu extérieur ou dans l’organisme même, et qui se décomposent par conséquent en facteurs extrinsèques et en facteurs intrinsèques. La différenciation cellulaire, qui transforme en cellule nerveuse, glandulaire ou toute autre une cellule d’abord embryonnaire et indifférente et qui lui maintient cette qualité histologique, est l’effet d’une excitation lente, mais permanente, que le milieu exerce sur cette cellule. Sans cette excitation la cellule demeurerait embryonnaire; cette excitation venant à cesser, la cellule se dédifférencie et redevient embryonnaire.

Cette excitation n’est pas seulement morphogène (histogène), c’est-à-dire ne produit pas seulement dans la cellule des modifications de forme et de structure. Elle est en même temps fonctionnelle , c’est-à-dire qu’elle est de telle nature que la cellule, en même temps qu’elle prend une certaine forme et une certaine structure, s’adapte à une fonction déterminée, en rapport avec la nature de l’excitant. Ainsi l’excitant lumineux détermine dans une cellule de la rétine les attributs morphologiques de la cellule visuelle et du même coup entraîne son fonctionnement comme élément sensoriel visuel.

Les excitants qui produisent la différenciation cellulaire, les facteurs de la différenciation pourraient être assez artificiellement classés en facteurs mécaniques, physiques, chimiques, physiologiques. Mais si l’on néglige ces catégories discutables, il reste acquis que toute différenciation est le produitd’une influence d’ordre mécanique, que la différenciation est un mécanisme. U histogénèse, qui est la science de la différenciation cellulaire, qui étudie la formation des espèces de cellules et de tissus, est une mécanogénèse elle est une branche de la science de la mécanique du développement vital ( Enlwickelungsmechanik ) ou biomécanique.

Sous quelles influences un épithélium se couvre-t-il de cils vibratiles ? Quelles forces sollicitent la poussée des nerfs dans l’ébauche d’un organe jusqu’alors privé d’innervation? A la suite de quelles influences se produit,

PRÉLIMINAIRES D’EMBRYOGÉNIE

dans la paroi de l’intestin par exemple, la différenciation d’un mésenchyme, jusqu’alors indifférent, en tissu conjonctif d’une part, en tissu musculaire d’autre part ? Quelles sont les causes qui orientent une ébauche mésenchymateuse dans la voie tantôt du tissu conjonctif, tantôt de l’os ou du cartilage ? Quelle est la raison d’être mécanique du parallélisme des fibres conjonctives dans un tendon, de leur entrecroisement dans une aponévrose? Tels sont quelques exemples des problèmes dont l’histogénèse, comprise comme une mécanogénèse, doit donner la solution. Cette solution n’est encore que bien incomplète et très imparfaite. Nous ne perdrons pas de vue néanmoins, dans l’étude histogénique qui précédera l’exposé histologique de la structure des divers organes, le but de l’histogénèse, qui n’est pas seulement de faire connaître le comment des transformations cellulaires et organiques, mais encore de tenter d’en donner le pourquoi.

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