CHAPITRE II
Vaisseaux sanguins.
Article premier. — ARTÈRES ET VEINES I. — Caractères généraux des artères et des veines.
i° Texture générale. — Les artères et les veines se distinguent des capillaires par l’épaisseur de leur paroi, en rapport avec leur plus gros calibre. Tandis que la paroi des capillaires est essentiellement réduite à la couche endothéliale, celle-ci se double extérieurement dans les artères et les veines d’une couche plus ou moins épaisse de tissu. La membrane endothéliale, étant la première parue, est aussi morphologiquement la plus importante ; la couche extérieure de tissu a un caractère secondaire. Aussi la seule division rationnelle de la paroi vasculaire est-elle celle que plusieurs auteurs ont proposée, ainsi qu’on le verra plus loin, pour les artères et les veines. Ce ri’est cependant pas cette division qui est communément adoptée. On distingue classiquement dans la paroi des artères et des veines trois tuniques : la tunique interne ou intima , comprenant le tube endothélial doublé d’une couche de tissu accessoire ; la tunique moyenne (media) ; la tunique externe ou adventice ( externa , adventitia).
Des vaisseaux sanguins spéciaux, les « vaisseaux des vaisseaux » ( vasa vasorum ), irriguent cette épaisse paroi, et des nerfs s’y distribuent abondamment.
2° Eléments constitutifs de la paroi des artères et des veines. — Les éléments histologiques qui entrent dans la constitution des parois artérielles et veineuses sont : des cellules endothéliales , des cellules et des fibres conjonctives, des éléments élastiques, des cellules ou fibres musculaires lisses.
A. Cellules endothéliales. — Les cellules endothéliales, très aplaties, appartiennent à la tunique interne ou intima, dont elles forment la couche la plus
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intérieure. Sur la coupe de l’artère ou de la veine, on n’en distingue que les noyaux. Mais en étalant à plat la paroi vasculaire imprégnée par le nitrate d’argent, on met en évidence les contours et par suite la forme des cellules endothéliales. Ces cellules apparaissent alors comme des plaques de forme losangique plus ou moins allongée, à grand axe parallèle à l’axe du vaisseau, pouvant avoir même dans les plus petites artères la forme de fuseaux extrêmement longs. Leurs bords sont rectilignes ou légèrement sinueux, et les cellules sont juxtaposées sans laisser entre elles d’intervalles. Elles possèdent chacune un noyau elliptique, dont le grand diamètre est dirigé suivant la plus grande longueur de la cellule.
B. Cellules et fibres conjonctives. — Les cellules et les fibres conjonctives n’offrent rien de particulier. Le tissu conjonctif fibrillaire se transforme dans les plus petits vaisseaux en tissu indistinctement fibreux et même en membranes conjonctives homogènes renfermant çà et là quelques cellules.
C. Éléments élastiques. — Les éléments élastiques sont très développés et très caractéristiques : ils existent dans toute l’épaisseur de la paroi des artères et des veines. On peut les isoler par lambeaux plus ou moins grands, en faisant macérer la paroi vasculaire dans des réactifs appropriés (potasse, acides). On voit alors que le tissu élastique se présente sous des formes très différentes. Dans les petits vaisseaux, et dans certains points de la paroi des grosses artères et des veines, il peut affecter la forme habituelle de fibres élastiques, c’est-à-dire d’éléments élastiques cylindriques, unies comme d’ordinaire en un réseau. Mais le plus souvent le tissu élastique des artères est disposé en rubans aplatis, anastomosés en réseau, laissant entre eux de grands intervalles. Si ces rubans s’élargissent et que du même coup les intervalles diminuent, on obtient des lames ou « membranes fenêtrées », c’est-à-dire de larges plaques çà et là perforées de trous arrondis (voir t. I, fig. 544). Ces trous, d’après v. Ebner, ne sont du reste qu’apparents et sont en réalité obturés par une membrane élastique extrêmement mince. Les membranes élastiques sont soit homogènes, soit renforcées par des fibres élastiques qui les traversent ou qui courent à leur surface en y dessinant des sortes de bas-reliefs; ces dernières, se détachant ensuite d’une lame élastique pour se jeter sur une autre, unissent en une charpente continue toutes les membranes élastiques de la paroi artérielle. Fibres et lames élastiques sont contenues dans une gaine protoplasmique très mince, dont l’existence atteste leur origine intracellulaire (Spalteholz).
D. Cellules musculaires lisses. — Quant aux cellules ou fibres musculaires lisses, qu’on peut aussi isoler par des procédés de macération ou de dissociation, elles ont la figure fusiforme habituelle, mais le fuseau est plus court que pour les autres fibres lisses du corps. Dans les plus grosses artères, telles que l’aorte, elles sont de forme encore plus ramassée, en même temps que plus irrégulière, et sont plus ou moins ramifiées (fig. 37) ; elles peuvent s’unir par leurs prolongements et former de vrais réseaux de cellules musculaires. Les fibres lisses des artères et des veines sont ou
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bien simplement juxtaposées, ou bien réunies par des fibrilles conjonctives et élastiques. Tantôt elles sont isolées les unes des autres ; tantôt e lies son
Fig. 37. — Éléments de la tunique moyenne de l'aorte du Veau.
Dissociation, e, lame élastique réticulée. — m, fibres musculaires lisses, appliquées
sur cette lame, x 250.
groupées ; elles forment alors par leur groupement soit de petits faisceaux^ soit des membranes étendues et presque continues.
3° Vaisseaux des artères et des veines (i). — Les artères et les veines, dont le calibre est supérieur à i millimètre environ, sont nourries par des vaisseaux sanguins, les vasa vasorum. Ils sont fournis par des artérioles qui naissent d’une artère du voisinage ou d’une collatérale de l’artère considérée, mais non de ce tronc artériel lui-même ; ils se rendent à des veinules au nombre de deux pour chaque artériole. Le réseau capillaire n’occupe d’ordinaire que la tunique adventice, dont il ne dépasse pas la limite interne (fig. 4i, v.). Il est cependant bien établi, contrairement à Gimbert, que dans certains gros vaisseaux artériels et veineux la tunique moyenne est aussi pénétrée à l’état normal par le réseau capillaire (Kôster, Ploknikow, Curtis). Seules la zone interne de la media et l’intima sont totalement privées de vaisseaux. On verra que dans l’inflammation artérielle et veineuse les trois tuniques se vascularisent abondamment.
Les vaisseaux lymphatiques des artères et des veines ont été décrits par M. et Mme Hoggan ; ils siègent dans l’adventice. On a pu dans certains vaisseaux les suivre dans l’intima jusqu’au-dessous de l’endothélium (Schiefferdecker, Hoggan).
IL — Artères.
i° Répartition des éléments de la paroi des artères. Tuniques artérielles — A. Tuniques artérielles en général. — Les éléments de la paroi artérielle sont répartis en tuniques habituellement bien séparées.
(1) L’étude des nerfs des vaisseaux sera faite dans un article distinct.
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On distingue classiquement trois tuniques : i° la tunique interne ou intima, dite aussi endartère, réduite à la couche endothéliale dans les plus petites artérioles, épaissie par du tissu conjonctivo-élastique dans les artères plus grosses ; 2° la tunique moyenne ou media (mésartère), qui est essentiellement musculaire, mais peut renfermer aussi dans les artères de gros calibre une forte charpente élastique ; 3° la tunique externe ou adventice, externa ou adventitia (péri-artère), qui est de nature conjonctive et élastique et se confond extérieurement avec le tissu conjonctif ambiant où chemine l’artère.
La division proposée par Schiefferdecker et Grünstein est plus logique, parce qu’elle tient mieux compte de la valeur embryologique des diverses couches. Elle consiste à distinguer dans la paroi deux couches d'importance morphologique et d’épaisseur très inégales. La cavité interne est le « tube endothélial », qui est très mince mais qui est aussi la paroi primordiale du vaisseau. La couche externe, désignée sous le nom de « membrane accessoire », si elle est très épaisse, est du moins d’importance morphologique secondaire ; elle comprend elle-même trois tuniques : l’intima (moins le tube endothélial), la media et l’adventitia.
Ces deux couches principales ou les trois tuniques classiquement admises existent dans toute artère, ainsi que les divers éléments constituants qui ont été signalés plus haut. Mais selon la grosseur du vaisseau artériel, suivant les espèces animales, selon l'âge des sujets, suivant les conditions physiologiques, selon la nature de l’artère considérée, il existe de nombreuses variétés, qui sont dues à l'importance relative des couches constitutives de la paroi, à la délimitation plus ou moins nette de ces couches, à la proportion variable et à la nature des divers éléments constitutifs, à la vascularisation plus ou moins complète de la paroi artérielle, et qui sont en définitive fonction des variations de la pression artérielle.
B. Tuniques artérielles dans les vaisseaux de calibre différent. —
Sous le rapport du calibre, on peut distinguer, comme ayant une structure différente : les artérioles , qui précèdent les capillaires et ne sont visibles qu’au microscope ; les artères de petit et de moyen calibre , auxquelles appartiennent encore par leur structure de gros troncs artériels tels que les iliaques, la fémorale, l’humérale, la radiale de l’Homme ; les grosses artères , telles que l’aorte, l'artère pulmonaire, le tronc brachio-céphalique et les sous-clavières, les carotides primitives, les iliaques primitives. Ranvier a confondu sous le nom d’ « artères à type musculaire » les deux premières catégories, et leur a opposé sous le nom d’ « artères à type élastique » les troncs volumineux tels que l’aorte. Mais les deux types, musculaire et élastique, sont reliés par des formes de transition (Grünstein, Argaud).
a) Artérioles. — a) Intima. — Id intima comprend le tube endothélial, doublé en dehors d’une mince membrane élastique, dite élastique interne ( elastica interna) (fig. 39, /./.), qui dans les artères plus grosses prendra un développement beaucoup plus grand. La membrane élastique interne est très mince et anhiste dans les plus petites artérioles, qui précèdent immédiatement les capillaires. A mesure que l’artériole devient plus volumineuse,
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elle s’épaissit et prend une structure ; elle offre des stries longitudinales, qui sont l’expression de plis très fins ; puis elle se perfore d’orifîces allongés et devient une membrane fenêtrée. Sur les coupes ordinaires ou dans les artérioles vues à plat, on ne voit habituellement de Y intima que les noyaux endothéliaux, allongés parallèlement à la lumière vasculaire (fig. 38, A et 3g, c.e.).
p) Meclia. — La media est essentiellement formée par des fibres musculaires lisses disposées circulairement, perpendiculairement (fig. 38 et 39, c.m.). Dans les plus petites artérioles (fig. 38, A et B), ces fibres ne forment pas une couche continue et n’existent que de place en place, isolées ou
Fig. 38. — Artérioles de la pié-mère de l’Homme.
Vues à plat. A, artériole très petite, se divisant et se continuant par deux capillaires, c, c — région de passage entre les artérioles et les capillaires (capillaires artériels de la première variété). — B, artériole moyenne. — C, artériole de gros calibre. — ce, noyaux des cellules endothéliales. — cm, noyaux des cellules musculaires. — i, coupe optique de l 'intima. — m, coupe optique de la media. — e, coupe optique de Yexterna (rudimêntaire en A et en B). — h. , couche hyaline des capillaires. — cm', cellules musculaires des capillaires. X 250.
plutôt réunies par petits groupes compris dans un même plan. Gomme H. Müller, Ranvier, Renaut font montré, les fibres sont rangées dans un tel groupe suivant une ligne hélicoïdale enroulée autour de l’axe du vaisseau ; l’observateur, examinant une artériole vue en totalité et non en coupe, aurait avec une même mise au point une image différente pour les fibres qui sont situées sur la face supérieure de l’artère et pour celles qui répondent au bord du vaisseau ; il verrait les premières à plat et en entier et n’apercevrait que la coupe optique des autres (fig. 38, A, c.m.). La coupe optique ou réelle de ces fibres est arrondie ou polygonale (B, c.m.); elle renferme ou non la section arrondie du noyau de la fibre. Les cellules musculaires étant disposées circulairement, leurs noyaux le sont aussi et se
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distinguent par là de ceux des cellules endothéliales, qui sont orientés longitudinalement (fig. 38, c.m., c.e.).
La couche musculaire, de discontinue qu’elle était, devient continue dans les artérioles plus volumineuses (fig. 39) ; dans les plus grosses, au lieu d’être simple, elle se compose de plusieurs strates de fibres (fig. 38, C, c.m.). Lesfibres musculaires paraissent former à elles seules, et sans mélange d’éléments conjonctifs ou élastiques, la tunique moyenne des plus fines artérioles ; mais dans les vaisseaux plus larges, des réseaux élastiques très fins se développent dans cette tunique et entourent une à une les fibres musculaires dans leurs
mailles. La forme des » éléments musculai-
^ r ' " , res devient de plus en
plus courte, à mesure qu’on examine des artérioles plus voisines des capillaires.
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Externa. — L' externa (fig. 38 et fig. 3q,e.) est formée par du tissu conjonctif à fibres fines, dirigé e s longitudinale-
ment et contenant quelques cellules, et par des réseaux délicats de fibres élastiques. Elle se confond par sa périphérie avec le tissu conjonctif ambiant. Dans les artérioles de faible calibre, les réseaux élastiques ont dispav ru ; dans les plus fines
artérioles le tissu conjonctif cesse d’être fibreux et devient homogène ; la tunique externe n’est plus représentée dans les rameaux artériels précapillaires que par une mince membrane anhiste.
Fig. 39. — Petite artère, artérioles , petite veine et veinules dans la tunique celluleuse de l'iléon de l'Homme ( vues en coupe transversale).
A, petite artère. — a, a, artérioles. — V, petite veine. — v , v, veinules. — ce, cellules endothéliales dont on n’aperçoit que les noyaux. — li, lame élastique interne (limitante interne). — m, media. — cm, cellules ou fibres musculaires, dont les noyaux sont allongés circulairement. — e, externa. X 250.
6) Artères de petit et de moyen calibre (type musculaire). — a) Intima. — L'intima est devenue beaucoup plus épaisse (fig. 4o, I). En dehors du tube endothélial, elle comprend une couche conjonctivo-élastique, « couche striée de la tunique interne » de IvôLLiKERetde Gimbert, « couche granuleuse », « couche fibroïde » d’autres auteurs. Celle-ci est formée par des réseaux de fibres élastiques ou même de lamelles élastiques à direction longitudinale, par des fibres conjonctives longitudinales aussi, entre lesquelles se trouvent des cellules conjonctives. La direction longitudinale des éléments fibreux fait que cette couche prend un aspect strié sur les coupes longitu-
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dinales, d’où le nom de « couche striée » qu’on lui a donné, et une apparence granuleuse sur les coupes transversales où les fibres coupées en travers apparaissent comme des points (couche granuleuse).
La tunique interne se délimite nettement, du côté de la media, par une épaisse membrane ou lame élastique interne , dite aussi « limitante interne », qui, sur les artères revenues sur elles-mêmes et sectionnées transversalement, décrit des sinuosités tout à fait caractéristiques (fig. 3q, /. z. ; fig. 4o , L.). A cette membrane, dont Baum et Thienel ont fait une tunique distincte de l’intima, se rattachent les réseaux de fibres élastiques qui traversent la. tunique interne. La lame élastique interne est dédoublée dans un grand nombre d’artères en deux lamelles, l’une externe, l’autre interne, séparées par un espace interlamellaire (Grünstein). On connaît depuis longtemps (Remak?
Kôlliker) l’existence de fibres musculaires dans l’intima; elle a été confirmée par Eberth, v. Bardeleben,Thoma,Westphalen, Miner vini, Argaud, Baum et Thienel. Ces fibres, qui ont une direction longitudinale, sont situées soit en dedans de la lame élastique interne, soit à l’intérieur de l’espace interlamellaire.
Elles sont le plus nombreuses au voisinage des divisions de l’artère. Dans certaines artères (art. du cordon ombilical, Gimjbert, Strawinsky ; art. de l’ovaire, Paladino ; et surtout art.
hélicines des organes génitaux externes), l’intima se soulève en bourrelets longitudinaux qui font saillie dans la lumière du vaisseau; ces bourrelets sont formés principalement par des faisceaux musculaires longitudinaux.
P) Media. — La media est très épaisse (fig. 39, 4o et 4 1 » /w., M.). Elle est essentiellement formée par des fibres musculaires circulaires, entre lesquelles court un réseau de fibres ou de lamelles élastiques transversales sinueuses, plus nombreuses et plus épaisses dans la zone externe de la tunique moyenne, et que sépare aussi un tissu conjonctif peu abondant. Les zones tout à fait interne (« stratum sous-élastique » de Grünstein) et tout à fait externe (« stratum sous-musculaire » de Grünstein) de la tunique moyenne sont dépourvues de fibres musculaires.
y) Externa. — L 'externa (fig. 39, 4o, 4Le-> E.) est essentiellement formée par du tissu conjonctif collagène et par du tissu élastique. Grünstein y
Fig. 40. — Coupe longitudinale de l'artère radiale de l'Homme.
La préparation est destinée à montrer surtout les éléments musculaires; les éléments élastiques ne sont pas colorés.
/, intima. — L, lame élastique interne. — M, media, formée par des fibres musculaires sectionnées transversalement sur cette coupe longitudinale.— E, externa x 150. D’après Ranvier.
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distingue une couche de fibres élastiques longitudinales (stratum élastique longitudinal) et une couche de fibres circulaires (stratum élastique circulaire). Les réseaux élastiques formés par ces fibres se jettent en dedans sur une lame élastique externe ( elastica externa ) (fig. \\ , /.<?.)', puissamment développée dans la plupart des artères ; elle sépare souvent la media de l’externa aussi nettement que la lame élastique interne séparait la media et l’intima, et Baum et Thienel en ont fait une tunique distincte. La puissance de cette élastique externe et en général celle de toute la charpente élastique de l’adventice est en raison inverse du développement des réseaux élastiques
dans la media. Ce qui domine dans l’adventice, ce sont de gros faisceaux conjonctifs entre croisés.
Il existe enfin dans cette tunique des faisceaux de fibres musculaires lisses longitudinaux (Kôlliker, Eberth, Grünstein, etc.) ; ils sont le plus souvent situés dans la zone interne de F externa ; dans certaines artères (iliaque, ombilicales), ces fibres formeraient même une couche continue égalant en puissance la tunique moyenne musculaire.
c) Artères de gros calibre (type élastique). — oc) Intima. — L 'intima est plus épaisse encore que dans les artères précédentes et offre le maximum de complication structurale.
Les cellules endothéliales sont très peu allongées et de contour presque régulièrement polygonal. La lame élastique interne est moins développée et moins nette que dans les artères du type musculaire ; ce qui tient surtout à ce que des lames élastiques tout aussi développées se rencontrent dans la media. La couche fibroïde, placée entre la media et l’endothélium, comprend, d’après Vialleton, plusieurs strates successives. Au-dessous de l’endothélium se trouvent deux ou trois assises de petites cellules conjonctives, d’aspect embryonnaire, formant la « couche sousendothéliale ou embryonnaire » . Vient ensuite une « couche intermédiaire » (fig. 42> «•) i elle renferme des cellules conjonctives fusiformes ou éloilées dont on ne voit que les noyaux sur la figure. Langiians a décrit ces cellules, et on a donné son nom à l’assise qui les renferme, « couche Lande-
Fig. 4L — Coupe transversale de l'artère radiale de l'Homme.
La préparation montre surtout la charpente élastique.
I, intima. — ce, noyaux des cellules endothéliales. — lei, lames élastiques de l inlima. — ne, noyaux des cellules conjonctives. — L, lame élastique interne. — M, media. — cm, noyaux des cellules musculaires. — lem, lames élastiques de la media. — le, lame élastique externe. — E , externa. — lee, lames élastiques de l’externa. — fc, faisceaux conjonctifs de 1 externa. — v, vasa vasorum. x 170. D'après Sobotta.
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ghans » ; il a obtenu par le nitrate d’argent un négatif de ces cellules conjonctives sous l’aspect d’un réseau cellulaire plus clair que le fond. Ces cellules ont été considérées par Kôlliker comme de meme origine que les cellules endothéliales; les éléments les plus superficiels de la paroi artérielle se différencieraient en cellules d’endothélium, les autres plus profonds deviendraient les cellules de Langhans. En dehors de cette couche de Langhans, il existe, d’après Vialleton, une « couche striée », formée de lamelles élastiques, réunies entre elles, entre lesquelles sont disposées des cellules conjonctives rameuses (a). La lame élastique interne (L), qui termine Y intima en dehors, n’est que la plus développée de ces lamelles.
P) Media . — La media comprend un réseau de lames élastiques très développé (type élastique), des fibres musculaires et du tissu conjonctif. Les lames élastiques sont dirigées circulairement et concentriquement les unes aux autres, formant ainsi un véritable système de tentes ; ces feuillets parallèles, au nombre de 5o-6o, limitent entre eux des espaces que remplissent les fibres musculaires, du tissu conjonctif et du tissu élastique (fig.
42, /.). Elles sont reliées les unes aux autres à travers ces espaces par des fibres élastiques anastomotiques, dirigées obliquement. Ce sont des lames fenêtrées, ornées ou non de fibres en bas-reliefs (fig. 37, e.).
Fig. 42. — Coupe longitudinale de l'aorle thoracique de l'Homme.
La partie centrale de la tunique moyenne n’a pas été dessinée, pour diminuer la hauteur de la figure.
Dans l’intima, l’endothélium et la couche sous-endothéliale ne sont pas visibles; en a, la couche intermédiaire ou de Langhans, dont on ne voit que la trame fibrillaire conjonctive et les noyaux cellulaires ; en a', couche externe, ou striée, de l’intima. — L, lame élastique interne. — Dans la media, on aperçoit: les noyaux des fibres musculaires m, coupées transversalement ; les lames élastiques l ; les faisceaux de tissu conjonctif c, qui sont peu distincts sur la figure. — L’externa E montre surtout les réseaux de lames élastiques rattachés à ceux de la tunique moyenne. X 400. D'après Ranvier.
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Les fibres musculaires (fi g. 42> m-) forment dans les intervalles de ces membranes élastiques des couches régulières. Leur direction générale est circulaire, mais il s’en trouve beaucoup d’obliques et même de longitudinales. Elles occupent les espaces irréguliers laissés entre les lames et leurs multiples anastomoses; de là leur forme diversement ramifiée (fig. 37,772.). Elles sont beaucoup plus trapues, surtout dans l’aorte, que les fibres musculaires des artères plus faibles. Ces fibres musculaires sont directement entourées par des réseaux élastiques fins et par des fibres conjonctives.
y) Externa. — Uexterna (fig. 42? E) offre dans les grosses artères les mêmes caractères principaux que dans les autres. Cependant la membrane élastique externe est assez mal représentée, et les fibres musculaires longitudinales ne sont bien développées dans la tunique adventice de l’aorte que chez des Mammifères autres que l’Homme.
20 Modifications de la structure des artères. — A. Modifications régionales. — Les diverses artères du corps n’ont pas, même à égalité de calibre, une structure semblable. Mais chacune a une constitution propre, qui, pour quelques-unes, peut devenir tout à fait caractéristique. Nous ne pouvons entrer dans le détail de toutes ces variétés. Nous nous bornerons à donner quelques exemples qui montreront que ces variations structurales sont sous la dépendance d’actions mécaniques. L'influence de ces actions a été mise hors de doute par les recherches de Thoma et de ses élèves, de W. Roux, de Triepel et d’autres. Ainsi s’expliquent non seulement les différences que présentent entre elles les diverses artères de l’anatomie, mais encore les variations locales de structure qu’une même artère peut offrir sur les différents points de son parcours. Partout où, par exemple, le courant sanguin vient frapper plus ou moins directement la paroi interne d’une artère, l’intima subit en cet endroit un épaississement notable (W. Roux). Des dédoublements de la lame élastique interne s’observent, dans les artères du cerveau, le long de la face concave des artères à direction curviligne, et dans les points de bifurcation de ces vaisseaux (Triepel). Curtis a signalé la plus grande abondance des fibres musculaires longitudinales au niveau du point d’émission d’une collatérale. Raum et Thienel ont constaté la diminution générale de la substance élastique dans une artère principale, après le départ d’une grosse collatérale.
R. Modifications dues à l'âge. — La paroi artérielle se modifie avec l’âge, tant dans l’importance et l’épaisseur relatives de ses diverses tuniques que dans la proportion et la nature même de ses éléments constituants.
Chez l’embryon le tube endothélial, qui forme au début toute la paroi aitérielle, s’enveloppe ensuite d’une gaine de cellules embryonnaires ; celleci se divise en deux couches dont l’externe représente l’adventice et l’interne la tunique moyenne (Aschoff, Thoma, Grünstein, IIenneberg, Argaud). A partir de l'âge adulte, les tuniques artérielles augmentent d’épaisseur, notamment la media et l'intima des plus gros troncs, tels que l’aorte (v. Ebner, Grünstein). La proportion des éléments constituants varie aussi
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avec l’âge. C’est ainsi que, d’après Argaud, les fibres élastiques prédominent d’abord, les fibres musculaires ne prenant plus de développement que plus tard.
La nature même des éléments histologiques change. Chez le vieillard, la substance élastique se transforme en une matière spéciale, à laquelle LJnna a donné le nom d 'élacine. Cette matière, dont les propriétés coloratives diffèrent de celles de la véritable substance élastique, et que colorent non pas les réactifs acides mais au contraire les couleurs basiques d’aniline, jouit d’une élasticité moindre que celle de l’élastine vraie. Cette diminution d’élasticité est un facteur important dans la production de l’artériosclérose (Thoma, Grünstein).
C. Modifications fonctionnelles. — La paroi de toute artère est normalement distendue par le sang ; elle est soumise à une double tension, dans le sens longitudinal et dans le sens transversal ; par conséquent, la cause de cette tension ayant disparu, la paroi tend à revenir sur elle-même et à se rétracter dans les deux sens. Aussi l’examen des artères détachées du corps et fixées par les réactifs ne peut donner une idée exacte de la disposition naturelle des diverses parties constituantes du vaisseau, mais permet de supposer seulement que pendant la vie ces parties éprouvent des déplacements analogues à ceux dont on observe les résultats sur le cadavre, quoique moindres. L’intima des grosses artères offre, sur les coupes longitudinales et transversales, un bord régulier; cela permet de supposer que son élasticité lui permet de compenser exactement les déformations qu’entraîne la rétraction du vaisseau. Dans la media des gros troncs artériels, les lames élastiques forment, après la pnort et la fixation du vaisseau, des plis longitudinaux que traduisent sur la coupe transversale leurs trajets onduleux ; ils sont dus sans doute à la contraction agonale des fibres musculaires interposées entre ces lames. Dans les petites artères musculaires, on voit de la même façon la lame élastique interne se plisser sous l’effort de l’anneau musculaire de la media.
Les diverses conditions physiologiques retentissent sur la structure des artères, qui peuvent éprouver des modifications profondes corrélatives de l’organe qu’elles irriguent. Ce fait a été mis en lumière pour l’artère utérine, l’artère mammaire interne (Mme Berdlasky, Argaud). Dans l’état de gravidité, la tunique interne de l’utérine diminue d’épaisseur, la limitante interne disparaît, la tunique moyenne se réduit, et l’adventice acquiert de nombreuses fibres musculaires longitudinales. Dans l’artère mammaire interne, les fibres musculaires deviennent, pendant la grossesse, beaucoup plus abondantes dans la couche moyenne et dans l’adventice.
D. Modifications expérimentales et pathologiques. — L’inflammation, expérimentale ou pathologique, des artères porte surtout sur l’endartère ; c’est une endartérite. La lésion débute par les cellules endothéliales, élément dominateur de toute la paroi vasculaire, à l’intégrité duquel la conservation du caractère normal de la paroi est liée ; et ce sont les cellules endothéliales qui jouent le premier rôle dans les modifications vasculaires (Cornil).
Ainsi quand une artère a été sectionnée, que le sang coagulé y forme
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un bouchon ou caillot, la blessure doit se cicatriser et le cours du sang se rétablir dans le vaisseau ; à cet effet, l'endothélium prolifère, bourgeonne, suivi par le reste de l’endartère; les bourgeons pénètrent dans le caillot qu’ils « organisent », qu’ils résorbent en réalité.
Dans l’inflammation spontanée des artères, l’endothélium est encore le premier à réagir vis-à-vis des troubles nutritifs qui affectent la paroi. Ces troubles se manifestent par une néoformation vasculaire qui a d’abord pour siège la tunique moyenne et l’adventice, et qui gagne ensuite la tunique interne elle-même ; la vascularisation pathologique de la paroi marque, avec les modifications de l’endothélium qui en sont la conséquence, le début de l’inflammation artérielle, de l’artérite (Thoma). Puis les cellules conjonctives se multiplient activement dans l’endartère et y forment un tissu d’aspect embryonnaire ; il en résulte l’épaississement, souvent énorme, et la sclérose de la tunique interne des artères. Cet épaississement s’exagère localement et donne lieu à des plaques scléreuses, qui, d’abord molles et transparentes (plaques gélatineuses), deviendront ensuite calcaires et opaques ; l’état « athéromateux » sera constitué. L’inflammation gagne les autres tuniques, dans lesquelles la néoformation vasculaire fait des progrès. Les éléments conjonctifs s’y multiplient et font disparaître les éléments spécifiques (cellules musculaires, fibres élastiques), si bien que le caractère propre de ces tuniques s’efface et qu’elles se confondent avec la tunique interne. La paroi artérielle enflammée chroniquement est donc remarquable par la confusion histologique des trois tuniques.