III. — Veines
Répartition des éléments de la paroi veineuse. Tuniques veineuses. — A. Tuniques veineuses en général. — La paroi des veines contient les mêmes éléments histologiques que celle des artères.
La distribution de ces éléments en couches successives est aussi à peu près la même, de sorte qu’on peut aussi décomposer la paroi veineuse en trois tuniques, Yintima, la media et Yexterna ou adventitia. Telle est la division classique, adoptée depuis Kôlliker et Ebertii pour les veines comme pour les artères. Elle est cependant, pour les veines, passablement artificielle ; car les limites entre les différentes tuniques sont peu évidentes ou même font presque défaut. Aussi serait-il préférable d’admettre, avec Waldeyer et d’autres auteurs, pour la paroi veineuse une division parallèle à celle que Schiefferdecker et Grünstein ont proposée pour les artères, et de distinguer une membrane endothéliale (représentant à elle seule la tunique interne) et une membrane accessoire. Tout au moins paraît-il exagéré de vouloir trouver trois tuniques distinctes dans la paroi veineuse, et conviendrait-il de n’en distinguer que deux, soit que l’on confonde en une seule les tuniques moyenne et externe (Ranvier), soit qu’on réunisse les tuniques moyenne et interne (Schiefferdecker). Si nous conservons pour les veines
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la division en trois tuniques adoptée pour les artères, c’est uniquement pour permettre la comparaison des deux sortes de vaisseaux.
On sait que la paroi des veines est en général plus mince que celle des artères, et qu’elle est aussi moins élastique et moins contractile (fîg. 89, V., v.). Lalumière des veines diffère, sur les coupes, par sa grandeur et par sa forme de celle des artères ; elle est en général plus grande, plus allongée, elliptique ou même réduite à l’état de fente. Ces différences permettent toujours de distinguer les deux ordres de vaisseaux dans les préparations histologiques où on les trouve côte à côte. La paroi veineuse diffère par sa coloration de la paroi artérielle ; tandis que celle-ci doit à la grande proportion d’éléments élastiques qu’elle renferme une coloration jaune caractéristique, la paroi veineuse, où dominent les fibres, musculaires, est rougeâtre.
Les variations de structure sont beaucoup plus étendues pour les veines que pour les artères. Les variations régionales sont surtout très importantes, et chaque veine a pour ainsi dire sa structure propre ; une même veine peut même offrir, bien plus encore qu’une artère, une structure différente suivant 1q point où on l’examine. Par contre, il n’y a plus, comme c’était le cas pour les artères, de rapport évident entre la grandeur du calibre et la constitution histologique ; ou du moins les différences dues au calibre s’effacent sous les différences régionales beaucoup plus importantes. Une division histologique fondée sur la grosseur des veines n’aurait pas de valeur ; tout au plus pourrait-on distinguer des veines et des veinules.
B. Tuniques veineuses en particulier. — a) Intima. Valvules clés veines. — L 'intima ou endoveine est réduite dans les veinules et même dans certains troncs veineux de grande dimension à la membrane endothéliale, doublée par une mince couche conjonctivo-élastique.
Les cellules endothéliales sont allongées suivant l’axe du vaisseau dans les petites veinules presque polygonales, et isodiamétriques dans la plupart des veines (t. I, fîg. 3q5, e.), dans quelques-unes même plus larges que longues. D’après Suciiard, l’orientation des cellules endothéliales suivrait une loi générale ; la grande dimension serait toujours perpendiculaire à la direction des fibres musculaires qui sont les plus voisines de l’endothélium ou qui sont en quantité prépondérante dans la paroi vasculaire. Dans les valvules veineuses, l’endothélium est formé de cellules allongées dans le sens du courant pour la face interne de la valvule qui regarde l’axe du vaisseau, tandis que pour la face externe tournée vers le sinus valvulaire et la paroi veineuse ces cellules sont au contraire allongées transversalement (Ranvier). Cette différence est en rapport avec les conditions mécanogénétiques différentes où se trouve l’endothélium sur les deux faces de la valvule : battu et comme étiré par le torrent sanguin sur l’une des faces, et sur l’autre face baignant dans un remous presque tranquille. C’est là un exemple net d’influence morphogène.
La couche, qui dans les veinules double extérieurement la membrane endothéliale, est décrite différemment par les auteurs ; c’est ou bien une lame conjonctive anhiste semée de noyaux, ou bien une membrane élastique longitudinale. Dans les veines de plus grande dimension, cette couche se complique. Elle se compose alors de tissu conjonctif vrai avec faisceaux conjonc-
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tifs, et de réseaux élastiques qui ne se transforment jamais dans les veines en véritables membranes élastiques «fenêtrées ; l’intima peut en outre comprendre des fibres musculaires lisses. L’agencement de ces divers éléments est décrit différemment. Epstein distingue, au-dessous de l’endothélium» une « substance intermédiaire », puis une lame élastique interne, qu’une « couche hyaline » sépare de la media. D’après Della Rovere, la lame élastique interne souvent dédoublée succède à l’endothélium 'sans interposition de « substance intermédiaire » ; en dehors d’elle se trouve la « substance hyaline », avec noyaux et cellules conjonctives, parcourue par un tin réticulum élastique. Cet ensemble conjonctivo-élastique correspond à la couche fibroïde des artères (fig. 44» s.e.).
Dans un grand nombre de veines (iliaques, fémorale, poplitée, saphène, céphalique, basilique, médiane, ombilicale, veines de l’utérus gravide, veine dorsale profonde du pénis, veines mésentériques et autres), il existe dans la tunique interne des fibres musculaires lisses, à trajet longitudinal ou oblique, souvent très abondantes.
L’intima n’a pas en dehors de limite nette, puisque la lame élastique interne ou limitante des artères n’est pas représentée habituellement dans les veines par une membrane continue (sauf dans la fig. 43), mais seulement par des réseaux interrompus. Aussi comprend-on que certains auteurs aient réuni les tuniques moyenne et interne en une seule.
Les valvules veineuses ont été considérées par plusieurs auteurs ( Wahlgren, Bardeleben) comme de simples replis, des duplicata de la tunique interne. D’autres (Epstein, v. Ebner) ne peuvent accepter ce schéma, parce qu’ils trouvent la couche sous-endothéliale différente pour la face de la valvule qui regarde en dedans vers la lumière du vaisseau et pour celle qui est tournée en dehors vers le sinus valvulaire ; la première possède une couche fibreuse élastique comparable à celle de l’endoveine elle-même ; la seconde est formée surtout de tissu conjonctif. Une autre description de la valvule veineuse interpose entre deux feuillets, prolongeant chacun l’intima de la veine, une lame propre valvulaire (Ranvier). De ces deux feuillets, celui qui regarde la lumière vasculaire a les caractères de l’endoveine du segment veineux situé en amont de la valvule ; l’autre, qui forme la paroi interne du sinus valvulaire, a la même structure que l’endoveine qui forme la paroi externe du sinus. Le second feuillet est plus mince et moins riche en éléments élastiques que l’autre ; tous deux se confondent sur le bord libre de la valvule. La lame propre de la valvule est formée par un tissu conjonctivoélastique dense.
On a vu plus haut que sur les deux faces valvulaires les cellules endothéliales sont différemment orientées, et que cette différence est due au régime différent du courant circulatoire dans l’axe du vaisseau et dans le sinus valvulaire. Les éléments constitutifs (fibres conjonctives et élastiques) sont généralement dirigés parallèlement au bord libre de la valvule ; les fibres élastiques notamment décrivent des courbes parallèles à ce bord : disposition qui a pour but de soutenir le poids de la colonne sanguine (Della Rovere). Certaines valvules sont pourvues d’éléments musculaires lisses, qui ne se trouvent qu’à la base d’insertion du repli valvulaire ou bien s’étendent en outre dans l’intérieur de ce repli sur une certaine hauteur.
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b) Media. — La media n’est représentée dans les plus petites veinules, de même que dans les plus fines artérioles, que par quelques cellules musculaires transversalement dirigées et très courtes, isolées les unes des autres. A mesure que le calibre du vaisseau augmente, ces cellules deviennent des libres plus longues et leur nombre s’accroît ; si bien qu’elles forment une couche presque continue. En même temps il se développe dans la tunique moyenne des tractus conjonctifs et des réseaux élastiques.
Dans les veines de calibre moyen (fig. 43, 44)’ tunique moyenne se composé essentiellement de libres musculaires dirigées surtout transversalement ( c.m .), de fibres conjonctives et de réseaux élastiques (r.e.) à direction principalement longitudinale. L’agencement de ces divers éléments varie selon les veines et a été décrit différemment parles auteurs. Dans les veines du membre inférieur et notamment dans les veines sous-cutanées, il existe immédiatement en dehors de l’intima une « couche longitudinalement striée » dépourvue de libres musculaires (Kôlliker, v. Ebner,
Della Rovere) ; dans d’autres veines, les fibres musculaires s’étendent jusque tout contre l’intima, et la couche précédente est remplacée par une assise de fibres conjonctives, de réseaux élastiques et de cellules musculaires à direction circulaire. Plus en dehors, dans l’un et dans l’autre cas, on trouve, d’après les mêmes auteurs, des strates élastiques alternant régulièrement avec des couches musculaires au nombre de 2-10 ou davantage (fig. 43, r.e.).
Les strates élastiques sont formées par des réseaux et n’atteignent jamais la forme de membranes élastiques comparables à celles des artères ; elles sont reliées entre elles et avec les réseaux élastiques de la zone interne de la media par des fibres radiées. Les cellules des couches musculaires placées entre ces strates élastiques ont une direction souvent transversale (fig. 43, 44 ,c.m.) ; mais il peut en exister de longitudinales. Elles forment souvent des membranes presque continues où les fibres sont étroitement juxtaposées (t. Lfig. 3q5, m .) ou bien elles sont séparées les unes des autres par du tissu conjonctivo-élastique.
Fig. 43. — Coupe transversale de la veine iliaque de l'Homme.
Elle fait voir surtout les éléments élastiques. — /, intima — e, couche endothéliale. — se, couche conjonctivo-élastique sous-endothéliale de l’intima. — L , lame élastique interne dédoublée. — M, media. — re, réseaux élastiques de la media formant un grand nombre de strates parallèles. — cm, noyaux des cellules musculaires disposées entre ces strates élastiques. — E, externa. — re, réseaux élastiques de l’externa. x 150.
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Dans les plus grosses veines la media est très variable. Dans certaines, sa disposition est la même que précédemment; mais dans d’autres la media est très réduite ou peut même manquer presque totalement (grande partie de la veine cave inférieure, veines sus-hépatiques).
c) Exlerna. — L'externa (fig. 43, 44 > E) n’est représentée dans les plus
minces veinules que par une couche conjonctive.
Dans les veines de moyen calibre, l’adventice est deux fois aussi épaisse que la couche moyenne ; elle se compose de gros faisceaux conjonctifs et de réseaux élastiques à direction longitudinale, et elle renferme en outre des faisceaux de fibres musculaires longitudinales qui sont caractéristiques de la tunique externe des veines (SOBOROFF, KÔLLIKER, Epstlin, v. Ebner (fig. 44, c.m.e.). En l’absence de membrane élastique externe délimitant la media de l’externa, ces libres musculaires longitudinales, les plus internes d’entre elles du moins, ont été attribuées par certains auteurs à la fois à l’adventice et à la media.
L’adventice des grosses veines, qui peut dépasser de deux à cinq fois l’épaisseur de la media, est remarquable par le grand développement des muscles longitudinaux.
Ces muscles peuvent former une couche compacte équivalant à plus de la moitié de l’épaisseur de l’adventice. A leur entrée dans le cœur, les troncs veineux ( veines caves, veines pulmonaires; présentent sur une hauteur de i-3 centimètres une couche externe annulaire de fibres musculaires striées.
C. Variations régionales de la structure des veines. — Ces variations sont beaucoup plus importantes que celles des artères, si bien que chaque veine a véritablement sa structure propre. Telle est l’étendue de ces variations qu’elle peut aller dans certaines veines (cave inférieure, hépatiques)
Fig. 44. — Coupe longitudinale de la veine crurale de l'Homme.
Elle montre surtout les éléments musculaires. — 7, intima. — e, couche endothéliale. — se , couche conjonctivo-élastique sous-endothéliale de l’intima. — M, media. — cm, cellules musculaires circulaires, coupées transversalement. — E , exlerna. — cme, faisceaux de cellules musculaires longitudinales dans l’externa. — v , vasa vasorum. x 150.
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jusqu’à la perte de la media, et dans d’autres (sinus de la dure-mère) jusqu’à la disparition complète de toutes les tuniques de la paroi, qui se trouve réduite à l’endothélium doublé d’un stratum conjonctivo-élastique.
La classification d’EBERru donne une idée de la variabilité de structure des veines. Cet auteur les a distinguées en deux grands groupes.
Une première catégorie comprend les veines dépourvues de muscles. Telles sont les veines de la pie-mère et de la dure-mère, celles des os du crâne, celles de la rétine, les veines jugulaires externe et interne, la sousclavière, les veines du placenta, la veine splénique et ses branches, la veine cave supérieure et la partie thoracique de la veine cave inférieure. Cette liste est à peu près aussi celle de Henle, Kôlliklr, W. Krause, Ranvier. Quelques-unes de ces veines, les jugulaires, la veine cave supérieure par exemple, contiennent cependant des fibres musculaires, soit dans la media, soit dans l’adventice; il y a sans doute des différences individuelles et locales très grandes à cet égard.
Le second groupe est formé de veines ayant une musculature. Il se subdivise à son tour, suivant la place et la disposition de celle-ci, en quatre sous-groupes : Veines possédant des fibres longitudinales seulement (veines de l’utérus gravide); la musculature, très développée, occupe les trois tuniques des vaisseaux. — Veines ayant une couche interne de fibres musculaires et une couche externe de fibres longitudinales (veine cave inférieure, azygos, veines portes, veines hépatiques, veines rénales, veine axillaire, veine crurale, fig. 44)- — Veines renfermant entre deux couches de fibres longitudinales une couche de fibres transversales (veines iliaque, fémorale, poplitée, veines mésentériques, ombilicale). — Veines n’ayant que des fibres transversales (veines des membres supérieurs et une partie de celles du membre inférieur, veines pulmonaires, veine mammaire interne).
La répartition de ces fibres musculaires dans les diverses tuniques du vaisseau se fait de telle sorte que la musculature de l’une des tuniques compense par son grand développement la faiblesse ou l’absence des muscles d’une autre tunique ; par exemple, dans la veine-cave inférieure et dans les veines sus-hépatiques, où la média fait défaut, les muscles sont très développés dans l’externa.
La place des différentes veines précitées dans les groupes d’ERERTH ne doit pas être regardée comme définitive, parce que d’autres auteurs leur ont souvent trouvé une structure différente, ayant sans doute examiné des segments différents du même tronc veineux.
C’est qu’en effet une même veine peut offrir une constitution variable suivant le niveau où on l’examine, ou même pour un même niveau, suivant le point de la circonférence du vaisseau qu’on observe. Les veines pourvues de valvules par exemple offrent toutes, en aval de la valvule, au niveau du léger renflement qui répond au sinus valvulaire et à la valvule, une diminution notable de la paroi, dont la structure est en même temps modifiée. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, c’est-à-dire le renforcement de la musculature compensant la diminution d’épaisseur et la moindre résistance de la paroi, on constate au contraire que les fibres musculaires sont moins nombreuses que dans le reste de la veine, et qu’il n’y a plus à cet endroit, au lieu de fibres transversales et longitudinales, que des fibres à
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direction longitudinale ou oblique dispersées dansle tissu conjonctif (Epstein, Suchard). En étudiant les veines cérébrales, Triepel a vu que la paroi est plus épaisse du côté tourné vers la pie-mère que sur celui qui regarde l’arachnoïde ; le côté pie-mérien est plus pauvre en éléments élastiques.
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