IV. — Inflammation vasculaire
Dans tous les tissus et organes vasculaires, Y inflammation a pour premier symptôme et pour signe le plus caractéristique la dilatation des vaisseaux capillaires et des veinules. On peut suivre expérimentalement les processus de l’inflammation sur la langue ou le mésentère de la Grenouille, sur la membrane caudale des têtards ou sur le mésentère des Mammifères ; l’exposition du mésentère à l’air libre suffit comme agent inflammatoire. La dilatation vasculaire et les troubles circulatoires qui en résultent reconnaissent pour causes l’action du système nerveux et la paralysie des nerfs moteurs, et aussi des modifications primitives de la paroi vasculaire. De cette dilatation des vaisseaux résultent le ralentissement du cours du sang, la stase sanguine meme et Y hyperhémie du tissu ou de l’organe.
L’élargissement de la lumière vasculaire et la stase sanguine déterminent l'accumulation des leucocytes sur les bords du courant sanguin, là où celui-ci est le plus ralenti, et sollicitent les leucocytes à prendre dans la cavité vasculaire la « situation marginale », tandis que les hématies sont entraînées dans le milieu du vaisseau où le coursdu sang est plus rapide. L’arrêtdes leucocytes sur les bords de la lumière vasculaire favorise leur multiplication d’uni1, part, puis leur émigration. On assiste alors à l’issue en masse des leucocytes hors du vaisseau, au phénomène de la diapédèse , qui à l’état normal n’a lieu que d'une façon sporadique. Cette émigration est attribuée à l’action chimiotactique qu’exercent les substances inflammatoires, quelle qu’en soit la nature, présentes dans le foyer d’inflammation. Les leucocytes émigrés s’accumulent ensuite autour des vaisseaux sanguins dans les lacunes memes des tissus.
En même temps que les globules blancs sortent des vaisseaux, une quantité plus ou moins grande de liquide plasmatique s’épanche hors des conduits vasculaires ; ce processus est le même que celui qui à l’état normal donne lieu à la production de la lymphe ; mais il est ici beaucoup plus important. Ce liquide, en s’accumulant dans les lacunes du tissu environnant, en détermine le gonflement ou œdème. Tout ce qui est sorti du vaisseau, liquide et éléments figurés, porte en bloc le nom iY exsudât. Mais la nature de l'exsudât varie beaucoup suivant la proportion respective du liquide exsudé et des leucocytes, et cette proportion est variable elle-même selon les inflammations. L’ « exsudât séreux » est celui où le liquide domine et où ce liquide est riche en albumine. L’« exsudât fibrineux » se caractérise parla coagulation sous forme de fibrine des matières albuminoïdes qui y sont dissoutes; cette fibrine se dépose à la surface des membranes séreuses et muqueuses en formant les « fausses membranes », à l’intérieur des alvéoles pulmonaires dans le cas de pneumonie fibrineuse. L' « exsudât purulent » est formé
VAISSEAUX ET ORGANES VASCULAIRES
par une énorme quantité de leucocytes polynucléaires émigrés; mélangés à une petite quantité de liquide, ces leucocytes forment le pus.
Les phénomènes inflammatoires débutent donc par des troubles circulatoires, qui se traduisent extérieurement par les quatre symptômes cardinaux de toute inflammation : rubor , tumor , calor et dolor. Mais ces troubles circulatoires ne sont pas sans entraîner dans les tissus du lieu enflammé des troubles de nutrition, qui y produisent des modifications secondaires mais très précoces. Il y a à distinguer à cet égard ce qui se passe dans le tissu conjonctif interstitiel et les changements dont le tissu spécifique même de l’organe enflammé est le siège. Dans le tissu conjonctif interstitiel, les cellules s’hypertrophient et se multiplient ; de petites cellules ou lymphocytes, sur l’origine desquelles on n’est pas fixé, viennent s’amasser en nodules inflammatoires ; des variétés cellulaires nouvelles, les cellules plasmatiques et d’autres, apparaissent en grand nombre. Quant aux éléments du tissu spécifique, du parenchyme de l’organe, eux aussi se multiplient, mais surtout ils subissent dans[leurs conditions d’échange avec l’extérieur des perturbations qui amènent leur gonflement trouble, leur dégénérescence (graisseuse par exemple) ou même leur nécrose. Lorsque les phénomènes inflammatoires du tissu conjonctif prédominent, l’inflammation est dite » interstitielle » ; elle se nomme « parenchymateuse », quand elle retentit surtout sur les éléments^spécifiques du parenchyme.