I. — Caractères généraux et développement
i° Caractères généraux. — Le cœur est un renflement contractile du système vasculaire sanguin. Il est tapissé intérieurement par une membrane, X endocarde, essentiellement formée d’une couche endothéliale qui prolonge celle des vaisseaux. Sa masse principale est constituée par un muscle strié, le muscle cardiaque ou myocarde , qui est le moteur de l’appareil vasculaire, et dont la structure est en rapport avec le travail considérable et continu que le cœur fournit. Le cœur est contenu dans une poche séreuse à double feuillet, le péricarde, qui est un compartiment de la cavité générale du corps ou cœlome ; des deux feuillets du péricarde, l’un, le péricarde viscéral ou épicarde , tapisse la surface du myocarde et forme la paroi interne de la poche séreuse, ou cavité péricardique ; l’autre, le péricarde pariétal , forme la paroi externe de cette cavité.
2° Développement. — Nous avons assisté (p. 32) à l’ébauche anatomique première du cœur chez un jeune embryon de Vertébré, et nous avons vu qu’elle consiste en deux tubes qui font suite aux veines vitellines, et qui se soudent ensuite sur la ligne médiane en un lube cardiaque unique. Le développement anatomique du cœur, amenant la complication de sa forme, ne doit pas nous intéresser. Le développement histologique mérite au contraire de nous retenir un peu. Les tubes cardiaques pairs et latéraux et plus tard le canal cardiaque unique sont simplement limités par une paroi propre endothéliale, comprise dans un épaississement du feuillet viscéral du mésoderme ou lame fibro-intestinale . La paroi propre endothéliale deviendra l’endothélium de l’endocarde. Aux dépens de la couche mésodermique environnante se développeront le tissu sous-endothélial de l’endocarde, le myocarde et l’épicarde.
Il y a, sur la question de l’histogénèse du myocarde, deux opinions, dont chacune admet un point de départ différent. D’après l’explication classique (Weismann, Kôlliker et d’autres), le myocarde embryonnaire est formé de cellules distinctes, qui s’unissent plus tard en un réseau de cellules musculaires striées pour produire le myocarde avec sa constitution définitive; c’est la conception pluricellulaire.
VAISSEAUX ET ORGANES VASCULAIRES
Cette explication paraît devoir être sacrifiée à la suivante, qui s’appuie sur les travaux récents de M. Heidenhain, v. Ebner, Godlewski, Marceau, et qu’on peut lui opposer sous le nom de conception syncytiale. D’après cette conception, dont Gastaldi, Rouget, Eckhard avaient esquissé les principaux linéaments, l’ébauche du muscle cardiaque est formée non pas de cellules distinctes qui se souderont dans la suite, mais d’un syncytium , d’une masse protoplasmique semée de noyaux, dans laquelle se sépareront plus tard les éléments du muscle cardiaque (fi g. 55, my.). Ce syncytium, d’abord purement protoplasmique, est néanmoins contractile, et le cœur bat chez l’embryon de Poulet dès la fin du deuxième jour, avant qu’aucune trace de fibrilles musculaires ait apparu dans le myocarde. Les fibrilles musculaires se différencient ensuite dans ce syncytium sous la forme de longs filaments (fig. 55, /./??.), par un processus que nous ne pouvons analyser en détail. Le syncytium cardiaque prend peu à peu la forme d’un réseau musculaire cardiaque constitué par des fibres ou travées, dans lesquelles chez les Mammifères apparaissent tardivement des cloisons transversales, qui n’existaient pas chez l’embryon (Marceau) et qui semblent décomposer les travées cardiaques en cellules distinctes. Le myocarde est constitué dès lors avec l’aspect caractéristique de muscle strié rétiforme, qui le distingue chez l’adulte de tous les autres muscles de l’économie.
Les mailles du réseau myocardique sont occupées d’abord par des prolongements de la cavité cardiaque tapissés par l’endothélium endocardique, qui forment eux-mêmes en s’anastomosant un labyrinthe de cavités ; autrement dit, le myocarde est à l’état spongieux (fig. 62). Cet état disparaît chez les Vertébrés supérieurs, chez l’Homme, de la façon suivante : dans les couches superficielles sous-jacentes à l’épicarde, les travées musculaires augmentent de nombre et de volume et comblent ainsi peu à peu les cavités sanguines qui se prolongeaient entre ces travées; dans les couches profondes, voisines de l’endocarde, un phénomène inverse se produit : des travées musculaires disparaissent, tandis que celles qui demeurent deviennent les
Fig 55. — Coupe de la paroi du cœur chez un embryon de Canard âgé de 3 jours.
my, syncytium réticulé formé par des myoblastes (ou éléments musculaires jeunes) largement anastomosés ensemble. — n, noyaux des myoblastes du syncytium myocardique. — fm, fibrilles musculaires striées s’étendant sans discontinuité dans le syncytium musculaire. — x , x, points où une fibrille se clive en deux fibrilles divergentes, x 2.500. D’après Heidenhain.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
muscles papillaires el les colonnes charnues clu cœur. L’état spongieux du myocarde persiste chez les Vertébrés inférieurs, tels que la Grenouille qui en offre un bon exemple, et il n’est remplacé par l’état compact que chez les Chéloniens et les Crocodiliens (Marceau), chez les Oiseaux et les Mammifères. On verra plus loin que, sous le rapport de la vascularisation et de la pénétration du tissu conjonctif, le myocarde présente aussi deux types distincts chez les Vertébrés inférieurs et chez les Vertébrés supérieurs.
Nous étudierons successivement :
L’endocarde et les valvules du cœur ;
Le myocarde ;
Quant au péricarde, son étude sera faite avec les autres séreuses.
IL — Endocarde.
A. Structure de l’endocarde. — V endocarde est la tunique interne du cœur (Bichat). Comparable à l’endartère et à l’endoveine, il ressemblerait
Fig. 56. — Coupe verticale de l'endocarde au niveau d'un pilier charnu du ventricule gauche de l'Homme.
en, endothélium. — ts, tunique striée, surtout élastique. — ce, couche élastique formée de lames conjonctives et de lamelles élastiques parallèles et présentant un aspect feuilleté ; des faisceaux musculaires coupés transversalement occupent l’épaisseur de la couche élastique, qui s'est dédoublée pour les entourer. — cse, couche sous-endothéliale. — mij, myocarde, x 370.
plutôt à cette dernière par sa structure et par ses altérations pathologiques, ce qui a fait dire du cœur qu’il est une dilatation veineuse pourvue de muscles striés.
L’endocarde est formé essentiellement par une lame endothéliale, doublée extérieurement d’une couche fibreuse que distingue sa richesse en libres élastiques.
L 'endothélium comprend des cellules plates analogues à celles des vaisseaux, îftais moins allongées.
La couche fibreuse peut être divisée elle-même en deux zones (Robin et Cadiat). La zone interne (« tunique striée » des auteurs) (fig. 56, t.s.) est formée de cellules conjonctives, de fibres conjonctives et élastiques, et contient même d’après Luschka, Schweigger-Seidel, Ranvier, Renaut, quelques fibres musculaires lisses. Ces éléments sont noyés dans une substance
VAISSEAUX ET ORGANES VASCULAIRES
amorphe, qui les dépasse superficiellement et constitue une sorte de membrane basale anhiste sur laquelle repose l’endothélium. Cette zone interne est la plus importante au point de vue des altérations végétatives et ulcéreuses de l’endocarde.
La zone externe ou couche élastique de Robin et Gadiat (c.e.) est la plus épaisse et la plus résistante ; elle est très développée au niveau des oreillettes, de l’oreillette gauche surtout, où elle peut former une véritable membrane fenêtrée. Tandis que la zone interne et l’endothélium forment à la surface des cavités du cœur une couche continue, et méritent ainsi le nom de « tunique commune » que Biciiat leur a donné, la couche élastique disparaît au niveau des valvules du cœur, en s’arrêtant au pourtour des orifices cardiaques ; il y a donc autant de couches élastiques distinctes qu’il y a de cavités cardiaques ; cette couche élastique ne se continue pas non plus avec la tunique moyenne, élastique et musculaire, des artères aorte et pulmonaire. Elle a un aspect feuilleté sur la coupe verticale; il est dû à l’alternance de lames formées de faisceaux conjonctifs et de lamelles élastiques. Elle peut renfermer des faisceaux de fibres musculaires lisses (c.e.).
Entre cette zone profonde de l’endocarde et le myocarde, on décrit encore une « couche sous-endothéliale » plus lâche, conjonctivo-élastique (c.s.e.).
B: Valvules du cœur. — Pour certains auteurs, les valvules du cœur sont de simples replis de l’endocarde, et plus exactement de la tunique commune de cette membrane. D’autres admettent, entre les deux feuillets endocardiques qui limitent les deux faces de la valvule, une lame valvulaire propre provenant des anneaux fibreux de la base du cœur. Vers le bord libre des valvules, les feuillets endocardiques et la lame propre se confondent. Chez le nouveau-né, -la lame valvulaire propre des anneaux des orifices mitral et tricuspidien renferme à sa base d’insertion quelques fibres musculaires striées erratiques, qui disparaissent chez l’adulte pour faire place à des fibres élastiques (Seipp). Cependant Joseph, Güssenbauer ont décrit, sous l’endocarde auriculaire des valvules auriculo- ventriculaires, des faisceaux musculaires longitudinaux et transversaux qui peuvent se prolonger jusqu’à l’attache des cordages tendineux et même, d’après Oehl, jusque dans l’intérieur de ceux-ci.
Les anneaux fibreux, qui entourent les orifices du cœur et qui en forment le squelette, sont constitués par des fibres tendineuses mêlées à des fibres élastiques.
C. Vaisseaux de l endocarde. — L’endocarde n’est pas vasculaire, sauf dans sa couche la plus profonde. Les valvules sont pourvues de vaisseaux chez le nouveau-né et se vascularisent à l’état pathologique. Mais chez l’adulte sain, v. Langer, Curtis, Darier ont montré, contrairement à Luschka qui admettait la vascularisation de leur partie basale adhérente, qu’elles sont privées de vaisseaux dans toute leur étendue.