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III. — Myocarde

i° Tissu musculaire du myocarde. — A. Structure du myocarde. — Le myocarde est une formation musculaire surajoutée à l’endocarde (ou plus exactement à la couche endothéliale du cœur), selon l’exacte conception de Luschka et de Schweigger-Seidel. Le muscle cardiaque possède, non seulement chez l’Homme, mais chez tous les autres animaux, une structure particulière, qui le distingue des autres muscles de l’économie. C’est un

muscle strié, rétiforme, c’est-àdire formé d’un réseau de travées de substance musculaire striée (fig. 5y, 58). Ces travées sont improprement appelées « fibres cardiaques » ; car, à la différence des fibres véritables, elles n’ont pas de fin et forment dans toute l’étendue du myocarde un réseau continu. On ne leur trouve des extrémités qu’au niveau des anneaux fibreux d’une part, des cordages tendineux d’autre part, qui font suite aux muscles papillaires des piliers charnus, c’est-à-dire au niveau de leurs points d’insertion et de leurs points de terminaison. En ces endroits, on les voit se diviser et s’effiler, comme le font les muscles striés ordinaires (v. Ebner). La structure rétiforme et striée du myocarde est en rapport avec le travail musculaire considérable et continu que fournit le moteur cardiaque. A la striation il doit le mode brusque de sa contraction, qui sous ce rapport ressemble à celle des muscles striés volontaires de l'organisme. L’anastomose des éléments du muscle cardiaque en un réseau a manifestement pour conséquence la synergie de la masse musculaire tout entière. Nous verrons que l’automaticité, la rythmicité de la contraction cardiaque sont à leur tour fonctions de certaines particularités structurales du myocarde.

Le réseau musculaire du cœur peut être décomposé par des réactifs dissociants en segments, les segments de Weismann, auxquels on a attribué la signification de cellules musculaires (voir t. I, fig. 390). Le réseau cardiaque se composerait donc de cellules musculaires anastomosées (fig.58,c.W.). On peut arriver au même résultat analytique sans le secours delà dissociation.

Fig. 57. — Coupe d'un pilier charnu du cœur, parallèle à l'axe. Réseau musculaire cardiaque.

sm, substance musculaire striée. — s, sarcoplasma. — n, noyaux musculaires. — Is , traits scalariformes — le , tissu conjonctif intermusculaire, x 250. D’après une préparation de Heidenhain.

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Si on imprègne par le nitrate d’argent, si on colore simplement par le carmin ou d’autres teintures les travées du muscle cardiaque, on voit que ces travées sont partagées transversalement en tronçons successifs par des lignes irrégulières souvent striées verticalement, colorées par le réactif ou rendues évidentes par leur réfringence (fig. 57 et 58, t.s., fig. 63, i.). Ces lignes de séparation, qu’EaERTH a le premier signalées, sont connues, à cause de leur trajet irrégulier, sous le nom de trails scalariformes d’EBERTH. Dans certaines conditions pathologiques, le réseau musculaire cardiaque se segmente presque spontanément au niveau de ces traits en ses éléments constitutifs; ces cas sont connus sous les noms de « dissociation segmentaire », « myocardite segmentaire » (Renaut et Landouzy, Mollard, Browigz, Mollard et Regaud, etc.).

On a longtemps admis que les traits scalariformes représentent le ciment intercellulaire qui unit entre eux les éléments du muscle cardiaque, et que ces éléments sont des cellules spéciales, plus courtes que des fibres, les cellules musculaires cardiaques (t. I, fig. 890). La cellule musculaire du cœur d’un Mammifère a la forme d’un cylindre assez court, ou plutôt d’un prisme, comme permettent de le voir les coupes menées perpendiculairement à son grand axe. Son contour est loin d’être régulier. Car ses bases, par lesquelles elle se soude bout à bout à des éléments semblables pour former les travées du réseau (fig. 58, A), sont limitées par une ligne brisée, scalariforme (fig. 58, t.s.), ce qui tient à ce que les fascicules musculaires qui le constituent sont de longueur inégale et se terminent à des hauteurs différentes. D’autre part, pour augmenter l’irrégularité de sa forme, de ses faces latérales se détachent des trabécules formées par un ou plusieurs fascicules musculaires, qui vont s’unir avec des trabécules semblables venues des cellules voisines, en constituant les travées transversales ou obliques du réseau (fig. 58, A).

D’après l’opinion classique, les segments de Weismann ont la valeur de cellules, et les traits scalariformes représentent le ciment intercellulaire qui réunit ces cellules bout à bout pour en former les travées cardiaques. Cette opinion tend à être abandonnée. On conteste en effet que les traits scalariformes soient un ciment intercellulaire. D’après plusieurs auteurs (Przewoski, Browicz, Mac Callum, Hoche, Hoyer), la connexion des cellules cardiaques ne se fait pas par un ciment intercellulaire, mais le prétendu trait scalariforme de ciment est occupé ou même constitué par des ponts intercellulaires. Les recherches de v. Ebner, Heidenhain et Marceau font plus que modifier l’interprétation des traits scalariformes ; elles leur refusent la valeur de ciment ou même de ponts intercellulaires, et menacent ainsi l’existence même des cellules cardiaques. Une observation de Heidenhain compromet tout à fait la notion de ces cellules. Cet auteur a observé que les segments de Weismann, compris entre deux traits scalariformes successifs, peuvent être de longueur et de valeur très différente ; les plus longs, renfermant un ou deux noyaux, peuvent bien être considérés comme des cellules musculaires ; mais il en est de très courts, compris entre deux traits scalariformes très rapprochés et totalement dépourvus de noyau, auxquels par suite on doit refuser la valeur de cellules (fig. 58, B, s.). Les traits scalariformes perdent ainsi la valeur de formations intercellulaires. Quant à leur

signification exacte, elle demeure problématique ; Heideniiain, qui les a nommés « pièces intercalaires » (fig. 63, /.), les a considérés comme servant à l’accroissement interstitiel du muscle; v. Ebner, après Wagener, les a attribués hypothétiquement à des bandes de contraction ou plutôt de rétraction, au niveau desquelles la substance musculaire s’était tassée sur ellemême ; Marceau et Renaut ont cru pouvoir conclure de leurs relations avec les disques de la substance striée dans les segments de Weismann situés au-dessus et au-dessous du trait scalariforme, qu’ils représentaient des

Fig. 58. — Schémas du réseau musculaire cardiaque.

A, ancienne conception. Des cloisonnements en forme de traits scalariformes, ts, découpent, dans le réseau, des segments cellulaires dits de Weismann, c IV (cellules musculaires cardiaques).

B, schéma de Heidenhain. Les cloisonnements ou traits scalariformes, ts, séparent non seulement des segments cellulaires c W .mais encore de courts segments acellulaires s. D’après Heideniiain.

disques minces (bandes Z) modifiés ; Holmgren en fait des dépendances de la membrane ou sarcolemme qui entoure les travées musculaires.

Il résulte de ce qui précède que le muscle cardiaque peut être compris de deux façons différentes. Selon la manière de voir classique, il représenterait un réseau de cellules musculaires (fig. 58, A). Cette opinion s’appuie sur les résultats des dissociations, qui divisent le muscle du cœur en tronçons dont chacun paraît représenter une cellule musculaire ; elle est fondée aussi sur la constatation des lignes cimentantes ou des ponts intercellulaires, qui semblent partager le réseau musculaire cardiaque en territoires cellulaires. Les recherches récentes ont inspiré à Heidenhain une tout autre idée du muscle cardiaque ; il le considère comme syncytial et non cellulaire, décomposable en segments et non en cellules musculaires. Les raisons invo-

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quées par Heidenhain sont : que les segments de Weismann peuvent être extrêmement courts, anucléés et par conséquent ne sont pas alors des cellules (fig. 58, B) ; que les prétendus ponts intercellulaires n’ont aucunement le caractère de communications intercellulaires. L’étude du développement du muscle cardiaque est d’ailleurs, comme on l’a vu (p. io3), favorable à cette seconde interprétation ; l’état cellulaire ou du moins segmentaire du muscle du cœur n’est en effet, d’après les recherches concordantes de Godlewski, Hoyeb, Marceau, que secondaire et succède à un état syncytial.

En résumé, il faut, dans l’état actuel de nos connaissances, se faire de la constitution du myocarde des Mammifères l’idée générale suivante. C’est un muscle strié rétiforme, cloisonné de distance en distance en segments de Weismann par des traits transversaux scalariformes de signification énigmatique (fig. 58, B).

Les travées du réseau cardiaque ou fibres cardiaques, séparées par des tractus de tissu conjonctif (fig. 57, Le.), sont groupées par 5-3o pour former un faisceau (faisceau secondaire) séparé des faisceaux voisins par des cloisons plus épaisses de tissu conjonctif. Le muscle cardiaque, qui a une texture rétiforme, est ainsi cependant grossièrement fasciculé comme les muscles striés du squelette.

B. Structure de l’élément musculaire cardiaque. — A supposer que le segment de Weismann, s’il n’est pas une cellule musculaire, représente du moins l’élément musculaire cardiaque, la structure de cet élément est la suivante.

Chaque segment renferme habituellement un ou deux noyaux situés suivant son axe et plongés dans un cordon axial de protoplasma musculaire (sarcoplasma) ou dans un amas fusiforme de cette substance (t. I, fig. 3go ; fig. 57, n., s.). Il peut y avoir, dans le myocarde de jeunes Mammifères, une série axiale de 6-12 noyaux, formés sans doute par division directe d’un noyau primitivement unique.

Le myocarde peut être rangé dans la catégorie des « muscles riches en sarcoplasme » et aies caractères histologiques d’ « un muscle rouge » (t. I, p. 449)- C’est à l’abondance du sarcoplasme que le muscle cardiaque doit le caractère automatique et rythmique de sa contraction (Botiazzi); ce sarcoplasme abondant est aussi la source de l’énergie chimique nécessitée par le travail musculaire énorme que le cœur fournit. Le sarcoplasme forme dans l’élément du myocarde un cordon axial ou des corpuscules allongés et fusiformes contenant les noyaux (t. I, fig. 390, fig. 57, s.) ; de plus, il s’insinue (mtre les fascicules ou colonnettes de substance musculaire fibrillaire. Très granuleux, il contient des grains de diverse nature. Les uns sont formés par de la graisse. Cette graisse est physiologique, et c’est à tort, d’après Banyier, Benaut et d’autres, que les anatomo-pathologistes concluent de la surabondance de la graisse à la « dégénérescence graisseuse » du muscle cardiaque ; la graisse que renferme la fibre musculaire du cœur chez le fœtus et le nouveau-né n’est pas l’indice d’une lésion pathologique, d’origine syphilitique ou autre, comme plusieurs auteurs l’ont prétendu, mais sa présence est physiologique (Hofbauer).

Les autres grains sont des granules pigmentaires, dont Banvier, Maas

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et Minervini ont étudié la distribution et les caractères. Ils sont : d’après Ranvier, d’origine hémoglobique, car le muscle cardiaque est plus rouge, plus riche en hémoglobine que tout autre ; d’après Maas, d’origine graisseuse, car ils sont précédés par des granules qui ont des réactions communes avec la graisse. Quoi qu’il en soit, ces grains pigmentaires, qui apparaissent chez l’Homme vers l’âge de dix ans (Maas), augmentent d’importane avec l’âge ; la surcharge pigmentaire s’accroît avec la surcharge de travail du cœur, avec le surmenage produit par le fonctionnement prolongé du muscle cardiaque (Renaut).

La substance musculaire fîbrillaire est disposée comme d’habitude en

Fig. 59. — Coupe transversale d'un pilier charnu du cœur de l'Homme, montrant l’aspect de la section

des fibres myocardiques.

n, noyau. — sm, substance musculaire fîbrillaire disposée en bandes rayonnantes qui sont la coupe de colonnettes musculaires lamelleuses. — vs, capillaires sanguins et tissu conjonctif intra-fasciculaire. X 250.

« fascicules » ou « colonnettes musculaires » , dont la forme et l’arrangement se voient le mieux sur les coupes transversales des travées cardiaques (fïg. 59).

Sur ces coupes, elles se présentent sous la forme de bandes qui sont la section de lames, décomposées elles-mêmes en grains, qui sont des fascicules cylindriques plus petits sectionnés transversalement. Ces bandes tantôt sont disposées sans ordre, tantôt forment des anneaux fermés ; souvent elles offrent un arrangement radié assez net, chez l’Homme et le Cheval par exemple (Kôlliker). Toutes ces bandes sont séparées par des tractus sarcoplasmiques plus larges dans la fibre musculaire cardiaque que dans la plupart des autres éléments musculaires striés.

C. Réseau de Purkinje. — Le réseau de Purkinje est une formation mus- ? culaire particulière, qu’on trouve sous l’endocarde d’un certain nombre de Mammifères et d’Oiseaux, du Mouton, par exemple, mais qui n’existe pas

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chez l’Homme, d’après Durand et Minervini. En étalant à plat les couches sous-endocardiques d’un cœur de Mouton, on voit un réseau formé de travées blanchâtres, accompagnées de traînées graisseuses qui les masquent en partie (fig. 60). Ces travées forment le réseau de Purkinje. Examiné avec un grossissement plus considérable, ce réseau se montre composé de cellules polyèdriques tassées les unes contre les autres (fig. 61, c.P.). Ces cellules renferment un sarcoplasme assez clair, logeant en son centre deux noyaux qui sont plongés dans une masse protoplasmique plus grenue: Chaque cellule est entourée par une zone corticale de substance striée longitudinalement et transversalement, qui paraît commune aux cellules contiguës (fig. 61, m.). Cette zone corticale comprend deux sortes de fibrilles musculaires et se

Fig. 60. — Réseau de Purkinje du cœur du Mouton.

Faible grossissement. — ?P, réseau de Purkinje. — tg, travées graisseuses. — m, muscle cardiaque. — s , sarcosporidies (parasites inclus dans les cellules du réseau de Purkinje). x 60.

décompose pour ainsi dire en deux feuillets musculaires dont l’un entoure l’autre (Renaut) ; le feuillet cortical profond est enveloppé par un feuillet plexiforme superficiel, qui occupe les interlignes des cellules de Purkinje et n’appartient pas plutôt à l’une qu’à l’autre des deux cellules voisines.

On peut interpréter de deux façons différentes la constitution morphologique du réseau de Purkinje.

Ou bien l’on admet que les travées se composent de cellules accolées, isolables sans rupture, qui comprennent chacune une portion centrale sarcoplasmique et nucléée et une zone corticale de substance musculaire striée, fl faut dans ce cas faire deux parts de la bande musculaire striée qui sépare les masses sarcoplasmiques nucléées, la diviser en deux lames et attribuer chacune de ces lames à l’une des cellules contiguës, si l’on veut que ces cellules deviennent des « sacs musculaires » complets ayant chacun son écorce musculaire striée. Cette opinion, qui fait du réseau de Purkinje un complexe d’individualités cellulaires, a été soutenue par Ranvier et Renaut.

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Une autre interprétation paraît plus acceptable. Elle repose sur un fait constaté autrefois par Leiinert, puis par Renaut, y. Ebner, IIoyer, Marceau, Iv. -H. Hoffmann ; c’est que les fibrilles musculaires striées se continuent sans interruption d’une cellule à l’autre et entre toutes les cellules sans appartenir proprement à aucune. Leiinert avait trop schématisé la formule de constitution du réseau de Purkinje en disant qu’il comprend : d’une part, des cellules globuleuses ; d’autre part, un réseau musculaire indépendant, qui naît des fibres cardiaques et pénètre dans la couche de Purkinje. Il faut se représenter cette couche comme un syncytium dans lequel le sarcoplasme

et les noyaux forment des territoires distincts, mais où la substance musculaire striée est commune.

La signification morphologique du réseau et des éléments de Purkinje n’est pas encore établie. On a considéré généralement, depuis Aeby, ces éléments comme des formes incomplètement développées et imparfaitement différenciées de cellules musculaires cardiaques. On en a donné pour preuve les états intermédiaires, qu’on trouve entre ces dernières et les cellules de Purkinje, et la continuité observée en maint endroit entre une

Fig. 61.

Portion du réseau de Purkinje du cœur du Mouton.

Fort grossissement. cP , cellules de Purkinje. — n, n, noyaux. — s, sarcoplasme. — m, écorce de substance musculaire striée, x 370. (Cliché de Marceau.)

travée du réseau de Purkinje et une travée du réseau musculaire cardiaque. D’après Minervini, ce ne peuvent être des formes embryonnaires de cellules musculaires du cœur, parce que dans le développement de ces cellules on n’observe jamais de formes semblables ; ce seraient plutôt des états hydropiques de cellules musculaires qui se sont incomplètement formées et sont restées sans fonction. Pour Marceau, les cellules de Purkinje sont des vestiges ancestraux d’une formation musculaire disparue ; elles représentent, avec les cellules cardiaques ordinaires, les deux formes définitives vers lesquelles peuvent évoluer les cellules embryonnaires du myocarde.

2° Tissu de soutien et vaisseaux du myocarde. — A. Tissu de soutien et vaisseaux sanguins. — a) Vaisseaux sanguins ; les deux circulations , sinusoïdale et capillaire , du cœur. — On peut distinguer, sous le rapport du tissu de soutien et des vaisseaux du myocarde, deux cas bien différents. L’un est représenté transitoirement dans le cœur des embryons de Vertébrés supérieurs, et d’une façon définitive dans celui des Vertébrés inférieurs adultes tels que la Grenouille. L’autre cas est réalisé chez les Vertébrés supérieurs à l’état adulte.

Chez les Vertébrés inférieurs, la Grenouille par exemple, il ne pénètre dans le myocarde ni tissu conjonctif, ni vaisseaux sanguins. Le myocarde

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est formé uniquement de travées musculaires enchevêtrées, anastomosées dans tous les sens en un réseau. Les mailles de ce réseau sont occupées par des espaces sanguins, qui sont des diverticules des cavités du cœur et que tapissent des cellules endothéliales appliquées à la surface des travées musculaires du cœur. Le myocarde a ainsi une texture tout à fait spongieuse. Il est dépourvu à peu près totalement de vaisseaux propres et n’a d’autre appareil circulatoire que le labyrinthe de cavités sanguines qui s’insinue entre ses travées ; autrement dit, sa circulation est sinusoïdale et non capillaire. Le cœur est une éponge sinusoïdale, enfermant une cavité centrale.

Il en est de même chez un embryon de Mammifère. Quand la paroi du tube cardiaque primitif s’épaissit et se différencie pour former le muscle du cœur, cet épaississement ne se produit pas en masse, d’une manière continue, mais de façon à constituer des travées musculaires irrégulières (fîg.62, my.), entre lesquelles subsistent des diverticules irréguliers aussi de la cavité centrale de l’organe (c.v.). A cette époque le cœurde l’embryon de Mammifère n’a donc aussi qu’une circulation sinusoïdale (fig. 62, s.§?

Gomme nous l’avons vu déjà (p. io3), cet état ne dure pas ; car le tissu musculaire devient plus compact au-dessous du péricarde (c.c.). C’est de cette couche compacte, qui prendra de plus en plus d importance, que dérivera la paroi définitive du cœur, tandis que la zone plus centrale, à texture lâche, s’atrophiera en partie et fournira le système des colonnes et piliers charnus du cœur. C’est aussi dans cette couche compacte souspéricardique que pénétreront les premiers vaisseaux véritables du muscle

nr l VenUS C0LlGhe conjonctive qui double profondément l’épi- , ? omrus par les artères et veines coronaires. A ce moment, le cœur 4 Sj 6 eux circulations différentes: une circulation sinusoïdale profonde dairpm 1V^’ ^ Une c*rculati°n capillaire superficielle, apparue secon-

, 611 * an 1S ^ue circulation sinusoïdale disparaît [peu à peu, la jaj 6 compacte ( u myocarde augmente d’épaisseur, et les vaisseaux capilen accomPa§'nés Par le tissu conjonctif, y pénètrent de plus

cLt ' P0 ° T6"1 ^ répiCai'de VerS Endocarde. C’est, à la pénétration

centnpete de ce tissn conjonctif vascularisé qu’est due la formation secon- Histologie II.

Fig. 62. — Myocarde d'un embryon de Brebis de 1 cm. 4 de long : étant spongieux et circulation sinusoïdale .

cc , couche compacte du cœur. — my , travées du myocarde formant la paroi ventriculaire. — cv , cavité ventriculaire. — s, sinusoïdes, labyrinthe de cavités qui sont des diverticules de la cavité ventriculaire, s’enfoncent entre les travées du myocarde, sans atteindre la couche superficielle qui demeure à l’état compact. X 125.

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daire des travées du myocarde et le groupement de ces travées en faisceaux. Le tissu conjonctif préexistait cependant déjà au niveau des orifices du cœur, constituant là les « anneaux fibreux » (Renaut), et de ces points il envahissait aussi tout le myocarde (Marceau).

b) Tissu conjonctif de soutien et sarcolemme. — D’après la description de Renaut, on peut distinguer dans le myocarde de l’adulte les formations

suivantes du tissu de soutien. C’est d’abord une « formation conjonctive fasciculante » (Durand), ou extrafasciculaire, formée de feuillets fibreux, qui sépare des faisceaux de tissu musculaire cardiaque. Les intervalles interceptés par les adossements des feuillets fasciculants, appelés « fentes de Henle », sont occupés par du tissu conjonctif lâche, servant de substratum à des vaisseaux sanguins. Le tissu conjonctif 11e se borne pas à entourer de gaines fasciculantes les faisceaux dé travées cardiaques et à remplir les fentes de Ilenle. Il pénètre encore à l’intérieur de ces faisceaux, en formant des cloisons délicates entre les fibres ou travées, accompagné par des vaisseaux sanguins; c’est le tissu conjonctif intrafasciculaire.

Ce tissu conjonctif s’individualise et se condense sous la forme de lames très minces, soit à la surface de chaque fibre cardiaque, soit dans l’interstice qui sépare deux ou plusieurs fibres voisines. Les lames qui recouvrent chaque fibre et l'entourent ont été considérées par plusieurs auteurs (M. Heidenhain, Holmgren) comme représentant la gaine de « sarcolemme » des fibres musculaires striées ordinaires (fig. 63, si.). Celles mêmes qui occupent l’intervalle de deux fibres et qui n’appartiennent en propre ni à l’une ni à l’autre ont été regardées par le même auteur comme un « sarcolemme intermédiaire ». Pour la majorité des histologistes, au contraire, la fibre cardiaque est nue, dépourvue de sarcolemme. Ainsi pour Renaut, les enveloppes des fibres cardiaques ne sont que du tissu conjonctif spécial, formant autour des fibres myocardiques autant de « manchons pel lucides ». Il est certain que les gaines des fibres cardiaques 11e sont pas exactement semblables au sarcolemme des muscles striés ordinaires ; elles en offrent cependant les caractères essentiels (comme l’attache aux cloisons transversales Z delà fibre musculaire; (fig. 63, si., z). Elles représentent un sarcolemme imparfait, intermédiaire par son degré de différenciation entre le véritable sarcolemme des muscles striés ordinaires et les lames conjonctives intercellulaires des muscles lisses.

Fig. 63. — Fibres cardiaques , avec le « sarcolemme » et les « pièces intercalaires ».

fm, fibres musculaires cardiaques, dont une seule est vue dans toute son épaisseur. — e, espaces conjonctifs entre ces fibres, avec g , globules sanguins. — m, substance musculaire.— z, bande Z ou disque mince. — si , lames minces appliquées à la surface des fibres musculaires, continues avec les bandes Z, et représentant un sarcolemme (?). — i, « pièce intercalaire » de Heidenhain ou trait scalariforme, comprise entre deux bandes Z. D’après une préparation de Heidenhain. x 500.

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Le tissu conjonctif du myocarde est parcouru par un riche réseau élastique, qui se détache des anneaux fibreux du cœur, de répicarde et de l’endocarde, dans lesquels le tissu élastique est très développé (Martinotti, Seipp).

B. Vaisseaux lymphatiques. — Si l’on part, dit Renaut, de ce principe, qu’on ne peut décrire comme voies lymphatiques que celles qui sont tapissées par une paroi propre endothéliale, on peut dire que les lymphatiques du myocarde sont peu développés. Si au contraire on admet, avec la plupart des histologistes allemands et avec RANviER,que toute cavité développable dans les espaces conjonctifs par une injection interstitielle de liquide est une cavité lymphatique, si de là l’injection parvient jusqu’aux vaisseaux lymphatiques avérés, le myocarde des Mammifères se transforme, selon F expression de Ranvier, en une véritable « éponge lymphatique », comme celui de la Grenouille est une éponge sanguine.

On ne trouve, d’après Renaut, de vaisseaux capillaires lymphatiques vrais, tapissés par l’endothélium caractéristique, qu’à la surface du myocarde, sous le péricarde viscéral, où Lacroix les a étudiés. De là ces capillaires lymphatiques s’engagent sur un court trajet dans les fentes de Henle et se poursuivent jusqu’au voisinage de l’endocarde ; mais l’existence de lymphatiques au-dessous de l’endocarde reste douteuse (Renaut et Mollard,

Eberth, Belajeff). Au contraire, d’après Albrecht, v. Ebner et Bock, le réseau capillaire lymphatique du cœur est très développé et s’étend à travers le myocarde entier, où il côtoie le réseau capillaire sanguin. Chaque travée du myocarde a pour satellites, d’après Bock, un vaisseau capillaire sanguin et un vaisseau capillaire lymphatique, celui-ci plus large que celui-là (fig. 64).

Les espaces développables creusés dans le tissu conjonctif, notamment | au niveau des fentes de Henle (fig. 64, /. //.), ont été considérés par Ranvier, I Nawalichin, Nystrom et bien d’autres comme les origines des voies lym- I phatiques du cœur. Mais, pour Renaut et Bock, ce ne sont là que de faux I espaces lymphatiques, qui ne communiquent avec les vrais lymphatiques I qu’à la faveur du remplissage forcé et de la rupture de ceux-ci.

3° Modifications du myocarde. — A. Modifications dues à l’âge. — Après I la naissance, les fibres myocardiques augmentent d’épaisseur et se multi- I plient. L’augmentation d’épaisseur, ou hypertrophie de la fibre, est due,

Fig. 64. — Coupe du myocarde perpendiculaire à la direction des travées musculaires cardiaques■, cave injection des capillaires sanguins et des capillaires lymphatiques.

fc , fibres ou travées cardiaques coupées transversalement. — fH, « fenie de Henle ». — es, capillaires sanguins. — cl , capillaires lymphatiques. D’après Bock.

comme dans tous les muscles striés, à une néoformation de la substance musculaire striée, sous la forme de fascicules nouveaux de fibrilles, qui se différencient à côté des premiers. Cette augmentation peut quadrupler l’épaisseur des fibres cardiaques (Ranvier, Minervini). La multiplication des fibres ou hyperplasie se fait par division mitotique, pendant la vie fœtale et quelque temps encore après la naissance (Tangl, Solger, Hoyer), et aussi par division longitudinale et clivage des fibres préexistantes, selon le même processus que celui qui se passe pour les muscles striés ordinaires.

B. Modifications pathologiques. — Les fibres musculaires augmentent de volume (en s’allongeant et s’épaississant) dans l’hypertrophie du cœur. En outre, plusieurs auteurs admettent aussi que l’hypertrophie du myocarde est due à la formation de fibres nouvelles par clivage et bourgeonnement.

L’étude des myocardites soit expérimentales soit pathologiques a montré que la lésion initiale et essentielle est l’altération de l’élément musculaire, que par conséquent la myocardite est avant tout « parenchymateuse » ; la myocardite n’est « interstitielle », portant sur le tissu conjonctif, que secondairement et à titre accessoire. La fibre musculaire cardiaque subit des altérations dans sa structure et sa continuité. La substance musculaire striée devient granuleuse ou homogène, et la striation peut disparaître totalement. Dans les fibres fortement dégénérées, la proportion normale du sarcoplasme et de la substance musculaire est changée ; conformément à une loi générale qui régit la régression des éléments musculaires, le sarcoplasme prédomine sur la substance musculaire en voie de dégénérescence et de disparition. Les rapports des fibres musculaires et la continuité du réseau musculaire cardiaque peuvent se détruire complètement dans la lésion dite « myocardite segmentaire », qui se produit dans diverses infections; on voit alors les travées myocardiques se fragmenter en segments de Weismann.

Enfin la fibre musculaire cardiaque est sujette à diverses dégénérés? cences, dont la plus importante est la dégénérescence graisseuse. Celle-ci, qui survient au cours de maladies infectieuses, d’intoxications, d’inflammations et d’ischémies locales, consiste dans l’apparition de granulations graisseuses le long des interstices sarcoplasmiques qui séparent les colonnettes musculaires. L’augmentation de la graisse entraîne la disparition de la striation, et se traduit à l’œil nu par des changements dans l’aspect et la consistance du myocarde, qui devient pâle, jaunâtre, flasque et facile à déchirer.

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