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CHAPITRE VI

Org-anes vasculaires.

Article premier.- CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET DÉVELOPPEMENT

On peut désigner sous le nom d'organes vasculaires des organes parenchymateux qui se développent sur le trajet des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Placés sur les voies canaliculées suivies par le sang et par la lymphe, ils modifient la circulation de ces liquides, et influencent leur constitution histologique.

I. — Structure générale des organes vasculaires. Tissu lymphoïde.

Organes lamphoïdes.

Le parenchyme qui compose essentiellement ces organes est formé de cette importante variété de tissu réticulé qu’on appelle le tissu adénoïde ou mieux tissu lymphoïde (t. I, p. 633). Ce tissu comprend deux parties : un réseau; un contenu consistant en éléments libres dans les mailles du réseau.

Il rè gne plusieurs conceptions différentes sur la constitution de ce réseau. D’après Fret, Demoor, Ivôlliker, Saxer, Mall, Laguesse, etc., il est formé de cellules anastomosées ; ces cellules sont modifiées dans leur aspect et leur constitution chimique, transformées en une substance dite « réticuline » (Mall). Pour d’autres (His, Bizzozero, Ranvier, Hoyer, Hoeiil, Retterer, Ciaccio, etc.), le réseau se compose de fibres sur lesquelles sont appliquées des cellules; ces fibres sont collagènes (Dis, Ranvier, Bizzozero); les unes collagènes, les autres élastiques (Hoehl, Melnikow, Retterer). Il est probable que ces deux états se présentent successivement à des phases plus ou moins avancées de l’évolution d’un organe lymphoïde.

Les éléments libres peuvent être désignés sous la rubrique imprécise de globules blancs ou leucocytes. Il existe plusieurs variétés d ces globules blancs. On peut comprendre de deux façons différentes les relations génétiques

VAISSEAUX ET ORGANES VASCULAIRES

qui lient les unes aux autres ces diverses variétés. Dans la théorie polyphylétique ou tout au moins dualiste, on admet qu’elles forment plusieurs ou au moins deux séries indépendantes : la série myélogène et la série lymphogène: la première consistant en leucocytes granuleux, la seconde en leucocytes non granuleux ; chacune de ces séries a pour point de départ une cellule-souche différente. La théorie monophylétique ou unitaire suppose une cellule d’origine unique se présentant dans diverses conditions sous divers aspects et portant des noms différents : « myélocyte » dans la moelle des os, « cellule germinative » dans les ganglions lymphatiques, « grand leucocyte mononucléaire » dans le sang, « cellule leucocytoïde », « polyblaste » dans le tissu conjonctif; de cette cellule d’origine dérivent toutes les formes de globules blancs adultes.

Le tissu lymphoïde peut être considéré comme un tissu conjonctif ordinaire, qui, pénétré par les globules blancs, a été plus ou moins profondément remanié et s’est plus ou moins transformé en réseau.

Formés de tissu lymphoïde, les organes vasculaires, ceux du système vasculaire sanguin aussi bien que ceux du système lymphatique, peuvent être dits organes lymphoïdes.

IL — État anatomique des organes lymphoïdes.

Au point de vue anatomique ou morphologique, les organes lymphoïdes se présentent sous trois états principaux : ou bien ils ne dépassent pas un état très imparfait; ou bien ils demeurent simples et élémentaires; ou bien ils atteignent un état très compliqué.

A. Infiltration lymphoïde diffuse. — Dans le premier cas, il n’y a pas à

proprement parler d’organe lymphoïde, c’est-à-dire de formation organique délimitée. On observe dans certaines muqueuses qui seront étudiées plus tard (celles du tube digestif surtout) une infiltration lymphoïde diffuse , ou plus ou moins localisée à certaines régions de la muqueuse (fig. 75, A). |

Le tissu conjonctif de la muqueuse est envahi par les leucocytes émigrés des vaisseaux, qui viennent s’échouer dans ses mailles, les agrandissent, transforment ce tissu en un tissu réticulé. Ainsi s’effectue la métamorphose lymphoïde de la muqueuse. Cette transformation, au lieu d’être passablement diffuse, peut se localiser à certains points plus ou moins bien délimités ( « points lymphatiques » deRENAUT).

B. Nodules lymphoïdes. — L’organe lymphoïde élémentaire, simple, est le nodule lymphoïde (fig. 75, B). C’est un corps de forme généralement arrondie ; il peut être entouré par une capsule conjonctive plus ou moins différenciée, qui le sépare du tissu ambiant. Il possède des vaisseaux sanguins propres.

Il présente habituellement une différenciation en deux parties : une zone corticale, de couleur sombre, entoure une région centrale, plus claire, de forme circulaire (fig. 75, B). Cette dernière a reçu le nom de centre germi-

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natif, parce qu’elle est le siège de divisions cellulaires actives, constatées par Flemming et ses élèves (Schedel, Môbius), qu’elle est un lieu de formation des globules blancs (t. I, p. 5y5). Les leucocytes parviennent dans les mailles de] ces organes lymphoïdes en sortant des vaisseaux sanguins par

Fig. "5. — Figures schématiques montrant les trois états de plus ou moins grande perfection sous lesquels se présentent les organes lymphoïdes.

A. Infiltration lymphoïde diffuse , dans l'épaisseur d’une muqueuse. Réseau capillaire sanguin en noir; tissu lymphoïde formé de cellules libres accumulées dans les mailles d'un lissu conjonctif transformé en tissu réticulé ; e. épithélium de la muqueuse.

B. Organe lymphoïde simple et élémentaire (par ex. follicule clos de l'intestin). Réseau capillaire sanguin périphérique, envoyant des anses capillaires dans l’intérieur du follicule clos. Tissu lymphoïde. La partie centrale plus claire est le centre germinatif, avec figures mitotiques.

C. Organe lymphoïde complexe (par ex. ganglion lymphatique) Plusieurs nodules élémentaires ou nodules secondaires (follicules du ganglion) nsf, se prolongeant par des cordons folliculaires cf. — la, le. vaisseaux lymphatiques afférents et efférents. — sp, si. voies lymphatiques réticulées et caverneuses, se composant: du sinus périphérique sp, des sinus intermédiaires si et des sinus lymphatiques interposés aux cordons folliculaires. En ca, la capsule ; cl, les cloisons qui en partent; tr, travées prolongeant ces cloisons, coupées transversalement. Vaisseaux sanguins en noir. Deux sortes de tissu réticulé : l’un à mailles serrées, contenant des globules blancs, est le tissu lymphoïde des follicules et cordons folliculaires ; l’autre, à mailles lâches, cloisonne les voies lymphatiques.

diapédèse ; ils n’empruntent pas pour passer une voie lymphatique préformée. On ne peut donc dire que ces organes soient placés directement sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, et par suite ils ne représentent pas encore de véritables organes vasculaires. Cette forme d’organes lymphoïdes comprend d’ailleurs deux variétés, suivant que le nodule lymphoïde est isolé ou que

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plusieurs organites nodulaires se réunissent pour former un organe composé ou agminé. La première variété est représentée par les nodules lymphatiques ou follicules clos compris dans l’épaisseur de diverses muqueuses, de la muqueuse digestive notamment. Les amygdales, les plaques de Peyer de l’intestin, le thymus (?) sont des exemples de la seconde variété.

Les organes lymphoïdes ont été désignés pour Bkücke sous le nom de « glandes lymphatiques », pour les distinguer des ganglions lymphatiques vrais. On pourrait aussi, comme l’a proposé Fleury, les appeler « glandes lymphoïdes intra-ou péri viscérales », car elles sont situées dans l’épaisseur même de la paroi des viscères et particulièrement du tube digestif.

C. Organes lymphoïdes complexes. — Le type le plus élevé des organes lymphoïdes est offert par les formations à la fois composées et complexes, dont les ganglions lymphatiques sont le type (fig. 7 5, C). Elles sont composées, ence qu’il entre dans leur constitution plusieurs organites lymphoïdes, plusieurs nodules, ainsi que c’était le cas dans la variété précédente. Elles sont de plus complexes ; car elles ne consistent pas dans la simple agmination de nodules élémentaires. Le tissu réticulé en effet, qui entre dans leur constitution, présente deux variétés différentes, l’une serrée, l’autre lâche, et ces deux sortes de réseau distinguent deux sortes de formations. Le réseau serré constitue, comme dans les types précédents, les nodules lymphoïdes ; le réseau lâche forme une sorte de système lacunaire. Ces deux ordres de formations offrent d’ailleurs, selon les organes considérés, un agencement différent qui sera décrit plus loin. Ces organes lymphoïdes sont interposés sur le trajet de vaisseaux, et coupent ainsi ces vaisseaux en deux segments, en voies afférentes et efférentes qui amènent et qui emportent le liquide, sang ou lymphe, qui les parcourt. Ce liquide doit traverser l’organe lymphoïde, dont la présence interrompt, par une sorte de barrage, la continuité des vaisseaux sanguins ou lymphatiques. Les mailles du réseau lymphoïde représentent, par rapport à la voie afférente et à la voie efférente, les mille ruisselets par lesquels un cours d’eau s’étale et se disperse, dans un endroit presque à sec et encombré de pierres, et retrouve au delà de ce passage difficile un lit régulier et profond. Encore faut-il distinguer parmi ces ruisselets. La plus grande partie du cours s’écoule à travers les plus importants d’entre eux ; les larges mailles du réseau lâche sont ces ruisseaux plus importants, dans lesquels s’engage la masse principale du liquide sanguin ou lymphatique. L’eau s’insinue avec peine et glisse lentement entre les sables et les pierres pour former les plus minces filets ; les mailles étroites ou réseau serré ne sont parcourues de même que par de minimes quantités de liquide. En raison du ralentissement du courant, dans ce dédale des mailles du réseau lâche et surtout du réseau serré, ces mailles sont, pour le sang et la lymphe qui les traversent, une sorte de filtre pour les éléments figurés de ces liquides. Elles sont, d’une part, un lieu de néoformation d’éléments du sang et de la lymphe, et ces liquides s’y enrichissent de cellules nouvelles. Elles sont d’autre part un lieu de destruction de cellules sanguines et lymphatiques vieillies, qu’elles retiennent et dont elles débarrassent le sang et la lymphe. Les organes lymphoïdes sont donc des organes formateurs et destructeurs d'éléments sanguins et lymphatiques ; ils ont été

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sommairement décrits sous les noms d’organes hématopoiétiques, leucopoiétiques et hématolytiques (t. I, p. 578 et suiv.).

D. Distinction des organes vasculaires sanguins et lymphatiques. — Les

organes lymphoïdes complexes forment deux grandes catégories, selon que le liquide qui les traverse est le sang ou la lymphe , selon qu’ils se rattachent au système vasculaire sanguin ou au système vasculaire lymphatique, selon qu’ils sont des organes vasculaires sanguins ou des organes vasculaires Igmphatiques. La rate figure seule dans la première catégorie. Les ganglions ou glandes Igmphatiques forment le second groupe. À ces deux catégories, il faut en ajouter une troisième, représentée par les glandes hémolgmphatiques, sur lesquelles l’attention s’est portée dans ces derniers temps; bien qu’offrant une structure analogue à celle des ganglions lymphatiques, elles contiennent du sang et sont placées sur le trajet des voies sanguines ; elles représentent, si l’on veut, un type mixte entre la rate et les ganglions lymphatiques.

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