I. — Caractères généraux. Tissus de soutien
Il existe, chez la plupart des animaux, des organes de soutien, plus résistants et plus durs que les autres parties de l’organisme. Ils assurent au corps une forme définie et entourent les organes délicats d’enveloppes protectrices ; en donnant insertion aux muscles, ils rendent effectives les contractions de ceux-ci. Dans leur ensemble, ces organes forment la charpente solide, le squelette du corps. Tantôt ce squelette est externe (« exosquelette ») et formé par des productions de l’ectoderme ; tel est le cas de la carapace des Arthropodes. Chez les Vertébrés, le squelette du corps est interne (« endosquelette ») ; il est le produit des transformations du mésenchyme (v.p. 27). Le terme de squelette est pris ici dans son acception la plus large, pour désigner toutes les parties qui concourent à la protection des organes et à la consolidation du corps : la dure-mère qui enveloppe le cerveau, aussi bien que les os du crâne. Mais dans le langage, usuel et même anatomique, le squelette n’est plus, 011 le sait, que l’ensemble des pièces dures, des os ou tout au plus des cartilages.
Tous ces organes cependant méritent d’être rapprochés dans une même description, par leur origine aussi bien que parleur structure la plus essentielle.
Tous proviennent du mésenchyme , c’est-à-dire de cette masse de cellules embryonnaires non agencées en feuillets, qui émane de ceux-ci et qui se répand entre ces feuillets et plus tard entre les organes formés par eux.
Tous sont constitués par des tissus de soutien , qui se présentent, il est vrai, sous des formes extrêmement variées, mais qui possèdent une structure essentielle partout la même, permettant de parler de substance de soutien.
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
Ces tissus en effet se composent, dans leur état d’achèvement définitif, de cellules et d’une substance fondamentale ou intercellulaire , soit amorphe, soit figurée, cette substance étant produite par ces cellules.
Les différences des diverses variétés de tissus de soutien tiennent moins aux formes des cellules qu’aux caractères de la substance fondamentale. C’est celle-ci qui permet de nommer chaque espèce de tissu de soutien: tissu tendineux, osseux, etc.; c’est à cette substance que se reconnaissent les différents tissus de soutien ; car elle est pour ainsi dire la marque spéciale de fabrique propre à chacune des espèces cellulaires qui les constituent.
La diversité des substances fondamentales est avant tout d’ordre physicochimique ; on peut ainsi distinguer des substances collagène, élastique, osseuse, etc., des substances de consistance fibreuse, cartilagineuse, des substances transparentes, porcelainées, etc. Elle est aussi morphologique ; mais la distinction réside non pas dans la structure qui est partout essentiellement la même, mais plutôt dans la texture ou arrangement des parties qui varie beaucoup. Au point de vue de la structure, la substance fondamentale des tissus de soutien est amorphe ou fïbrillaire : amorphe à l’état en quelque sorte imparfait ; fïbrillaire au contraire sous sa forme parfaite. L’uniformité de structure, que présente la substance fondamentale des tissus de soutien à l’état de complet développement, entraîne l’idée d’une cause semblable ayant produit partout h' même effet. La texture des tissus de soutien, sujette au contraire à varier beaucoup, doit être due soit à des causes diverses pour les différents tissus, soit à une même action causale s’exerçant dans des circonstances et sous des formes différentes.
Tous les tissus de soutien, quelles que soient les différences qui les séparent, qu’ils soient cartilagineux, osseux ou fibreux, ont plusieurs caractères communs : leur origine semblable dans le mésenchyme embryonnaire ; leur fonction pareille de tissus unissants, conjonctifs, destinés à unir et à soutenir les organes ; la structure fïbrillaire de leur substance fondamentale. Ce triple caractère commun justifie leur réunion dans un même groupe, celui des « tissus de substance conjonctive » (Reiciiert), et aussi celle des organes de soutien qui sont formés par ces tissus. Le passage facile de ces tissus et de ces organes les uns aux autres, le remplacement de l’un par l’autre autorisent aussi ce groupement. Ainsi, dans le développement d’un os tel que le fémur, on voit se succéder dans le temps : le tissu conjonctif ou mésenchyme embryonnaire, le tissu cartilagineux, puis le tissu osseux, si bien que le fémur est successivement conjonctif, cartilagineux, osseux. On voit aussi les divers tissus se succéder dans l’espace en se confondant les uns avec les autres : le tendon d’Achille du muscle gaslrocnémien d’un jeune animal se continue avec un nodule cartilagineux sur lequel il s’insère, et ce nodule se relie à son tour à l’os calcanéum (t. I, fig. 539). Un même organe de soutien peut être de nature différente, conjonctif, cartilagineux, osseux, selon les espèces animales : ainsi la sclérotique de l’œil, conjonctive chez les Mammifères, est cartilagineuse chez les Batraciens, et osseuse chez les Oiseaux. Le cal à l’aide duquel se répare la fracture d’un os est d’habitude osseux; mais, selon les conditions, il peut être aussi fibreux, c’est-àdire conjonctif, ou cartilagineux.
ORGANES DE SOUTIEN