II. — Histologie des articulations
i° Ligaments interosseux, bourrelets marginaux et ménisques interarticulaires. — A. Ligaments interosseux.
Disques intervertébraux. — Ces diverses formations forment un groupe embryologiquement naturel, puisqu’elles dérivent toutes de la zone moyenne mésenchymateuse interposée aux pièces squelettiques.
Les ligaments interosseux sont ordinairement formés de tissu fibreux.
Il en est ainsi pour les tractus fibreux constituant les sutures ou synarthroses.
Quelques-uns de ceux des amphiarthroses et des diarthroses ont la même constitution.
Dans les diarthroses, les ligaments intra-articulaires (ligament rond de la hanche, ligaments croisés du genou) sont essentiellement constitués par du tissu fibreux. Ces ligaments intra-articulaires, au voisinage de leurs insertions osseuses, deviennent fibro- cartilagineux sur une hauteur peu considérable, puis s’infiltrent de sels calcaires et par cette zone calcifiée se rattachent à l’os (fig. ni). Leur zone fibro-cartilagineuse est sur le même plan que le cartilage d’encroûtement et se continue avec lui ; leur zone calcifiée prolonge celle de ce cartilage.
Les ligaments interosseux des amphiarthroses (symphyse pubienne, articulation sacro-iliaque, articulations des corps vertébraux) sont formés de fibrocartilage.
Les ligaments fibro-cartilagineux des vertèbres, qui portent le nom de ligaments ou disques intervertébraux, méritent une description spéciale. Ces disques sont composés de deux parties : l’une périphérique, formée de
Fig. 111. — Coupe longitudinale da ligament rond et de la tête du fémur du Chat.
F, cartilage fibreux. — K , cartilage fibreux calcifié. — o, tissu osseux. — m, canal vasculaire. — f, substance fondamentale fibreuse du ligament. — c,c, cellules et capsules cartilagineuses. — co, cellules et corpuscules osseux. X 200 D’après Ranvier.
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couches concentriques lamellaires ; l’autre centrale, molle, dite « noyau gélatineux ».
Les couches concentriques de la partie périphérique sont alternativement de coloration blanche et de couleur jaunâtre, les premières fibreuses, les autres fibro-cartilagineuses. La plupart des fibres ont une direction verticale ; les autres alternant avec les précédentes affectent une direction horizontale plus ou moins oblique. Aux faisceaux conjonctifs qui forment ces libres se mêlent quelques fines fibres élastiques. Les cellules cartilagineuses, plongées dans la substance fondamentale du cartilage et entourées d’épaisses capsules, sont isolées ou groupées en îlots.
La partie molle centrale est aussi formée par du fibro-cartilage ; mais ce tissu y est modifié. Les faisceaux conjonctifs sont moins serrés et s’entrecroisent en tous sens; la substance fondamentale se ramollit, devient gélatiniforme, diflluente. Enfin, en outre des cellules cartilagineuses, cette partie centrale renferme des éléments irréguliers et comme plissés, qui proviennent de la corde dorsale. En effet, tandis que la corde dorsale, au niveau des corps vertébraux, se réduit de plus en plus et finit par disparaître, employée à la formation de l’os, il en est tout autrement dans l’intervalle des vertèbres. La corde forme dans chaque ligament intervertébral un renflement, de forme ovoïde ou lenticulaire, qui est dû à la multiplication et à l’augmentation de volume des cellules cordales (fig. 90, c\ p. i94). Entre la corde dorsale et sa gaine se répand une matière hyaline et visqueuse, qui a les propriétés coloratives de la substance fondamentale du cartilage. Cet état persiste jusqu’au troisième mois de la vie fœtale, époque à laquelle la période d’accroissement des renflements intervertébraux de la corde cesse et fait place à une phase involutive. On voit alors ces renflements se fragmenter en amas irréguliers. Les cellules dégénèrent et se vacuolisent. Plus tard les disques intervertébraux envoient dans le noyau cordai des prolongements fibreux qui séparent les uns des autres les amas cellulaires résultant de la fragmentation de l’organe, et qui les dissocient en amas plus petits encore ou même en cellules isolées. Le noyau gélatineux résulte ainsi du mélange des éléments fibro-cartilagineux du disque intervertébral et des cellules du renflement cordai. Le disque intervertébral ne renferme des vaisseaux sanguins et des nerfs que dans sa partie périphérique ; sa portion centrale et gélatineuse en est dépourvue.
B. Bourrelets marginaux et ménisques interarticulaires. — Ces organes sont considérés classiquement comme formés de tissu fibro-cartilagineux. D’après Apoi.ant, ils seraient constitués par un « tissu chondroïde. » intermédiaire au tissu tendineux et au fibro-cartilage, composé de fibres conjonctives et de cellules vésiculaires. La substance fondamentale de ce tissu ne serait pas chondrigène, comme celle du fibro-cartilage, ne fournirait pas de chondrine par la coction ; elle serait exclusivement fibrillaire et collagène.
Les ménisques interarticulaires passent d’ailleurs, selon Rettereb, par un état fibreux, avant de devenir fibro-cartilagineux. Les ménisques adultes offriraient, en allant des faces libres vers l’intérieur, toute une série d’assises cellulaires, dont la structure reproduirait les étapes successives du développement.
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On admet cependant que, d’une façon générale, la proportion des éléments fibreux et des éléments cartilagineux est inverse dans les couches superficielles et dans la zone moyenne des fibro-cartilages interarticulaires, ménisques et bourrelets. La zone moyenne est surtout fibreuse; elle est formée de fibres conjonctives entrecroisées en tous sens et de quelques fibres élastiques rares et fines, ainsi que de cellules cartilagineuses isolées, rondes ou elliptiques. Cette zone se continue à la périphérie de l’articulation, à la base d’insertion du ménisque ou du bourrelet sur la capsule articulaire, avec le tissu fibreux de cette capsule. Les couches superficielles sont formées par une substance fibroïde dense qui a les réactions de la matière fondamentale du cartilage, et dans laquelle sont plongées des cellules cartilagineuses dont le nombre augmente vers la surface articulaire. A la périphérie de l’articulation, ces couches superficielles se continuent avec la membrane synoviale. Ce sont ces couches qui forment seules le bord tranchant des bourrelets. Au niveau de ce bord, elles s’étendent quelque peu sur le cartilage d’encroûtement qu’elles recouvrent.
Les bourrelets et ménisques sont tous vasculaires, mais à des degrés variables (Sappey). Les artères se terminent, sans atteindre le bord tranchant du bourrelet, par des anses capillaires qui se continuent avec les veines. Quant aux nerfs, ils sont très gros et plus gros que les artères ellesmêmes, qu’ils accompagnent.
2° Cartilages articulaires. — Les cartilages articulaires ou cartilages d’encroûtement sont, sans contredit, les formations articulaires les plus caractéristiques et les plus constantes. Ils offrent habituellement la structure suivante, qu’on constate sur la coupe verticale d’un cartilage diarthrodial et de l’extrémité osseuse sous-jacente. Ils sont formés par du tissu cartilagineux hyalin, dans lequel les cellules sont clairsemées et la substance fondamentale très abondante. Cette substance est très transparente, cérulescente, extrêmement élastique, à tel point que l’épaisseur du cartilage articulaire peut, sous l’influence d’une forte pression, diminuer de moitié, pour reprendre ensuite une « épaisseur de repos » (Poirier). Les cellules sont soit isolées, soit groupées en plus ou moins grand nombre à l'intérieur de capsules-mères parfois très grandes. La forme et la direction des chondroplastes diffèrent dans les parties superficielles et dans les parties profondes du cartilage. On distingue d’habitude à cet égard trois zones, en allant de la surface articulaire dans la profondeur (fig. 112). Les chondroplastes de la zone superficielle sont isolés, de forme lenticulaire, aplatis parallèlement à la surface libre du cartilage. Dans la zone moyenne, ils prennent une forme arrondie et se groupent par deux ou trois à l’intérieur de capsules-mères communes. Dans la zone profonde, les chondroplastes se rassemblent à l’intérieur de capsules-mères allongées verticalement qui prennent une forme ovoïde ou même cylindrique ; à l’intérieur de chaque capsule-mère, les capsules-filles et les cellules cartilagineuses qui y sont contenues sont ainsi disposées en séries verticales. Il résulte de Là que la cassure d’un cartilage articulaire prend dans la partie profonde une texture fibroïde, comme si le cartilage était formé de fibres implantées perpendiculairement sur l’os sous-jacent. Dans la partie de cette zone pro-
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fonde, qui est la plus voisine de l’os, la substance fondamentale s’infiltre de sels calcaires ; cette partie peut être distinguée comme une quatrième zone du cartilage articulaire, à laquelle on a donné le nom impropre de « zone ostéoïde » et qu’il vaut mieux appeler « zone calcifiée ». On voit ainsi, selon la remarque de Tourneux, se succéder, en allant de la surface articulaire vers la surface osseuse, les différentes zones que l’on trouve dans l’os jeune en voie d’ossification enchondrale : d’abord le cartilage
Fig. 112. — Coupa verlicale du cartilage articulaire du tibia chez l'Homme. s, surface articulaire du cartilage. — o, face profonde, osseuse, du cartilage, x 125.
ordinaire (zone moyenne), puis le cartilage sérié (zone profonde), enfin le cartilage calcifié (zone juxta-osseuse). Au-dessous de cette dernière, le cartilage se soude au tissu spongieux de l’épiphyse, sans interposition d'une lame de tissu osseux compact.
Dans les amphiarthroses, le cartilage d’encroûtement, formé de tissu hyalin, est calcifié dans sa zone profonde et par cette zone calcifiée se rattache au tissu spongieux de l'os sans lame intermédiaire de tissu osseux compact; d’autre part, il se continue superficiellement avec le tissu fibrocartilagineux du ligament interarticulaire.
Les cartilages articulaires d’encroûtement ne sont pas toujours et partout formés de tissu hyalin. Ceux du condyle du maxillaire et de la cavité glénoïde du temporal, ceux du sternum et de la clavicule sont constitués,
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comme les ménisques interarticulaires de ces mêmes articulations, par du tissu fibro-cartilagineux ; l’influence mécanogène des frottements et des pressions s’est exercée sans doute pareillement sur le ménisque et sur les cartilages d’encroûtement. La surface de ces cartilages articulaires est recouverte par une mince couche de tissu fibreux provenant, comme le ménisque, de la zone moyenne mésenchymateuse de l’embryon. Du côté de la profondeur, le fibro-cartilage d’encroûtement se continue dans l’articulation temporo-maxillaire par une zone calcifiée, qui se soude à l’os; dans l’articulation stèrno-claviculaire, au fîbro-cartilage fait suite une zone cartilagineuse pure, puis une couche mince de cartilage calcifié (Tourneux).
En certains points de la surface articulaire, le tissu hyalin est remplacé par du fibro-cartilage. C’est ce qui arrive dans les parties périphériques du cartilage articulaire, sur le bord qui réunit deux facettes articulaires (les deux cavités sigmoïdes du cubitus, par exemple), dans le fond de certaines cavités articulaires (cavité glénoïde de l’omoplate), c’est-à-dire dans tous les points où la pression ne s’exerce que temporairement et faiblement (Sappey, Poirier, Cannieu et Lafitte-Dupont). Les cartilages articulaires sont dépourvus de vaisseaux et de nerfs, à l’état sain du moins.
3° Capsule et ligaments péri-articulaires. — Ces formations sont constituées par du tissu conjonctif fibreux à fibres parallèles ou entrecroisées, dans lequel court un fin réseau élastique. Au voisinage de leurs insertions sur les bourrelets et les ménisques, les capsules et les ligaments offrent des cellules cartilagineuses mélangées aux éléments cellulaires conjonctifs. La capsule et les ligaments sont très riches en vaisseaux.
4° Membrane synoviale. — A. Nature de la synoviale. — On s’est longtemps représenté, conformément à la conception de Bichat, la cavité articulaire comme tapissée intérieurement par un sac membraneux clos, comparable à une membrane séreuse, la membrane synoviale. C’est sous l’empire de cette idée que Todd et Bowman, Beighert, Luschka, Tillmanns, ScHNEiDEMÜHL se sont efforcés de déceler à la surface du cartilage articulaire, chez le fœtus ou l’animal jeune tout au moins, un revêtement épithélial soit continu, soit tout au moins discontinu, qu’ils considéraient comme prolongeant la synoviale et complétant ainsi le sac séreux qui entoure de toutes parts la cavité articulaire.
Une autre conception de la membrane synoviale, plus ancienne encore et moins acceptable que la précédente, consistait à y voir une véritable membrane muqueuse, pourvue de glandes (les « glandes de Havers »). Soubbotine reprit cette idée et décrivit la synoviale comme une glande close, tapissée par un épithélium dont l’activité glandulaire produit la synovie.
Une troisième manière de voir, qui est la plus acceptable, considère la synoviale comme une membrane propre aux articulations, qui n’est ni une membrane séreuse, ni une muqueuse douée de fonction glandulaire. La membrane synoviale ne s’étend pas par-dessus le cartilage articulaire, mais s’arrête sur son bord, de sorte que la synoviale est de niveau avec le cartilage et paraît en être le prolongement. Tel est du moins le cas chez l’adulte.
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Car chez l’embryon, d’après les recherches de Hueter, Bernays, Hagen- Torn, Reyher, la synoviale fait saillie au pourtour du cartilage et s’avance sur celui-ci, le recouvrant sur une étendue variable ; dans l’articulation de l’adulte, ce revêtement synovial a disparu.
B. Histologie de la synoviale. — a) Structure de la membrane synoviale. Question de b épithélium. — On peut distinguer dans la synoviale deux couches (fig. n3).
La couche profonde, la plus épaisse, riche en vaisseaux et en nerfs, est formée par du tissu conjonctif ordinaire. Elle se continue sans ligne de
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Fig. 113. — Coupe verticale de la membrane synoviale du genou ( près du condyle fémoral)
chez un nouveau-né.
cc, couche conjonctive profonde. — ce, couche épithélioïde superficielle (intima). — es, capillaires sanguins. — ess, couche sous-synoviale. — v, grosse veine. X 125.
démarcation tranchée avec la couche superficielle. D’autre part, cette couche profonde est séparée du tissu fibreux ambiant par une « couche sous-synoviale », renfermant les gros vaisseaux et de la graisse, qui peut cependant manquer en certains points.
La structure de la couche superficielle ou intima, qui borde directement la cavité articulaire, est très controversée.
Une première question à débattre est de savoir si les cellules superficielles de cette couche forment ou non un véritable épithélium. Les auteurs (cités plus haut) qui ont considéré la synoviale comme une membrane séreuse, ceux qui en ont fait une membrane muqueuse et glandulaire ont été naturellement amenés à lui décrire soit un épithélium plat ou endothélium tel que celui qu’on trouve dans les autres séreuses, soit des cellules épithéliales glandulaires. Les premiers, comme Schneidemühl, ont cherché à déceler à la surface de la membrane le dessin endothéliforme que le nitrate d’argent fait apparaître sur les véritables séreuses. Les autres, comme Soubbotine, ont décrit dans l’épithélium des cellules glandulaires-
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et même des cellules muqueuses. Sans accepter l’une ou l’autre de ces interprétations, plusieurs auteurs (Henle, Cornil et Ranvier, Kôlliker, Steinberg et d’autres) ont décrit à la surface de la synoviale une couche épithéliale soit simple, soit stratifiée.
Mis le premier, puis Hueter, Albert, Hagen-Torn, Herrmann et Tourneur H. Braun, Hammar, ont nié cet épithélium. Selon ces auteurs, la membrane synoviale tout entière est de nature conjonctive. Seulement les cellules superficielles sont si serrées qu’elles simulent un épithélium à plusieurs couches cellulaires. Le nitrate d’argent appliqué à la surface de la synoviale y montre, comme dans les autres membranes conjonctives, tantôt des figures endothéliformes, tantôt des dessins rappelant ceux des canalicules du suc. L’opinion de Herrmann et Tourneux occupe une place à part; d’après ces auteurs, les cellules épithélioïdes de la synoviale sont en réalité des éléments cartilagineux qui sont de niveau avec les éléments superficiels du cartilage articulaire.
Ces « cellules synoviales », comme on peut les appeler, pour ne pas préjuger leur réelle signification morphologique, sont plongées dans une substance intercellulaire finement granuleuse, quelquefois striée. Les plus superficielles d’entre elles ne sont pas recouvertes par cette substance et viennent faire saillie à la surface libre de la synoviale, limitant directement la cavité articulaire. La forme et l’agencement de ces cellules varient beaucoup d’un point à l’autre. Tantôt elles sont de forme sphérique ou lenticulaire et, alors, encapsulées à la façon de cellules cartilagineuses (Tourneux et Herrmann, Hammar); tantôt leur forme rameuse est analogue à celle des cellules conjonctives. Ici elles sont isolées les unes des autres, plongées dans la substance intercellulaire fondamentale; là, au contraire, elles se tassent les unes contre les autres, s’aplatissent et s’imbriquent à la façon des éléments d’un épithélium stratifié.
Telle est la constitution, moyenne en quelque sorte, de la synoviale. Mais il y a des différences locales assez importantes pour que Hammar ait distingué deux types structuraux selon la plus ou moins grande quantité de cellules contenues dans la membrane : l’un riche, l’autre pauvre en cellules. En outre, la région de passage de la synoviale au cartilage articulaire offre une structure spéciale; l’étude de cette région, dite « zone marginale ou limitante », faite par Hueter, Hagen-Torn, Ii. Braun, Hammar, est intéressante pour élucider la question des rapports de parenté qui unissent le cartilage et la synoviale. D’après ces auteurs, en approchant du pourtour du cartilage, on voit les cellules cartilagineuses prendre des contours anguleux; plus loin, ces éléments deviennent nettement étoilés et même anastomosés par leurs prolongements ; puis dans la région dite « cercle vasculaire de l’articulation », où commence la synoviale, les cellules se rapprochent et se tassent au point de simuler un épithélium. Le cartilage articulaire passe ainsi, par des transitions ménagées, à l’intima de la synoviale (Braun). Mais les cellules superficielles de la synoviale, les cellules synoviales, n’en sont pas moins équivalentes aux cellules conjonctives plus profondes, dont elles ne diffèrent que par leur arrangement et leur forme, mais non par leur nature. L’étendue plus ou moins grande de la zone de transition dépend manifestement d’influences mécaniques.
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Si des actions mécaniques énergiques déterminent la formation des cartilages articulaires, ce sont des actions plus faibles qui produisent dans la zone de transition les formes frustes des cellules cartilagineuses et le passage de ces formes aux cellules épithélioïdes de la synoviale. L’opinion de Tourneux et Herrmann, pour lesquels ces cellules correspondent aux éléments cartilagineux superficiels, se trouve ainsi justifiée. On peut dire aussi que, dans tous les points (tels que la zone marginale, la surface des ménisques et bourrelets intermédiaires) où font à la fois défaut la véritable synoviale et le vrai cartilage, les actions mécaniques, trop fortes pour permettre le développement de la synoviale, ne font pas été assez pour déterminer celui du cartilage articulaire typique.
b) Prolongements de Ici synoviale. — Les membranes synoviales ne possèdent ni glandes ni papilles ; mais elles se hérissent de prolongements, dont on distingue deux variétés. Les uns soulèvent la face interne des membranes synoviales ; suivant leur forme et leur dimension, ils portent le nom de bourrelets ou replis adipeux, franges synoviales , villosités synoviales. Les autres se dirigent vers l'extérieur et pénètrent entre les faisceaux des ligaments péri-articulaires ; ce sont \qs prolongements folliculaires.
a) Prolongements internes. Bourrelels adipeux. Franges , villosités synoviales. — Les premiers sont de taille variable. Les plus gros sont les bourrelets adipeux , qu’on rencontre dans beaucoup d’articulations, mais dont le plus connu est le « ligament adipeux » de l’articulation du genou. Ils sont dus à des paquets adipeux situés dans le tissu cellulaire lâche soussynovial, qui plissent la synoviale et s’en coiffent. Le « ligament adipeux » du genou n’est lui-même qu’une portion de la bande intermédiaire de f articulation embryonnaire, ménagée par la cavité articulaire (Lucien).
Les franges synoviales diffèrent des replis précédents par leurs dimensions plus réduites. Elles sont surtout nombreuses au niveau des culs-desac de la synoviale, des interlignes articulaires et des bourrelets adipeux, dont elles accidentent la surface. Ces franges sont cylindriques ou renflées en massue, parfois lamelliformes ; elles présentent souvent une succession de renflements arrondis (fig. n4, A, V.) ; elles supportent latéralement des bourgeons claviformes rattachés à l’axe de la frange par un pédicule rétréci et décrits comme « appendices des franges », ou se hérissent de prolongements ténus auxquels on peut réserver le nom de villosités synoviales. Les franges et les villosités synoviales sont de deux espèces. Les unes, de plus grande dimension, sont molles et jaunâtres ; ce ne sont que des replis adipeux plus petits que les autres ; ils consistent dans une duplicature de la synoviale et contiennent un prolongement du tissu sous-synovial, riche en vaisseaux et en graisse. Les autres, plus petites, sont les véritables franges synoviales; leur consistance est ferme, leur coloration rougeâtre. Elles sont constituées par un axe conjonctif, recouvert d’une écorce épithélioïde. L’axe peut être considéré comme résultant de la coalescence des deux feuillets formés par un repli de la couche conjonctive de la synoviale ; on peut y trouver des cellules cartilagineuses. L’écorce superficielle est le prolongement de l’intima de la synoviale. Quelques villosités, très petites, sont dépourvues de tout élément cellulaire (Hammar) (fig. 1 1 4, A, v.). C’est à la
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surface de ces franges et villosités que la couche épithélioïde de la synoviale est le plus épaisse, et c’est là qu’on a décrit un épithélium stratifié. Les cellules superficielles très serrées affectent souvent une forme prismatique tout à fait épithéliale ; elles peuvent se montrer creusées de vacuoles que remplit un liquide muqueux analogue à la synovie (Tillmanns, Soubbotine).
Ce sont en effet les prolongements synoviaux internes que certains
Fig. 114. — > Villosités synoviales de l’Homme.
A, bord libre d’un mince repli synovial avec villosités de longueur diverse qui en partent. — v , petites villosités claviformes sans cellules. — m, membrane synoviale formée d’une bande de tissu conjonctif superficielle, recouverte en partie de cellules synoviales. — c, ces cellules disposées à la façon d’un épithélium. — V, grandes villosités cellulaires, de forme noueuse.
B, petite villosité partant de la surface de la membrane synoviale m. — c, cellules éparses, ramifiées, qui y sont contenues. — s, saillie mamelonnée de la surface de la villosité, dans laquelle s’engage un prolongement cellulaire.
C, extrémité d’une villosité rameuse. — F, partie principale de la villosité, avec des cellules nombreuses épithélioïdes. — p, prolongements de ces cellules, s’étalant superficiellement. — t, cordon de tissu conjonctif partant de la villosité, et pauvre en cellules. — v, v', petites villosités secondaires, branchées sur la villosité principale. — s, saillie mamelonnée de la villosité. D’après Hammar.
auteurs, partisans de la nature glandulaire de la synoviale, ont considérés comme le lieu d’élection pour la formation de la synovie. Celle-ci serait un produit de sécrétion des cellules épithélioïdes ayant subi la transformation muqueuse. De là les noms de « glandes saillantes », « glandes de Havers », sous lesquels on les a souvent décrits après Clopton Havers et Lacauchie. C’est là une façon inacceptable d’expliquer l’existence et la fonction des prolongements synoviaux internes. L’explication mécanique proposée par Hagen-Torn et admise par Poirier et Charpy est bien préférable; les parties villeuses de la synoviale sont celles où s’est exercée la pression négative produite par les mouvements de l’articulation; la répétition incessante
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de ces mouvements détermine l’extrême ténuité et l’effilochage des prolongements. C’est en effet dans les articulations les plus mobiles que les villosités synoviales sont le plus nombreuses.
р) Prolongements externes. — Quant aux prolongements externes ou folliculaires, Gosselin les avait considérés aussi, à tort évidemment, comme les organes producteurs de la synovie et les avait pour cette raison appelés « cryptes ou follicules synovipares ».
с) Synovie. — La synovie est un liquide clair et transparent, très visqueux. Il renferme en suspension des éléments cellulaires aplatis et des noyaux libres, qui proviennent évidemment de la couche superficielle épithéliale de la synoviale. L’origine de ce liquide n’est pas déterminée.
D. Vaisseaux de la synoviale, a) Vaisseaux sanguins. — Les synoviales sont très vasculaires. Les plus gros troncs vasculaires sont situés dans la couche lâche sous-synoviale. Ils forment dans la couche profonde ou conjonctive un réseau serré dont les mailles les plus superficielles parviennent dans la couche épithélioïde. Quelques auteurs ont même prétendu que les capillaires sanguins pouvaient affleurer à la surface de la synoviale, séparés de la cavité articulaire par une simple lamelle endothéliale.
Les villosités et franges synoviales ne sont vasculaires que dans leur partie basale attenant à la synoviale ; leurs extrémités et les appendices qu’elles émettent sont privés de vaisseaux. Les capillaires sont très superficiels, sous-jacents à la couche épithélioïde ou même compris dans son épaisseur.
6) Vaisseaux lymphatiques. Résorption par les synoviales. — Les vaisseaux lymphatiques forment, d’après Tillmanns, deux réseaux : l’un profond, logé dans le tissu cellulaire, sous-synovial; l’autre, formé de vaisseaux plus fins, superficiel, situé entre les deux couches de la synoviale.
A la question des lymphatiques de l’articulation se rattache celle, d’importance pratique considérable, du pouvoir de résorption des membranes synoviales et en général des parois de l’articulation.
L’assimilation des cavités séreuses et des cavités synoviales a de bonne heure inspiré l’idée que la résorption des liquides et des solides contenus dans les cavités articulaires était due, comme pour les séreuses, à des communications directes entre les cavités et les lymphatiques. Cependant on n’a pas réussi à déceler, dans les articulations, les orifices ou stomates dont on admettait l’existence à la surface des cavités séreuses et par lesquels les lymphatiques s’ouvriraient dans celles-ci. Tandis qu’on peut injecter les lymphatiques des séreuses à partir des espaces séreux, on n’obtient pas l’injection des lymphatiques de la synoviale en remplissant la cavité articulaire, non plus que le remplissage de cette cavité en injectant les lymphatiques (Tillmanns, Hagen-Torn, Braun). Des faits pathologiques sont également défavorables à toute communication directe entre les lymphatiques et les cavités articulaires: des épanchements séreux et sanguins peuvent en effet séjourner pendant des mois dans la cavité de l’articulation; inversement cette cavité demeure presque vide chez les hydropiques, alors
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que toutes les cavités séreuses et le tissu cellulaire sous-cutané sont gorgés de liquide. Les expériences qui ont été faites par Tillmanns, Hagen-Torn, v. Mosengeil, H. Braun ont montré qu’en injectant un liquide coloré dans l’intérieur d’une articulation, la synoviale et les tissus périarticulaires prennent une coloration diffuse, mais le liquide ne pénètre pas par des voies lymphatiques préformées et ne parvient qu’ensuite dans les vaisseaux lymphatiques; la pénétration est favorisée par l’élévation de pression et le massage. Quant aux particules solides introduites dans la jointure, une partie passe dans les lymphatiques, une autre est captée par les leucocytes, une troisième demeure dans l’articulation, s’y entoure d’un coagulum fibrineux qui s’organise ensuite ; une dernière enfin est prise par les cellules de la couche superficielle de la synoviale.
Article 2. — BOURSES SÉREUSES I. — Caractères généraux et développement.
Les bourses séreuses , qu'on appelle aussi improprement quelquefois « bourses muqueuses », sont des poches membraneuses à paroi plus ou moins bien définie, entourant une cavité close de toutes parts.
Les bourses séreuses ont avec les articulations une étroite parenté. Leur cavité naît, ainsi que la cavité articulaire, sous la forme d’une fente dans le mésenchyme de l’embryon ; c’est donc une cavité schizocœlienne. La formation des bourses séreuses est, comme celle des jointures, fonction d’influences mécanogénétiques ; elle est produite ou tout au moins agrandie et façonnée par les frottements, les pressions. Enfin les bourses séreuses communiquent souvent chez l’adulte avec les cavités articulaires; nouvelle preuve delà parenté de ces deux sortes d’organes.
La paroi des bourses séreuses demeure toujours plus simple et moins différenciée histologiquement que la paroi articulaire. Elle se distingue de la membrane des séreuses que tapisse un endothélium continu ; elle partage au contraire avec la paroi synoviale des articulations ce caractère de n’ètre pas recouverte par un endothélium tapissant la cavité et de ne présenter à sa surface qu’un faux revêtement épithélial. Ce revêtement est formé, selon Hammar, de cellules plates ramifiées.
On peut distinguer anatomiquement trois catégories de bourses séreuses: les bourses séreuses sous-culcinées ; les bourses séreuses musculaires) les gaines tendineuses.
IL — Bourses séreuses sous-cutanées.
Par divers caractères elles représentent le type le moins parfait des bourses séreuses. D’abord ce sont celles dont le développement est le plus tardif et l’existence le plus contingente. On sait en effet que si certaines de ces bourses (prérotulienne, olécranienne) sont constantes chez l’Homme, Histologie II. 18
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d’autres sont individuelles et accidentelles, telles les bourses dites professionnelles que développent des pressions localisées en des points déterminés. Un autre caractère d’infériorité de ces bourses vis-à-vis des autres catégories consiste en ce que leur cavité n’est pas libre et continue, mais habituellement cloisonnée et multiloculaire. La paroi fibreuse est ellemême mal différenciée ; sa face interne n’offre pour limiter la cavité qu’une assise très incomplète de cellules plates et ramifiées (Hammar), ne simulant même pas un épithélium imparfait.