C. TISSUS DE SUBSTANCE CONJONCTIVE
Après avoir parlé des épithéliums nous arrivons à un nouveau groupe naturel, celui des tissus de substance conjonctive dont l'étude peut être considérée comme une des parties les plus difficiles de Thistologic *.
* Les mots allemands de Bindegewebe et de Dindesubstanz ont été traduits dans la langue française par les expressions de tissu conjonctif et de tissus de substance conjonctive.
Ces expressions ne sont pas encore bien comprises chez nous, et si Tauteur de ce livre eût écrit pour les médecins français, il aurait certainement développé d'une manière plus complète la définition des terme:} qu'il emploie.
Nous allons tenter de le faire. Pour cela, il faut d'abord que nous montrions comment notre vieux mot de tissu cellulaire a été remplacé par celui de tissu conjonctif. Bicbat considérait le tissu cellulaire comme « un assemblage de iilanienls et de lames blanchâtres, mous et entrelacés
«'11 divers sens > Ml est clair que notre grand auatomiste, ne se servant pas du microscope,
lie pouvait pousser plus loin l'analyse; mais, dans la synthèse qu'il a fait de ce tissu sous le nom de >y5tème, il s'est élevé à des considérations dont l'exaclitude a été vérifiée par les recherches des plus t-élêbres histologistes (J. Mûllcr et Virchow). a Placées autour des organes, les différentes parties du système cellulaire servent en même temps et de lien qui les unit, et de corps intermédiaire ipii les sépare. Plongées dans l'intérieur de ces mêmes organes, elles concourent essentiellement à leur structure. * d L'idie de tissu unissant se trouve donc nettement exprimée dans ce passage de l'anatomic générale, et lorsque J. Millier inventa le mut de Bindegewebe (tissu conjonctif}, il eut une expression heureuie qui passa facilement dans le langage. Mais comme ceux qui l'employèrent étudiaient les tissus au microscope., ils lui donnèrent un a'ns histologique plus précis, et dès l:)rs il fut employé par les histologistes.
Les expressions de substance conjonctive et de tissus de substance conjonctive ont une origine moins légitime. Pour la trouver, il faut remonter aux travaux de Reichert. Cet auteur crut voir que les libres du tissu conjonctif n'existent pa.<, et que Ton avait pris pour elles de simples plis d'une substance homogène ; c'est cette substance qu'il appela substance conjonctive. De plus,
* Anatomie générale de Bithal, 181i, t. 1, p. 11.
* Ibid.
190 TRAITÉ D^mSTOLOGlE ET U^HISTOGIUIIIE.
La plupart des observateurs (1 ) désignent aujourd'hui sous ce nom une série de tissus qui se développent tous aux dépens du feuillet moyen du blastorderme ; c'est dire assez qu'ils ont à peu près tous la même origine. Mais à mesure qu'ils se développent, ces tissus subissent des modifications spéciales, si bien qu'ils finissent par s'écarter les uns des autres, nonseulement par leurs caractères anatomiques, mais encore par leur composition chimique. Le groupe des tissus de substance conjonctive est représente chez l'adulte par une série de tissus qui semblent tout d'abord séparées les unes des autres par un abîme. Ce sont le cartilage, les tissus nmqueux et gélatineux , le tissu conjonctif réticulé , le tissu conjonctif ordinaire, le tissu adipeux, le tissu osseux et la dentine.
On ne saurait nier cependant la liaison étroite qui unit tous ces tissus entre eux. S'il existe, en effet, des différences considérables entre les types principaux des tissus de substance conjonctive, on observe également des formes intermédiaires, entre le tissu conjonctif muqueux et le tissu conjonctif ordinaire, entre ce dernier et le cartilage. On ne peut donc pas établir de limite tranchée entre ces différents tissus. De plus, ces tissus se succèdent d'une manière continue en plusieurs parties du corps. Enfin ces tissus peuvent se substituer les uns aux autres, et cela de trois ma nières dilférentes.
L'histologie comparée nous apprend que les tissus de substance conjonctive se substituent très-souvent les uns aux autres dans le règne animal (2). Dans un point où, chez un animal, on aura trouvé du tissu conjonctif ordinaire, ou observera du tissu conjonctif réticulé, du cartilage, ou même du tissu osseux chez un.autre ; le cartilage sera remplacé par de l'os, l'os par de la dentine.
Mais on peut étudier chez le même être cette substitution successive des tissus de substance conjonctive. Là où il y avait du tissu muqueux dans la période embryonnaire, il se forme du tissu conjonctif ou du tissu adipeux; le cartilage se transforme en tissu osseux.
L'anatomie pathologique nous fournit des exemples encore plus marqués. Dans l'organisme malade, toutes les variétés de tissus de substance
Ueicliert pensa qu'une substance analogue cxisle dans les carlllages et les os, et dès lors l'expression de subtnnce conjonctive fui employée pour rendre l'idée d'un ensemble organique bien plus complexe que les systèmes de Bichat.
Celte conception d'ungrou|>ede tissus de subslaoce conjonctive comprenant les tissus conjonctifs. cartila;;ineux, osseux, etc., repose sur un fait inexact: l'absence de fibres dans le tissu coigonctif. Ces fibres existent et ne sont plus niées par personne. Mais ce ne serait pas une raison suffisanté pour faire rejeter le groupe des tissus de substance conjonctive, si ce groupe était naturel ; et Ton reconnaît bien à la lecture des passages relatifs à ces généralités chez notre auteur et dans le livre de Kœlliker combien on doit forcer les faits pour faire rentrer divers tissus dans ce groupe véritablement artificiel. L'argument le plus fort, que Ton faisait valoir jadis, reposait sur des rapports de développement entre les trois tissus fondamentaux du groupe : les tissus conjonctif, cartilagineux et osseux. Aujourd'hui nous savons que le tissu osseux ne se forme jamais directement des tissus fibreux et cartilagineux.
Aussi le groupe des tissus de substnnce conjonctive serait déjà abandonné si Virchow n'était pas venu lui donner l'appui de sa grande autorité.
Nous développerons cette importante question daa'^ plusieurs notes à propos du tissu cor^jonctif proprement dit et du tissu osseux. U.