DES ANNOTATIONS
Ckules de b grenouille rousse, du Geophilas loDgtcornis et de la femme, 103.
Cellules épithéhales Tibratiles, 174.
Cellules cartilagineuses en voie de prolifération, 196.
Tendon de la queue d*un rat âgé d'un mois, 277, fig. I.
Tubes cellulaires des tendons de la queue de la taupe adulte, 277, fig. II.
Tendon de la queue d'un rat albinos adulte, 278, tig. m.
Tendon de la queue d'un rat albinos adulte, après quarante-huit heures d'inflanunation, 278, fig. IV.
Coupe transversale d'un tendon de la queue
d'un rat albinos âgé d'un mois , 279, fig. V.
Imprégnation des tendons par le nitrate
d'argent, 280, fig. YI.
Tissu cellulaire de la région inguinale du
chien, 281 , fig. VU.
Fibrilles des muscles thoraciques de l'hj*
drophile, p. 367.
Tunique interne des artères, 470* Reyètement épithélial des villosités de K*in-
testin, 582.
Microtome, 712.
'nl^
(iràce au zMe cl it la palience Ho nombreux savanl», Vaiialamie kumaitie avait acquis un dévi'loppetni'iit ainsidéralilc avant ta lin du a'ii'vle dtniier. Le scalpo) à la main, l'anatomiHtc avait étudié tnutcB Icx pai-ti<'s dans leurs plus petits détails, et ces connaixHanccs répondaient ans exi- {^encos de la pratique. [I -suTlira, je pense, de rappeler ici le nom de So>ininerrin^. L'anatoniie avait parcouru, dans son dmeloppemeiil, les phases que l'esprit humain fait suivre j'i toutes les branches de l'histoire naturelle ; du sein de lous les détails qui la constituaient était sortie une partie générale. Les anatomistes rcconmirenl hlentât que certaines niasses constituantes de notre corps, les os, les cartilages, les muscles, les nerfs, |iar l'M'iNpIe, se présentaient toujours sous la mémo forme; qu'ils cii traient dans )a composition des différentes parties de l'oi'ganisme sans subir de grands changements ; qu'ils jouaient, en un mot, uu rôle de la plus haute iuiportaiH:e iJans la charpente et la structure intime du corps humain. Ce fui là l'origine de Vanatimie générale.
Mais les os, les cartilages, les muscles el les nerfs sont formés, à lew tour, par des parties plus peliles ; îl fallut dune créer de nouvelle» (livi-
sions pour l'ciude de ces éléments. 11 se forma ainsi une nouvelle branche de l'anatomie, Vélude des tissus^ ou histologie. Cette science forme, il est vrai, la partie la plus importante, mais non la plus complète, de Tanatomie générale.
On désigne sous le nom de tissus des masses organiques, constituées par de petits éléments auxquels ils doivent leurs propriétés physiques, chimiques, anatomiques et physiologiques. L* arrangement de ces masses se nomme texture; les petites parties qui les forment portent le nom d^élépieiits; mais ces derniers, qui constituent la structure intime et si admirable du corps humain, sont d'un volume si petit, que les instruments dont se sert Tanatomiste, dans ses dissections ordinaires, deviennent complètement insufiisants ; aussi d'autres moyens sont-ils indispensables. Cependant, les anatomistes anciens étaient parvenus à poser les bases d'une étude des tissus, sans pouvoir, toutefois, pénétrer leur structure intime.. Mais en face des progrès immenses que la science a faits de nos jours, ces travaux n'offrent plus qu'un intérêt purement historique, et ne doivent pas nous arrêter ici (1).
Déjà, à la fin du dix-huitième siècle, l'anatomie générale avait été élevée par un homme de génie à un degré de développement vraiment extraordinaire, quand on songe aux moyens d'expérimentation dont on se servait alors.
Cet homme fut Bichat (2). Il mourut en 1802, à l'âge de trente et un ans, en laissant un nom qui ne s'eflacera jamais des annales de la science. Né à une épocjue d'agitations politiques, excité par les grands et célèbres naturalistes de son époque, je dirais même inspiré par ce génie d'observation exacte dont la médecine de nos jours est si lière, il jeta, tout eu s'appuyant sur le vitalisme de Haller, les premiers fondements de l'histologie. Ce fut a Taide de dissections minutieuses, de Pexamen chimique, d'obsei*vations physiologiques et de Tétude de Tanatomie pathologique, qu'il fonda cette science dont ses successeurs immédiats n'ont pu hâter les progrès, faute de moyens d'investigation (3).
La première période des études histologiques commence et atteint son apogée avec Bichat.
Remarques. — Ueusikger a expose riiisloirc de Thistologic dans son \[\re intilulo : System der Ui8lolo<jne, Eisenach, 1822. — (1) Il faut citer, parmi les premiers hislologisteK, Tanatomistc italien Faloppia, qui vécut de 1525 à 1562. Haller avait dit de lui : c Gm^ didus vir, in anatomc indefessus, magnus invcntor» in neminem iniquus. » 11 considérait comme tissus (partes similares) : 1** les os ; 2* les caïUilagcs; 5" les nerfs ; 4* les tendons ; 5* les aponévroM's, 6" les membranes ; ?• les artèixîs ; 8» les veines ; 9* la graisse, 10* la moelle des os; 11' les organes parenchymateux. Voyez : Lectiones Gabrielis Falloppii de partibus similaribus humani corporis ex diversis exemplaribus a Volcheix) Coiter sumnia cum diligeulia coUectae, ^'o^imbergai, 1775. — (2) Les travaux de Bichat ont pani dans son grand ouvrage intitulé : « Anatomie générale appliquée à la physiologie et à la médecine. » 11 admettait 21 tissus: 1° le tissu cellulaire; 2* le tissu nerveux de la vie animale ; 5" le tissu nerveux de la vie organique ; i' le tissu des artères ; 5** le tissu des veines ; 6* le tissu des vaisse^mx exhalants ; 7* le tissu des vaisseaux lymphali(pies et de leurs glandes; 8* te tissu des os; 9* la moelle des os; 10* les cartilages; il Me tissu
fibreux; 12* le fibro-cartilage ; 13* le tissu musculaire de la vie animale; 14* le tissu musculaire de la vie oi^anique; 15* les muqueuses ; 16* les séreuses; 17* les membranes synoTialeii ; 18* le tissu glandulaire; 19* le deime ; 20* l'épiderme; 21* les poils. — Les points généraux d'observation établis par Bichat devaient senir de modèles à la période suivante. 11 étudie d*al>ord la présence des tissus dans les différentes parties de Torganisme, leur 33()ect extérieur, leur texture, leurs propriétés, leur action physiologique, enfin leur présence, leur formation et leurs transformations à l'état pathologique. — (5) Nous ne ferons que signaler ici quelques noms : Walther, Chaussier, Ma ver, Cloquet, Meckel, Badolphi, Ueusinger, Bédard, E. Webor.
La seconde période de l'étude des tissus est celle de Inobservation microscopique qui permit de reconnaître les différents éléments dont ils sont formés. On lui a donné le nom un peu impropre d'anatomie microscopique. L'ébauche de cette science appartient à une époque déjà loin de nous; mais son développement scientifique est une œuvre toute moderne, et les fondateurs de Thistologie existent encore pour la plupart.
Trois peuples (Ij, les Anglais, les Hollandais et les Italiens, se disputent I honneur d'avoir inventé le microscope, cet instrument qui nous a fait découvrir le monde des infiniment petits. Mais on sait aujourd'hui qu'un fabricant de lunettes hollandais, /. Janssen, fabriqua, en 1590, le premier de ces instruments. Aussi, est-ce à tort qu'on attribue cette invention à Drcbbel, Galilée et Fontana. On sait également qu'avant le milieu du dii-septième siècle, il existait déjà un grand nombre de microscopes, qui senaielit à des observations scientifiques.
Marcello Malpighi (1628-1694) et Anton van Leeuwenhoek (1632-1725) sont regardés comme les fondateurs de ranatoniie microscopique. Le premier (2) de ces observateurs étudia le cours du sang, les glandes et le poumon; le second, muni d'instruments très-incomplets, mais doué d'une iwlience à toute épreuve, aperçut le premier les éléments de plusieurs tissus. Cependant les travaux de Leeuwenhoek répondaient plutôt à un pur esprit de curiosité, qui était, du reste, celui de son époque, qu'à un principe bien arrêté et à une méthode vraiment scientifique. On considérait tout cela comme des découvertes merveilleuses, parce (jue l'œil nu n avait pu rien y apercevoir d'extraordinaire jusqu'alors. Leeuwenhoek est, pour ainsi dire, le représentant de l'enfance de Fanatomie microscopique, car il manquait aux travaux du Hollandais ce qui caractérisait si bien les observations de Bichat, c'est-à-dire la réunion des détails en un tout scientifique. Ajoutons à ces deux noms ceux de Swammerdam (1657- 1685) et de Ruysch (1658-1 751), les inventeurs des procédés d'injections, et nous aiTiverons à lépoqiie de l'invention du nouveau microscope.
Les instruments anciens étaient fort incomplets et très-incomihodes ; Leeuwenhoek lui-même ne se servait que de sinq)les lentilles. On comprend ainsi que le microscope, cet instrument d'un maniement si difficile, ait été, dans les mains de ses successeurs, une véritable source d'erreurs.
4 TRAlTfi DHISTOLOGIË ET DlIlSTOCHrMlE.
Il n'est pas étonnant non plus de voir un homme comme Bichat fonder l'anatomie générale sans ce moyen d'exploration.
Remarques. — (1) Voyez : Hartirg, Je Mirroscope. Traduit du hollandais par W. Theile, 2" édil., Bruns\kick, 1866» vol. 5, p. 20. — (2) Marcëlli HALPionii Opora oinnia, Londini, 1686, et Œuvres posthumes, Lond., 1697. — (5) Les travaux de Leeuwcnhoek so trouvent dans les Phih)sophical Transactions, et dans ses Opéra omnia, Lugd. Bat., 1722 ; Arcana natune détecta, Delp., 1695; Conlinuatio arcanoiiim naturce detectoiiim, Lugd. Bat., 1722, etc.
Une nouvelle phase s'ouvrit pour Thistologie dans le milieu du siècle dernier avec la découverte des lentilles achromatiques. On attribue cette invention au Hollandais van Deyl et à Topticien allemand von Fraunhofer (1807-1811). Le microscope si incommode et si infidèle des siècles précédents se transforma dans l'instrument sûr et commode de nos jours.
Le nouveau microscope, accueilli par une jeunesse enthousiaste, conduisit bientôt une série d'observateurs distingués à la découverte rapide des parties essentielles de Thistologie. Qu'il suffise de rappeler ici les noms d'Ehrenberg, Millier, Purkinje, B. Wagner, Valentin et llonle, auxquels vint s'ajouter un nombre considérable de jeunes travailleurs.
L'histologie ancienne, non microscopique, avait eu son Bichat; l'histologie nouvelle fut assez heureuse pour compter parmi ses premiers souliens un des travailleurs les plus infatigables, Th. Schwann. Cet observateur montra, en 1859, que la cellule est le point de départ de toutes les parties de l'organisme, et il suivit la cellule dans ses transformations cn'lissus. Si quelques détails étaient déjà connus avant les travaux de Schwann, si même on peut lui reprocher quelques erreurs, il aura toujours la gloire d'avoir tiré cette idée fondamentale du milieu de tous les détails où elle se trouvait enfouie. Il faut donc considérer Schwann comme le fondateur de Vhistofjenèse ou de Tétude du développement des tissus, cette partie si importante de notre science, à laquelle Reichert, Kœlliker, Reniark et autres ont fait faire de si grands progrès.
Bientôt quelques histologistes séparèrent de l'étude de l'organisme normal celle des altérations pathologiques des tissus, et formèrent ainsi inie nouvelle branche d'histologie. Le fondateur de l'histologie patlu)logi(|ue est. F. Mûller, et aujourdlnii Virchow est un des représentants les plus considérables de cette science.
De même que F histologie pathologique, l'histologie comparée constitue un des suppléments les plus indispensables dans l'étude de la structure des tissus. Malgré des observations nombreuses et des recherches admirables, cette partie de la science se trouve encore dans l'enfance. Miillcr, Siebolfl, Kd'lliker, Leydiget d'autres ont obtenu dans cette voie d'importants résultats.
HiiiiAKQtLS. — (1) Pour l'histoire du microscope, voyez IIarting, 1. c, p. 602. — L:« description, l'emploi du microscope, ont été l'objet de travaux nombreux et >pé' iaux dans
ces dernières années. Nous citerons on particulier : J. Yogel, Conseils sur Vemploi du microscope et de l'analyse %oochimique, Ânleitung zum Gi^braucbe des Mikroskops und zur zoochcmischen Analyse, Leipzig, 1841 ; Purkinje, article Microscope dans le Dictionnaire de physiologie de Wagner, vol. U, p. 411, 1845; H. von Mohl, Mikrographie et emploi du microscope, TiJbingen, 1846; C. Robin, Du microscope et des injections, Paris, 1849 ; Qdeckktt, A practical treatise on the use of the microscope, London, 1848; Haxnover, Le microscope, sa construction et son emploi, Leipzig, 1854; Uarting, ouvrage déjà cité; >V. C^rpenteb, The microscope, third édition, London, 1862 : H. Schacht, Le microscope et son application, Berlin, 1862 ; L. Beale, Ilow to work vrith the microscope, London, 1865 ; ouvrage du même auteur, The microscope in ils application to practical medicine, London, 1858 ; H. Fret, Le microscope et la technique microscopique, 5' édit. Leipzig, 1868; Njsgbli et G. Schwenderrr, Le microscope, sa théorie, son emploi, Leipzig, 1867 ; L. DiFPSL, Le Micmscope et son emploi. Brunswick, 1867. — (2) Les travaux de Scbwann sont renfermes dans un petit ouvrage intitulé : Observalions microscopiques sur la conformité de structure et de développemement des animaux et des plantes, Mikroskopische Untersuchungen tiber die Uebereinstimmung in der Structur und dcm Wacbsthum der Thiere und Pflanzen, Berlin, 1859. — (5) La littérature histologique est presque exclusivement allemande ; elle est surtout le fruit du travail allemand ; Dous ne citerons que les ouvrages les plus spéciaux. Parmi les anciens auteurs, nous trouvons, E. H. Webeb, dans TAnalomie humaine de Hildebrandt, 1 vol., 1830 ; R. Wagner, Tnité d'anatomie comparée, Leipzig, 1854 et 1855; ensuite Bruns, Traite d'anatomie générale de l'homme, Brunswick, 1841 ; S. Henle, Anatomie générale, Traité des principes immédiats et éléments du corps humain, Leipzig, 1841 (C'est l'ouvrage le plus important de cette époque, et aujourd'hui même il est encore indispensable.) ; G. Yalertin, Article «Tissus de l'homme et des animaux, » dans le Dictionnaire de physiologie, vol. I, p. 617, 1842 ; J. Gerlach, Traité d'histologie générale et spéciale de Vhomme, Handbuch der all^emeinen und speziellcn Gewebelehre des menschlichen Kôrpers, Mayence, 1848; ^édit., 1854; A. Kœllirer, Éléments d'histologie humaine, 5* édit. I^eipzig, 1867; Th. vonHbssung, Éléments d'histologie générale et spéciale de VhommCy Gnindziige der %eiDeinen und speziellen Gewebelehre des Menschen, Leipzig, 1867. — Parmi les Iraîaux étrangers, nous citerons : Todd and Bowmann, The physiological anatomy and physiology of man, London, 1856, 2 vol.; L. Beale, Structure des tissus de l'homme, traduit par V. Canis, Leipzig, 1862 ; Bendz, Haandbog i den almindelige Anatomie med Mdijrt Hensyn til Menncsket og Huusdyrene, Kjobenhavn, 1846 et 47 : C. Morel, Traité élémentaire d'histologie humaine normale et pathologique, avec atlas, Paris, 1864. — Le meilleur atlas pour l'étude des tissus est sans contredit l'édition des « Icônes physiologicae » ♦dp Wagner, publiée par M. A. Ecker ; vient ensuite l'Atlas d'histologie générale de Th. V. Hessling et J. KoUmann; des photographies d'après nature de J. Albert, 2 livraisons, Leipzig, 1860 et 61. Comme compte rendu annuel nous possédons celui de ïieydig. Hessling, Frey et Schweigger-Seidel dans la Revue de Canstatt, puis celui de Henle dans le ioomal de médecine rationnelle de Henle et Pfeufer ; enfin, celui de Reicherl dans les Archives de Muller. — Comme premier essai d'un Traité d'histologie comparée, nous citerons : F. Lbtdig, Traité d'histologie de rhomme et des animaux; Lehrbuch der Histologie des Menschen und der Thiere, Francfort, 1857 ; puis un ouvrage sur la structure da corps des animaux, par le même auteur, Tûbingen, 1864, 1 vol. avec atlas. Kœlliker a également publié, sous le titre de : « Icônes histiologicaî, » un trés-bel atlas dont la première livraison a paru à Leipzig en 1864. — Pour l'Histogenèse, nous avons : R. Rbmack, itîuies sur le développement des vertébrés, Untersuchungen iiber die Entwicklung di\s Wirbelthiere, Berlin, 1855. Cet ouvrage est d'un grand mérite. — Parmi les travaux d'histologie pathologique, nous citerons ceux de J. Moller, Sur la stmcture intime et les (ormes des tumeurs, Ueber den feineren Bau und die Formen der krankhaften GeschwUlste, Berlin, 1858 ; L. Vogel, Anatomie pathologique du corps humain, Leipzig, 1845 ; H. Lbbert, Physiologie pathologique, Paris, 1845, ainsi que son atlas d'anatomie pathologique, Paris, 1857; C. Wedl, Fondements d'histologie pathologique, Vienne, 1855; A. Fœrster, Traité d'anatomie pathologique avec atlas, Leipzig, 1865; Th. BiuRorn, Contributions à Vhisto^
logie pathologique, Beitriigc zur pathologischcn Histologie, Berlin, 1858. — Les travaux de R. Virchow se trouvent en partie dans ses An^hivcsde physiologie et d'anatomie pathologique et de médecine clinique, en outre dans les comptes l'endos de la Société médicale de Wûrxhourg ; voyez également ses travaux sur la médecine scientifique, Francfort, 1856 ; Traité des tumeurs en 3 vol., Berlin, 1865-1867; La pathologie cellulaire, 5* édit., Berlin, 1861.
Nous avons vu, dans les chapitres précédents, que la connaissance de la structure anatomique des tissus est due à des recherches toutes modernes. Mais Vhistochimie^ ou chimie des tissus^ est une science d'origine beaucoup plus récente encore. L'histochimie est, en effet, Tapplication immédiate de la chimie organique; elle a dû suivre cette science dans son développement, et n'a pu, du reste, se former que par la connaissance des combinaisons organiques en général.
On avait déjii une idée des substances organiques dans Tenfance des études chimiques; mais leur notion vraiment scientifique dut suivre la connaissance exacte des substances inorganiques et de leurs combinaisons. Il n'a été possible de pénétrer avec succès dans le domaine si aride et si difficile de la chimie organique, qu'après avoir étudié et posé les lois les plus importantes de la chimie inorganique.
Il est vrai de dire que Scheele (1 742-1 786) avait déjà fait, dans le siècle dernier, des découvertes de la plus haute importance dans cette voie nouvelle : il avait reconnu l'existence d'un certain nombre d acides végétaux, de la glycérine, de l'acide urique, de Tacide cyanhydrique ; mais ce n'était là que des découvertes isolées, dont Vapplication était réservée à l'avenir. Lavoisier (1743-1794), en introduisant dans la chimie l'analyse quantitative; Priestley (1 755-1804), en découvrant l'oxygène, ouvrirent une période scientifique nouvelle en remplaçant la théorie du phlogistique par des études plus exactes. Aujourd'hui, la balance en main, le chimiste pose les lois des combinaisons chimiques, reconnaît les éléments dont sont composés les corps organiques, parvient à comprendre les poids équivalents et atomiques. La découverte de nouveaux moyens d'investigation avait fait faire de rapides progrès à l'anatomie microscopique : le génie de Lavoisier vint de même renouveler toute la chimie, la placer sur des bases nouvelles; et, entraînée par le courant rapide du progrès, cette science devait s'étendre et grandir en peu de temps.
Nous ne poursuivrons pas ici la marche des développements de la chimie; nous ne ferons que signaler les détails les plus importants (1).
Vauquelin (1765-1829), Fourcroy (1755-1809), découvrirent de nouvelles substances organiques, étudièrent la composition de l'urine. Proust (1755-18:i6) fit ses recherches dans la même voie. En 1815, Gay-Lussac (1788-1852) découvrit le cyanogène, substance organique dont les combinaisons ressemblent à celles des éléments organiques. Il établit ainsi la théorie des radicaux organiques, qui{devait se développer entre les mains
LNTRODUCnON. 7
d'autres obsenrateurs. Thénard (1777-1857) dota également la science de découvertes importantes dans le domaine de la chimie organique et animale. En 1825, Cheyreul publia son remarquable travail sur les graisses animales. L'analyse élémentaire, si complète aujourd'hui, avait été préparée par Gay-Lussac et par Thénard, et avait permis d'établir les relations quantitatives des différentes substances organiques.
Berzelius (1779-1848), le plus grand cliimiste de son époque, donna à la chimie un essor brillant ; la connaissance des substances organiques acquit cette exactitude qu'elle possède aujourd'hui; c'est lui aussi qui étudia les équivalents des corps organiques. Il doit être considéré comme le véritable fondateur de la chimie animale. Mitscherlich (né en 1796) découvrit, à la même époque, Fisomorphisme. Enfin, parmi les chimistes encore vivants, nous trouvons en première ligne Liebig (né en 1805), qui a rendu à la science d'immenses services, non-seulement en étudiant les combinaisons organiques, mais encore en vulgarisant la chimie par ses remarquables leçons populaires. Il est le fondateur de la chimie physiologique et de l'analyse élémentaire actuelles. Wœhler (né en tôOO), le collaborateur plein de talent de Liebig, étudia, en 1828, la composition de Vurée ; cette découverte remarquable devait faire comprendre la formation des substances organiques dans le sein de l'organisme.
Remarques. — (1) Voyez : Histoire de la chimie, par Kopp, Bininswick, 1844-47, 2 vol. Bistoirc de la chimie, par J. H(efer, Paris 1867, 2 vol. in-8. 2* édit.
On désigne sous le nom de zoochimie la connaissance des différentes substances qui se rencontrent dans l'organisme, l'ensemble de leur constitution, de leurs propriétés, de leurs transformations, etc. L'application de la zoochimie à Tétude des fonctions de l'organisme et des phénomènes chimiques de la vie constitue, sinon d'une manière exclusive, du moins pour la majeure partie, la chimie physiologique. Ces deux branches de la science ne devaient se former qu'après le complet développement de la chimie.
VlUstochimie est une application spéciale de la zoochimie et de la chimie physiologique à l'étude des tissus qui forment le corps humain. Cette partie de la science s'occupe de la constitution chimique des éléments et des tissus, des substances qui les composent, de leur mode de pénétration, de leur origine, de leur valeur dans les fonctions des éléments et des tissus, de leurs transformations, de leur substitution, de leur élimination, etc.
Les premières bases de l'histochimie sont à peine posées. De grandes difficultés, il est vrai, s'opposent à son prompt développement. Les moyens dont se sert le chimiste pour séparer les éléments d'un tissu sont, en effet, assez grossiers quand on les compare à l'analyse anatomique, devenue si fine, si minutieuse depuis l'invention des nouveaux microscopes.
Rien de plus facile, par exemple, pour le micrographe, que de distinguer dans la cellule, cet clément le plus ordinaire de l'organisme, une enveloppe^ un contenu, un noyau, des nucléoles : l'analyse chimique est obligée de s'arrêter en face de si petits détails. La plupart des tissus, par leur nature composée, s'offrent presque toujours au chimiste sous la forme d'un assemblage d'éléments multiples qu'il ne saurait séparer avec les moyens qu il a à sa disposition (1).
Il ne faut donc pas trop demander encore à riiistochimie do nos jours. Mais il serait fort injuste, à coup sur, d*oubhcr toutes les découvertes de cette branche de la science, à cause des lacunes qu'elle présente. L*ctude vraiment scientifique de l'histologie doit, reposer sur la connaissance du mélange des différents éléments, si elle ne veut point s'exposer à se perdre dans de purs détails de forme. L'histochimie repose sur l'observation exacte des rapports anatomiqucs des tissus : elle doit être le complément indispensable de l'histologie.
Les savants qui se sont distingués d'une manière toute particulière dans cette branche de la science, sont : Mulder, Donders, C. Schmidt, Lehmann, Schlossbergcr, etc. Ce dernier a publié le premier traité d'histochimie (2) •
Remarques. — (1) Étudier la stmcluro d'un tissu sans microscope est chose impossible ; il en est de même pour Texamen chimique d'organes tout entiers ; quand on ncj^ligo la structure intime, l'analyse chimique ne saurait fournir aucun résultat sérieux sur la composition chimique du tissu, bien que les analyses de ce genre puissent être très-importantes et très-utiles pour la chimie physiologique et pour des tableaux statistiques. Mulder avait proposé, il est vrai, une méthod(> assez incomplète, mais à l'aide de huiuelle on pouvait étudier la constitution chimique des tissus. Cette méthode consistait à dissocier les tissus simples par des réactifs, acides et bases, de numièi-e h obtenir, par les produits de décomposition, l'analyse des différents éléments du tissu. Aujourd'hui, on se seil d'un autn' mode d'expérimentation qui se trouve aussi en défaut dans bien des cas. 11 consiste a unir l'analyse microscopique a Fexamen chimique du tissu ; on peut suivre ainsi les différents changements qu'il subit sous l'influence des différents agents chimiques. Mulder et Donders ont les premiers signalé ce mode d'examen. Enfin l'étude des produits d(^ décomposition physiologique promet encore de fournir à rhistochimie des donnét^s fort précieuses. — (2) Ilenle a résumé dans son Anatomie générale les premières notions d'histochimie. Tous les nouveaux traités d'anatomie microscopique ont traité cette science en marâtre. Les ouvrages les plus importants de chimie de tissus sont ceux de : Mulder, Essai de chimie physiologique générale, Versuch einer allgemeinen physiologischen Chomie, Brunswick, 1844; la troisième partie du Traité de chimie physiologique de LeniiAiiN, Leipzig, 1853, ainsi que la Zoochimie, Ileidelberg, 1858, et le Manuel de chimie physiologique, Leipzig, 1859, du même auteur; Scblossberger, Chimie des tissus animaux en générale DieChemie der Gewebe des gesammten Thierreichs, Leipzig et Heidelberg, 1856; voyez Gorup-Besanrz, Traité de chimie physiologique, Brunswick, 1862 ; F. Hoppe, Traité d'analyse zoochimique, physiologique et pathologique, Berlin, 1865. Citons enfin le remarquable travail de W. Kuhnb, Traité de chimie physiologique, Lehrbuch der physiologischen Chemie, Leipzig, 1866-68. Comme atlas, nous recommanderons celui de 0. Fdnkb, Atlas de chimie physiologique, Leipzig, 1858.
Il nous reste a donner quelques détails sur le plan de notre ouvrage. L'histologie et Thistochimie réunies, c'est-à-dire l'étude de la structure intime des tissus et de leur composition chinii({ue, constituent Tune des bases fondamentales les plus solides de la physiologie et de la pathologie. Xous avons divisé notre travail en trois parties.
Dans la première partie^ nous traiterons des substances qui forment le corps de l'homme et des animaux, et de leurs rapports histologiques et physiologiques. Dans un second chapitre, nous parlerons des unités organisées du corps, des éléments des tissus, de leur forme, de leur mélange, de leur signiîication, de leur développement, de leur destination : ce sera Yhistologie ijénérale et Xhistochtmie.
Dans la seconde partie^ nous exposerons l'histologie proprement dite, le rapport anatomique et le mélange des différents tissus. Nous verrons ainsi comment les éléments étudiés dans la première partie se réunissent pour former des masses plus considérables. Nous parlerons en même temps des propriétés physiologiques et du développement des différents tissus.
Dans la troisième partie enfin, nous verrons comment les différents tissus forment, par leur union, les organes et les systèmes du corps humain. Ce sera Yhistologie topographique.