‹ Traité d'histologie pratiqueChapitre 142 sur 489 · NERFS DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

NERFS DE LA CORNÉE

trouve aussi des cellules fixes occupant leurs intervalles. Une telle cornée a donc essentiellement la constitution du derme non remanié par les vaisseaux (fig, 768).

Dans cette cornée (de même que dans celle des Raies), on trouve aussi développée au maximum la « formation suturale » découverte par Ranvier (1). Elle est constituée par une série de fibres qui, partant de la membrane de Bowman, s'étendent à travers les lames cor néennes, perpendiculairement jusqu'à la membrane de Descemet. Ces fibres représentent ici le système d'enveloppes des faisceaux fibreux qui, lorsque ceux-ci sont gonflés, se réduisent par retrait en fibres annulaires ou spirales à leur pourtour, et envoient des cloisons discontinues à leur intérieur. Leur disposition est à peu près la même que dans le derme facial des cyclostomes, également doublé d'une vitrée sur ses deux faces. — J'ai insisté sur tous ces détails afin d'en dégager ce fait important: c'est que la cornée n'étant au fond qu'un cas particulier de la peau, elle a beaucoup de chances de reproduire le dispositif terminal, tant intra-épithélial qu'interstitiel, des nerfs sensitifstégumentaires en général.

TermlBalsons nerveuses sensltlves dans la eoraée. — La COrnée

est pénétrée par un grand nombre de filets nerveux (2) fournis par le trijumeau (branche ophtalmique de Willis), par conséquent exclusivement sensitifs. Les nerfs abordent la cornée par sa marge, en suivant d'abord les vaisseaux sanguins. Chez la plupart des animaux (Salamandre, Grenouille, Lézard, Cochon d'Inde), on voit (3) que les arcs vasculaires et les branches nerveuses sont étages sur le bord à partir de la lame la plus antérieure en s'engageant de moins en moins dans Tépaisseur de la cornée. Des fibres nerveuses à myéline, se dégagent des arborisations cylindraxiles plexiformes du type de Remak, superposées également dans la cornée en ordre décroissant : c està-dire que les mailles de l'arborisation sont de moins en moins riches à mesure qu'on descend dans la profondeur. Chaque arborisation plexiforme occupe un espace interlamellaire et réalise un c plexus fondamental ». 11 y en a de la sorte une série. Chez le Lapin, le plexus fondamental le plus superficiel, bien décrit par Hoyer (4) et qu'on appelle pour cette raison plexus de Hoyer, s'étale sur la lamelle cornéenne la plus antérieure sous la membrane de Bowman; il occupe

(1) Ranvier, Leçons sur la cornée^ p. 138.

(2) Chez rHomme, il y a quarante à quarante- cinq troncules nerveux, provenant des nerfs ciliaires antérieurs, qui pénèlrcnt aa pourtour de la cornée et s*engagent dans le limbe.

(3) Cornée traitée par la méthode de l*or et étalée à plat.

(4) HoYBa, Ueber die Nervender Hornhaut (^A rc/i. f,mikr, Anat.^i. IX, p. 220, 1873).

1030 PLI5XUS DE IIOYER. - PLKXUS EX ZIGZAG.

toute la surface de la cornée (1), qu'il recouvre comme d'un tileL Les travées sont formées par des faisceaux de fibrilles nerveuses, et les points nodaux des entrelacs de celles ci sont très compliqués. Les fibrilles s'écartent, se rejoignent de mille manières ; puis elles se groupent derechef en fascicules, qui vont rejoindre d'autres points nodaux en dessinant des mailles irrégulièrement quadrangulaires. Le long des fascicules nerveux et au niveau des points nodaux, sont disposés des noyaux de fibres de Remak. Le plexus de Hoyer est donc formé par des fibres de Remak ; ses travées et ses nœuds sont entourés d'une gaine de Henle découverte par Durante {2). Cette gaine, qu'il est facile d'imprégner d'argent sur la face antérieure delà cornée de la Grenouille, se termine en s'effilant lorsque, des travées de Remak, se dégagentles arborisations fibrillaires. A ce niveau, la dernière cellule endothéliale tourne et affronte ses bords comme uue feuille de papier roulée en cornet (Eloui).

Considérons d'abord les terminaisons intersiitielles. — Elles proviennent en majeure partie des arborisations de Remak, élagues dans répaisseur de la cornée et occupant les espaces interlamellaires marginaux en s'étendant de moins en moins dans le limbe à rm^sure qu'on s'approche de la limitante postérieure. Les branches nerveuses fibrillaires, c'est-à-dire dépourvues de gaine de Henle et de noyaux de Remak, marchent en divers sens à travers le tissu conjoncLif cornéen et se répandent partout soit en se relevant, soit en s'eDfonçatitdu côté de la lame de Descemet. Sans aucune règle, elles suivent les lignes interlamellaires ou les fentes linéaires dans Tépaisseur des lamelles ; ou bien encore elles trouent celles- ci droit ou obliquement pour passer d'un étage à un autre. Celles qui suivent les fentes changent souvent de chemin de lamelle en lamelle. Adoptant successivement la voie d'une fente longitudinale, puis d'une transversale, enfin derechef celle d'une fente longitudinale, elles se plient en zigzag ou en escalier (fig. 769) : c'est pourquoi je les ai appelées (t fibres nerveuses scalariformes », et aussi pourquoi Ranvier nomme leur intrication plexiforme « plexus en zigzag ». En réalité, les branches de l'arborisation fibrillaire, qui font suite aux travées de Reinak et constituent parleurs concours rares une intrication prètermînale, se jouent de la disposition si régulière des lamelles cornéennes et Je

(1) On enlève une cornée sur le Lapin qu'on vient de i?acrifier; on U îaîase quelque temps se gonfler dans Teau distillée, puis ou la traite par la métho^îe de Tor suivant les procédés ordinaires (jus de citron, etc.). Le gonflement dans l'eau tavori*a risolemeotde la limitante antérieure (après enlèvement de Tépithélium auttn'ieur), par clivage de cette lamelle mince. J'ai pu de la sorte, avec Eloui, déga^^er îe plexus entier imprégné avec une admirable pureté et l'étudier analyliiju émeut.

(2) Durante, Sulla terminazioae dei nervi nella c jrnea (Ricierck, fat te nel Ittb^ ili anatomia normale d, Università di Ronia, iiS72^ Rome, 1873).

FIBRES NERVEUSES SGALARIFORMES.

leurs fentes linéaires. Elles croisent ces fentes, les suivent, les quittent, rentrent dans un autre système de fentes ou suivent obliquemeat ou droit les espaces virtuels interlaraellaires.

C'est des branches du « plexus en îcigzag », qui sont elles-mêmes

FiG. 769. — Plans successifs des fentes linéaires de la cornée de la Grenouille. (Chlorure d'or.) — Les nerfs scalari formes suivent les fentes linéaires,

1, 1, !, i>lan 8uperiîci»l; — 2, -2,2, plan moyen; — 3, :<, 3, plan profond; — A, A, fonte linéaire passant au-dessus d'an confluent lacunaire et devenant profonde nu haut de la ligure;— B, cellule flxo croisée en avant par une fent«i linéaire du système 1 el en arrière par une fente du syslèui'î -2 'la fenf.e de la lame de la voûte et celles du plancher du confluent lacunaire no sont pas parallèles ot appartiennent à un système ditrérent ; — G, cellule fixe contenue dans un confluent lacunaire du système 2; — D, oellule tixo d'i plan profond sysi. :}i.

formées par des faisceaux de fibrilles, que se dégagent les ramuscules délicats véritablement terminaux. Ceux-ci sont constitués d'abord par des fascicules comprenant un petit nombre de fibrilles nerveuses qui continuent à concourir entre elles pour former des chiasmas ou des points nodaux de plus en plus réduits, et qui souvent développent ceux-ci par hasard à la surface de certaines cellules fixes. Il se

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