TERMIN.VISONS SENSITIVES INTERSTITIELLES
dégage de là des tiges terminales qui, après s'être bifurquées ou non, finissent en un point quelconque de leur trajet par une extrémité libre dépourvue de renflement en bouton. La terminaison se fait soit dans une ligne interlamellaire, soit dans une fente linéaire, ou enfin au niveau d'une cellule fixe : l'extrémité de la fibrille nerveuse étant prise dans une fente linéaire de la voûte ou du plancher du confluent lacunaire qui répond à celte cellule. C'est cette dernière disposition qui a conduit autrefois Izquierdo et Waldeyer à admettre que les nerfs se terminent dans le protoplasma des cellules fixes (1). Une observation attentive, en particulier celle qu'on peut faire à l'aide du
(1) TzQUiBRDO (Beitràge zur Kenntniss der Endigung der sensiblen Nerven, Strasbourg, 1879), puis 'Waldstersoii maître (Ueber die Endigungsweise der sensiblen Nenren, Arch.f.mikr. Anat., t. XVII, p. 367, 382) ont soutenu cette opinion. Ranvibr, qui d*ailleurs ne se prononce pas catégoriquement sur la façon dont prennent fin les nerfs dans le tissu propre de la cornée, range à tort Eloui, et par conséquent moi-même puisque j'ai dirige son travail, également dans la catégorie de ceux admettant que les fibrilles nerveuses sensitives se terminent à ce niveau dans les cellules fixes (Traité techn. d^histol,^ 2* édition, p. 666). Je tiens donc à répéter textuellement ici ce que j*ai dit à ce sujet dans la thèse d'ËLOUi quant aux branches nerveuses : <c Certains de leurs filaments abordent des cellules fises, se perdent dans la masse graniteuse de ces dernières, et on ne les en voit pas ressoi'tir, bien que tous les filaments proloplasmiques des cellules fixes soient exactement imprégnés par l'or. Mais on ne voit pas non plus ces filaments se terminer par un bouton au sein du corps protoplasmique; ils se perdent simplement dans la masse granuleuse, tandis que d'autres filaments, branchés avec eux en Y, filent plus loin que la cellule fixe. Ce sont évidemment de pareilles images qui ont conduit Izquierdo et Waldeyer à admettre que les nerfs se terminent dans le protoplasma des cellules fixes... Mais s'agit-il ici d'une véritable terminaison ? Nous ne saurions être affirmatif sur ce point. Quand les arborisations nerveuses se terminent dans des organes spéciaux, elles vont les chercher par un trajet déterminé et ne semblent pas les rencontrer {>ar hasard. Au lieu de se terminer dans une fente ou dans un espace interfasciculaire petit, situé sur leurs parcoure, les fibrilles nerveuses peuvent très bien faire de même au niveau des cellules fixes. Elles sont simplement à un stade de leur végétation, stade qui finit précisément au niveau d'unecellule fixe. » (Thèse d' Eloui, p. 12 i, 125.) — En revanche, Eloui est 1res affirmatif en ce qui regarde les extrémités libres, dont il admet l'existence comme règle du dispositif terminal (p. 123). Je trouve de mon côté qu'il n'y a rien du tout à changer à ces conclusions, formulées il y a près de dix -huit ans. Four observer sûrement les terminaisons libres, Eloui a eu recours à rétude de la cornée de la Grenouille faite par la méthode de l'or, en portant l'observation sur l'arborisation nerveuse, très i-iche, située entre la lame de Descemet et les lamelles cornéennes les plus profondes. Là, les fibres de Remak forment un plexus fondamental aussi net que le plexus de Hoyer du Lapin sur la face antérieure de la cornée. Une telle disposition (qui n'existe pas chez les mammifères) permet de cliver la membrane de Descemet avec les lames profondes qui la doublent et de trouver à coup sûr, entre cette membrane et le plan de clivage, une série de terminaisons nerveuses puisque les nerfs n'abordent jamais la membrane de Descemet. 11 convient de ne tenir compte que de celles tout à fait voisines de cette membrane, qu'on dispose en haut. 11 est facile d'observer le dispositif nerveux à travers elle, car elle est d'une transparence absolue sur les cornées de Grenouille convenablement traitées par l'or.
TaRMlXA-lSONS DBS NERFS DANS L'ÈPITUÉUUM ANTÉRIEUR. 1033
bleu dd méthylène direct, montre qu*il n'en est rien. Les arborisations terminales, toujours perlées, se fixent en un point quelconque, soit dans une fente, ce qui est plus fréquent, soit au-dessus d'une cellule cornéenne, ce qui est plus rare, par leurs extrémités qui finissent par une perle parfois un peu plus accusée que les autres. Toutes les fibres nerveuses se terminent dans le tissu conjonctif cornéen par des extrémités libres^ après s'êir^e plus ou moins arborisées et intriguées les unes avec les autres.
Ce fait est de haute imporlance, parce qu'il permet de supposer qu41 se reproduit dans le derme et en général dans toute l'étendue du tissu conjonctif. En ces derniers points, il est vrai, la méthode du chroraate d'argent et celle du bleu de méthylène ne révèlent que des dispositifs terminaux par des extrémités libres; ou plutôt elles fournissent des images permettant de supposer qu'il en est ainsi. Mais on n'est jamais alors absolument sûr, comme dans la cornée dont la structure est simple et dont le tissu conjonctif est transparent, de n'avoir pas affaire à des fibres nerveuses soit rompues, soit incomplètement imprégnées : ce qui, du reste, avec la méthode de Golgi, est presque la règle.
Etudions maintenant les terminaisons des nerfs dans Vépithé- Hum antérieur de la cornée, et nous y trouverons également la clef du dispositif terminal des nerfs sensitifs au sein des épithéliuras de revêtement. De la première assise du plexus fondamental (« plexus sous-basal » de Hoyer), se dégagent chez le Lapin, le Cobaye, etc., une série de branches répondant ï\ autant de faisceaux fibrillaires qui perforent la vitrée en divers points (branches perforantes), puis se résolvent à sa surface, sur la ligne d'insertion de la couche génératrice de l'épithélium antérieur, chacune en un faisceau de fibrilles disposées en queue de cheval. Ces fibrilles, d'abord parallèles entre elles, courent horizontalement entre les pieds des cellules cylindriques en se dirigeant toutes vers le centre de la cornée. Elles forment par leurs concours des points nodaux, et interceptent ainsi un plexus à mailles allongées : c'est le a plexus sous-épithélial» deCoHNHEiM (i). De ce plexus, dont les travées distribuent, par des traits à peu près tous parallèles, les fibrilles nerveuses sur toute la surface d'insertion de l'épithélium cornéen, partent les fibrecs délicates pénétrant dans l'épaisseur de ce dernier. Elles montent droit dans les intervalles des cellules cylindriques. Parvenues dans la zone des calottes (voy. t. II, p. 206), elles se divisent et se subdivisent dans les intervalles de celles-ci, conséquemment en décrivant une série d'arcs. Ces ramules arqués s'entrecroisent de mille façons pour former le « plexus intra-
(1) GoHNHBiM, Ueber die Endigung der sensiblen Nerven in der Hornhaut der Sàngethiere (Ceniralblatt, 1806, p. 401, et Virchow^s Archw, 1867, t. XXXVIII, p. 343).