‹ Traité d'histologie pratiqueChapitre 145 sur 489 · MARCHE DES BRANCHES NERVEUSES DANS LES LIGNES DU CIMENT · texte numérisé non relu

MARCHE DES BRANCHES NERVEUSES DANS LES LIGNES DU CIMENT

ment tranché en faveur de l'opinion première de Cohnheem. Les branches fibrillaires qui montent dans Tépithélium pour se ramifier dans la zone des calotfes marchent simplement dans le ciment intercellulaire qui est ici du type interstitiel, c'est-à-dire liquide ou semi-liquide. Les plus grosses d'entre elles, formées par des fascicules de fibrilles perlées, sont dans ces chemins plongées au sein du plasma de Tépithélium cornéen qui, on le sait (voy. t. II, p. 206), renferme une substance grasse analogue à la myéline. Autour des fibres nerveuses, le plasma s'accumule souvent comme pour leur former un manchon liquide, favorable au maintien de leur très délicate structure et au jeu de leur dispositif perlé. Il en résulte que certaines cellules génératrices longées par les fibres nerveuses montantes, sont creusées en tuile courbe sur le plan-côté correspondant. Le creux étant occupé par le plasma accumulé autour du nerf, celui-ci et la cellule entière se teignent alors fortement par l'acide osmique : et la branche nerveuse paraît, de prime abord, se terminer dans un corps cellulaire en forme de cloche. C'est ce qu'avaient cru v. Thanopfer (1) et ensuite Ditle- VSEN (2) ; et ils avaient conclu à tort que les nerfs sensitifs se terminent dans des cellules tactiles particulières (Endkolben de Merkel). De même, dans la zone des calottes, Inzani, Jullien et Lavdowskï (3) ont décrit des corps particuliers triangulaires où pénètrent les nerfs. Ce sont là encore des confluents des lignes de ciment parcourues par les branches nerveuses, et remplis par le plasma teint en noir sur les préparations fixées par l'acide osmique. Ce dispositif en milieu liquide répond aux dernières voies de marche des nerfs; au delà, les tiges terminales sont étroitement prises dans les lignes de ciment, et

nerfs de la substance propre sont<iIs en rapports organiques avec les cellules de la cornée? — 4<» Y a-t-il des terminaisons nerveuses dans la substance propre? — 5* Quel est le rapport des nerfs avec la membrane de Descemet et son endothéliuni ? — 6° Quelles voies suivent les nerfs pour se ramifier dans le tissu cornéen?

Toutes ces questions sont aujourd'hui résolues, et à peu près toutes dans le sens indiqué par Eloui qui, le premier je crois, montra de fa^on incontestable qu'il existe des terminaisons libres dans l'épaisseur du limbe cornéen et que celles-ci s*eifectuent en des points quelconques de ce limbe. Ranvier (Leçons sur la cornée) était arrivé de son côté à une conception tout à fait analogue du dispositif nerveux. 11 étudiait la régénération des nerfs intra-épitbéliaux qu'il rapportait à des aiborisations libres, et montrait que la cornée ne renferme point de cellules tactiles (Endkolben) telles que les avaient décrites von Thanokfer, Ditlevsen, Inzani, etc. De plus, il établit que le tissu coi'néen ne renferme que des nerfs trophiques (Acad. des sciences, mars 1879).

(1) L. V. Thanoffbr, Beitrâge zur Physiol. und Histol. der Hornbaut des Auges (Virchoto's Arch., t. LXIII, p. 136, 178).

(2) DiTLBVSEN, Nordiskt medecinskt ArkiCj redig, af D^ Axel Key., t. X, n» 5,

(3) Lavdowskï, Das Sâugadersystem und die Nerven der Cornea (Archiv f, mikro9k.Anal., t. VIII, p. 538, 1872).

1036 HOLE DES TERMINAISONS INTERSTITIELLES ET iNTRA-EPlTMèLIALES*

fixées là de façon à devenir solidaires de Tépit hélium, et même k être morcelées et emportées avec lui lorsqu'il desquame. De cette façon, k chaque assise reformée à la surface de répithélium répond une poussée de végétation des arborisations nerveuses engagées dans son épaisseur. Ranvjer (1) a en outre démontré qu*après leur section les nerfs intra-èpithéliaux repoussent en végétant vers la périphérie à la façon d'un arbre rasé au pied. De plus, quand on a coupé les nerfs, la sensibilité de la cornée ne paraît pas diminuée de façon appréciable. RANviERa conclu de là qu'il s'agit ici d'un « appareil de luxe ». L'observation qu'il a faite est très instructive, mais je ne pense pas qu'il faille en tirer cette déduction.

L'expérience de Ranvier met en efifet hors de conteste ceci : c*est que les terminaisons interstitielles par des arborisationy libres et très multipliées engagées dans un tissu homogène, incompressible et élastique tel que celui du limbe cornéen, suffisent à recevoir et à propager de façon à les rendre conscientes et à les rapporter à leur lieu, des impressions sensitives de contact nullenient différenciées et très peu exactement localisées. C'est assez pour amener les réactions de défense et le réflexe producteur des larmea> quand le globe oculaire est touché. Mais (chacun peut faire sur soi-même rexpérience), uu contact ténu et superficiel est perçu avec ses caractères distinclifs quand on touche aussi légèrement que possible, ]ïar exemple avec une soie de porc; et on le rapporte d'emblée à toute la surface. On sait au reste que les impressions faites sur la continuité des nerfs sont rapportées par eux à leurs extrémités. Plus ces dernières donc seront voisines de la surface, mieux la notion de celle-ci, de son lieu précis et de sa sensibilité deviendra consciente* Tel est, à mon avis, le rôle des terminaisons sensitives intra-épithéliales par d6 simples arborisations : elles assurent le sens de la surface extérieure, en reportant la notion du contact aussi près que possible de cette dernière» Les terminaisons interstitielles fournissent des notions de contact plus obscures, et aussi moins bien localisées. Dans la cornée, elles donnent, il est vrai, lieu à des impressions presque tactiles : les nerfs triant pris dans un tissu compact peu différent de ceux qui forment le ï^quelette des organes du toucher proprement dit. Dans le derme ordinaire et dans le tissu conjonctif où il existe des terminaisons nerveuses, il faut, pour les mettre en jeu, des actions intenses; et ce sont ordinairement des sensations douloureuses de heurt, d'écrasement ou de variations thermiques excessives qu'elles traduisent.

Terminaliions sensitives simples dans la peau el les muquruvev «la

t^pe maipighien. — Je m'occuperai seulement des terminaisons intra-

(1) L. ^JiHwiEVi y Comptes rendus de VAcad. des sciences ^mûv^ 1870^1. LXXXVlIf, p. 1087.

TERMINAISONS INTRA-EPIDERMIQUIÎS.

èpidermiques; car, alors qu'on voit un grand nombre de filets nerveux parcourir le derme, on n'est jamais sûr qu'il s'agit là d'une fibre nerveuse sensitive, à moins qu'elle n'aborde les corpuscules du tact dont je parlerai plus loin. Au contraire, toutes les fibres nerveuses engagées dans Tectoderme sont sensitives comme dans l'épithé-

FiG. 770. — Coupe de la peau de la pulpe d'un doigt d'un enfant de huit semaines faite perpendiculairement à la surface générale du tégument. Méthode de l'or.

g^ couche génératrice du corps muqueux do Ma^pighi; — »rï, cellules du corps muqupux ; — gy^ couche graouleuse; — c, couche cornéa «le répidermc; — nn^ branches nerveuses intraepithéliales issues des nerfs qu'on voit ramper dais le derme. Au-dessous delà couche granuleuse (7, elles se terminent toutes dans le corps muqueux et aicune ne dépasse la couche granuleuse.

lium antérieur de la cornée. Elles ont été découvertes par Langer- HANs (1) (fig. 770), et il est facile de les mettre en évidence par le bleu de méthylène injecté sur le vivant (peau des lèvres et muqueuse buccale du Lapin, par exemple) (2). C'est même par là seulement

(i) P. Langbrhans, Ueber die'Nerven der menschlichen Y{di\xi(Virchow's Archiv, t. XLIV, p.325).

(2) Le premier procédé employé par Langerhans était celui du chlorure d*or tel que CoHNHEiM l'avait réglé pour Tétude des nerfs intra-épithéliaux de la cornée, mais il est très incertain. Ranvier (TraiVJ technique d'histologie, 2« édition, p. 691)

Page 1