GLANDES GASTRIQUES MIXTES
Cette diflférence est d'ailleurs acquise : c'est un fait d'évolution par flexion morphologique. A la naissance, les tubules gastriques ne renferment chez le Chien, le Chat, le Lapin, ni cellules principales, ni cellules de revêtement, mais bien, comme l'a fait voir Contejean (1), des cellules toutes de même forme, très analogues à celles des glandes du fond de la Salamandre, de la Grenouille, du Brochet, etc. Peu à peu, au sein de ces cellules une différenciation s'opère, commençant parle fond des tubules. Certaines cellules deviennent claires, arrivent au type séreux et réalisent des cellules principales ; tandis que d'autres prennent progressivement les caractères des cellules de revêtement. Au bout de la quatrième semaine, la différenciation s'est à peu près achevée. Au fur et à mesure qu'on voit augmenter le nombre des cellules principales, on constate que le suc gastrique est de plus en plus abondant en tant que liquide. La fonction séreuse de la muqueuse gastrique est donc liée au développement des cellules principales : ces cellules apparaissent là où, de par le mode d'alimentation, le suc gastrique fluide et aquiforme est devenu une nécessité fonctionnelle.
Le groupement (fig. 870) des cellules principales et des cellules de revêtement dans les tubules gastriques varie considérablement chez les divers mammifères. Par exemple, dans la muqueuse stomacale du Rat (portion digestive), toutes les cellules de revêtement sont rassemblées sur une courte hauteur au-dessous du crypte collecteur, et toute la partie profonde des tubules est exclusivement tapissée par des cellules principales. Chez le Chien, on trouve des cellules de revêtement jusqu'au fond. Chez l'Ane, la séparation des deux sortes de cellules est encore plus marquée. D'autre part, l'étude des glandes gastriques de cet animal jette un jour particulier sur les relations des diverses cellules glandulaires entre elles : j'en dirai donc un mot ici.
Glandes gastriques mixtes de TAne. — Parmi les tubules sécréteurS
groupés chez l'Ane autour d'un seul et même infundibulum et individualisés par un seul et même système de paniers musculaires enveloppants, les uns — et c'est la majorité — sont des tubes sécréteurs renfermant une seule et même espèce de cellules épithéliales granuleuses toutes semblables entre elles, absolument constituées sur le type des cellules glandulaires du Brochet, par exemple. Au sein du groupe de tubes sécréteurs ainsi agminés, il y en à un ou deux, parfois même trois quand la glande est grosse, qui ressemblent beaucoup aux tubes des glandes pyloriques. Us sont tapissés de cellules claires, à noyau refoulé vers la base et excavé en cupule. Us descendent tout droit, pour la plupart, vers la musculaire muqueuse. Dansle voisinage de celle-ci, leur lumière déjà large se renfle en une
(1) Contejean, loc, cit.^^, 32.
i326 CELLULES DES GLANDES PYLORIQUES.
ampoule de dimension variable. De cette façon , l'ensemble du tube prend l'apparence d'un ballon à large ventre et à long col.
Voici donc des glandes gastriques (toutes celles de la région (1) digestive ont cette constitution) où l'on ne saurait distinguer ni cellules principales ni cellules de revêtement, mais bien deux espèces de cellules disposées dans des tubes séparés. Les unes, les cellules granuleuses, ont la constitution des cellules gastriques primordiales des amammaliens et renferment une énorme quantité de granulations zymogènes. Les autres, les cellules claires, ressemblent aux cellules principales en ce qu'elles renferment un petit nombre de granulations protéiques et un grand nombre de vacuoles, et aux cellules pyloriques en ce que leur noyau est placé dans l'élément et configuré comme dans les glandes pyloriques, à la façon de ce qu'on observe dans les cellules mucipares. Cependant ces cellules claires ne sécrètent pas de boules de mucigène .
Sl^iilcalloii hisCologiqne des divers épithéUniiis séerétears gas«
triques. — Il est évident que les cellules claires dont je viens de parler sont des cellules séreuses et non des cellules mucipares. Elles sont tout à fait semblables, en effet, au point de vue de la constitution de leur protoplasma, aux cellules principales des glandes gastriques du Cobaye, par exemple. J'ajouterai que chez le Cobaye, entre les cellules principales à noyau central et celles très nombreuses qui ont leur noyau refoulé vers la base et déprimé en cupule, on trouve tous les intermédiaires. Ces cellules, très délicates et à fonctionnement aussi très actif, emmagasinent leur produit séreux de sécrétion dans des vacuoles régulières, et le noyau se trouve ainsi refoulé et déprimé à la fin des périodes de « mise en charge ». Voilà pourquoi elles ont été d'abord confondues chez l'Ane avec des cellules mucipares (Garel). — Il peut donc y avoir, au sein des épithéliums glandulaires de l'estomac, une évolution de la cellule sécrétoire qui ramène celle-ci à un type de cellule séreuse histologiquement configurée comme une cellule mucipare. Il n 'y a que le mucigène qui manque, mais il manque toujours.
Cela posé, les cellules des glandes pyloriques ne sont elles, comme le soutient Heidenhain, que des cellules principales légèrement modifiées, ou comme le pense Ranvier, que des intermédiaires entre les cellules principales et les cellules de revêtement? Il est incontestable que ces cellules sécrètent de la pepsine chez le Chien, le Lapin, le Cobaye, etc. Le fait est facile à mettre en évidence par la méthode des
(1) Je rappellerai ici que chez TA ne, comme chez le Cheval, Tépithélium œsophagien s^étend au delà du tiers de la cavité stomacale à droite du cardia. La portion gauche de la poche représente fonctionnellement une panse; la portion droite est seule entodermique et prend la signification fonctionnelle d^une muqueuse gastrique.