ABSORPTION DE L*EAU ET DES CRISTALLQIDBS
et devient racias réfringente ; c'est pourquoi Ton voit alors mieux les bâtonnets. Le plateau franchi, Teau et les solutions cristalloïdes^ après avoir pénétré dans la 'portion supna-nucléaire des cellules épithéliales cylindriques, ne tardent pas à passer dans leurs intervalles. C'est alors le ciment interstitiel, intermédiaire aux pieds des cellules, qui leur fournit un chemin colloïde où elles continuent à diffuser pour de là pénétrer facilement dans le tissu conjonctif de la villôsité (1).
Cette absorption de l'eau et des substances diffusibles qu'elle peut tenir en solution se fait avec des élections toutes particulières. Pour démontrer que le plateau des cellules cylindriques constitue un dialyseur électif, il sufdt de rappeler cette constatation d'HEiDENHAiN : à savoir que la résorption des solutions salines se fait en partie contrairement aux lois de l'osmose et de la diffusion. D'autre part, certaines toxines, par exemple le poison de la Vipère, ou bien ne sont pas résorbées, ou bien sont modifiées par les cellules épithéliales de façon à devenir inoffensives. La deuxième hypothèse, celle d'un pouvoir transformateur ou d'une sorte de digestion intercellulaire des substances qui viennent d'être absorbées par l'épithélium, est, du reste, fortement appuyée par les faits qu'on peut observer à propos de l'absorption des graisses dans l'intestin grêle.
Au sujet de cette question qui a donné lieu à des travaux et à des controverses innombrables, je prendrai pour point de départ les observations de Ranvier (2), parce qu'elles sont à la fois les plus récentes et les plus instructives au point de vue histologique. Il est facile de constater, sur les villosités fixées par l'acide osmique chez le Rat mis à jeun deux jours, puis nourri ensuite deux jours exclusivement de noix sèches et d'eau, que tous les éléments cellulaires entrant dans la constitution de la villôsité, sauf les fibres musculaires et les cellules caliciformes, sont chargés de gouttes graisseuses occupant leur protoplasma. Les cellules cylindriques à plateau strié, les cellules connectives rameuses doublant la limitante, les' cellules endothéliales des capillaires embryonnaires et celles des chylifères, toutes les cellules lympjiatiques enfin en sont gorgées. J'ajouterai que les cellules fixes de la couche sous-glandulaire de la muqueuse et, à un haut degré, ses cellules lymphoïdes, en renferment également. En revanche, aucune des cellules des glandes de Lieberkûhn n'en laisse apercevoir nne seule dans son protoplasma. Les glandes tubuleuses de la muqueuse intestinale restent donc étrangères à l'acte de l'absorption de la graisse par la paroi.
(i) Sghîpfkr, cité par R. Heidenhain (loc. citât ^ p. 49). (2) Ranvier, Des chylifères du Rat et de Tabsorption intestinale (Comptes rendus de VAvad, des sciences, séance du 19 mars, p. 621, 1894).
1370 AbSORt>f ION DES GRAISSES.
Le plateau strié des cellules cylindriques ne renferme jamais aucune granulation graisseuse. Et pas davantage on n'en voit d'engagées dans les lignes de ciment polaire réunissant les plateaux entre eux, ni dans les interlignes de ciment répondant aux plans-côtés des cellules audessus de la rangée des noyaux épithéliaux. La graisse n'a donc pas franchi le revêtement épithélial par la voie du ciment. Mais elle a certainement pénétré par celle des plateaux : attendu qu'on trouve une foule de granulations graisseuses très ânes rangées en série au-dessous du plateau, entre les mailles longitudinales du protoplasma de la zone supra-nucléaire de chaque cellule. La difficulté consiste à savoir comment s'est effectuée cette pénétration. Les auteurs qui, comme actuel lement encore Ranvier, pensent que le plateau des cellules cylindriques est parcouru par de fins canaux poreux, admettent que la graisse très finement émulsionnée dans l'intestin peut passer par les canalicules du filtre. Mais le passage serait instantané, brusque comme l'est Tascension d'un liquide quelconque dans un tube capillaire de calibre extrêmement réduit. Ceux qui, au contraire et je crois avec raison, admettent que la striation du plateau est due à des bâtonnets noyés dans une substance homogène, soutiennent plutôt avec Krehl (1) que la graisse est au préalable saponifiée dans le tube digestif, pénètre le plateau par osmose, puis est ensuite ramenée à l'état de graisse par l'action du protoplasma. Quant à l'opinion des auteurs qui voient dans les bâtonnets* du plateau des agents de préhension des graisses au dehors et qui pensent que les gouttelettes émulsionnées, saisies de la sorte, sont conduites dans le protoplasma cellulaire par un mouvement propre des bâtonnets (2), je n'ai pas à la discuter ici parce qu'il s'agit d'une hypothèse n'ayant pour base aucun fait expérimental. Ce qu'il faut conclure, c'est que nous ne savons pas du tout comment, par quel procédé physiologique, ni sous quelle forme la graisse franchit le plateau des cellules cylindriques de l'intestin pour pénétrer dans leur intérieur.
Le fait capital, bien mis en lumière par Ranvier, c'est que les très fines granulations graisseuses, disposées en files dans Tintervalle des travées longitudinales du protoplasma des cellules à plateau strié, subissent au sein de cette zone protoplasmique externe une modification progressive. Elles arrivent, en effet, les unes après les autres dans la zone hyaline située immédiatement au-dessus du noyau, non plus sous forme de granulations sphériques et toutes sensiblement de même
(1) Krbhl, Ein Beitrag zur Fettresorption (Archiv. fur Anat. m. Physiologie, Anat. Abh., 1890).
(2) Thanofer, Beitrâge zur Fettresorption und histologischen Structur der Dûnndarmzotten (Pflûger*s Arch,, t, VIII). L'opinion de Thanofer a été adoptée ou plutôt exagérée par Landois (Traité de Physiologie^ $. 19J).