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THÉORIES DE LA FORMATION DU CORPS JAUNE

Les auteurs classiques distinguent depuis longtemps les corps jaunes vrais et les corps jaunes fauœ^ suivant qu'ils succèdent à un follicule de de Graaf dont Tovule a été ou n*a pas été fécondé. Chez la Souris et la Lapine, il n y a aucune différence, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas fécondation. Mais chez d'autres mammifères, et particulièrement chez la Femme, il n*en est pas de même : les corps jaunes de la grossesse acquièrent une taille plus considérable que les corps jaunes de la menstruation. Leur histogenèse est d'ailleurs identique (1).

La signification des corps jaunes est encore très obscure. En somme, ils sont constitués par un épithélium pénétré secondairement par les vaisseaux sanguins. Leur structure rappelle d'une façon frappante celle des glandes à sécrétion interne telles que le foie ou It capsule surrénale. Il est donc logique de leur attribuer, avec Prenant (1898), une fonction glandulaire en rapport avec la sécrétion interne de l'ovaire (2).

(1) C'est à tort (Sobotia) que certains auteurs, tels que Bbigel et Paladino appellent corps jaunes faux ceux qui succèdent à des follicules atrésiés. L'atrésie des follicules ne s*accotnpagne pas de la formation de corps jaunes.

(2) La formation des corps jaunes n'est pas comprise par tous les euieura de la façon que nous Tavons exposée d'après les recherches récentes et très démonstratives de SoBOTTA. A cet égard, trois théories ont régné ou régnent encore.

La théorie de l'origine conjonctive du corps jaune est due à von Babb (1827) : elle fait provenir le corps jaune exclusivement de la thèque interne, sans aucune participation de Tépithélium folliculaire. Les cellules spéciales de la thèque interne, accumulées depuis longtemps, font irruption dans le follicule rompu, se multiplient et prennent la place des cellules épithéliales qui disparaissent. Il y a, en effet, chez beaucoup d'animaux, une similitude frappante entre les cellules du corps jaune et celles de la thèque; toutes deux sont imprégnées d'un pigment particulier, accompagnant les gouttelettes graisseuses, la lutéine : aussi la plupart des auteurs, adoptant les vues de v. Baër, désignent-ils ces cellules indifféremment et en bloc sous le nom de cellules à lutéine. Cette similitude a été la principale cause d'erreur.

La théorie de Vorigine hématique du corps jaune est due à Hbnlé et à Paterson (1840); elle a été soutenue par Ghandelux (1880) pour l'ovaire delà Femme. D'après cette théorie, le corps jaune résulterait de la métamorphose du sang épanché dans le follicule vide. Or on sait depuis longtemps que, lors de la rupture du folliculo, l'hémorragie peut manquer et que le corps jaune ne s'en forme pas moins. 11 résulte d'innombrables observations faites chez l'Homme et les animaux que rhémorragie se fait avec une abondance et une fréquence variables suivant les espèces de mammifères. Chez la Femme, elle est inconstante, ordinairement faible, exceptionnellement abondante. Chez la Jument et la Truie, elle est forte et constante. Chez les ruminants et les carnivores, elle est fréquente, mais faible. Chez la Sourie, elle n'est pas rare, mais manque le plus ordinairement. Dans le même ovaire, on peut trouver des corps jaunes hémorragiques et d'autres qui ne le sont pas. La ihéorie hématique n'est donc pas soutenable.

La théorie épuhéliale esl due à Bischoff (1842-1854), et a été soutenue par quelques auteurs (PFLûr.BR, Call et ëxnbr, etc.). Les recherches de Sobotta viennent de lui donner la précision qui lui manquait. L'accord, néanmoins, ne semble

OVOGBNÈSB ABORTIVE. 1707

Atréflftie d«sfoiiicBiea<ie de Craat. — La plus grande partie des follicules primaires qui se forment dans Tovaire pendant la période d'organogénèse n'arrivent pas à Tétat de follicules adultes. Us se détruisent plus ou moins tôt après leur formation, encore à Tétat de follicules primaires, ou après avoir déjà commencé leur évolution* Cette destruction d*ovules et de follicules est continue et dure depuis les premiers temps de l'existence de l'ovaire jusqu'à la fin de la vie sexuelle. Elle n'est pas constamment aussi intense, mais subit des poussées d'activité physiologiques et pathologiques. Nous avons vu que, pendant la période préovogénétique, elle constitue la manifestation caractéristique de l'activité de l'organe. Pendant la grossesse, un grand nombre de follicules deviennent abortifs ; il en est de même au cours des maladies.

En an de compte, des milliers ou des millions de follicules, primaires formés dans un ovaire de Femme, un nombre infime accomplissent leur destinée physiologique. Si Ton admet qu'un seul ovule est mis en liberté à chaque époque menstruelle, c'est-à-dire douze ou treize fois par an pendant trente ou trente-cinq ans, il faut conclure que quatre ou cinq cents follicules mûrissent dans les deux ovaires, et ce nombre est très probablement trop élevé. Ce fait très remar quable — inutilisation et destruction de l'immense majorité des ovules formés — est en rapport avec les conditions biologiques de la génération chez les animaux supérieurs.

La disparition des follicules primaires est précédée de la dégénérescence de l'ovule. Le noyau tantôt se fragmente en grains chromatiques (^cAroma^o/y^e^, tantôt se ratatine en un globule irrégulier,, fortement colorable (^pycno^e^. Le protoplasma se charge de gouttelettes graisseuses, ou bien se condense en une masse fortement colorable par les couleurs acides d'aniline. Parfois des phagocytes achèvent de faire disparaître les ovules dégénérés.

Les follicules en voie de croissance et les follicules adultes subissent une série de modifications : dégénérescence graisseuse de l'ovule et des cellules foUiculeuses, chromatolyse (Flemming, 1885), envahissement du follicule par le tissu conjonctif (Slaviansky, 1874), etc. Ces processus ont été très complètement étudiés par Schottlànder (1891, 1893). Très souvent des leucocytes ou même des cellules foUiculeuses pénètrent dans l'ovule à travers la zone pellucide et s'y livrent à des actions phagocytaires. Janosik (1892, 1897) et Henne-

pas encore fait, car Glarr (1898) vient de publier un mémoire sur la formation du corps jaune dans lequel il défend Tancienne théorie de v. Baër, et identifie de nouveau les cellules de la tbèque et les cellules du corps jaune. Ce travail n'entraîne nullement la conviction ; il est d'ailleurs très inféi'iear a ceux de Sobotta dont le grand mérite est d avoir suivi la continuité du processus sur un nombre considérable d^ovaires.

1768 STROMÂ DE L'OVAIRE.

auY (1892, 1893) ont fait connaître un phénomène intéressant : la division de Tovule en segments nucléés et en fragments sans noyau au cours de l'atrésie des follicules. Henneouy compare cette segmentation à celle qui se produit dans certains œufs se développant sans fécondation par le mode parthénogénétique.

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