CORRECTION DES CHUTES
Le ressort moteur de la montre étant armé et le balancier gêné par un fragment de papier, on fait tourner ce balancier avec une pointe de fusain jusqu’au moment où une dent tombe au repos. Faisant alors rétrograder légèrement le balancier, on s’assure ensuite, par un petit mouvement oscillatoire donné à la roue avec la pointe du fusain, si cette roue a Y ébat nécessaire, soit qu’une dent se trouve engagée dans le cylindre, soit que celui-ci occupe un vide entre deux dents. Cette opération, continuée sur tout le contour de la roue, étant terminée, et une petite marque ayant été faite avec du rouge à polir devant chaque U trop étroit et devant chaque dent trop longue, "on enlève la roue de sa platine et l’on opère les corrections avec une petite lime en rubis. Après quoi l’on reforme et polit avec soin les parties touchées.
411. Il est préférable d’attaquer la roue par les pointes des dents, sauf la circonstance particulière où le talon déborde plus qu’il ne faut le bras de l’U, ou encore quand le plan incliné présente une trop forte élévation. Le plus ordinairement l’un ou l’autre défaut mettra l’horloger dans la nécessité de friser délicatement les dents de la roue. Nous lui en avons dit assez pour qu’il sache prendre le meilleur parti dans ce mauvais pas.
412. Observation. L’incliné courbe procure une chute d’autant plus violente que sa courbe est plus prononcée. Dans certains cas, que la sagacité de l’ouvrier lui fera facilement découvrir, il y a avantage à redresser le plan courbe des dents d’une roue de cylindre. Opération qu’on exécute facilement avec le secours de Y Outil aux plans inclinés, décrit au chapitre vu. La saillie de l’incliné en avant de la colonne doit rester assez considérable après le redressement de l’incliné.
Des échappements auxquels nous avions fait subir cette correction ont immédiatement accusé : 1° une plus grande amplitude d’oscillation; 2° une chute beaucoup moindre, puisque son bruit, écouté à l’oreille, avait très-sensiblement diminué.
B>e la levée de l’échappement.
413. En prenant pour point de départ une faible levée, nous savons que si l’on augmente progressivement la pénétration de la roue dans le cylindre, il y a accroissement visible dans l’étendue des vibrations jusqu’à ce que le milieu du plan incliné droit ait atteint le centre du cylindre; mais ce point une fois dépassé, les vibrations restent à l’état stationnaire si elles ne diminuent pas. (311 à 313.)
Toute la question de la levée se réduit à cette réglé unique : Le milieu
du 'plan incliné droit doit être au centre du cylindre. L’échappement est alors à son point.
Sous le bénéfice de cette règle, nous ferons remarquer 1° qu’en forçant la levée, c’est-à-dire en poussant le plan au delà du centre, on ne fait qu’augmenter le repos, rendre l’arrêt au doigt plus facile, les chutes du dehors plus grandes, celles du dedans trop précises, etc. ; 2° qu’en laissant cette levée trop faible, l’oscillation est plus courte, les chutes du dehors plus grandes, celles du dedans trop précises, et que lés pointes des dents, si le cylindre est très -ouvert, tombent sur les lèvres au lieu de tomber sur le repos, etc.
On voit ici quelle est l’erreur de ceux qui croient augmenter la vigueur de l’impulsion en forçant la levée outre mesure : ils ne font que créer une source de gêne et d’irrégularité pour l’avenir. Tout échappement ainsi traité aura au bout de quelques mois une marche languissante et une grande facilité à s’arrêter au doigt, et sa marche ne sera pas longtemps régulière.
Si un échappement qui a le milieu de son plan droit au centre du cylindre ne donne pas de suffisantes vibrations, cela provient d’un échappement gêné ou mal fait, ou bien d’une force motrice insuffisante; résultat ordinaire de mauvais engrenages, mauvais ressort moteur, etc., d’un incliné trop bas, d’un cylindre trop ouvert, etc. (343). On a vu précédemment qu’on reconnaît dans la pratique, quand le milieu du plan droit est au centre, à ce signe : que c’est l’endroit où la chute extérieure est la plus petite.
414. Avec un cylindre ouvert à 196° de plein, si l’on fait agir quatre inclinés ayant de hauteur 1/7"’% l/6me fort, l/5me, 1/4 du diamètre du cylindre, le centre des inclinés sera au milieu du cylindre quand ils produiront quatre levées totales apparentes ayant environ : 30°, 35°, Zj0°, 45°.
Si le cylindre était ouvert de quelques degrés en plus, on devrait retrancher ces degrés sur la levée; si , au contraire, il était plus fermé, il faudrait augmenter la levée de ce qu’il y aurait en plus de 196°, pour que le milieu du plan droit passât toujours au centre du cylindre.
Pour plus de commodité , il est bon de dessiner en grand plusieurs cylindres à 196°, pourvus de différents inclinés; et d’indiquer en regard de combien la levée réelle dépasse la levée apparente. Ces dessins serviraient, pour ainsi dire, de tables à consulter au besoin.
riVOTS ET TIGERONS.
Le chapitre vu étant spécialement consacré aux détails d’exécution d’un échappement à cylindre, on y trouvera toutes les instructions nécessaires pour confectionner un cylindre, le pivoter et le mettre en place dans la montre.
Des pivots et «les tirerons.
415. Il est nécessaire dans tout échappement que le balancier soit très-libre, afin qu’il décrive de grands arcs; aussi tient-on le diamètre de ses pivots aussi petit que possible : toute réserve faite quant à la solidité.
On leur donne d’ordinaire entre le 8me et le 10medu diamètre du cylindre. S’ils sont plus gros, ce superflu ne sert qu’à rendre les frottements plus considérables et à diminuer par conséquent l’étendue des vibrations.
Dans la pratique, la longueur du pivot du balancier est, environ, de trois fois le diamètre. Le bout du pivot se fait plat et l’angle vif seulement légèrement abattu, de manière à ne pas gratter sur l’ongle. On donne cette forme afin de mieux égaliser la somme des frottements du plat au pendu. Nous verrons que ce moyen n’est pas toujours bon à employer.
Il faut rabattre la portée en cône allongé. Cette portée n’est qu’un surcroît de matière inutile qui attire l’huile et qui , quand celle-ci s’est .épaissie, tenant constamment plongé dedans une assez grande surface, augmente ainsi la résistance éprouvée par le balancier.
Pour la même raison, il faut des creusures au cylindre, et les figerons doivent être tenus assez longs, en vue d’empêcher les extrémités des canons de tremper dans l’huile. Si l’on a beaucoup de hauteur, on fera le tigeron et le canon d’en bas proportionnellement plus long : le tampon sera plus solide et la pression exercée sur le cylindre étant répartie plus également sur les deux pivots, le frottement sera plus doux.
Tous les pivots de l’échappement doivent rouler dans des pierres fines dont les trous, n’étant pas sujets à l’agrandissement, rendront fixe la position de cet échappement. S’ils sont bien polis à l’intérieur et toujours abreuvés d’huile, le frottement étant plus doux que dans les trous de laiton, les pivots s’y conservent intacts; mais il faut que ces pivots d’acier trempé dur et revenu seulement bleu foncé soient ronds, cylindriques et polis avec soin.
Le jeu que les pivots fins doivent avoir dans leurs trous, d’après les expériences d’artistes capables, doit être du sixième du diamètre du
pivot. Ainsi, si un pivot placé aux mâchoires d’un micromètre marque 6, le trou doit être assez grand pour laisser entrer sans jeu un pivot marquant 7. Tout élève horloger devra être pourvu d’une filière aux pivots bien faite, et de petites tiges d’acier bleu à l’extrémité desquelles il formera des pivots de toutes grosseurs pour mesurer les trous, jusqu’à ce qu’il ait acquis assez d’habitude pour apprécier le jeu avec justesse, à l’œil et au doigt : c’est-à-dire d’après le plus ou moins grand ballottement que le pivot peut prendre dans le trou (417).
Les pivots de la roue d’échappement sont tenus aussi gros que ceux du cylindre, quelquefois un peu plus fins, et il suffit de leur donner pour longueur deux fois leur diamètre.
41®. C’est un très-grave défaut, à la plupart des montres à cylindre, que l’absence presque totale de tigeron au pignon delà roue d’échappement. Ce manque de tigeron est cause que l’huile des pivots se répand toujours dans le pignon qui l’attire, et où sa présence accélère la destruction des parties en contact et rend le frottement de l’engrenage variable, selon le plus ou moins de fluidité de l’huile et le plus ou moins de poussière amalgamée avec. Aussi , voit-on généralement ce pignon s e piquer après un temps de marche assez court, et beaucoup de montres varier, et même s’arrêter, par le seul fait de l’épaississement de l’huile tombée sur les ailes du pignon l.
Si la plupart des horlogers, ou se disant tels, au lieu de propager le goût des platitudes à la mode, faisaient enfin comprendre aux acheteurs que les règles de la bonne horlogerie ne peuvent s’appliquer dans les montres qu’avec certaines conditions de hauteur, on pourrait alors, en outre d’autres avantages, et sans cependant avoir ces machines d’une trop forte épaisseur, conserver les deux tigerons indispensables au pignon de la roue. On comprend mieux toute leur importance quand l’on fait attention que le pignon d’échappement., étant le dernier du rouage, se trouve être précisément celui sur lequel la force motrice agit avec le moins d’énergie.
Depuis que nous avons écrit ce qui précède dans notre première édition, les choses ont un peu changé.
Aujourd’hui le public est complètement dégoûté des montres plates; mais certains indices font craindre que, sous les efforts des mauvais hor-
1 La présence de l’huile sur les ailes du pignon ne serait pas une cause de destruction si elle restait pure, mais comme elle retient les malpropretés et la-poussière sur les points de contact, il en résulte une espèce de sable rongeur qui, sous la pression d’un engrenage à frottement rentrant, comme celui du pignon de six ailes, s’écrase et s’incruste dans le métal qu’il use ensuite à la façon de la pierre broyée <à l’huile.