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CHAPITRE PREMIER

Préliminaires.

513. L’idée primitive, encore informe, de l’échappement Duplex, paraît appartenir à Dutertre, habile horloger français ; mais Pierre Le Roy fut le véritable créateur de ce mécanisme et le construisit pour la première fois vers le milieu du siècle dernier. Il l’abandonna bientôt pour l’échappement à détente; ce dont quelques artistes ont inféré qu’il jugeait défavorablement le Duplex, mais ce qui prouve simplement que Pierre Le Roy, avec ce génie profond, ce tact extraordinaire qui lui fit devancer ses contemporains d’un siècle, avait deviné que l’échappement à détente convenait seul à la chronométrie.

Nous ne nous arrêterons pas à l’assertion de quelques auteurs qui ont avancé que l’échappement dont nous nous occupons était dû à un Anglais nommé Dupleix, horloger très-inconnu, même parmi ses compatriotes, et qui d’ailleurs aurait été de beaucoup en retard sur l’invention française : ce qui paraît peu contestable, c’est que le mot latin duplex , qui veut dire double , fut appliqué à cet échappement, parce qu’à son origine sa roue était double et qu’elle produit un double effet.

Une singularité qui mérite qu’on la remarque, c’est que cette invention française est très-répandue en Angleterre, tandis que l’échappement à cylindre, d’invention anglaise, est celui préféré en France.

Dans notre première édition, nous avions attribué ce résultat à deux causes : aux caprices de la mode, souveraine en France, qui avait adopté les montres plates où l’échappement à cylindre réussit mieux que l’autre, et au caractère positif de l’Anglais, qui veut qu’une montre soit une machine utile et non un bijou. Mieux renseigné, nous devons reconnaître que nous étions dans l’erreur, car un très-grand nombre de belles montres plates ont été vendues en Angleterre. Si là on s’en est dégoûté plus vite que chez nous, ceci tient à ce que les ouvriers anglais, habitués à leurs énormes pièces, ne réussissaient pas à faire marcher convenablement les montres plates.

En Angleterre, on rencontre, par suite du fréquent emploi qu’on fait ae l’échappement Duplex, beaucoup d’ouvriers qui l’entendent très-bien. En France, les artistes capables sur ce point sont rares, et un petit nombre seulement en connaissent les fonctions et les principes, sur

ÉCHAPPEMENT DUPLEX

lesquels même ils sont encore divisés ; et si nous ajoutons que le Duplex a été placé trop souvent dans des montres d’une épaisseur insuffisante, on comprendra sans peine pourquoi il est moins estimé chez nous qu’à l’étranger.

Gomme régularité, il est supérieur à l’échappement à cylindre, et l’on a de nombreux exemples de montres Duplex ayant donné l’heure pendant longtemps, à une ou deux minutes et même quelques secondes par mois. Mais cet échappement ne souffre aucune espèce de médiocrité dans l’exécution. I! a contre lui sa facilité à arrêter au doigt, la fragilité de son axe et son repos trop éloigné de la tangente. Ajoutons toutefois que les limites où se produit l’arrêt-au-doigt peuvent être réduites à peu de chose ; qu’on rencontre rarement des axes brisés, à moins de violentes secousses; et qu’en fin l’expérience prouve que la destruction des pivots, résultat le plus ordinaire d’un repos hors de la tangente, peut être évité en faisant ces derniers durs et bien polis , et leurs trous dans des rubis également polis avec soin et toujours abreuvés d’huile. La force motrice, supérieure à celle qu’il faudrait pour un échappement à cylindre, doit être suffisante, mais non en excès. Ce dernier cas est fréquemment celui des échappements anglais ; ce qui explique pourquoi ils se détruisent plus vite que les échappements français. Par contre, la force manque souvent à ceux-ci, parce qu’ils sont placés dans des montres trop plates. À moins d’une bonne force motrice (moyenne entre celle des montres anglaises et françaises datant de quelques années), cet échappement ne réussit jamais bien.

Un auteur, qui met l’échappement Duplex au-dessous de celui à cylindre, dit quelque part, en parlant du premier, que, « eu égard au résultat qu’on croyait en obtenir, il peut être considéré comme une déception. » Il y a évidemment ici une erreur, ou une exagération, qui prouve que l’auteur, qui n’a pas suffisamment expérimenté la matière, met sur le compte des principes ou de la composition mécanique, vicieuse à son point de vue, les erreurs résultant d’une exécution mauvaise. Il est avéré, pour tous ceux qui ont étudié et pratiqué le Duplex, que lorsqu’il est construit par un habile artiste, il donne l’heure longtemps avec une exactitude plus grande que celle procurée par l’échappement à cylindre ; et l’on sait que dans les petites pendules, dites pièces de voyage, c’est avec l’échappement Duplex que jusqu’à présent on a obtenu le plus de régularité.

Si on concluait du paragraphe qui précède qu’en réhabilitant cet échappement des reproches mal fondés qui lui ont été adressés, nous

DENOMINATIONS DES ORGANES.

désirons le voir plus répandu , on se tromperait ; car nous convenons volontiers qu’on doit lui préférer l’échappement à ancre, qui, tout en donnant un réglage égal, ne s’arrête pas au doigt, offre une plus grande solidité, et dont la construction, ainsi que la réparation, n’exige pas une aussi rigoureuse exactitude.

Dénominations des organes.

514. Les parties principales et distinctives de cet échappement sont :

1° Un petit cylindre en rubis nommé rouleau (a, fig. 1 et 2, et b, fig. 3 , planche deuxième ), porté par l’axe du balancier, sur lequel il est collé à la gomme laque, et maintenu, en outre, par une petite virole, chaussée sur la tige de ce balancier, et qu’on appelle le tampon (b, fig. 2). Ce rouleau est entaillé dans le sens de sa longueur d’une coche (a, fig. 1 et4d, fig, 3), assez prolonde pour que les pointes des dents ne puissent en atteindre le fond.

2° Un bras de levier, également porté par l’axe du balancier (R' fig. 1 et 2, planche deuxième) , communément appelé le doigt de levée, ou simplement le levier, et qui est destiné à recevoir l’impulsion nécessaire au mouvement du balancier.

3° Une roue portant une double rangée de dents : les unes, longues et effilées, formant comme un prolongement du plan de la roue (A, B, C , fig. 1 ; E d L, fig. 3) ; les autres, courtes et triangulaires et semblables à des chevilles implantées sur le champ de cette même roue (s p o, fig. 1 et 2; R et Y, fig. 3, planche deuxième ).

La fig. 2, de la même planche, nous représente l’axe du balancier garni de son assiette, du doigt de levée R', du rouleau a, et du tampon b.

Autrefois, le pignon d’échappement portait deux roues superposées que l’on désignait, par suite de leur différence de diamètre et de fonctions, sous les noms de grande roue ou roue de repos, et de petite roue ou roue d’impulsion. Ces dénominations ont été conservées à la roue moderne.

«leu de l’échappement.

515. Le devant du balancier, que nous supposons en mouvement, tourne vers la gauche de l’observateur; ce balancier va donc de z" vers D (fig. 1, planche deuxième ) : la dent D, en s’appuyant contre le

ÉCHAPPEMENT DUPLEX

rouleau en k, opère un repos à peine interrompu par un petit soubresaut ou recul, quand la pointe de la dent est rencontrée par l’entaille a. C’est tout ce qui a lieu pendant cette vibration , qui est dite muette.

Lorsque le balancier, ramené par le spiral, revient sur lui-même, c’est-à-dire tourne vers la droite, la dent A (même figure), pénètre dans la coche a du rouleau, et, s’appuyant sur le flanc droit de cette coche, le pousse devant elle (dent B) pendant une courte partie de la vibration, et lui échappe définitivement (dent C), à l’instant où le doigt z occupe la position z'. Comme la roue se trouve libre, la dent d'impulsion n tombe alors sur ce doigt z", et, le poussant avec une grande puissance, opère une levée qui se termine quand la grande dent suivante, en venant s’appuyer au rouleau (comme la dent D en k), commence un nouveau repos.

Le balancier, tardant peu à être ramené par le spiral, accomplit une nouvelle vibration muette (en tournant vers la gauche) ; puis, revenant vers la droite, se retrouve, ainsi que la roue, dans une situation identique à celle indiciuée pour la dent A ; et ainsi de suite pour toutes les vibrations successives.

Le doigt, pendant la durée du repos, ne touche pas aux dents de la roue d’impulsion devant lesquelles il passe. Le contact ne peut avoir lieu que lorsque la levée est assez avancée pour que la dent d’impulsion soit suffisamment rapprochée de la ligne des centres.

On voit que l’impulsion n’est donnée que de deux en deux vibrations ; que la dent n’échappe au rouleau qu’ après l’aller et le retour du balancier, et qu’ ainsi la levée n’a lieu que d’un côté.

Cette levée totale se décompose en deux parties bien distinctes, savoir : 1° la 'petite levée , ou l’arc de cercle parcouru par le balancier de l’entrée à la sortie d’une grande dent de la coche du rouleau; 2° la grande levée, qui commence quand se termine la petite levée, et qui comprend l’arc de cercle que décrit le balancier pendant tout le temps que dure le contact de la dent d’impulsion avec le doigt ou levier d'impulsion.

Les deux levées successives sont seulement séparées par une petite chute, nécessaire à la sûreté des fonctions, et que l’on nomme première chute, peur la distinguer de la deuxième chute, qui termine Ja grande levée.

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