‹ Traité d'horlogerie moderneChapitre 167 sur 553 · DÉTAILS PRATIQUES SUR LE BALANCIER · texte numérisé non relu

DÉTAILS PRATIQUES SUR LE BALANCIER

extrêmes est d’autant plus difficile à découvrir que l’on remarque une augmentation sensible dans l’étendue des vibrations d’un balancier trop lourd quand on en diminue le poids, et cela entre des limites assez éloignées. Cette observation pratique avait conduit à conclure que le balancier procurant les plus grandes oscillations devait être préféré, puisque, tout en compensant par une plus grande vitesse l’affaiblissement du poids, il diminuait les causes de destruction; mais le système des grandes oscillations, longtemps en faveur, et qui paraît avoir été basé sur la remarque précédente, a été abandonné principalement par les Anglais, qui emploient beaucoup l’échappement Duplex, parce que l’expérience leur a démontré que les grandes oscillations, surtout quand le balancier est plutôt léger que lourd, ont pour résultat, par les secousses, de faire passer deux dents coup sur coup, et cela pendant plusieurs vibrations de suite ; tandis qu’avec le balancier lourd et la vibration restreinte, cet effet ne se produit pas, ou bien il cesse aussitôt que commencé.

Ce qu’on vient de voir suffit pour justifier le système anglais, qui a tant intrigué les ouvriers français et suisses, grands amateurs de belles marches , c’est-à-dire de l’horlogerie faite en vue de plaire à l’œil et non de donner l’heure exactement.

Il peut arriver que le balancier, se trouvant un peu pesant, rende l’échappement plus difficile à régler du plat au pendu, ce qui nécessite la mise hors d’équilibre de ce balancier, opération que les Anglais pratiquent fréquemment dans celles de leurs montres dépourvues de pivots coniques à l’axe du rouleau, parce qu’ils savent qu’il faut à tout prix atténuer l’effet des fortes secousses sur les vibrations; résultat qui ne peut être obtenu dans leurs pièces qu’avec un balancier un peu lourd et parfois grand.

Mais il faudra se souvenir qu’un balancier peut être trop lourd pour une force motrice trop faible, et en même temps trop léger par rapport aux résistances de l’échappement, ou, en d’autres termes, pour le réglage. Lorsque ce cas se présente, il n’y a de remède que dans l’augmentation de la masse du balancier et proportionnellement de la force motrice.

559. D’après les règles empiriques qui dirigent les ouvriers, la grandeur du balancier d’un échappement Duplex se mesure sur la virole du barillet (ou légèrement plus). Quelques-uns veulent que la grandeur de ce balancier ne dépasse pas deux fois le diamètre de la roue d’échappement.

ÉCHAPPEMENT DUPLEX

ooh

Ces mesures, déduites des proportions d’échappements qui se réglaient bien au début de leur marche, n’ont de valeur que comme première approximation. Il y a ici, comme dans l’échappement à cylindre , une certaine relation à trouver entre la grandeur du balancier et le ray on du frottement sur le rouleau; relation qui a pour résultat, quand elle existe, de rendre l’échappement peu sensible aux écarts de la force motrice et à l’épaississement des huiles, ainsi que nous l’avons démontré pour l’échappement à cylindre.

Dans la pratique, on s’assure que le poids du balancier est convenable, c’est-à-dire qu’il n’est pas trop lourd pour la force motrice, en faisant reculer le balancier avec une pointe de fusain jusqu’à l’engagement de la grande dent dans la coche, et on laisse échapper le balancier. La levée doit s’opérer jusqu’à la fin et sans précipitation.

Une méthode plus sûre encore est celle que nous avons donnée sous le titre Tirer les minutes (440 et 441). Avec un peu d’habitude l’ouvrier reconnaît assez promptement par cette méthode si le balancier est de poids convenable et si l’échappement est suffisamment insensible aux différences dans la force motrice. (Voir l’article particulier : Du balancier. )

Nombre des vibrations par heure.

560. On fait battre ordinairement 18,000 vibrations par heure à l’échappement Duplex.

A une certaine époque, les Anglais donnaient à leur roue d’impulsion les deux tiers de la grande roue. Cette grande roue portait treize dents, et l’échappement battait là, 400 vibrations. Le balancier, qui marchait lentement, étant pourvu d’un spiral plus faible que celui nécessaire à 18,000 vibrations, prenait le galop avec une grande facilité.

On devine qu’en augmentant le nombre, et par suite la rapidité des vibrations, on pourrait d’autant mieux éviter les inconvénients ci-dessus qu’il faudrait alors employer un spiral plus énergique, et en conséquence moins soumis à l’influence du balancier. L’expérience confirme ce raisonnement, et des montres à échappement Duplex, battant 21,600, ont donné l’heure avec une parfaite régularité, quoique les porteurs de ces montres allassent fréquemment à cheval. L’usure des parties frottantes n’était pas plus rapide qu’à 18,000 vibrations (89).

Vérification «1e l’échappement sur le compas.

561. L’axe du rouleau étant armé d’une aiguille, ou index destiné

V É Fi ï F J C A T I 0 X DE i/ ÉCII APP E MB NT.

à indiquer les degrés de la levée, on met son échappement au compasd’ engrenage, dont une des broches doit être pourvue d’un appareil comme celui représenté en ABD, fig. 30, page 230, avec cette seule différence que la graduation doit aller jusqu’à 80 degrés.

On ferme doucement le compas , un doigt de la main conduisant le rouleau et un autre la roue, jusqu’à ce qu’une des grandes dents fasse repos; on augmente la pénétration de ce repos, qui n’a de limite que la précaution de laisser assez de jour de sûreté entre l’extrémité du doigt d’échappement et la dent d’impulsion devant laquelle il passe.

On vérifie la petite levée en conduisant le rouleau par l’index jusqu’au point où la grande dent s’échappe de l’encoche. Le degré indiqué par l’index étant noté, on ramène, après le décrochement de la grande levée, le rouleau en arrière jusqu’à ce que la dent suivante tombe dans la coche. L’intervalle compris entre cette dernière chute et le point noté précédemment doit être de 20° au moins.

Pour vérifier la première chute, on opère de même, c’est-à-dire qu’à l’instant où la grande dent s’échappe de la coche, et que la dent d’impulsion vient s’appuyer sur le doigt ou levier, on ramène ce levier en arrière jusqu’à ce que cette dent d’impulsion lui échappe. L’aiguille doit parcourir environ 10° pendant ce mouvement rétrograde (545).

Le levier, étant ajusté à frottement sur l’axe, se ramène facilement à la position qu’il doit occuper pour recevoir sûrement, et avec les 10° de chute, le choc de la dent d’impulsion.

On remet l’échappement en marche pour s’assurer que la dent d’impulsion agit sur le levier pendant au moins 20° au minimum et 35° au maximum, suivant l’échappement; car on sait que le chiffre de cette levée (chute comprise) varie entre 35 et 50°, et qu’il dépend du plus ou moins de différence entre les diamètres des roues de repos et d’impulsion.

La deuxième chute, celle qui termine la grande levée , ne doit être que de la quantité nécessaire à la sûreté du jeu des pièces.

Si cette deuxième chute est trop grande, cela provient d’un des trois défauts suivants : dents d’impulsion mal placées, doigt trop court, pénétration de la petite levée insuffisante.

Si la petite levée n’est pas assez considérable, c’est que le doigt est trop long; ce qui empêche de rapprocher l’échappement.

Si cette petite levée est trop grande, c’est que le doigt a été trop raccourci, ou par maladresse ou par nécessité; ce dernier casse présente quand les dents d’impulsion sont mal placées.

Pour une grande levée trop considérable, défaut qui provient d’une

ÉCHAPPEMENT DUPLEX

roue d’impulsion trop grande, il n’y a de remède qu’en remplaçant la roue; car si on veut diminuer cette levée en éloignant les centres, on donne naissance à de très-grandes chutes.

Pour une grande levée trop courte, on diminue les dents, en frisant la roue (553), et l’on rapproche les centres.

Observations.

On s’assure, en forçant un peu l’échappement, que la pointe des dents ne touche pas au fond de la coche, et que cette pointe conserve une suffisante liberté, c’est-à-dire qu’on peut lui procurer un petit ébat ou vacillement à tous les points de son passage dans cette coche.

Le levier doit passer devant la dent Y (figure 3, planche deuxième ) avec un jour de sûreté suffisant pour éloigner toute crainte que ce levier n’effleure ou n’accroche cette dent dans un changement de position de la montre, et par l’effet du rapprochement des centres de la quantité de jeu que les pivots ont dans leurs trous.

La même vérification est nécessaire à l’égard de la dent R, parce que cette dent et le levier, se rapprochant insensiblement, passent très-près l’un devant l’autre vers la fin de la petite levée.

C'est pour avoir un petit surcroît de sûreté à l’instant du croisement de ces deux pièces que quelques praticiens , au lieu de placer la dent d’impulsion au milieu entre les deux grandes, la mettent un peu de côté vers la gauche. Il est mieux de lui conserver sa place au milieu.

Les corrections nécessaires étant faites et la vérification étant terminée, on plante son échappement comme on le ferait pour un engrenage ordinaire.

Vérification de l’échappement eu place*

562. Si les points de levée ne sont pas marqués sur la platine, on en marque deux embrassant un arc de 60°, divisé de 10° en 10°. Le repère du balancier doit, quand se termine la grande levée, se trouver en face du dernier des points marqués sur la platine.

Après s’être bien assuré à la loupe que la pénétration sur le doigt est assez grande, que les pièces qui ne doivent pas se toucher ont, entre elles, des jours suffisants, on fait la vérification ainsi qu’il a été indiqué à l’article précédent. On peut au besoin, quand l’échappement a donné de bons résultats jusque-là, se contenter de faire de la manière suivante cette vérification.

CAUSES DES ARRÊTS ET VARIATIONS

Les pointes des dents et le rouleau étant nettoyés, ainsi que les pivots, et les trous légèrement garnis d’huile, on remet l’échappement en place, mais sans spiral; puis, le ressort de la montre étant armé, on conduit le balancier avec une pointe de fusain jusque vers le milieu de la petite levée, où on l’abandonne à lui-même. Ce balancier fait alors un certain nombre de tours sans s’arrêter, et pendant lesquels on suit attentivement la marche de la roue, qui doit être régulière et sans soubresauts inattendus. La montre étant placée à l’oreille et dans différentes positions, si deux dents ne passent pas coup sur coup, si les chutes sont bien égales, si le bruit de la marche est uniforme et sans ferraillements , etc. , c’est l’indice que les fonctions de l’échappement s’accomplissent avec une sûreté suffisante. (On peut faire tirer les minutes par cette méthode, mais elle offre plus de difficulté que celle décrite aux nos 440 et 441.)

ISégla^e dsi plat au pendu.

563. Pour le réglage du plat au pendu , on se conformera aux instructions données à l’article 431 ; et pour un réglage rapide, à celles contenues dans le n° 4325 et les suivants. (Voir l’article particulier: Du Piéglage.)

Du renversement.

564. Le renversement n’est pas à craindre avec l’échappement Duplex; mais dans le dessein sans doute de le préserver du galop (voir les causes d’arrêts), on le munissait autrefois d’une goupille de renversement mobile. Get appareil, offrant des inconvénients, a été supprimé

depuis.

Page 1