‹ Traité d'horlogerie moderneChapitre 174 sur 553 · NOUVELLE THÉORIE · texte numérisé non relu

NOUVELLE THÉORIE

DES ÉCHAPPEMENTS LIBRES

Ii’ÉCH AP PE1IEÏI' LlBRE.-SiO\ ORIUI^E.

389. L’échappement libre est à repos, mais son caractère principal, celui qui le distingue des échappements dits à repos frottant, consiste, on le sait déjà, en ce que le balancier opère sa vibration, moins la trèspetite période de l’impulsion, dans une complète indépendance de la roue. Cette dernière ne fait plus repos sur l’axe de ce balancier, mais sur une pièce intermédiaire isolée. L’échappement à ancre des montres, celui à détente des chronomètres , et plusieurs échappements employés dans les pendules de cheminée appartiennent à cette catégorie.

L’invention du premier échappement libre est ainsi mentionnée dans les Mémoires de V Académie des sciences, année 1748 :

« Un nouvel échappement à repos, inventé par M. Le Roy fils (Pierre « Le Roy). Au lieu que dans les échappements à repos, connus jusqu’à « présent, la roue porte, à chaque tour du balancier, sur une pièce qui « fait corps avec lui, et sur laquelle frotte une de ses dents, dans celui - « ci, la roue pose, et est retenue à chaque demi-vibration sur une pièce « (la détente) fixée à la platine, et entièrement étrangère au balancier. « Cette idée a paru neuve et susceptible de beaucoup d’avantages. »

La première application heureuse de l’échappement libre à la mesure du temps et à la détermination des longitudes en mer est due également à Pierre Le Roy. Elle a été réalisée dans sa montre marine, achevée en

Nous précisons les dates authentiques, parce que F. Berthoud, dans le panégyrique de ses œuvres, qu’il a intitulé Histoire de la mesure du temps, reporte à l’année 1754 les premiers essais d’échappement libre.

Ces essais, qui naturellement étaient les siens, ne furent pas heureux. Aussi n’employa-t-il pas ce genre d’échappement dans ses deux montres marines n° 6 et n° 8 , les premières de cet artiste qui donnèrent véritablement les longitudes. Ces deux montres, achevées seulement en 1768, étaient pourvues d’une espèce particulière d’échappement à cylindre, lequel cylindre était mis en communication avec le balancier par l’intermédiaire d’un râteau.

Ce ne fut guère que vers l’année 1770 que F. Berthoud se servit avec

THÉORIE DES ÉCHAPPEMENTS LIERES

avantage d’un échappement libre; mais il est juste d’ajouter que sa construction n’était au fond que la conception de P. Le Roy modifiée.

Avec la modestie particulière aux grands artistes, P. Le Roy déclare de lui-même, dans ses Étrennes chronométriques , qu’ayant montré son invention aux fils de feu Dutertre, habile horloger de Paris, ceux-ci lui firent voir un modèle d’échappement libre exécuté par leur père, et offrant de l’analogie avec le sien quant au but, mais fort différent dans la construction.

Cette remarque ne peut infirmer les droits d’inventeur de P. Le Roy; car Rerthoud, bien placé cependant pour être renseigné, affirme n’avoir pas connu la combinaison de Dutertre, et en conséquence n’en pouvoir parler.

La question est donc vidée, et il est définitivement admis aujourd’hui que la création du premier échappement libre, ainsi que la première application heureuse qui en a été faite, sont dues toutes deux à P. Le Roy.

Page 1